Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Chez les « tradis », les restrictions à la messe en latin ont toujours du mal à passer 

Analyse 

Au cours de l’audience générale de ce mercredi 4 mai, des mères de prêtres doivent remettre au pape François des milliers de lettres lui demandant de revenir sur son motu proprio Traditionis custodes. Promulgué en juillet dernier, l’acte papal limitant strictement la célébration selon la liturgie préconciliaire est toujours très difficilement accepté chez les fidèles de cette forme.

  • Xavier Le Normand, 
Chez les « tradis », les restrictions à la messe en latin ont toujours du mal à passer
 
Célébration d’une messe en forme extraordinaire, à Valence (Drôme), le 20 juillet 2021.NICOLAS GUYONNET/HANS LUCAS AFP

Ce merdi 4 mai, lors de l’audience générale place Saint-Pierre au Vatican, doit être présent au tout premier rang un groupe de Françaises. Venues à pied – en se relayant – de Paris, ces femmes pourront saluer brièvement le pape François pour plaider auprès de lui la cause de leurs fils : prêtres attachés à la célébration selon la liturgie préconciliaire, ceux-ci sont contraints par les nouvelles normes édictées en juillet dernier dans son motu proprio Traditionis custodes.

« Nous sommes venues demander au pape de revenir sur sa décision, au nom de l’unité de l’Église, explique Catherine Balaÿ. Nous voulons lui dire la souffrance et l’incompréhension des prêtres et fidèles touchés par ces restrictions. » Mère d’un prêtre de la communauté Saint-Martin – qui célèbre donc habituellement sous la forme conciliaire –, elle est l’une des cinq mères à avoir parcouru l’ensemble du trajet de Paris à Rome, quelque quarante-cinq autres n’ayant marché que quelques étapes.

« Le grand désarroi de ces fidèles »

Dix mois après sa promulgation, Traditionis custodes est ainsi encore très mal accepté par ceux qu’il concerne. Passant d’un régime de libéralité permis depuis 2007 par la décision Summorum pontificum, cette norme fait désormais de la célébration selon la liturgie préconciliaire une exception sous le contrôle de l’évêque.

Signe que ces normes font toujours polémique : les mères de prêtres arrivent à Rome avec plus de 2 500 courriers de fidèles, pour demander au pape de revenir sur sa décision. « Ces courriers disent le grand désarroi de ces fidèles, insiste Benoît Sévillia, président de l’association qui a organisé la marche des mères et frère d’un prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP). Nous aimerions que le Saint-Père mesure bien que ceux qui sont touchés par sa décision craignent pour leur vie de foi. »

Si Traditionis custodes est si mal reçu par ceux qu’il vise, c’est notamment parce que les raisons qui l’ont motivé ne sont pas comprises. Dans une lettre aux évêques l’accompagnant, le pape François dénonçait une « utilisation instrumentale » de la forme préconciliaire, « toujours plus caractérisée par un refus croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il aurait trahi la tradition et la vraie Église ».

Une mouvance « hétéroclite »

Une analyse contre laquelle les intéressés s’inscrivent en faux. « C’est un miroir déformant de la réalité. Il est reproché aux fidèles attachés au rite tridentin de vivre en dehors de l’Église, mais ce n’est absolument pas le cas », conteste Benoît Sévillia. S’il reconnaît que « certains sont un peu caricaturaux », il assure que « la très grande majorité est engagée dans des missions d’Église, que ce soit par la catéchèse, dans des associations humanitaires ou encore dans l’éducation. »

Les deux visions sont-elles vraiment contradictoires ? « Le monde tradi est très hétéroclite, répond un bon connaisseur de ce milieu. Beaucoup ne sont pas intéressés par les querelles théologiques et reconnaissent tout à fait le Concile, tout en étant attachés à une liturgie qui leur correspond. De l’autre côté, il y a aussi des personnes qui ont profité des libéralités offertes pour n’en faire qu’à leur tête, plus dans un esprit de rupture qu’autre chose. » Et pour cet observateur, le motu proprio de François est coupable de s’appliquer indistinctement, sans faire la part entre les différentes réalités de cette mouvance.

