Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Diversification des exportations : « Pour devenir plus compétitive, l’Afrique doit se focaliser sur la valeur ajoutée »

Les pays africains sont encore trop dépendants des exportations de produits de base issus des industries extractive et agricole. Dans son dernier rapport, la Cnuced détaille de quelle manière de nouvelles politiques peuvent permettre d’accélérer la diversification des économies.

Mis à jour le 19 juillet 2022 à 13:08
 

 

Conteneurs de marchandises entreposés au port en eau profonde de Kribi, au Cameroun, le 15 mars 2022. © Jean-Pierre Kepseu/XINHUA/REA

 

L’arrêt en 2020 de l’économie mondiale à cause de la pandémie du Covid-19 – qui sévit encore – et les difficultés d’approvisionnement déclenchées par l’invasion russe en Ukraine l’ont déjà confirmé. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) le rappelle dans son dernier rapport, publié le 14 juillet, sur le développement économique en Afrique : pour mieux résister aux chocs économiques globaux, les pays africains doivent diversifier leurs exportations. Encore aujourd’hui, 45 des 54 pays du continent restent dépendants des exportations de produits de base dans les secteurs agricole et extractif.

« Cette concentration des exportations autour d’un petit nombre de produits de base peut être source d’instabilité sur le plan macroéconomique, notamment dans des périodes marquées par une grande volatilité des prix et par des chocs mondiaux », insistent les auteurs du rapport. La Cnuced livre ainsi dans ce document ses indications sur la manière dont les pays africains peuvent montrer davantage de résilience et affirmer leur souveraineté grâce à une plus grande diversification des exportations. Pour l’organisation onusienne, les États du continent doivent d’abord mettre en place des politiques adaptées,  en stimulant les exportations de services à forte valeur ajoutée – comme par l’exploitation du secteur des fintech – puis en élargissant l’accès aux financements des entreprises privées, qui sont pour 90 % d’entre elles des PME.

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« La dépendance vis-à-vis des exportations de produits de base a laissé les économies africaines vulnérables aux chocs mondiaux et a entravé le développement inclusif pendant trop longtemps », a déclaré la secrétaire générale de la Cnuced, la Costaricienne Rebeca Grynspan. Pour Jeune Afrique, Habiba Ben Barka, économiste et cheffe du secteur Afrique à la Cnuced, revient sur les points les plus marquants du rapport.

Jeune Afrique : Quels sont les freins encore existants à la diversification des exportations africaines ?

Habiba Ben Barka : On peut citer le manque de connexions entre les différents secteurs économiques, le manque d’accès aux financements, le manque de politiques publiques adéquates, de même que des capacités de productions réduites. Dans le rapport, notre analyse nous a également permis de démontrer qu’une meilleure utilisation des services permettrait d’ajouter de la valeur à leurs produits pour les rendre plus compétitifs. Toutes les chaînes de valeur sont à revoir pour transformer les infrastructures, augmenter les capacités de production, développer la formation pour recruter la main-d’œuvre qui permettra la création de produits intermédiaires.

Au cours de la période étudiée, certains pays africains ont pu diversifier leurs exportations mais seul neuf ont pu réduire la concentration de leurs exportations. L’augmentation du nombre de produits exportés ne signifie pas nécessairement qu’il y a eu diversification vers des produits de plus grande valeur, plus sophistiqués, indiquant un changement structurel et des capacités de production plus élevées.

Avec quels types de services à forte valeur ajoutée l’Afrique pourrait-elle devenir plus compétitive ?

Selon la classification de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il y a deux types de services, ceux des secteurs traditionnels comme ceux des transports ou du tourisme, et les services à haute valeur ajoutée, les prestations intellectuelles. Malheureusement, en Afrique, on produit peu ce deuxième type de service. L’offre de services à 80 % reste dominée par le secteur traditionnel.

LA FINTECH PEUT AMÉLIORER LES CANAUX DE CRÉDIT TRADITIONNELS ET AIDER À COMBLER L’ÉNORME DÉFICIT DE FINANCEMENT

Dans notre rapport, nous mettons donc l’accent sur le besoin de diversifier les exportations vers des produits plus sophistiqués, à plus haute valeur ajoutée et donc plus compétitifs autant sur le marché continental que global. La contribution des services dans la sophistication des produits, la digitalisation des processus de transformation peut efficacement contribuer à la compétitivité des entreprises tournées vers l’exportation. Par exemple, en fournissant des services aux entreprises, les technologies de l’information et des communications (TIC) facilitent leur accès à de nouveaux marchés avec des produits nouveaux ou existants.

