Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Mali : l’État islamique au Grand Sahara à la conquête du nord-est du pays 

Analyse 

Depuis le début du mois de mars, l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) combat les Touaregs du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) dans la région de Ménaka et de Gao. Une lutte sans merci pour le contrôle d’un territoire clé d’où se retire la force française Barkhane.

  • Laurent Larcher, 
Mali : l’État islamique au Grand Sahara à la conquête du nord-est du pays
 
Un combattant du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA), lors d’une patrouille dans le désert malien, le 14 mars 2020.SOULEYMANE AG ANARA/AFP

C’est la guerre dans la guerre au Mali. Le 27 mars, l’État islamique au grand Sahara (EIGS) a encore affronté le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA), une milice touarègue daoussak signataire de l’accord de paix d’Alger. Ils se sont combattus à Ménaka et aux environs de Gao, dans le nord-est du pays, sans que l’on sache de manière indépendante le nombre de personnes tuées, combattants et civils.

→ ANALYSE. Au Mali, la situation sécuritaire se dégrade dangereusement

Le territoire le plus dangereux du Mali

Depuis le début du mois de mars, l’EIGS et le MSA se font la guerre dans cette région malienne proche du Niger, selon des sources onusiennes, françaises et locales. Une zone considérée comme la plus dangereuse du Mali, abandonnée par l’État et revendiquée par les indépendantistes touaregs. C’est par cette région que passent aussi les routes de la drogue et des migrants venus des pays côtiers subsahariens pour rejoindre le Maghreb et le Machrek : en premier lieu, la route libyenne empruntée par l’essentiel des trafics à destination de l’Europe.

Une région où se sont enracinées, depuis la fin des années 1980, les différentes branches salafistes parrainées par des pays du Golfe et où prospérèrent les groupes djihadistes, tous partisans de l’islam salafiste. C’est dans ce kaléidoscope incontrôlable que l’EIGS affronte le MSA et leurs alliés du Cadre stratégique permanent (CSP, la plateforme des groupes signataires de l’accord d’Alger, majoritairement touaregs) pour en avoir le contrôle.

Un conflit qui se joue aussi sur fond de rivalités communautaires entre les Touaregs daouassak du MSA et les Peuls, majoritaires au sein de l’EIGS. Vivant tous de l’élevage, ils se disputent l’accès aux pâturages et aux points d’eau. À plusieurs reprises, les deux camps ont été accusés par les grandes ONG de défense des droits de l’homme de commettre des exactions sur les civils. Le bureau des droits de l’homme de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) a ainsi accusé les Touaregs du MSA de graves exactions contre les Peuls en avril 2018.

Des affrontements dans les principales villes de la région

Depuis trois semaines, l’EIGS et le MSA se sont violemment opposés dans les communes et les environs de Tamalat, Inchinanane, Andéramboukane, Talatai. À chaque fois, l’État islamique a pris le dessus avant que le MSA, appuyé par le Gatia (1), puisse reprendre pied dans les villes où ils venaient d’être attaqués. Mais tout indique que l’EIGS semble de plus en plus fort dans cette région comme au Burkina et au Niger voisins.

Une montée en puissance qui contredit la série de propos victorieux tenus ces dernières années par la ministre française des armées, Florence Parly, sur les coups décisifs portés contre ce groupe et ses leaders. La mort de leur chef emblématique, Abou Walid Al Sahraoui, tué à la fin du mois d’août 2021 par Barkhane n’a pas été le succès majeur comme l’avait aussi proclamé Emmanuel Macron dans un tweet imprudemment triomphal.