S’il comprend le sentiment de « persécution » – le mot revient très souvent dans les réactions des « tradis » devant l’application de Traditionis custodes par les évêques –, cet observateur appelle toutefois à ne pas s’y limiter. « L’un des problèmes du monde traditionnel est qu’il a beaucoup de mal à faire un travail de remise en cause, il y a beaucoup de revendications, mais jamais d’autocritique », tance-t-il. Il souligne par exemple le refus catégorique de certains de concélébrer ou de présider selon la liturgie de Paul VI et l’absence de réflexion véritable sur ces questions. « Les tradis voient ce qui est injuste à leur égard, mais pas ce qui leur est demandé. »

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Des restrictions… et un assouplissement

Avec Traditionis custodes, il n’est plus possible à tout prêtre de célébrer selon la forme antérieure à la réforme issue du concile Vatican II. Les fidèles sont également limités dans leurs demandes de célébration sous cette forme.

Seules des célébrations autorisées par l’évêque peuvent avoir lieu sous cette forme et doivent être présidées par un prêtre « dûment formé » et ayant « à cœur non seulement la célébration correcte de la liturgie, mais aussi le soin pastoral et spirituel des fidèles ».

Une exception : les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre, créée par des prêtres ayant refusé en 1988 la rupture de Mgr Lefebvre avec Rome, mais attachés à la forme préconciliaire. Selon une dérogation accordée par le pape François, ceux-ci peuvent présider la messe et les sacrements selon la forme préconciliaire, sans restriction.

Le dialogue interreligieux, une nécessité
pour la cohabitation pacifique des croyants.



Article de notre confrère Jean Bipendo, Congolais

Nous vivons aujourd’hui dans le contexte de la mondialisation et du pluralisme religieux, où adeptes de différentes confessions religieuses se côtoient. Dans ce contexte, la cohabitation pacifique est un besoin fondamental et un devoir pour chacun. Or, nous constatons de plus en plus que, dans nos sociétés actuelles, beaucoup de nos contemporains manquent de points de repère. En outre, l’intolérance, la violence, les conflits et les guerres sont omniprésents, parfois même au nom de la religion. On assiste parfois à l’instrumentalisation de la religion ; on utilise la religion à des fins économiques. Quel est alors le rôle des religions ? Les religions sont-elles des facteurs de paix ou de division ?

 

Les religions, baromètres de nos sociétés
L’être humain étant sacré, il me semble que, dans notre contexte actuel, les religions doivent être le baromètre de nos sociétés. Tel était d’ailleurs le souhait du Pape Benoît XVI. Les religions doivent aider à guérir le monde, l’Afrique en particulier, des virus du matérialisme et de l’intégrisme qui guettent les populations. Soulignant le rôle de l’Église dans ce contexte, Benoît XVI déclare que l’Église catholique en Afrique doit “être toujours un des poumons spirituels de l’humanité, et devenir chaque jour davantage une bénédiction pour le noble continent africain et pour le monde entier !” (Africae Munus n° 177).

 

Bien connaître son identité religieuse
Les religions doivent être des lieux où les gens viennent se guérir et se prémunir de ces virus. Cela suppose que les religions soient ouvertes les unes aux autres et que leurs adeptes respectifs soient soucieux de bien connaître leur propre identité. Ne peut concrètement s’engager dans le dialogue interreligieux que celui qui est réellement convaincu de ce qu’il croit. Car l’ignorance est la mère de la méfiance et du mépris. Et c’est dans la mesure où les adeptes de différentes confessions connaîtront bien leur identité religieuse qu’ils pourront s’ouvrir les uns aux au-
tres et participer à la mission de pacifier et d’humaniser le monde.

Le dialogue interreligieux s’appuyant sur les valeurs sociales, morales et culturelles des populations, est ainsi un élément important pour la cohabitation pacifique des croyants. Dans cette perspective, l’exhortation de la Déclaration conciliaire sur les relations de l'Église avec les Religions Non-Chrétiennes reste d’actualité : “L’Église exhorte donc ses fils, pour qu’à travers le dialogue et la collaboration avec les adeptes d’autres religions, menés avec prudence et charité, et en témoins de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles découvertes chez ces personnes.” (Nostra Ætate ).

La religion est une dimension constitutive de la personne humaine et donc de la société comme telle. La religion doit aider à pacifier le cœur de l’homme : “Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain : Qu’est-ce que l’homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu’est-ce que le bien et qu’est-ce que le péché ? Quels sont l’origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu’est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ?” (Nostra Ætate).