Ces deux dernières années, les entrepreneurs ont dû s’adapter pour faire face aux mesures restrictives de circulation et les confinements liés à la pandémie. Le secteur de la fintech a explosé sur le continent, notamment dans le mobile money. En conséquence, pour bénéficier de ces changements et capter des financements, les PME africaines doivent investir dans ces nouvelles technologies.

Concernant les financements, vous rappelez que l’Afrique aurait besoin de 416 milliards de dollars d’investissements. De quelle manière devrait être répartie cette somme ?

En Afrique, les PME représentent environ 90 % des entreprises et emploient environ 60 % de la main-d’œuvre. Cela représente 50 millions de PME formelles qui ont un besoin de combler un déficit de financement de 416 milliards de dollars chaque année, selon IFC (Société financière internationale).

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La finance est encore dominée par le secteur bancaire, qui n’arrive pas à répondre à la demande. Malheureusement pour le PME, l’accès à des financements adaptés à leur structure et à des taux abordables reste limité. Se tourner vers les nouvelles technologies va permettre aux PME et aux start-up d’attirer des financements provenant de fonds d’investissement en capital-risque et de business angels, permettant ainsi de diminuer les risques évalués par les banques. La fintech peut améliorer les canaux de crédit traditionnels et aider à combler l’énorme déficit de financement, sous réserve de meilleures politiques mises en place par les gouvernements pour mieux exploiter son pouvoir.

Dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc, Maurice, le Cap-Vert et la Namibie, grâce à un environnement des affaires modernisé, les PME ont davantage accès au financement. Les mécanismes de réduction des risques pour le financement des PME mis en place par le gouvernement sud-africain en témoigne également. De même, les avancées significatives sur le plan des services bancaires mobiles et des prêts sur le marché ont grandement contribué à la croissance des PME au Ghana, au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie.

Nigeria: l’opposition remporte une élection test à 7 mois de la présidentielle

 

À sept mois de la présidentielle nigériane, l'opposition remporte une élection test. Le candidat Ademola Adeleke du Parti démocratique populaire (PDP), le principal parti d'opposition, a remporté dimanche 17 juillet l'élection de gouverneur de l'État d'Osun, dans le sud-ouest du pays. Un revers pour le parti du président sortant Muhammadu Buhari, car il s’agit du fief de Bola Ahmed Tinubu, candidat de la majorité à la présidence.

Cette élection régionale était l'ultime indicateur avant le scrutin présidentiel de février 2023. Et c'est le sénateur d'opposition, issu du PDP, qui a été élu, avec 403 voix, alors que le gouverneur sortant, membre du parti au pouvoir, n'en a remporté que 375, selon les chiffres de la Commission électorale.

Dans les rues d'Osogbo, la capitale de l'État d'Osun, l'annonce de la victoire de l'opposition a été accueillie par des célébrations spontanées : danses, chants et klaxons ont retenti dimanche après-midi.

Tout de blanc vêtu, Ademola Adeleke est resté allongé de longues minutes, savourant son succès, face à terre, avant de se relever en larmes, sous les hurlements de joie de ses proches et soutiens politique. Vaincu de justesse en 2018, le candidat du PDP tient sa revanche avec une avance de plus de 28 000 voix sur le gouverneur sortant Gboyega Oyetola. Ce dernier, membre de l'APC, bénéficiait pourtant du soutien de ses homologues gouverneurs, rapporte notre correspondant à Abuja, Moïse Gomis.

Cette défaite est donc une déconvenue pour le parti du président Muhammadu Buhari, le Congrès des progressistes (APC), mais aussi un avertissement sévère pour Bola Ahmed Tinubu. Car l’État d'Osun est le fief de ce dernier, candidat du parti au pouvoir à la présidentielle de février prochain pour succéder au président sortant Muhammadu Buhari, qui ne représente pas après deux mandats. Le sud-ouest du Nigeria est une région à dominante Yoruba, où Bola Ahmed Tinubu est surnommé « le Parrain » pour son influence et ses réseaux

« La volonté du peuple doit toujours être respectée », dit Buhari en félicitant Adeleke

Alors que le bilan de Gboyela Oyetola était plutôt positif, les électeurs d’Osun ont signifié qu'ils voulaient du changement. Beaucoup d'entre eux justifiant leur vote à cause de l'inflation, l'insécurité et le manque de direction dans l'ensemble du pays.

Beau joueur, le président Muhammadu Buhari a rapidement reconnu la victoire Ademola Adeleke. Dans un communiqué publié à la mi-journée, il a écrit : « Le peuple d'Osun a exprimé sa volonté, a-t-il dit, et la volonté du peuple doit toujours être respectée dans une démocratie ». La déclaration du président nigérian est en adéquation avec l'accord de paix signé mercredi entre les candidats qui se sont engagés par écrit à accepter le résultat de l'élection. Pour garantir un scrutin sans heurts, la police avait déployé plus de 23 000 agents ainsi que des hélicoptères et des drones. 

