Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Le plaidoyer du pape François pour l’unité des chrétiens

Les faits

Présidant les vêpres à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, le pape a appelé mardi 25 janvier les chrétiens à combattre la « peur de la nouveauté » qui paralyse « le long chemin vers l’unité » des chrétiens.

  • Loup Besmond de Senneville (à Rome), 

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Le plaidoyer du pape François pour l’unité des chrétiens
 
Le pape François le 23 janvier 2022.FILIPPO MONTEFORTE/AFP

Entouré de plusieurs responsables chrétiens, le pape François a lancé, mardi 25 janvier à la basilique romaine Saint-Paul-hors-les-Murs, un appel pour que les chrétiens aient « le courage de l’humilité » afin de pouvoir atteindre l’unité. Des propos tenus le dernier jour de la semaine pour l’unité des chrétiens, qui se tient chaque année, et qui a commencé le 18 janvier 2022.

→ À LIRE. Un document du Vatican analyse l’impact actuel et futur de la pandémie sur le mouvement œcuménique

« Combien de fois l’orgueil a été le véritable obstacle à la communion ! », s’est ainsi exclamé le pape, prononçant l’homélie des vêpres qu’il présidait, en présence du métropolite Polykarpos, représentant le patriarche de Constantinople, et de Ian Ernest, présent au nom de l’archevêque de Cantorbéry.

Le « long chemin vers l’unité »

« Les Mages, a poursuivi le pape, ont eu le courage de laisser leur prestige et leur réputation chez eux, pour s’abaisser dans la pauvre petite maison de Bethléem. » S’appuyant sur la figure des rois mages, célébrés bien au-delà de l’Église catholique au mois de janvier, il a poursuivi : « S’abaisser, quitter, simplifier : demandons ce soir à Dieu ce courage, le courage de l’humilité, seul moyen de venir adorer Dieu dans la même maison, autour du même autel. »

Le « long chemin vers l’unité », peut parfois être paralysé par la peur, a aussi admis François. « C’est la peur de la nouveauté qui ébranle les habitudes et les certitudes acquises ; c’est la peur que l’autre ne dérange mes traditions et mes schémas consolidés », a développé le pape.

Mais dans la vaste basilique de Saint Paul hors les murs, le pape a repris un argumentaire qu’il avait déjà développé, presque un an plus tôt, dans le désert d’Ur, en Irak, encourageant les croyants et leurs responsables à dépasser leurs différends en « regardant vers le ciel ».

Prier les uns pour les autres

Dans la figure des mages, a ainsi développé François, « nous pouvons voir le reflet de nos diversités, de nos traditions et expériences chrétiennes diverses, mais aussi notre unité naissant d’un même désir : regarder le Ciel et marcher ensemble sur la terre. » C’est précisément de ce regard vers le ciel que peut venir « l’unité parfaite ».

→ CRITIQUE. « En quête d’unité » de Patrice Mahieu et Alexandre Galaka : conversation entre un orthodoxe et un catholique

Comme il en a l’habitude, le pape a appelé à une forme d’unité spirituelle, par-delà les discussions et les querelles théologiques. « Ne nous lassons pas de prier les uns pour les autres et les uns avec les autres », a-t-il martelé.

Œcuménisme de la charité

Comme souvent en ces circonstances, le pape François a évoqué, sans le nommer ainsi, « l’œcuménisme du sang », qui réunit les martyrs, sans distinctions de confession. « Dans le Ciel, brillent ensemble de nombreux martyrs, sans distinction de confession : ils nous indiquent, à nous sur terre, une voie précise, celle de l’unité ! », a-t-il ainsi martelé.

Prolongement logique de l’engagement spirituel, la réelle recherche de l’unité doit aussi passer pour François par le service rendu aux plus pauvres. « Servons les nécessiteux, servons ensemble Jésus qui souffre ! », a-t-il exhorté. Un « œcuménisme de la charité » qu’il avait déjà développé en Grèce, début décembre, dans ce pays où la petite minorité catholique cohabite, parfois avec difficulté, avec la puissante Église orthodoxe.

