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Côte d’Ivoire-Ghana : le « cartel du cacao » a-t-il visé trop haut ?

Mis à jour le 7 octobre 2021 à 10:49


Des cultivateurs de cacao, au Ghana, en juillet 2021. © Muntaka Chasant/Shutterstock/SIPA

Plus de deux ans après la création du « cartel » visant à influencer le marché international de l’or brun, Jeune Afrique dresse un premier bilan des objectifs fixés par les deux plus grands producteurs mondiaux de cacao.

La campagne de commercialisation de la récolte 2021-2022 de cacao a été simultanément lancée à la fin de septembre au Ghana et en Côte d’Ivoire, les deux leaders mondiaux (60 % de la production annuelle). Mais, deux ans après l’alliance formée par ces deux pays pour instaurer un prix plancher sécurisant un revenu supérieur pour les producteurs de cacao, diverses failles apparaissent dans leur stratégie commune.

Différentiels de prix et de production

Premièrement, la stratégie de plafonnement de la récolte à 2 millions de tonnes pour la Côte d’Ivoire et à environ 900 000 tonnes pour le Ghana n’a pas eu le succès escompté. Environ 2,4 millions de t sont sorties des plantations ivoiriennes lors de la saison 2020-2021 qui a pris fin le 30 septembre. Chez le voisin ghanéen, la récolte a été estimée à 1,06 million de t. Pour la nouvelle campagne – en cours –, les deux pays tablent sur une production de 2,1 millions de t pour la Côte d’Ivoire et de 950 000 t au Ghana. Il n’y a pas plus de garantie que ces nouveaux plafonds seront respectés.

Dans un deuxième temps, l’harmonisation des systèmes de commercialisation n’est toujours pas affinée. Le Ghana a un mécanisme comptant moins d’intermédiaires que la Côte d’Ivoire. Depuis Accra, le régulateur du secteur (le Ghana Cocoa Board – Cocobod) emprunte chaque années entre 1,3 milliard et 1,5 milliard de dollars, via des prêts syndiqués auprès de banques locales et internationales, pour financer directement l’achat des fèves auprès des planteurs. En Côte d’Ivoire, le Conseil café-cacao (CCC) attribue, lui, des agréments aux exportateurs, ainsi qu’aux intermédiaires traitants et aux coopératives de paysans. Cette chaîne de sous-traitants est pesante pour les planteurs de cacao.

NI LE NIGERIA NI LE CAMEROUN N’ONT REJOINT LE CARTEL IVOIRO-GHANÉEN

Enfin, si les deux pays ont lancé en 2021 l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, avec un siège à Accra, pour mieux coordonner leurs stratégies, des différentiels de prix importants subsistent, créant des distorsions et incitations délétères pour les producteurs. Ainsi, pour la nouvelle saison cacaoyère, la Côte d’Ivoire a fixé le prix bord champs à 825 F CFA (1,26 euro) le kilogramme de fèves de cacao, en baisse de 175 F CFA sur un an.

Les autorités ghanéennes ont, elles, annoncé un prix de 10 566 cédis la tonne, environ 989 F CFA par kg, soit un prix resté stable par rapport à la saison dernière. « Ce prix est le plus élevé de la sous-région. Tous les pays producteurs envisageaient une réduction des prix bord champs à la suite de l’effondrement du marché terminal du cacao en raison de la pandémie de Covid-19 », s’est réjoui Owusu Akoto, le ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture.

Conséquence : les autorités ivoiriennes suspectent les Ghanéens de contrebande de la production dans la mesure où les prix avantageux du Cocobod incitent les paysans de l’Est ivoirien à écouler leur production au Ghana… Pour ne rien arranger, Abidjan et Accra restent esseulés dans le « cartel » lancé en 2018. Les autres pays producteurs africains comme le Nigeria et le Cameroun n’ont pas encore rejoint l’alliance.

