Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Côte d’Ivoire : la polygamie sera-t-elle bientôt légale ?

Un député vient de déposer un projet de loi pour autoriser la polygamie, suscitant de vives réactions des associations de défense des droits des femmes.

Mis à jour le 14 juillet 2022 à 11:23

 

L’assemblée nationale lors de l’élection d’Adama Bictogo, son nouveau président à Abidjan le 7 juin 2022. © Sia Kambou/AFP

 

En déposant sa proposition de loi le 30 juin dernier, le député de Koumassi, Yacouba Sangaré, s’est attaqué à un sujet tabou en Côte d’Ivoire : la polygamie. Pour cet élu du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), il faut mettre un terme à « l’hypocrisie », car si la loi n’autorise pas cette pratique, cela existe dans les faits. « La loi sur la monogamie n’a jamais été respectée. Elle est constamment violée. Alors pourquoi se voiler la face sur une réalité que nul n’ignore ? », explique l’élu.

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L’idée d’une réforme lui serait venue il y a des années, dès 2014, après des échanges avec une collègue députée. « Il y a des femmes qui sont dans des relations polygames de fait mais qui ne bénéficient d’aucune reconnaissance juridique en cas de dissolution de la relation. Celles-ci n’ont aucune sécurité, elles se retrouvent seules, avec parfois des enfants. Cela crée des drames et personne n’en parle. C’est pour cela que nous voulons mettre fin à cette hypocrisie. Des couples polygames, il y en a partout en Côte d’Ivoire, dans toutes les régions, ethnies, religions et couches sociales. Alors pourquoi ne pas les prendre en compte ? », détaille-t-il.

Loi sur le mariage

Dans sa proposition, Yacouba Sangaré insiste sur le fait que la polygamie serait une option que les deux conjoints pourraient choisir d’accepter ou de refuser d’un commun accord.

Entouré d’une équipe de juristes, de communicants et de constitutionnalistes, il entend modifier la loi 2019-570 du 26 juin 2019 relative au mariage. Un texte qui indique dans son article 3 : « Nul ne peut contracter un nouveau mariage avant la dissolution du précédent constatée soit par une décision devenue définitive, soit par un acte de décès. (…) » Après avoir franchi la première étape, le député de Koumassi qui porte le projet a animé une conférence de presse le 7 juillet, entouré d’autres élus tels que Sidibé Daouda, député d’Abobo, Kangouté Mamadou Moctor, député de Bouna ou encore Fidèle Dibi Bogro, député de Fresco.

Plusieurs maîtresses

Mais cette annonce a suscité un tollé, notamment au sein des organisations de défense des droits des femmes qui dénoncent un recul des droits des femmes. Le 11 juillet, la Ligue ivoirienne des droits des femmes a organisé une conférence de presse pour dénoncer la proposition. L’ancienne ministre ivoirienne de la Femme et ex-responsable de l’Association ivoirienne du bien-être familiale (AIBF), Constance Yaï a pour sa part estimé qu’ »il n’y a pas de polygamie en Côte d’Ivoire mais plutôt des hommes qui ont plusieurs maîtresses« . Elle ajoute : « À moins qu’il ne s’agisse de plaisanterie de fort mauvais goût ou d’un ballon d’essai, on est en droit de se demander si les propos que nous avons entendus de la bouche de notre parlementaire ont juste pour objet de diviser notre pays, de fragiliser la communauté nationale ou tout simplement de faire régresser notre arsenal juridique et les droits des femmes ».

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Yacouba Sangaré prétend que sa proposition de loi vise, au contraire, à « protéger les droits des femmes ». « C’est un constat de la réalité. Je me bats pour que ces femmes soient reconnues et puissent bénéficier de leurs droits. Se plaît-elle à laisser ses sœurs avec le statut de maîtresse à vie ? », ajoute celui qui estime que sa proposition bénéficie d’un accueil favorable au sein de l’opinion publique.