Les réponses à ces questions, pour être crédibles aujourd’hui, ne peuvent plus être données en ordre dispersé ou avec des formules toutes faites. Il est nécessaire que les grandes religions se concertent, cherchent à se connaître, à rapprocher leurs points de vue, à découvrir tout ce qu’elles ont en commun, pour empêcher que les hommes se réfugient dans le fondamentalisme et le sectarisme. Les religions doivent ainsi apporter un plus aux valeurs culturelles et sociales des populations, transformer la vie des croyants et les aider à s’accueillir mutuellement et à mieux vivre.

 

Sensibiliser les jeunes
Cela dit, il me semble qu’il est important aujourd’hui de mettre un accent particulier sur la sensibilisation et l’éducation religieuses des jeunes. La mise en valeur de ces deux activités les aidera à prendre conscience de la nécessité de la tolérance et de la cohabitation pacifique, pour prévenir toute forme de criminalité et éviter toute sorte de violence présente aujourd’hui dans toute tranche d’âge. Benoît XVI affirme cela en ces termes : “Si nous tous, croyants en Dieu, désirons servir la réconciliation, la justice et la paix, nous devons œuvrer ensemble pour bannir toutes les formes de discrimination, d’intolérance et de fondamentalisme confessionnel… L’Église témoigne ainsi de l’amour de Dieu, créateur de tous et encourage les adeptes d’autres religions à une attitude respectueuse et à une réciprocité dans l’estime.” (Africae Munus n° 94). Les jeunes étant l’avenir du monde, doivent être éduqués à l’accueil de l’autre dans la différence de sa foi afin de sauvegarder la paix sociale.

Le dialogue interreligieux est donc une nécessité pour la cohabitation pacifique des croyants. Il doit être encouragé et soutenu. Que les religions soient des lieux où les gens viennent s’enrichir les uns aux autres en vue de participer à la mission de pacifier et d’humaniser le monde.

Orthodoxie et catholicisme, deux modèles d’Église ?

 
Chronique
  • Isabelle De Gaulmynrédactrice en chef

Jugeant l’Église catholique trop centralisée le pape François a lancé une réforme pour donner plus de pouvoir aux évêques locaux. L’exemple orthodoxe, où chaque patriarche jouit d’une indépendance totale, montre que le risque de voir se constituer des Églises nationales, voire nationalistes, n’est pas mince.

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  • Isabelle de Gaulmyn, 
Orthodoxie et catholicisme, deux modèles d’Église ?
 
Isabelle de Gaulmyn.BRUNO LEVY

Le Vatican vient de publier une nouvelle constitution. L’objectif : réformer la gouvernance au sein de l’Église catholique. Principale nouveauté, des pouvoirs plus importants reconnus aux évêques et aux conférences épiscopales de chaque pays, par rapport à Rome. C’était d’ailleurs la demande qui avait surgi au moment de l’élection du pape François : les 5 000 évêques « de terrain » n’en pouvaient plus d’un exercice du pouvoir romain hypercentralisé, et d’une Curie qui ne laissait guère de marge de manœuvre, faisant d’eux des sortes de hauts fonctionnaires aux ordres du pape.

→ RELIRE. Réforme de la Curie, une nouvelle conception du pouvoir ?

Lointaine héritière de l’Empire romain, l’Église catholique a toujours été organisée autour de la suprématie de Rome et de son évêque – le pape –, qui joue un rôle prééminent. « Roma locuta, causa finita », dit-on en bon catholique : « Rome a tranché, la cause est entendue. »

Rééquilibrer les pouvoirs

La difficulté, apparue au tournant de ce siècle, c’est que ce qui pouvait convenir pour une Église essentiellement européenne ne l’était plus pour une Église mondialisée de plus de 1,2 milliard de pratiquants. On n’est pas catholique de la même manière en Pologne, au Brésil, au Vietnam ou au Congo… Et tout ne peut pas se décider à Rome.

La nouvelle constitution s’efforce donc de rééquilibrer les pouvoirs au profit des conférences des évêques de chaque pays, la Curie romaine ayant désormais pour mission de se mettre à leur service, et non l’inverse… Une décentralisation qui devrait permettre, souligne Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président des évêques de France, dans un entretien avec La Croix, de mieux prendre en compte « la dimension régionale ».