 

Mali : les précieux manuscrits de Tombouctou

Mis à jour le 21 janvier 2022 à 09:45
 

 

Un ancien manuscrit pris avec précaution afin de le nettoyer de sa poussière, à l’Institut Ahmed Baba, le 28 octobre 2021, à Tombouctou. © © Nicolas Réméné pour JA

 

La « cité mystérieuse » accueille la deuxième promotion d’étudiants formés aux métiers du livre ancien. De la conservation à la numérisation de ces ouvrages, un travail colossal les attend pour préserver ce patrimoine menacé et les secrets qu’ils renferment.

Dans la salle de travail de l’Institut des hautes études et de la recherche islamique Ahmed-Baba de Tombouctou, le temps semble avoir ralenti. Alors que flottent les grains de poussières et le bruit des brosses sur le papier, six étudiants ont entre les mains l’un des patrimoines les plus précieux de la région.

Cérémonieusement, ils répètent les mêmes gestes : soulever les feuilles, une à une, de la pointe d’une lichette de bois, puis, du plat du pinceau, débarrasser les encres et les papiers centenaires de la poussière.

Ils sont ainsi une trentaine, venus de tout le pays, à prendre part à la deuxième promotion des métiers du livre et manuscrits anciens au sein de cet établissement emblématique de la cité du nord du Mali. « On trouve à Tombouctou des manuscrits issus de toute la région, témoins de la richesse des échanges qui avaient lieu ici à une époque. Au-delà de sauver ces manuscrits, il s’agit de mettre en valeur l’histoire qu’ils racontent. Ce sont des puits de sciences et de savoir, qui traitent aussi bien d’astronomie, de médecine, d’arithmétique, de théologie ou de droit », s’enorgueillit Mohamed Diagayete, directeur général de l’Institut Ahmed-Baba.

Grandeur passée

Sous sa direction, et depuis 2019, sont formés les codicologues, conservateurs, bibliothécaires et opérateurs de numérisation de demain, qui se chargeront de faire vivre ce patrimoine tombouctien. La cité millénaire, qui fut un carrefour de commerce et de savoir à l’époque médiévale, a vu affluer des chercheurs et apprentis du monde entier venus pour des formations. Les manuscrits, que l’on trouve du Niger à la Mauritanie en passant par l’Algérie, sont les témoins de la grandeur passée de la région.

LES OUVRAGES APPORTENT UNE RECTIFICATION HISTORIQUE AU RÉCIT REDONDANT QUI A TOUJOURS RÉDUIT L’AFRIQUE À SON ORALITÉ

« Tombouctou a beaucoup brillé dans l’histoire, et la crise qu’elle traverse depuis plusieurs années lui a fait prendre beaucoup de retard. Il est extrêmement important que ces manuscrits, témoins de cette histoire glorieuse, soient revalorisés et adaptés au contexte actuel », revendique Boubacar Ould Hamadi, président de l’autorité intérimaire de la région de Tombouctou.

Les précieux ouvrages, dont la datation remonterait jusqu’au IXe siècle, apportent une rectification historique au récit redondant qui a toujours réduit l’Afrique à son oralité, déniant au continent son histoire écrite. Une version ethnocentrée que viennent contredire des centaines de milliers de pages noircies de récits de voyage, de poèmes ou de traités scientifiques.

Longtemps laissés à la merci du temps et de l’usure, ces vestiges font l’objet d’un plan de sauvegarde depuis 2015, sous l’impulsion de plusieurs partenaires internationaux tels que l’Unesco. À l’époque, les précieux codex s’entassent entre Tombouctou et Bamako. Marqués par le passage de la poussière, des insectes et des intempéries, les manuscrits doivent de nouveau être sauvés.

Ouvrages détruits

Ce fut le cas trois ans plus tôt. En 2012, de nombreux ouvrages, encore conservés à Tombouctou, quittent le nord du pays dans des conditions rocambolesques. « Certains ont été cachés dans les quartiers, d’autres sont partis vers Bamako sur des charrettes, à dos d’âne, sur des pirogues, dans des camions, égrène M. Alkhamiss, responsable du laboratoire de conservation. Les manuscrits n’appartiennent pas à Tombouctou, ils appartiennent au monde entier, c’est pourquoi il y a eu tant d’efforts pour les sauver.