L’État islamique vise aussi l’armée malienne et la Minusma

Preuve de sa vitalité, l’EIGS s’attaque aussi à la Minusma et à l’armée malienne (Fama). Jeudi 24 mars, il s’en est pris à un convoi de la Minusma vers Tessit, au sud d’Ansongo, dans la région de Gao. Et 16 soldats maliens ont été tués lundi 21 mars à Tessit et à Boni (centre) dans deux attaques distinctes, dont la première a été revendiquée par l’organisation État islamique. Comme l’écrit le journal burkinabé Le Pays dans son édition du 28 mars, « ce regain d’activisme de l’EIGS a d’autant plus de quoi inquiéter que l’on croyait la bête immonde mortellement touchée, cela après l’élimination, l’an dernier, par l’armée française, de plusieurs de ses cadres dont l’emblématique Abou Walid Al Sahraoui ».

→ À LIRE. Au Sahel, un après-Barkhane lourd d’incertitudes pour toute la région

Cette intensification des combats n’est pas sans lien avec le départ annoncé et commencé de la force Barkhane du Mali. Présente dans cette région troublée, la force française achève son retrait de Gossi, a commencé celui de Ménaka et prépare celui de sa dernière base malienne, Gao. « Nous aussi, nous avons noté une recrudescence des attaques de l’EIGS. Il a retrouvé une liberté d’action dans cette zone du Mali, mais il ne s’en prend pas à Barkhane », souligne une source militaire à Paris. « À présent, écrit Le Pays, tout se passe comme si les terroristes voulaient profiter du vide laissé par la force française pour occuper des espaces où ils comptent continuer à exercer leur influence. »

(1) Autre groupe armé touareg, issu de la communauté imghad, signataire de l’accord de paix et pro-Bamako.


 Tout d'abord un ouvrage écrit par un Burkinabè originaire de Diébougou

 

 

livre

 

Mariages mixtes, interethniques et interreligieux, rencontres de dialogue interreligieux, relations oecuméniques, développement de la parenté à plaisanterie, ces réalités contribuent à la recherche de la paix dans une cohésion sociale nationale. Mais il faut aller plus loin et parvenir à ce que les individus, les groupes ethniques et religieux adoptent la pratique de l'hospitalité comme éthique globale dans le contexte de brassage des cultures, des religions. La pratique de l'hospitalité est le préalable de toute vie en société, car son intention première est d'accueillir l'autre ou d'être accueilli par l'autre dans une attitude de vulnérabilité et de responsabilité, sans avoir peur du risque. Trait de civilisation, l'hospitalité est aussi de l'ordre du mystère chrétien. En tant que telle, elle devrait constituer un élément de base de la vie chrétienne. C'est donc en la pratiquant que l'Église-Famille de Dieu au Burkina Faso peut vivre de la vie du Christ, lui-même maître en hospitalité, et la transmettre en allant vers les autres à la manière de la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. La pratique pastorale de Mgr Anselme Titianma Sanon dans ses relations avec les musulmans et les communautés de la Religion traditionnelle africaine ont inspiré l'écriture de ce livre.

 

Biographie de l'auteur

Sie Mathias Kam est prêtre du diocèse de Diébougou au Burkina Faso. Il a exercé le ministère pastoral en paroisse (Burkina Faso et France) et assuré le service de coordination des oeuvres de charité et de développement dans le diocèse de Diébougou. Il a été secrétaire général de la commission épiscopale de la pastorale des migrants, membre du Comité international catholique pour les migrants (CICM) et secrétaire pour l'oecuménisme et le dialogue avec les musulmans dans mon diocèse. Aujourd'hui, il est chargé de la coordination des commissions épiscopales de la conférence épiscopale Burkina-Niger.
 
 
Autre livres sur le même sujet :    Amazon.fr : dialogue interreligieux
 

« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine

Critique 

Conjuguant la philosophie et la foi chrétienne, Bertrand Vergely développe l’idée d’une recherche sensible d’un équilibre plutôt que d’un chemin d’héroïsme.