→ ANALYSE. Les conférences épiscopales, interlocuteurs privilégiés pour la Curie

Mais jusqu’où aller dans cette décentralisation ? Comment s’assurer que chaque pays ne construise pas progressivement sa propre Église, de manière autonome ? Avec la montée des nationalismes au XIXe siècle, le catholicisme s’est gardé de trop favoriser le cadre étatique, pour éviter que l’Église ne soit instrumentalisée ou prise en otage par le politique.

Les limites du modèle orthodoxe

L’exemple orthodoxe actuel montre que cette crainte n’est pas vaine. L’orthodoxie, contrairement au catholicisme, est basée sur l’autocéphalie : chaque Église a son propre patriarche, élu localement, qui jouit d’une indépendance totale, sur le plan juridique comme sur le plan spirituel, par rapport à une quelconque autorité. Il n’existe pas de pape au-dessus d’eux. On ne retrouve pas l’organisation pyramidale du catholicisme.

Ce modèle orthodoxe favorise une forme de « synodalité », c’est-à-dire de discussions entre les patriarches, et de pluralisme. Mais on en voit aussi les limites : ce que l’orthodoxie a elle-même appelé le « phylétisme », et qu’elle considère d’ailleurs comme une hérésie, c’est-à-dire la confusion entre le territoire, où est l’Église, et la nation. Car la prise en compte des intérêts nationaux ou ethniques dans les questions d’Église ouvre la porte à une instrumentalisation de la religion comme arme politique.

C’est exactement ce qui se passe actuellement avec le Patriarcat de Moscou, qui a adopté de manière caricaturale les arguments bellicistes de Vladimir Poutine, dont il épouse totalement la ligne. Avec le risque de l’explosion de l’orthodoxie : les positions de Kirill, alignées sur Poutine, sont rejetées par les autres Patriarcats d’Europe de l’Est, et fragmentent durablement l’unité entre « frères orthodoxes ».

→ TRIBUNE. « Kirill va briser l’unité orthodoxe »

Dans le catholicisme, le risque est moindre. Il n’empêche : on a vu des Églises s’enfermer dans les logiques purement nationales. En France, nous avons connu par le passé une tentation gallicane, qui a conduit à confondre christianisme et nationalisme. Le centralisme romain a ses inconvénients. Mais il permet aussi de porter le regard au-delà de nos frontières pour une Église qui se veut catholique, c’est-à-dire universelle…

Réforme de la Curie : « L’évangélisation en pole position ! 

 

  • Alex et Maud Lauriot Prevost, Délégués épiscopaux à la Nouvelle Evangélisation (Avignon), auteurs de Jésus recrute ! (EDB, 2022)
 

Très engagés dans l’évangélisation dans leur diocèse d’Avignon, Maud et Alex Lauriot-Prevost se réjouissent de la nouvelle constitution de la Curie, qui fait de « la prédication de l’Évangile » le cœur de la mission de l’Église. Une invitation aussi à « quitter l’entre-soi catholique ».

  • Maud et Alex Lauriot Prevost, 
Réforme de la Curie : « L’évangélisation en pole position ! »
 
« Dès à présent, sur le terrain, nous sommes tous invités à quitter l’entre-soi catholique que dénonce si souvent François. »STEFANO SPAZIANI/DPA/MAXPPP

La nouvelle constitution de la Curie – Praedicate evangelium – apparaît comme un vrai « traitement de choc » comme le titrait La Croix du 21 mars : l’évangélisation, la « prédication de l’Évangile » comme est dénommée cette réforme, devient désormais la priorité institutionnelle et donc pastorale du Vatican, et en cela, de toute l’Église, du pape, des évêques, des clercs – et des laïcs, insiste la réforme.

Nous vivons cette étape soixante ans après l’ouverture de Vatican II qui se voulait avant tout un concile missionnaire, « pour mieux dire Jésus au monde », expliquait Jean XXIII ; « la nouvelle évangélisation est le plus beau fruit du Concile », affirma pour sa part Benoît XVI.