À l’époque, la menace est d’une autre nature. Sous les bannières d’Ansar Dine et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les pick-up charrient leur lot de combattants, d’armes à feu et de destruction. Les impudents sont châtiés, et de nombreux biens culturels et patrimoniaux perdus. « Il y a tout de même eu quelques miracles, relativise le Dr Mohamed Diagayete. Ceux qui ont sauvé les manuscrits ont pris tous les risques. »

Si on estime que 4 203 ouvrages ont été détruits sous l’occupation, 300 000 d’entre eux sont toujours conservés à Bamako, dans l’attente que la situation sécuritaire se stabilise dans le Nord. L’institut tombouctien, lui, en compte environ 10 000.

« Tant qu’on les manipule, les manuscrits sont sujets à la dégradation. S’ils se gâtent, c’est un patrimoine et un savoir perdus à jamais », met en garde M. Alkhamiss devant ses apprentis dont il inspecte les gestes d’un oeil vigilant. « Ce que l’on a ici, c’est l’histoire de l’Afrique, l’histoire du grand monde. On ne peut pas laisser ce patrimoine se perdre. S’il disparaît, l’histoire n’existe plus », s’anime-t-il.

À coups de pinceau et de patience

Pour former les futurs gardiens des manuscrits, l’établissement bénéficie d’un financement de 357 000 euros environ offert par le fonds de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), et d’un appui de l’université de Hambourg.

« On commence par le dépoussiérage et le stockage des manuscrits. Une fois ce patrimoine à l’abri, il faudra en ouvrir le contenu au public, notamment en les numérisant et en faisant un important travail d’inventaire », explique Maria-Luisa Russo, spécialiste des livres anciens et coordinatrice au Mali pour les projets de l’université de Hambourg, qui pilote le programme depuis 2015.

LES ÉCRITS DOIVENT ÊTRE NUMÉRISÉS AFIN D’OUVRIR LES SECRETS IMMÉMORIAUX DE « LA VILLE AUX 333 SAINTS » AU MONDE ENTIER

À l’abri de la lumière et des intempéries derrière les hautes cloisons de terre de l’Institut Ahmed-Baba, les ouvrages tombouctiens sont désormais entre les mains des étudiants. Une fois les potentiels nuisibles écartés, à coups de pinceau et de patience, reste le plus gros du travail. Leurs écrits, pour la plupart en arabe, doivent être numérisés afin d’ouvrir les secrets immémoriaux de « la ville aux 333 saints » au monde entier.

Offrir l’accès aux chercheurs

« Les manuscrits sont partie intégrante de la culture de Tombouctou. On y retrouve l’histoire de la ville, l’histoire des savants venus ici, l’histoire de ses saints. On appelle Tombouctou “la ville mystérieuse”, les manuscrits renferment une partie de ces mystères », défend le professeur Maïga, chargé des modules informatiques à l’institut.

Viendra ensuite l’étape du catalogage thématique afin d’en offrir l’accès aux chercheurs nationaux et internationaux. « Ils représentent un apport considérable pour l’étude historique des nombreuses disciplines qu’ils abordent », assure Maria-Luisa Russo.

Mais « la route est encore longue », prévient la chercheuse italienne. À ce jour, il est impossible de quantifier le nombre de manuscrits que possède le Mali. « À Tombouctou, Bamako, Djenné ou Gao, nombre d’entre eux reposent toujours au sein de bibliothèques familiales de particuliers. Beaucoup encore, ont fait l’objet de trafic et ont quitté le pays ou le continent », précise-t-elle.

Des biens privés, souvent conservés dans des conditions inadéquates, et pour lesquels un important travail de sensibilisation reste à faire. Toujours menacés, les manuscrits centenaires, une fois ouverts au public, contribueront au rayonnement de la « Perle du désert », ville éternelle de savoir et de traditions.

livre islam

Guerre des rites et fin du catholicisme

Chronique

La liturgie, dans un monde déchristianisé mais qui a soif de transcendance, est un instrument précieux pour toucher les gens. Mais la volonté des « tradi » de continuer à célébrer dans leur rite manifeste de la dérive individualiste d’une société où célébrer « ensemble » devient impossible.