  • Christophe Henning, 
« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine
 
Frère Jean au Skite Sainte-Foy, monastère orthodoxe des Cévennes, le 10 juin 2013.ALAIN TENDERO/DIVERGENCE

Dieu veut des dieux, La vie divine

de Bertrand Vergely

 

Mame, 240 p., 14,90 €

« Il faut que l’homme en prenne conscience. Il y a quelque chose non seulement de royal, mais de divin en lui. » S’appuyant sur la quête philosophique comme sur la foi chrétienne, le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely invite à plus d’ambition : l’homme ne croit pas seulement pour être plus humain, mais pour vivre de la vie divine qui est en lui. Il ne s’agit pas d’un chemin d’héroïsme mais plutôt d’une recherche sensible d’un équilibre : «La vie divine renvoie à la vie très concrète et très charnelle avec ses présences, ses vertus, ses surprises, ses finesses et ses saveurs. Elle renvoie également à la vie très spirituelle avec sa sagesse, sa beauté, sa liberté et sa droiture. »

→ LIRE AUSSI. « Vouloir ainsi supprimer la mort est en réalité suicidaire »

La démonstration, qui ne fait pas l’économie d’une recherche philosophique exigeante, passe par Diogène et Socrate, Pascal et Héraclite, et d’autres encore. Qu’il s’agisse de l’être, de l’âme, c’est la dimension intérieure qui fait surgir la vie divine. « Certains la libèrent, d’autres pas. Quelque chose fait que nous sommes nous-mêmes. Souvent, trop souvent, on n’arrive pas à libérer ce quelque chose. Parfois, cependant, on y arrive. On a alors affaire à une manifestation étonnante. Enfin, on est soi. »

La promesse

Loin d’être une fuite, la vie divine conduit à la pleine existence, à une réelle présence au monde. Accédant à une « divine droiture » ou encore à une « divine liberté », l’homme peut goûter cette vie divine dans le concret des jours : « La vie divine n’est pas simplement une réalité perceptible dans la finesse de l’existence et les surprises que celle-ci peut réserver. Elle est aussi une façon d’être. »

→ LIRE AUSSISe questionner, c’est éveiller Dieu dans l’homme

« Nous sommes le monde. Le monde n’est pas en face de nous. Il est nous. La vie est en nous, non à l’extérieur de nous », insiste l’auteur, poussant la réflexion à une vision holistique du monde. Professeur à l’Institut Saint-Serge, à Paris, Bertrand Vergely invite ainsi à cette audace de « l’homme divin », qui s’appuie sur la promesse : « Dieu veut des dieux. » Alors, explique-t-il encore, « nous sentons que nous sommes éternels ». Quant à Dieu, précise-t-il, « Dieu est Dieu parce qu’il est Dieu. Il savoure d’être ce qu’il est. Il est la saveur infinie d’être Dieu. » Mais encore, « Dieu n’est pas ce que l’on croit. Il est la délicatesse même, la délicatesse étant la seule à être plus puissante que la puissance. »

« Dieu veut des dieux »  : un essai exigeant sur la quête de vie divine
 
 

« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître 

Critique 

Dans Des pauvres au pape, du pape au monde, publié le 1er avril aux Éditions du Seuil, le pape François répond à des questions désarmantes de simplicité, posées par des membres de l’association Lazare, qui développe des colocations entre jeunes actifs et anciens sans-abri.

  • Loup Besmond de Senneville (à Rome), 
« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître
 
Le pape François reçoit des membres de l’association Lazare, le 27 août 2021 au Vatican. VATICAN MEDIA/EPA/MAXPPP

C’est un texte du pape d’un genre un peu particulier qui sera publié début avril. Un livre (1) qui est le fruit d’un singulier dialogue entre François et des membres de l’association Lazare, qui développe depuis 2010 des colocations entre jeunes actifs et anciens sans-abri. Et c’est justement à ces seconds que l’évêque de Rome a accepté de répondre, et dont les questions parfois désarmantes de simplicité font entrevoir une facette peu connue du pape François.

Le pape y aborde quelques points de sa vie personnelle, se décrivant comme « un homme quelconque », parfois « soupe au lait » ou « impatient », et même « un pauvre type » qui se lève à 4 heures du matin, non sans mal (« la première demi-heure, c’est un vrai zombi ! », dit le pape en parlant de lui), avant de prier puis de travailler. « Je suis un rêveur », affirme aussi François, reprenant un mot qu’il a souvent employé ces derniers mois dans ses discours. « Je prends parfois des décisions dans la précipitation, dans un sentiment d’autosuffisance », dit-il aussi.