Des félicitations bien reçues par le nouveau gouverneur d'Osun, mais loin de la ferveur et tonalité que le message vidéo posté en story sur Instagram par le chanteur Davido : ce dernier est le neveu et supporter très passionné d’Ademola Adeleke.

Les observateurs électoraux ont déclaré que le scrutin, qui a connu une forte affluence, s'est déroulé dans le calme, tout en ajoutant que les achats de voix restaient monnaie courante.

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L’UE et le Niger signent un nouvel accord pour lutter contre les trafiquants d’êtres humains

 

Depuis 2015, le Niger a mis en place une politique de dissuasion pour réduire l’attractivité de son territoire devenu terre de transit pour les migrants. Une politique liée à des subventions de l’Union européenne.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet

Selon la Commission européenne, la coopération avec le Niger « passe à la vitesse supérieure » grâce à la signature de ce partenariat opérationnel pour combattre le trafic d’êtres humains. Depuis 2017, 700 criminels ont été arrêtés. Le nouvel accord avec l’UE doit permettre au Niger d’augmenter l’impact de l’équipe d’enquête conjointe qui a été établie dans le cadre de la mission civile européenne (EUCAP) Sahel-Niger.

Et selon Hamadou Adamou Souley, ministre nigérien de l’Intérieur, ce nouvel accord de coopération permettra à la fois de protéger les frontières, de protéger les migrants et d’améliorer les conditions de vie de tous : « Tout ce que ces migrants demandent, c'est de vivre dignement ; c'est d'être traité comme des êtres humains. C'est ce que le Niger essaie de leur offrir comme opportunité. C'est pour cela que nous ouvrons nos frontières à ces migrants et nous essayons autant que faire se peut de les accompagner. »

Pour Hamadou Adamou Souley, l’important est désormais de concrétiser les nouveaux projets évoqués par la commissaire européenne aux Affaires intérieures lors de sa visite à Agadez, à savoir des projets de développement économique qui permettront de donner de nouvelles activités à ceux qui vivaient autrefois de la migration.

France – Afrique : chacun voit treillis à sa porte

Réélu, Emmanuel Macron entend repenser d’ici à la fin de l’année le dispositif militaire français en Afrique. Après les frictions sahéliennes, la définition de cette nouvelle stratégie devra employer des mots bien choisis…

Mis à jour le 15 juillet 2022 à 14:55
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

© Damien Glez

 

Chef des armées échaudé craint-il l’Afrique ? Pour la France en Afrique, la question militaire n’est jamais bien loin de la question politique et vice versa. Au moment où les dernières traces de rangers de la force antijihadiste Barkhane vont être balayées par les vents du Sahara, la France tente de redéfinir ses rapports avec le continent – et singulièrement avec le Sahel meurtri –, tout autant sur les plans de la « philosophie générale » que de la « logistique opérationnelle ». Un exercice d’équilibriste qui consiste à marcher sur des œufs de pintade, dans une Afrique francophone traversée par des sentiments anti-français, aussi nuancés soient-ils.

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À l’intérieur même du Landernau français, la parole n’est pas univoque. Pour une certaine société civile – notamment une quarantaine d’associations et d’universitaires qui appellent à une refondation de la politique française au Sahel –, le « chevalier blanc » des années 2010 n’est ni guéri d’une certaine morgue postcoloniale, comme le prouve la « convocation » de chefs d’État africains au sommet de Pau en janvier 2020, ni affranchi de déclarations par trop lapidaires, ni absout de décisions mal perçues, comme l’imposition de conditions d’entrée aux forces armées maliennes à Kidal, en 2018

Bâtir une « intimité plus forte »

Dans un discours au ministère français des Armées, en prélude d’un 14 juillet toujours ronflant, Emmanuel Macron a donc annoncé, à la veille du défilé, une nouvelle loi de programmation militaire, en même temps qu’un dispositif « repensé » en Afrique. « Une nécessité stratégique » qui esquisse des réponses à chaque type de critique.

La majorité législative macronienne, désormais relative, trouve-t-elle la France trop dépensière sur le continent ? Des dispositifs militaires « moins posés » devront permettre une redéfinition du budget pour la période 2024-2030, au-delà du second quinquennat.

L’opinion domestique pleure-t-elle trop de soldats ? Lesdits dispositifs seront « moins exposés » tout autant que « moins posés ». Les Africains jugent-ils l’Élysée hautain ? Emmanuel Macron veut bâtir une « intimité plus forte avec les armées africaines », le tout dans une combinaison inédite d’actions diplomatiques, militaires et de développement de la France sur le continent.