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  • Isabelle de Gaulmyn, 
Guerre des rites et fin du catholicisme
 
Isabelle de Gaulmyn.BRUNO LEVY

Après la décision du pape François de restreindre l’usage de la liturgie tridentine, c’est-à-dire préconciliaire, l’Église est devenue un champ de bataille entre chapelles différentes, les « tradis » invectivant les « gauchistes ». Et inversement. Ce n’est pas la première fois, le rite est traditionnellement en France une pierre de division, depuis le schisme intégriste lefebvriste. Mais la violence toujours renouvelée des oppositions est assez ahurissante. Et que doivent y comprendre nos contemporains extérieurs à l’Église ? Sans doute rien. Au mieux, ils considèrent cela comme une tradition exotique, une sorte de petit village gaulois qui s’accroche à des querelles incompréhensibles. Si on voulait mettre définitivement l’Église catholique hors du monde, on ne s’y prendrait pas autrement.

→ LE CONTEXTE. Rome confirme la forte restriction de la liturgie d’avant-Vatican II

Dommage, car c’est précisément à cela que devrait servir la liturgie : parler de la foi au monde. Et non à nous étriper. La liturgie, c’est un langage. Une manière de célébrer dans laquelle chacun doit pouvoir entrer, y compris et surtout les non-croyants. Il est vrai qu’on a souvent bâclé la liturgie en France. Trop longtemps on a pensé qu’elle était secondaire pour la religion, car trop loin du quotidien des croyants. On s’est de ce fait accoutumé à des célébrations dominicales moches, sans souffle, et au total terriblement ennuyeuses.

C’est une erreur. La religion sans liturgie réduit l’Église à une ONG humanitaire. Surtout au XXIe siècle. La liturgie, dans un monde déchristianisé mais qui a soif de transcendance, est un instrument précieux pour toucher les gens. Bien plus que tous les discours moraux ou politiques d’une institution ecclésiale totalement décrédibilisée, comme le sont toutes les institutions. La liturgie de la messe offre toutes les composantes pour séduire nos contemporains : on y parle du mystère de la foi à travers la Parole, et pas seulement de valeurs. On y vit quelque chose de beau. Et on le vit ensemble. Une liturgie belle, spirituelle et vécue dans une communion de tous. Le cardinal Lustiger l’avait parfaitement compris, si l’on pense par exemple aux JMJ 1997, à la liturgie baptismale suivie par deux millions de personnes au Parc des Princes. La liturgie devrait être un formidable instrument de transmission de la foi.

→ ANALYSE. Motu proprio : la liturgie, une passion française

Dans ce cadre, et vu la misère fréquente de nos célébrations dominicales, il n’est guère étonnant que les messes traditionalistes, au rituel soigné, aient pu attirer de nouveaux croyants, comme l’avancent leurs partisans. Sauf qu’ils oublient un élément, essentiel : le « ensemble ». Si l’on a chacun son rite particulier, défini en fonction de ses options politiques ou théologiques, la liturgie devient le moyen de marquer sa différence, et donc d’exclure. Les traditionalistes prétendent que rien ne s’oppose à ce qu’ils célèbrent leur messe dans leur coin, avec leur propre conception, celle du XIXe siècle revisité, puisque eux ne s’opposent pas à la messe « normale ». Certes, mais dans une société où il est déjà si difficile de vivre ensemble, et où chacun reste dans sa bulle, quid de la communion de tous que permet la foi, à travers la liturgie ? De ce point de vue, les « tradis » sont en réalité des postmodernes accomplis : affirmant que chacun peut prier comme il veut, ils appliquent à la liturgie l’individualisme de notre société ; on like ou on dislike telle ou telle messe. À chacun son rite, à chacun son Église… Rien ne s’opposera, après, à ce qu’il y ait un rituel LGBT, un rituel genré, un rituel générationnel, un rituel politique radicalisé… Si les « tradis » nous montrent l’avenir, alors l’Église va devenir un vaste supermarché où l’on choisira de vivre la foi en fonction de son identité propre. Ce n’est pas forcément la mort de la religion. Mais ce sera sans aucun doute la fin du catholicisme.

 

André Gounelle analyse l’essence du protestantisme

 

L’auteur André Gounelle tente de dégager, dans son livre Théologie du protestantisme. Notions et structures, ce qui fait la spécificité du protestantisme au-delà de sa grande variété théologique, spirituelle ou organisationnelle.

