Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Au Ghana, une veillée aux chandelles contre la chasse aux sorcières des femmes

 

Au Ghana, une centaine de personnes ont assisté samedi 23 juillet à une veillée aux chandelles pour protester contre le meurtre d'une femme âgée de 90 ans, assassinée il y a deux ans jour pour jour. Akua Denteh était accusée par un prêtre d'être une sorcière. Une foule en colère déchaînée par ces rumeurs l'a pourchassée et lynchée. Un fait divers symbole de ces violences contre lesquelles des associations tentent de se battre.

Une marche solennelle à travers les rues de d'Accra en chanson, pour rendre hommage à Akua Denteh. Des hommes et des femmes vêtus de rouge demandent de mettre fin a une tradition aux conséquences dramatiques. 

« Akwa Denteh a été lynchée car elle était soupçonnée d'être une sorcière, elle est décédée ensuite. Sa mort n'est pas un cas isolé, la chasse aux sorcières est pratiquée partout, pas seulement dans le nord du pays. Cela peut être un pasteur ou un membre de ta famille qui t'accuse. C'est une pratique de longue date et il est temps qu'elle s'arrête », plaide Margaret Brew-Ward, chargée de plaidoyer au sein de l'ONG Action Aid Ghana.

Au Ghana, un mot suffit pour faire basculer la vie d'une femme. Maladie, décès, cauchemar... rapidement ces femmes accusées sont chassées de leur communauté et trouvent refuge dans des camps.

En 2019, le Parlement ghanéen a déposé un projet de loi contre les conséquences liées à la sorcellerie. « Ce que ce projet de loi cherche à faire, c'est de criminaliser les accusations de sorcellerie, et de faire en sorte qu'appeler une personne une sorcière devienne un délit. Si nous sommes capables de faire ça alors ca va réduire drastiquement la maltraitance de ces femmes », estime Margaret Brew-Ward.

Le Ghana compte environ 500 sorcières présumées. Les autorités envisagent de fermer les quatre camps du pays, mais les associations demandent des garanties pour éviter que ces femmes subissent des violences à leur retour dans leur communauté.

► Lire aussi : Ghana: la vie recluse des sorcières de Gambaga

 

La zone CFA victime collatérale de la chute de l’euro face au dollar

Arrimé à l’euro par une parité fixe, le franc CFA utilisé par quatorze pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale s’est déprécié face au dollar en même temps que la monnaie européenne. Une très mauvaise nouvelle pour les importations et le remboursement de la dette.

 
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Un homme échange des euros contre des francs CFA ouest-africains, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en septembre 2015. © Jose Cendon/Bloomberg/Getty

 

 

Une première depuis 2002 : l’euro et le dollar américain frisent la parité depuis le 12 juillet. En l’espace d’un an, la monnaie européenne a perdu 13,2 % de sa valeur par rapport au billet vert. Entraînant dans sa chute le franc CFA utilisé en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, qui lui a perdu 11,46 % de sa valeur par rapport au dollar, entre le 31 décembre 2021 et le 11 juillet dernier, soit son plus bas niveau depuis vingt ans.

Cette dépréciation historique s’accompagne d’une forte inflation, d’une possible récession, et d’un climat d’incertitude concernant les approvisionnements de certains produits. Une situation qui inquiète les marchés et les investisseurs, non seulement en Europe, mais également en Afrique. Pour rappel, le franc CFA, dont la convertibilité est garantie par le Trésor français, est arrimé à l’euro selon une parité fixe (1 euro = 655,957 F CFA).

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L’effet domino

Ainsi, par effet domino, le franc CFA suit les mêmes variations que l’euro vis-à-vis du dollar, et dépend indirectement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). Pour l’heure, la hausse annoncée par la BCE de ses taux directeurs (0,5 point) le 21 juillet, un mois après l’augmentation (0,75 point) des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine (FED), n’a pas eu d’impact sur cette chute de la valeur de l’euro par rapport au dollar.

IL S’AGIT D’UNE INFLATION IMPORTÉE POUR VERA SONGWE

Cette dépréciation du franc CFA a beau octroyer un certain avantage comparatif aux pays exportateurs, globalement ses conséquences seront néfastes en Afrique. Le franc CFA déprécié signifie une baisse du pouvoir d’achat des économies concernées : tout ce qui provient des économies dollarisées coûtera plus cher (médicaments, matériel informatique, produits pétroliers raffinés comme le kérosène…). « Il s’agit là d’une inflation importée  » a indiqué à Jeune Afrique Vera Songwe, secrétaire générale adjointe des Nations unies et secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique (CEA).

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Sous l’effet combiné de la hausse des cours sur le marché mondial, et de l’augmentation des coûts du fret, cette dépréciation risque d’alimenter encore plus la spirale inflationniste en Afrique et creuser davantage les déficits commerciaux.