→ À LIRE. Curie : « La vraie réforme, ce sera quand la doctrine de la foi sera dirigée par un laïc »

Il est sans doute utile en effet de souligner que cette priorité évangélisatrice s’est affirmée de manière croissante au plan théologique, pastoral et spirituel. À la suite du Concile, aux côtés des innombrables fruits qu’il a portés, l’Église fit le triste constat de certaines dérives dans son interprétation, comme la remise en cause de la légitimité de l’évangélisation visant à conduire des non-chrétiens à la foi chrétienne et à porter le Salut du Christ à tout homme.

De Paul VI à François

Paul VI décide alors de rappeler et d’actualiser les fondamentaux de l’évangélisation, en publiant en 1975 l’exhortation « L’évangélisation dans le monde moderne » : il y rappelle que « l’Église est faite pour évangéliser » et qu’on ne peut parler d’évangélisation sans une annonce explicite de Jésus Sauveur, Maître et Seigneur, de Jésus « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).

Jean-Paul II approfondit cet impératif missionnaire en publiant en 1990 l’exhortation « La Mission du Rédempteur » ; il y développe les fondements, la nécessité et la mise en pratique de la nouvelle évangélisation, fil rouge pastoral de son pontificat. Benoît XVI décide pour sa part d’ancrer cette nécessité missionnaire dans l’organisation de l’Église : il instaure en 2010 le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation, puis il convoque en 2012 un Synode pour la nouvelle évangélisation qui fit souffler un vent de Pentecôte sur tous les continents.

Avec l’exhortation « La Joie de l’Évangile » en 2013, le pape François offre à l’Église le texte programmatique de son pontificat, centré sur l’évangélisation, l’annonce et le témoignage du kérygme (1) comme le b.a.-ba de tout renouveau pastoral, puis il va publier ces derniers jours cette réforme majeure de la Curie.

Le plan structurel de l’Église

Ainsi le mandat que Jésus donne à ses disciples – « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20) – se traduit désormais au plan institutionnel comme la priorité phare de l’Église. Elle traduit désormais au plan structurel que toute l’activité de l’Église doit se rapporter à l’évangélisation, que ce soit la doctrine, la liturgie, la pastorale, la sphère de la charité… ; elle engage désormais l’Église et les successeurs de François pour des décennies.

Cette réforme est un signe fort adressé à toute l’Église, à tous les baptisés, elle fixe le cap universellement… et localement : ce « traitement de choc » doit donc s’appliquer à tous les échelons – paroisses, diocèses, mouvements –, invités à s’en emparer et à traduire, dans leurs propres réformes, un changement d’organisation, de priorité et d’état d’esprit. En raison de leur ministère, les évêques sont en première ligne pour lancer et conduire ce chantier dans les diocèses ; toutefois, les prêtres, les religieux et bien entendu les laïcs y ont toute leur place, beaucoup en seront tout à la fois les acteurs, les aiguillons et les fers de lance.

Quitter l’entre-soi catholique

Même si toute la communauté catholique est concernée et doit s’impliquer, c’est aux forces vives actuelles de l’évangélisation en France de se mettre prioritairement au service de ce vaste chantier : sans exclusive bien sûr, nous pensons à tous ceux qui, dans leur grande diversité, se retrouvent très nombreux depuis des années dans les Congrès Mission annuels pour échanger et relire des expériences, réfléchir et se former à la mission, proposer et découvrir de nouvelles initiatives… Fin février dernier, le pape lui-même nous (2) partageait son action de grâce devant toute la vitalité, la diversité et la créativité missionnaire des laïcs qu’il observait en France. Les services de la Conférence des évêques, les diocèses, les mouvements, les diverses institutions ecclésiales pourront s’appuyer sur cette grande vague de fond (et certains le font déjà !) pour mener à bien leur propre réforme structurelle et spirituelle centrée plus que jamais sur l’évangélisation.

→ À LIRE. Réforme de la Curie : des laïcs pourront être nommés à la tête d’un dicastère

Dès à présent, sur le terrain, nous sommes tous invités à quitter l’entre-soi catholique que dénonce si souvent François, et mettre le cap sur la prédication convaincante du kérygme et le témoignage rayonnant de l’Évangile auprès de ceux qui ne viennent pas ou plus à l’église. L’enjeu de ce chantier est donc de mobiliser tous les pratiquants dans l’évangélisation des périphéries de l’Église pour devenir ces « disciples-missionnaires » si chers au pape. Ce chantier va encourager ceux qui y sont déjà engagés, aider ceux qui s’interrogent à franchir le pas, interpeller ceux qui y rechignent ou sont découragés.