  • Dominique Greiner, 
André Gounelle analyse l’essence du protestantisme
 
Discussion entre Luther et Zwingli sur les sacrements. (Colloque de Marbourg, 1529). Gravure (eau-forte) de Gustav König (1847), coloriée ultérieurement.AKG IMAGES

Théologie du protestantisme. Notions et structures

d’André Gounelle

Van Dieren Éditeur, 420 p., 25 €

Sous l’étiquette « protestantisme », on peut ranger une trentaine de dénominations différentes. Elles constituent quelques grandes familles (luthérienne, réformée anglicane, méthodiste, pentecôtiste, unitarienne) et relèvent de courants divers : orthodoxe (très attaché à la doctrine traditionnelle et aux formules du XVIe siècle), bibliciste (privilégiant la référence aux Écritures), libéral (soucieux d’une religion éclairée, raisonnable, en dialogue avec la culture), enthousiaste ou inspiré (insistant sur l’action de l’Esprit), piétiste (cultivant une religiosité souvent sentimentale).

Ces familles s’organisent selon des systèmes divers : épiscopalien (où des évêques ont l’autorité), congrégationaliste (ou chaque paroisse locale est indépendante), presbytéro-synodale (où les décisions sont prises par des conseils locaux et des assemblées régionales et nationales).

Cinq Réformes

Ces simples indications incitent à parler de protestantismes au pluriel. Pourtant, c’est le singulier qu’a retenu André Gounelle dans son titre : Théologie du protestantisme. Le projet de l’ancien professeur à la faculté de théologie protestante de Montpellier est en effet de chercher, au-delà du foisonnement des courants, des Églises, des théologies, des spiritualités, des rituels, « les logiques et les principes organisateurs… » du protestantisme.

Sa conviction est que, au-delà de toutes ses variations internes, le protestantisme « se caractérise par une structure et une attitude où se conjugue une diversité qui appelle le pluriel (“les protestantismes”) avec une unité qui autorise le singulier (“le protestantisme”) ». Pour mettre cela en évidence, André Gounelle fait donc plonger son lecteur dans l’histoire du protestantisme, dont il est spécialiste.

Il commence par une mise au point sur son origine. Il n’y a pas une, mais des Réformes au XVIe siècle, insiste-t-il : la Réforme luthérienne, le Réforme réformée, la Réforme radicale, la Réforme anglicane (qui oscille entre le politique et le religieux) et la Réforme catholique. Les trois premières ont donné naissance au protestantisme. « Les partisans de la Réforme ne se sont pas appelés eux-mêmes“protestants”. (…) Ce terme, ils ne l’ont pas choisi ; il leur a été appliqué du dehors, de l’extérieur. Néanmoins, ils l’ont très vite adopté », rappelle l’auteur. « Les protestants se définissent volontiers par deux protestations. D’abord, une protestation pour Dieu contre ce qui le défigure et le masque. (…) Le protestantisme se veut combat contre l’idolâtrie, c’est-à-dire contre toute confusion de Dieu avec une réalité du monde (…) Ensuite, une protestation pour l’être humain, contre ce qui l’écrase et l’asservit… »

Démarche typologique

Ces deux protestations sont portées par les deux principes fondamentaux du protestantisme que sont l’autorité de l’Écriture et le salut gratuit. L’auteur consacre à ces points deux des quatre parties de son livre, exposant de manière synthétique les positions que des théologiens de référence ont pu défendre sur tel ou tel point débattu. Cette démarche typologique permet de « décrire le vocabulaire et la grammaire théologiques du protestantisme » et d’accéder ainsi à « l’essence » ou à « l’esprit du protestantisme », sans en taire la diversité.

Il poursuit avec une partie sur l’Église où sont abordés la question de sa mission, celle des ministères, le culte et les sacrements, et bien sûr la cène. Sur ce dernier sujet, André Gounelle met bien la diversité des positions au sein du protestantisme et peut dire où se situent les points d’accord et les divergences avec la doctrine catholique.

→ NECRO. Eberhard Jüngel, la théologie prise au sérieux

Au terme de son parcours, le théologien, qui s’inscrit dans le courant libéral, en vient à dégager cinq traits qui selon lui permettent de cerner l’essentiel de l’esprit du protestantisme : « 1. Dieu seul est Dieu ; 2. Je suis devant Dieu ; 3. Dieu parle dans la Bible ; 4. Dieu libère ; 5. Dieu fait surgir du nouveau ». Un livre au titre érudit mais qui reste très accessible, grâce au souci pédagogique de l’auteur et à la qualité de son écriture.