Hausse des exportations

Qu’ils soient européens ou africains, les grands gagnants de cette parité monétaire semblent être les exportateurs. Les produits dont les prix sont initialement fixés en euro, et par extension en franc CFA, sont désormais moins chers pour les portefeuilles américains en dollars.

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L’Afrique, qui exporte essentiellement des minerais et des produits agricoles (coton, cacao, noix de cajou, banane…) a plus de chances de s’imposer sur le marché international grâce à sa compétitivité prix, qui pourra faire gonfler les recettes, et donc augmenter les ressources des pays concernés. Une aubaine pour les pays producteurs de pétrole et de gaz à l’instar du Congo, du Gabon, du Niger, du Cameroun et bientôt du Sénégal, qui tirent déjà des bénéfices importants de la flambée des cours du brut (104 dollars le baril de Brent).

LES DTS NE SONT PAS DES DETTES, C’EST UNE CRÉATION MONÉTAIRE RAISONNÉE ET NÉCESSAIRE

Une analyse que la représentante de l’ONU a néanmoins tenu à nuancer. « Même si ces pays vendent les matières premières plus cher ou en plus grande quantité, ils ne seront pas forcément gagnants, puisqu’ils importent les pétroles raffinés et d’autres produits transformés, qu’ils payeront de facto plus cher qu’auparavant. De plus, les recettes supplémentaires ne représenteront pas automatiquement des gains, puisqu’elles devront être utilisées pour rembourser une dette qui s’alourdit  » a-t-elle expliqué.

Augmentation du service de la dette

Cette dépréciation significative de la monnaie utilisée en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale va mécaniquement augmenter le coût du service de la dette libellée en dollar. « Pour rembourser la dette émise en dollar, il sera nécessaire de mobiliser une quantité plus importante de francs CFA », a souligné Vera Songwe. Ainsi, les balances des opérations courantes des pays de la région seront négativement impactés, et ce même si les accords d’endettement sont généralement conclus sur le long terme.

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Afin d’être en mesure d’honorer les remboursements, plusieurs pays africains pourraient céder à certaines tentations, parmi lesquelles le recours aux bailleurs de fonds, la demande de moratoires, ou l’endettement auprès de créanciers privés. Pour l’économiste en chef de la  CEA, la solution la plus logique réside en l’émission de plus de droits de tirages spéciaux (DTS) pour l’Afrique. « Les DTS ne sont pas des dettes, c’est une création monétaire raisonnée et nécessaire », a-t-elle précisé.

Le Mali expulse le porte-parole de la Mission de l'ONU

 

Les autorités maliennes ont ordonné, mercredi 20 juillet, l'expulsion du porte-parole de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), lui reprochant des « informations inacceptables » sur l'affaire des 49 militaires ivoiriens détenus depuis plus d'une semaine à Bamako, selon un communiqué officiel.

Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Mali a annoncé, mercredi 20 juillet, inviter « Monsieur Olivier Salgado, porte-parole de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) à quitter le territoire national dans un délai de 72 heures. »

Cette mesure fait suite « à la série de publications tendancieuses et inacceptables de l’intéressé » sur le réseau social Twitter, pour avoir déclaré « sans aucune preuve que les Autorités maliennes auraient été préalablement informées de l'arrivée des 49 militaires ivoiriens par vol civil », le 10 juillet 2022, précise le communiqué. 

Le communiqué insiste également sur la « disponibilité » du ministère pour maintenir le dialogue et poursuivre la coopération, avec « l’ensemble de ses partenaires internationaux, y compris la Minusma ».

Invité à fournir des preuves ou à rectifier ses propos, l'intéressé aurait refusé, selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères malien. Pas de commentaire du côté de la Minusma, mais un responsable de la mission tient à souligner qu'Olivier Salgado « a toujours travaillé avec un grand professionnalisme ». 

Le Franco-Belge est l'un des visages les plus connus de la représentation de l'ONU au Mali. Présent dans le pays dès la création de la Mission il y a 9 ans, il était incontournable. Il a rendu public des centaines de communiqués, animé de nombreuses conférences de presse et organisé de multiples voyages sur le terrain avec les journalistes. 

« Nous regrettons profondément la décision des autorités maliennes » 

À New York, le porte-parole de l'ONU Farhan Haq a réagi. L'ONU « regrette profondément » cette décision et tente d'éclaircir la demande des autorités maliennes.