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Le budget des Armées va certes augmenter en 2022, mais les dépenses en Afrique ne suivront pas automatiquement la croissance globale. Et pas seulement parce que tel ou tel putschiste boude. Avec la crise ukrainienne, le président français rappelle que « les conflictualités s’intensifient ».

Il reste à déployer ce « nouveau » discours français sur le continent africain. Si Emmanuel Macron semble éviter le sol sahélien, il est annoncé, le 27 juillet, dans un Bénin de plus en plus confronté à la contagion jihadiste. Quant au « francophile » Niger, il reçoit Sébastien Lecornu, le nouveau ministre français des Armées, et son homologue des Affaires étrangères Catherine Colonna.

Le Ghana à nouveau à la merci du FMI

 Nana

 

Le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, en mars 2021. © Ghana presidency

 

Le FMI est à nouveau au chevet du Ghana. Une humiliation pour le président Nana Akufo-Addo. Il a été élu en 2016, en promettant de se passer désormais de l’aide internationale.

Une équipe du FMI a terminé mercredi une première mission d’évaluation des besoins. C’est la 17e intervention du fonds depuis l’indépendance du Ghana. La croissance robuste de ces dernières années avait donné aux Ghanéens l’espoir de parvenir rapidement à l’émergence. C’est sur cette base que le président avait donné un cap à son pays : Ghana Beyond Aid, le Ghana au-delà de l’aide. Mais cette prospérité largement financée par la dette était fragile. L'économie ghanéenne n'a pas réussi à sortir de l'informel : sur 13 millions d’emplois, seulement 2,4 millions sont déclarés et donc soumis à l’impôt.

Le Covid puis la guerre en Ukraine ont laminé l’économie ghanéenne

Des évènements qui ont fait basculer tous les indicateurs dans le rouge cette année. La croissance tourne au ralenti, bien en dessous du nécessaire pour faire rentrer des recettes fiscales. L'endettement public s'est envolé, il représente 80 % du PIB. D'après les derniers chiffres publiés hier, l’inflation frôle les 30 %. Le Ghana est l'un des pays africains les plus affectés par cette brutale flambée des prix. Le cedi, la monnaie nationale, s’est effondrée. Sa valeur a chuté de 20 % face au dollar depuis le début de l’année. Les Ghanéens ont aujourd'hui du mal à joindre les deux bouts pour se nourrir et s'acheter du carburant, et ils manifestent bruyamment leur mécontentement dans la rue. Mais le gouvernement ne peut plus leur venir en aide, les caisses sont vides et le déficit de la balance des paiements courants a explosé, ce qui complique les importations.

 

Quels moyens pour enrayer la crise ?

Pour endiguer l’inflation, la Banque centrale a déjà relevé deux fois son taux directeur, il est aujourd’hui à 19 %. Mais ces décisions doivent infuser plusieurs mois avant que leur effet ne se fasse sentir. L’État a mis en place une nouvelle taxe sur les paiements électroniques supérieurs à 100 cedis, soit l’équivalent de 13 dollars. Un impôt à 1,5 % très critiqué et bien insuffisant à renflouer rapidement les caisses de l’État. Le Parlement ghanéen est aujourd’hui sans majorité, il est donc impossible dans ces conditions de faire adopter des réformes. Le président Nana Akufo-Addo a donc fini par se résoudre à se tourner vers le FMI dont il voulait tant se passer. Il paie aussi le prix de ses erreurs passées : les dépenses financées par le recours à la dette ont trop souvent servi à faire des cadeaux en période électorale ou à lancer des projets pharaoniques sans retombées réelles sur l'économie.

Le Ghana prend-il le même chemin que le Sri Lanka ?

La menace du défaut de paiement est moins imminente qu'elle ne l'était pour l'archipel parce que les grosses échéances de sa dette sont plutôt dues en 2023. Mais le coût de la dette s’est envolé et depuis le début de l’année, l’État est de fait dans l’incapacité de recourir au marché pour se financer. Dans l’impasse, Accra a donc un besoin urgent de l’argent frais du FMI. Le fonds, bien sûr, demandera des efforts, des coupes dans les dépenses ou de nouveaux impôts. Une potion amère que les Ghanéens ne sont pas prêts à avaler les yeux fermés.

► En bref

Le FMI réactive son programme d'aide au Pakistan, débloquant un prêt de 1 milliard 170 millions de dollars.

Une aide vitale pour ce pays lui aussi au bord du défaut de paiement. En échange, le gouvernement a accepté de supprimer un certain nombre de subventions sur l'énergie et le prix du carburant est remonté de 50 %. Des mesures que le gouvernement précédent avait repoussées. Au total, l'aide actuelle du FMI se monte à plus de 4 milliards de dollars.