Droits

Il insiste également sur le fait que l’esprit de sa proposition ne viole pas l’égalité hommes-femmes. « La polygamie ne signifie pas polygynie ou polyandrie exclusivement. Cela renferme les deux termes. « , dit-il. « Tant que cette loi est appliquée sans discrimination, il n’y a pas de problème », estime Amee slam, artiste engagée pour les droits des femmes. « Mais par culture, dans notre pays, les gens désignent la polygynie seule comme la polygamie. Ce sera très difficile dans certaines cultures de faire accepter le fait que les femmes, elles aussi, bénéficient de cette loi », ajoute-t-elle.

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Pour Ketella Soroko, militante féministe et présidente de l’association Le réseau, qui accompagne des victimes d’agressions et de viols, « même si on ne cesse de nous dire que la polygamie c’est autant la polyandrie que la polygynie, dans tous les pays africains qui ont validé la polygamie, il n’y a quasiment aucune possibilité de polyandrie. À l’usage, c’est la polygynie qui sera appliquée et donc à l’avantage exclusif de l’homme. La polygamie est-elle réellement la solution pour une société qui peine à trouver des solutions de protection pour les femmes victimes de violences dans les couples monogames ? Il y a tellement de besoins plus urgents sur les causes féminines qui méritent des solutions et projets de loi que la polygamie… »

Mali: 49 soldats ivoiriens arrêtés à Bamako, des «mercenaires» selon les autorités

 

Les soldats ivoiriens ont été arrêtés, dimanche 10 juillet 2022 en début d’après-midi, à l’aéroport de Bamako. Depuis, des messages alarmistes circulent sur les réseaux sociaux, les présentant comme des mercenaires lourdement armés venus déstabiliser le pays. Mais selon l'armée ivoirienne, ces soldats appartiennent à l’armée régulière et devaient sécuriser des sites de la Minusma. Lundi soir, le gouvernement malien les a néanmoins qualifiés de « mercenaires ».

Un cadre de l’état-major ivoirien précise que ces 49 soldats appartenant au 8e détachement du NSE (National Support Element) sont arrivés à Bamako dimanche à la mi-journée, à bord du même avion qui avait ramené à Abidjan, le matin même, le précédent détachement. Deux avions même, pour être précis, l’un transportant les hommes, l’autre le matériel. « C’est une incompréhension malheureuse », explique ce haut gradé de l’armée ivoirienne, qui assure que tout était en règle pour leur arrivée.

Selon l’armée ivoirienne, ce sont pourtant des problèmes administratifs qui sont invoqués par les autorités maliennes. « D’abord, ils ont dit que l’avion n’était pas sur la liste des appareils autorisés à atterrir. Ce problème a été vite levé, poursuit cette source, mais maintenant, ils disent que nos soldats n’avaient pas de lettre de mission conforme. »

Le communiqué des autorités maliennes diffusé lundi soir va cependant beaucoup plus loin. Le porte-parole du gouvernement malien de transition, le colonel Abdoulaye Maiga a annoncé à la télévision nationale que ces soldats se « trouvaient illégalement sur le territoire national du Mali (...) en possession d'armes et de munitions de guerre, sans ordre de mission ni autorisation ». Pour le gouvernement malien, l'objectif des soldats ivoiriens était « de briser la dynamique de la Refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l'ordre constitutionnel ». 

« Le gouvernement de transition a décidé de transmettre ce dossier aux autorités judiciaires compétentes », a-t-il ajouté. Et Bamako demande la coopération d'Abidjan pour faire la lumière sur cette affaire.

« C’est une manœuvre pour créer de l’union nationale autour de prétextes fallacieux », s’agace un haut-gradé de l’état-major ivoirien, qui précise que les soldats détenus sont « bien traités. » Sollicités par RFI, ni l’armée malienne ni le ministère malien de la Défense n’avaient souhaité répondre. Les 49 soldats ivoiriens ont passé la nuit de dimanche à lundi en détention. 

Un précédent danois

Selon les explications de l’armée ivoirienne, ces soldats sont là dans le cadre de la contribution ivoirienne à la Minusma. Ils sont détachés auprès d’une entreprise privée, SAS, Sahel Aviation Service, elle-même sous-traitante de la mission onusienne. Dirigée par un Allemand, cette entreprise travaille habituellement dans la sous-région pour des ONG, des groupes miniers ou encore, donc, pour les Nations unies. C’est en tout cas ce que précise son site internet puisque, jointe par RFI, l’entreprise SAS a confirmé être mobilisée sur le cas des militaires ivoiriens, mais n’a souhaité apporter aucune précision.