Si François ne révèle aucune information vraiment nouvelle, c’est le ton employé par le pape qui rend ce livre attachant. Revenant par exemple sur les premières heures de son pontificat, il se souvient avoir été « secrètement » ému, et ne pas comprendre vraiment, neuf ans après, pourquoi il a été élu. « Je n’ai pas fait campagne, je n’ai payé personne, je n’ai pas de grands titres universitaires, je suis vieux. Bref : une vraie ânesse ! »

« Le grand péché social du monde est la mauvaise distribution de la richesse »

Mais surtout, au cours de ces plusieurs heures d’entretien mené en 2020 et 2021 par « huit pauvres », ici condensées en une centaine de pages, le pape se révèle en homme inquiet par « ce monde saturé d’injustice, d’arrogance, de dictatures, où la dictature particulière de l’exclusion et de la ségrégation est partout répandue »« Le grand péché social du monde est la mauvaise distribution de la richesse », affirme-t-il encore.

→ ANALYSE. Réforme de la Curie, une nouvelle conception du pouvoir ?

Mais dans ces pages, il est aussi celui qui conseille ceux qui ont traversé la « galère », comme disent eux-mêmes les membres de Lazare au tout début du livre. « Je sais que le découragement menace toujours, mais nous pouvons aider, tendre la main à ce pauvre, lui demander de faire un pas et l’accompagner jusqu’à ce qu’il l’ait fait. C’est notre devoir », dit le pape. Tel un grand-père consolant ceux qui se confient à lui.

« Des pauvres au pape, du pape au monde », un improbable dialogue dans un livre à paraître
 

(1) « Des pauvres au pape, du pape au monde », du pape François, 120 p., 13,50 €.

« L’atmosphère est totalement différente » : comment le pape François redéfinit le rôle de la Curie 

Enquête 

Dans une nouvelle constitution, publiée samedi 19 mars, le pape François fait de son appareil de gouvernement un outil plus tourné vers le monde, et chargé de faire remonter du terrain les meilleures initiatives prises par les catholiques. Un changement de culture radical.

  • Loup Besmond de Senneville, à Rome, 
« L’atmosphère est totalement différente » : comment le pape François redéfinit le rôle de la Curie
 
Le cardinal Marcello Semeraro (à d.) et Mgr Marco Mellino (au centre), lors de la présentation du programme de réforme de la Curie romaine, lundi 21 mars au Vatican.DOMENICO STINELLIS/AP

François est-il en train de mettre fin à la toute-puissance de la Curie ? En publiant, samedi 19 mars, la nouvelle constitution de la Curie romainePraedicate evangelium, dont les 250 articles entreront en vigueur le 5 juin, le pape François redéfinit très largement le périmètre et le rôle de l’appareil de gouvernement de l’Église.

À tel point que certains pronostiquent un affaiblissement général pour une administration qu’ils percevaient autant comme déconnectée du terrain que toute-puissante.

Un changement de culture déjà engagé

En réalité, en affirmant que la Curie romaine n’est plus seulement une administration au service du pape mais une forme de mission au service des évêques, François rappelle que ceux qui travaillent dans les divers dicastères ont d’abord une mission d’assistance de l’Église, et plus seulement de contrôle. Le texte publié samedi vient en fait expliciter un changement de culture déjà progressivement mis en œuvre depuis le début de son pontificat.

« Il y a plusieurs années, lorsque nous venions, nous avions l’impression d’être devant des inspecteurs », témoignait ainsi un évêque français à l’automne dernier, lors de la visite ad limina des responsables catholiques français, au cours de laquelle tous les évêques du monde doivent venir à Rome pour rendre compte de leur mission. « Désormais, on a l’impression d’être davantage écoutés, poursuivait la même source. Nos interlocuteurs nous posent des questions, nous écoutent. L’atmosphère est totalement différente. »

Un outil pour être en prise avec le monde

Ce rôle de la Curie comme outil permettant au Vatican d’être en prise avec le monde – par exemple à travers des consultations des conférences épiscopales avant la rédaction d’un texte important – est clairement exprimé dans la constitution.