Nous savons et regrettons profondément la décision des autorités maliennes de demander à un membre de l’équipe de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali de quitter le pays sous 72 heures. Il est important de rappeler que le personnel de l’ONU ne peut pas être déclaré persona non grata - c’est contraire aux obligations de la Charte des Nations unies, y compris celles concernant les privilèges et l’immunité de l’ONU et de ses équipes. La Minusma et le siège sont en train de prendre les mesures adéquates pour un suivi de ce dossier avec les autorités concernées.

Réaction de Farhan Faq, porte-parole de l'ONU à New York

Dans les faits, la junte malienne n'est pas la première à demander ainsi le départ de sept employés de l'ONU.  L'Éthiopie l'a fait en octobre 2021. L'ONU a alors rappelé à Addis-Abeba que cette décision était illégale.

►À lire aussi : Le Togo accepte d'aider le Mali à régler son différend avec Abidjan

Burkina Faso : ouverture d’une enquête sur la mystérieuse piste d’atterrissage

Les rumeurs persistantes sur l’existence d’une piste d’atterrissage clandestine dans le nord du pays ont suscité la polémique sur les réseaux sociaux. Face au tollé, Ouagadougou a annoncé le 20 juillet l’ouverture d’une enquête pour élucider l’affaire.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 21 juillet 2022 à 17:26
 


Dans le désert du Sahel, au Burkina Faso. © TIM GRAHAM/robertharding via AFP

 

Tout a commencé le 16 juillet dernier sur Twitter. Le journaliste Serge Daniel, connu pour être bien informé sur l’actualité dans les pays du Sahel, publie l’énigmatique message suivant : « D’après mes informations, découverte par les fins limiers au Burkina d’une mystérieuse et clandestine piste d’atterrissage pour avions. Les enquêtes sont en cours. »

Depuis, la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, laissant libre cours à toutes les spéculations autour de cette « mystérieuse » piste d’atterrissage, qui se situerait dans le nord du pays. Servirait-elle à alimenter les groupes terroristes ? Ou à évacuer de façon clandestine les minerais extraits du sous-sol burkinabè, voire à mener des trafics en tout genre ? Depuis plusieurs jours, ce sujet est au centre de l’attention et tous les médias locaux le reprennent.

Dans le contexte sécuritaire actuel, où des groupes jihadistes continuent leur expansion à travers le pays malgré l’engagement de Paul-Henri Sandaogo Damiba de rétablir la sécurité, la possible existence d’une piste d’atterrissage clandestine intrigue. À tel point que, ce mercredi 20 juillet, le gouvernement a dû se prononcer sur la question.

Interrogations

Interrogé par la presse à l’issue du conseil des ministres, Lionel Bilgo, le  porte-parole du gouvernement, a déclaré que le Commandement des opérations du théâtre national (COTN) conduisait des investigations pour faire la lumière sur le sujet. Il n’a ni confirmé, ni infirmé la rumeur. « Le COTN poursuit les recherches pour essayer de comprendre d’où vient cette piste d’atterrissage, et d’abord si [son existence] est avérée ou non. Dans le bulletin d’information de l’armée ou [lors] d’un point de presse organisé par le ministère de la Défense, des informations complémentaires seront données », a-t-il assuré.

À LIREBurkina Faso : le mystérieux Monsieur Damiba

Dirigé par le lieutenant-colonel Yves-Didier Bamouni, le COTN a été créé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba et a pour missions, entre autres, la sécurisation des frontières terrestres et aériennes.

Dans l’attente de réponses du COTN, la déclaration de Lionel Bilgo a suscité plus d’interrogations qu’elle n’a apporté d’éclaircissements. Comment une piste d’atterrissage pourrait-elle exister sans que les autorités en soient informées ? Sa construction est censée nécessiter des autorisations et une logistique importante. Si elle existe, est-elle le fait de trafiquants ou de puissances étrangères ?

Aéronefs inconnus

Ce n’est pas la première fois que pareils mystères apparaissent. Depuis au moins sept ans, des responsables sécuritaires burkinabè signalent que des aéronefs inconnus survolent le territoire national. En 2015, avec l’aide des populations locales, ils avaient repéré un hélicoptère qui s’était posé dans la zone de Diapaga, dans l’est du pays, sans aucune autorisation.

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En 2019, le chef d’état-major général des armées d’alors, le général Moïse Minoungou, avait mis en garde les partenaires du Burkina susceptibles de survoler des troupes intervenant dans le cadre de la lutte contre l’insécurité. « Des aéronefs non identifiés survolent nos bases et zones d’opération. […] Des instructions ont été données aux unités déployées pour qu’ils soient considérés comme des ennemis et traités comme tels », avait écrit l’officier général dans un courrier adressé le 15 novembre à l’attaché de défense de l’ambassade de France à Ouagadougou. La fuite de cette correspondance sur les réseaux sociaux avait soulevé un tollé alors que la présence militaire française était de moins en moins acceptée.