Selon l’armée ivoirienne, les soldats arrêtés à Bamako sont censés sécuriser des sites de la Minusma, notamment à l’aéroport de Bamako, mais aussi dans des « entrepôts logistiques ». La Mission onusienne n’a, elle non plus, pas souhaité faire de commentaire à ce stade.

Cette affaire rappelle celle des militaires danois : en janvier dernier, ils étaient arrivés au Mali dans le cadre de la force Takuba, en suivant les procédures habituelles. Les autorités maliennes avaient estimé que ces procédures ne suffisaient plus à garantir leur « consentement » et avaient contraint les militaires danois à rentrer chez eux.

Cedeao : il faut punir les chefs d’État qui enfreignent les règles

Si la Cedeao a levé ses sanctions contre le Mali, elle reste confrontée à deux problèmes de fond : son incapacité à appliquer des sanctions dissuasives et, surtout, la persistance de risques de conflits liés aux « troisièmes mandats ».

Mis à jour le 10 juillet 2022 à 16:20
 
Magaye Gaye
 

Par Magaye Gaye

Magaye Gaye est président du parti sénégalais La troisième voie et ancien de la BOAD et du Fagace.

 

 

Manifestations de l’opposition togolaise, le 6 février 2017. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

 

L’inefficacité des mesures économiques coercitives et l’inopportunité d’user de la solution militaire face à des peuples déterminés devraient amener les dirigeants ouest-africains à réfléchir à des alternatives crédibles. Deux constats préalables : d’abord, l’être humain est naturellement accro au pouvoir. Il doit être encadré pour que son appétit de domination ne vienne pas troubler l’ordre public.

Ensuite, tout peuple aspire à l’alternance, les dirigeants étant, au fil du temps, en proie à l’usure naturelle du pouvoir et à un contexte mondial de plus en plus difficile. Au regard de ces facteurs, quoi de plus normal et logique que le peuple veuille, dans le cadre de la recherche de son bien-être, expérimenter d’autres solutions avec de nouvelles équipes.

Aspirations populaires

Il en ressort que les recherches frénétiques de troisième mandat et les situations mécaniques de non alternance observées notamment au Togo constituent des anomalies. La Cedeao, telle qu’organisée en ce moment, est peu démocratique et loin des aspirations populaires. Les décisions de la cour de justice de l’organisation ne sont pas souvent appliquées lorsqu’elles vont à l’encontre des pouvoirs en place. Oui, il faut réorganiser et réformer.

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Le schéma organisationnel de la Cedeao devrait être renforcé, tant dans sa structuration que dans ses  règles de fonctionnement et dans ses méthodes. Il existe aujourd’hui un conflit d’intérêt manifeste dans les problématiques concernant les chefs d’État, principaux concernés qui, en fin de compte, prennent parfois à huis clos des décisions qui doivent ne s’appliquer qu’à eux.

La solution majeure est politique. Elle a trait à la capacité de l’organisation d’imposer à ses dirigeants des règles claires et contraignantes sur l’impossibilité pour tout chef d’État en exercice de faire plus de deux mandats. C’est une pratique de bonne gouvernance expérimentée avec satisfaction dans les pays développés.

Au sujet des réformes, il convient de modifier les règles de consensus actuellement en vigueur pour aller vers un vote majoritaire, quitte à voir un certain nombre de pays quitter le navire. Mieux vaut bâtir un projet d’intégration avec des pays partageant un idéal de démocratie et de paix, même s’ils sont en petit nombre, plutôt que d’avoir des incohérences politiques qui empêchent de progresser qualitativement.

Complaisance coupable

Il faut aussi trouver de nouveaux types de sanctions exemplaires, dissuasives et ciblées à l’encontre des chefs d’État peu disposés à respecter les règles communes. La Cedeao devrait éviter d’être complaisante à l’égard de ceux-ci. Par ailleurs, l’organisation devrait trouver des solutions pertinentes à la problématique de la reconversion des chefs d’État sortis par la grande porte, en leur offrant des garanties de protection et de statut honorable.