Nous y voyons en tout cas l’impulsion d’un grand élan évangélisateur donné à l’Église de France du XXIe siècle, défi si prometteur pour la santé de notre Église et le service de nos frères.

(1) Annonce à chaque homme du Salut en Jésus-Christ.

(2) Avec le Conseil de la Communion Priscille & Aquila.

Séries du ramadan : de la créativité, mais pas trop…

Certains feuilletons dits « du ramadan » essuient les critiques des tenants d’une certaine moralité. Mais aussi, des opposants politiques.

Mis à jour le 14 avril 2022 à 14:38
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

 

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© Damien Glez

 

 

Depuis quelques années déjà, l’Afrique du Nord a inscrit le mois du jeûne musulman dans la modernité audiovisuelle. Comme il existe des films de Noël christianisants et sirupeux, des séries télévisées créées spécialement pour le ramadan agrémentent, en mode telenovelas, la rupture familiale du jeûne. Si la liberté de création ne s’use censément que si l’on ne s’en sert pas, la dramaturgie du millésime 2022 gêne certains aux entournures, en Algérie, en Tunisie ou en Égypte…

Scènes « immorales »

En Algérie, c’est le feuilleton Hab el-Mlouk (“Les cerises”) qui a été suspendu pour une semaine par Ennaha, après la diffusion de quelques épisodes. Convoqué par l’autorité de régulation de l’audiovisuel, le directeur la chaîne privée a sous-entendu qu’il n’avait pas « passé en revue tous les épisodes » dont certains comportent, selon des téléspectateurs, des scènes « immorales ».

La séquence qui a mis le feu aux poudres montre une employée aguicher lascivement son patron – à la limite, selon certains, de la « prostitution » – mais la distance insuffisante qui sépare les protagonistes hommes et femmes est aussi montrée du doigt. Distance évaluée dans un tweet au risque de “french kiss”.

Production tuniso-algérienne, la série Hab el-Mlouk est toujours diffusée sur la chaîne tunisienne Hannibal TV. En Tunisie, c’est plutôt le feuilleton Baraa (“Innocence”) qui fait grincer des dents : le personnage principal entend s’unir avec une deuxième épouse, au nom de la charia qui serait, selon lui, « au-dessus de toutes les autres lois ».

Or, comme aime le rappeler une Marine Le Pen soucieuse de sanctionner le port du voile dans l’espace public, le Code du statut personnel (CSP), promulgué le 13 août 1956 par le président Bourguiba, a fait de la Tunisie un pays pionnier en matière de droits des femmes. Le Parti destourien libre (PDL), formation anti-islamiste, dénonce donc une promotion audiovisuelle de la polygamie et du mariage religieux dit orfi, à savoir non reconnus par la loi.

Al-Sissi, sauveur de l’Égypte

L’ONG Aswat Nissa (“Voix des femmes”) demande à la Haute autorité de l’audiovisuel tunisien (Haica) d’intervenir contre la chaîne privée El Hiwar Ettounsi, tandis que les défenseurs de la liberté d’expression rappellent qu’une œuvre d’art est habilitée à représenter des délits, au bénéfice des débats nationaux sur des sujets tabous.

LA DISTANCE INSUFFISANTE ENTRE LES PROTAGONISTES HOMMES ET FEMMES EST MONTRÉE DU DOIGT

En Égypte, c’est la série politique al-Ikhtiyar de la chaîne On Drama qui cristallise la grogne. Pour la première fois dans le pays, un président en exercice est incarné dans une œuvre de fiction. Les pourfendeurs de ce programme qui tisse reconstitution romancée et images d’archives jugent la représentation d’Abdel Fattah al-Sissi par trop hagiographique.

Le chef de l’État apparaît comme le sauveur d’une Égypte menacée par la guerre civile et la radicalisation islamique. Et le média en ligne Arabi21 de rappeler que même Hosni Moubarak avait refusé un projet de film retraçant son parcours. Dans l’ambiance recueillie et festive du ramadan, chacun voit midi à sa porte audiovisuelle…