→ EXPLICATION. Vatican : les précédentes réformes de la Curie romaine

« Parce qu’elle est un instrument au service de la communion, la Curie romaine, en vertu de la connaissance qu’elle tire de son service à l’Église universelle, est en mesure de recueillir et d’élaborer la richesse des meilleures initiatives et des propositions créatives en matière d’évangélisation avancées par les différentes Églises particulières », a ainsi affirmé lundi 21 mars Mgr Marco Mellino, le secrétaire du Conseil des cardinaux, au cours d’une conférence de presse.

Le rôle du Synode des évêques

Autre nouveauté exprimée par celui qui fut l’une des chevilles ouvrières du document : il est désormais clair que la Curie n’est plus le seul instrument à la disposition du pape pour diriger l’Église universelle. Là encore, la pratique est déjà mise en œuvre, puisque François a pour habitude de confier des travaux de réflexion à des proches ou des experts n’appartenant à aucun dicastère.

→ EDITO. Réforme de la Curie : conversion

Cette fois, a souligné Mgr Marco Mellino, il s’agit d’aller encore plus loin. « Il est important de souligner que la Curie romaine et le Synode des évêques (…) sont les institutions que le Saint-Père utilise ordinairement dans l’exercice de sa fonction pastorale suprême et de sa mission universelle dans le monde », a déclaré le prélat italien, qui a, pour ainsi dire, mis la Curie et le Synode sur un pied d’égalité : « Ce sont les deux institutions sur lesquelles le pape s’appuie », a-t-il insisté.

À côté d’elles une troisième va perdurer, car le pape a bien l’intention de continuer à réunir régulièrement son Conseil de cardinaux, initialement créé pour penser la réforme de la Curie. François compte s’appuyer sur lui pour prendre ses décisions. Leur prochaine réunion est d’ailleurs prévue le 25 avril.

Renforcement du pouvoir personnel du pape

Mais à côté de ce que François appelle dans le texte une « saine décentralisation »Praedicate evangelium renforce aussi considérablement le pouvoir personnel du pape. Plusieurs articles énoncent ainsi clairement qu’outre les nominations, qu’il opère personnellement, le pape est désormais incontournable pour prendre toute une série de décisions.

C’est le cas, par exemple, pour la constitution d’une commission de travail entre deux dicastères, ou encore de toutes les « décisions et les résolutions concernant des questions d’importance majeure ». Le texte établit également que « dans les affaires importantes ou extraordinaires, rien ne doit être fait avant que le chef d’une institution curiale ne l’ait communiqué au Pontife romain ».

Une fermeté emblématique du mode de travail déjà mis en œuvre par François, qui a pour habitude, après de larges consultations, tous azimuts, de prendre seul ses décisions. « Personne ne peut dire quand finira le pontificat, analysait l’un de ses collaborateurs il y a quelques semaines. Mais une chose est sûre : le pouvoir personnel du pape en sortira indéniablement renforcé. »

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Forme extraordinaire, la « faute d’inattention » des rédacteurs

Dès sa parution, la nouvelle constitution de la Curie a surpris les observateurs les plus attentifs qui n’ont pas manqué d’y relever, dans son article 93, la mention de la « forme extraordinaire du rite romain ».

Or, cette expression a été abolie par le motu proprio Traditionis custodes, qui a très fortement restreint en juillet dernier la possibilité de célébrer la messe tridentine. Interrogé sur ce point, lundi 21 mars, Mgr Marco Mellino, le secrétaire du Conseil des cardinaux, a admis une « faute d’inattention ». « Ce sera corrigé », a affirmé ce juriste italien. Qui a plaidé une « erreur humaine ».