À LIREMali : Uemoa et Cedeao doivent repenser leurs sanctions

Sur le plan du renforcement du dispositif institutionnel, un chaînon devrait être ajouté à l’organisation actuelle : une haute autorité indépendante de contrôle de la gouvernance dotée de pouvoirs renforcés à l’image de la BCEAO dans le domaine monétaire. On pourrait imaginer dans ce cas, des membres nommés à vie pour éviter toute possibilité de pression mais aussi triés sur le volet en fonction de leur intégrité et de leur compétence.

Le statut des juges de la Cour de justice de la Cedeao gagnerait aussi à recevoir ce caractère inamovible, pour des raisons d’efficacité et d’autonomie, à l’instar de celui de leurs homologues de la cour suprême des États Unis. Les missions de l’Ecomog pourraient être élargies en y intégrant des mandats de dissuasion et d’intervention militaire dans toute situation de non-respect des protocoles relatifs aux troisièmes mandats. La Cedeao devrait aussi renforcer ses actions de formation envers les forces armées sous-régionales pour éviter que celles-ci ne s’érigent en uniques dépositrices des intérêts supérieurs des nations, rompant ainsi les équilibres institutionnels. Cette action de renforcement de capacité devrait aussi être orientée vers la société civile, la vraie.

Le leadership du Nigeria

L’organisation a aussi le devoir de renforcer ses politiques économiques et d’intégration afin de contrer au plus vite la pauvreté qui exacerbe les rancœurs et fragilise la paix. Cela passe par l’acceptation du leadership naturel du Nigeria, la finalisation urgente du processus d’instauration de la monnaie unique. Aussi,  tôt ou tard,  la Cedeao devra évaluer la question du degré d’implication des pays francophones eu égard aux objectifs de la communauté. Ces derniers semblent parfois nager à contre-courant des intérêts supérieurs de l’intégration sous régionale.

Il y a lieu de rappeler que le processus conduisant à la monnaie unique a été mis en difficulté suite à la décision inattendue des pays de l’Uemoa d’annoncer le changement du nom du Fcfa en Éco. Tout récemment aussi,  trois chefs d’État francophones du Togo, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal ont exprimé des réserves sur les propositions de la Cedeao visant à limiter le nombre des mandats. Le processus démocratique dans la quasi-totalité des pays anglophones et lusophones est plus en avance avec des alternances normales.

« Ficelle mystérieuse »

Les pays francophones devraient engager en interne les réformes constitutionnelles nécessaires afin de mieux contrôler les pouvoirs exorbitants dévolus à la fonction présidentielle, véritable clef de voûte des institutions. Dans l’intérêt supérieur de la Cedeao, une réflexion approfondie pourrait être engagée afin de voir comment couper cette « ficelle mystérieuse » entre ces pays et l’ancienne puissance coloniale, laquelle explique, on l’a vu avec l’exemple malien, que derrière tout problème on devine « la main » de la France.

Au plan international, la question des troisièmes mandats étant l’un des facteurs majeurs de tension et de conflit dans le monde, des solutions devraient être envisagées au niveau de l’organisation onusienne et des partenaires au développement, en vue de définir des règles intangibles en la matière. Il y va de la paix et de la sécurité dans le monde.

Comment financer la double crise alimentaire et humanitaire qui pèse sur l'Afrique?

 

Avec la flambée des prix sur les marchés et la menace de crises financière et alimentaire sur le continent, l'inquiétude et les protestations se multiplient. Quelles sont les urgences et les priorités pour éviter l'explosion sociale ? Comment financer de façon efficiente les économies africaines pour être moins dépendants des autres ? 

 

Avec la participation de : 

- Macky Sall, président du Sénégal et président de l’Union africaine

- Julius Maada Bio, président de la République de Sierra Leone

- Tiémoko Meyliet Koné, vice-président de la République de Côte d’Ivoire 

- Axel Van Trotsenburg, directeur général des opérations de la Banque mondiale.

Jihadisme au Sahel : l’inexorable descente vers le Golfe de Guinée

Après le Mali et le Burkina Faso, les jihadistes tentent depuis plusieurs mois d’étendre leur zone d’action. Côte d’Ivoire, Bénin et Togo sont désormais confrontés à des incursions de plus en plus régulières. Décryptage.

Mis à jour le 8 juillet 2022 à 18:08
 


De gauche à droite, Abdelmalek Droukdel, Iyad Ag Ghali, Mokhtar Belmokhtar, Adnane Abou Walid al-Sahraoui © Photomontage JA


Le soleil est à peine levé, en ce 26 juin, quand le commissariat béninois de Dassari est assailli par des hommes armés. Deux policiers sont tués, un autre grièvement blessé. Située à 20 km de la frontière burkinabè à la lisière du parc national de la Pendjari, la commune n’a pas été la cible d’un acte isolé. Depuis 2022, plus d’une vingtaine d’attaques terroristes ont été recensées au Bénin. Dix jours plus tôt, à 30 kilomètres de là, c’est au Togo que les jihadistes ont frappé, dans la région des savanes où les forces armées ont repoussé un assaut similaire, un mois seulement après la première attaque jihadiste meurtrière que le pays a subie, lors de laquelle 8 soldats ont été tués. Plus à l’ouest, la Côte d’Ivoire, qui avait déjà été frappée durement en 2016 par les attentats de Grand-Bassam, tente depuis un an de repousser les hommes de la katiba Hamza, venus du Burkina Faso et déjà bien infiltrés dans la région du parc de la Comoé.

À LIREBénin : comment Patrice Talon tente d’enrayer la menace jihadiste

Les craintes d’une propagation de la menace jihadiste en Afrique de l’Ouest, redoutée par de nombreux experts et services de renseignements depuis plusieurs années, est aujourd’hui une réalité : le Golfe de Guinée est la nouvelle cible. Les trois pays côtiers sont désormais confrontés aux combattants de ces groupes armés venus du Mali et du Burkina, principalement ceux affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Inquiétante dynamique

Une dynamique d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne de la diffusion de plus en plus forte de l’idéologie jihadiste au sein des populations. Partout dans les zones frontalières se développent des « foyers endogènes, composés de recrues locales et qui se nourrissent des fragilités propres aux territoires : tensions d’accès aux ressources, stigmatisation communautaire, existence de réseaux criminels prompts à se radicaliser », souligne Mathieu Pellerin, chercheur à l’Ifri dans un rapport publié en février dernier.

À LIRESénégal : le Sud-Est est-il menacé par la contagion terroriste ?

Cette « descente vers le sud » trouve ses racines dans la guerre civile algérienne et la décennie noire de 1991 à 2002Le mouvement des jihadistes vers le Sahel, d’abord contraint par la répression menée par les autorités algériennes contre les groupes terroristes, s’est accéléré en 2012, à la chute de Kadhafi. Dix ans après, le constat est sans appel : le Sahel est plus que jamais gangréné par le jihadisme. Et le phénomène n’en finit pas de s’étendre. Les différentes opérations militaires qu’elles aient été menées par la France, l’ONU ou les forces militaires régionales, ne sont pas parvenues à éteindre ce feu, qui se propage chaque jour un peu plus vers le Golfe de Guinée.

Du Groupe islamique armé (GIA) au GSIM, de l’Algérie aux confins du Bénin et de la Côte d’Ivoire, quels sont les groupes présents sur le terrain et comment ont-ils évolué ? Comment les alliances et les scissions internes ont influencé la stratégie des différents groupes armés ? Retour en infographie et en vidéo sur deux décennies d’une guerre face à laquelle les États semblent démunis.

Pour réaliser cette carte évolutive, nous nous sommes concentrés sur les groupes terroristes jihadistes qui interviennent aujourd’hui directement dans le Sahel, hors Boko Haram, et en écartant également les attentats revendiqués par Al-Qaïda ou Daech (et non leurs branches locales), notamment ceux de Casablanca (2003), celui de Sousse (2015) ou encore ceux de Marrakech (2011), lesquels ne sont donc pas mentionnées sur la carte.