NOUS N’AVONS PAS ENCORE HARMONISÉ NOS SCHÉMAS, MAIS NOUS AVONS PROGRESSÉ SUR PLUSIEURS ASPECTS


Traitement des fèves de cacao au Ghana. Les producteurs de cacao sont confrontés à la vulnérabilité économique. 23 juin 2021. © Muntaka Chasant/Shutterstock/SIPA

Des progrès revendiqués par les autorités

« Nous n’avons pas encore harmonisé nos schémas de mise sur le marché du cacao, mais nous avons progressé sur plusieurs aspects », insiste Yves Koné, le directeur général du CCC. Le dirigeant ivoirien pointe, entre autres, l’entrée en vigueur depuis le début de 2021 du différent de revenu décent (DRD). Cette « prime » de 400 dollars par tonne imposée aux multinationales du cacao (une « taxe » selon elles) sur les contrats de fourniture en or brun. Mais des tensions sont apparues au cours de l’année entre les multinationales et les autorités ivoiriennes comme ghanéennes, qui ont reproché aux premières d’opérer diverses manœuvres pour ne pas s’acquitter du DRD.

« Les exportateurs ont été très fins dans leurs démarches. Ils ont accepté la nouvelle taxe censée améliorer le revenu des planteurs mais, dans le même mouvement, ils ont refusé de s’acquitter ou ont rogné sur la prime de qualité [également appelée ‘différentiel pays’ et dépendante de la qualité des fèves et cabosses de cacao, elle s’ajoute au DRD, ndlr] », décrypte un spécialiste de la filière café-cacao.

LES EXPORTATIONS DE FÈVES BRUTES CONTINUENT DE DOMINER LA FILIÈRE OUEST-AFRICAINE

« Sur la base des ventes anticipées, les paysans auraient dû obtenir 771 F CFA [1,17 euro] par kilogramme au cours de la campagne écoulée. Mais grâce au DRD, les producteurs ont pu recevoir une prime de 229 F CFA le kilogramme, pour un prix bord champs fixé à 1 000 F CFA. Au total, près de 500 milliards de F CFA supplémentaires ont été obtenus par les producteurs », répond Yves Koné.

: L’Italien Claudio Corallo fabrique a Sao Tome l’un des meilleurs chocolats du monde en provenance de sa plantation de cacaoyers de l’ile de Principe

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L’Italien Claudio Corallo fabrique a Sao Tome l’un des meilleurs chocolats du monde en provenance de sa plantation de cacaoyers de l’ile de Principe © Vincent Fournier/JA

Du côté d’Abidjan, les autorités se disent toujours déterminées à accroître la part de la valeur ajoutée de la richesse cacaoyère qui revient aux producteurs et aux acteurs locaux. Elle est estimée à environ 5 % de l’ensemble de la chaîne de valeur, alors que les exportations de fèves brutes continuent de dominer les opérations de la filière sur le continent. La saison 2021-2022 sera un nouveau test sur la solidité et la consolidation du cartel du cacao face aux parades des multinationales du cacao, aux stratégies d’arbitrage des producteurs jouant des différentiels de prix et à l’indifférence d’Abuja et de Yaoundé aux appels du pied d’Abidjan et Accra.

Tchad : comment Mahamat Idriss Déby va changer les piliers de la transition

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 5 octobre 2021 à 14:46


Mahamat Idriss Deby, à N’Djamena le 12 juin. © Vincent Fournier pour JA

Le chef de l’État a remplacé son directeur de cabinet, le Palais a un nouveau secrétaire général et le Conseil national de transition se prépare à choisir son président. Des choix hautement politiques, révélés par Jeune Afrique.

Alors que le dialogue national inclusif se profile à l’horizon et doit se tenir avant la fin de l’année, Mahamat Idriss Déby Itno a décidé de procéder à des ajustements dans ses équipes. Premier changement d’importance : Houdeingar David Ngarimaden a été nommé ce 1er octobre directeur de cabinet du président de la transition, en remplacement d’Aziz Mahamat Saleh.

Considéré comme un technocrate à même de dialoguer avec l’opposition, Houdeingar est un ancien pilier du système de feu Idriss Déby Itno (IDI). Il fut aussi ministre de l’Agriculture, de l’Enseignement supérieur ou encore des Mines. Cadre du Mouvement patriotique du salut (MPS, fondé par IDI), ex-président du Conseil constitutionnel, son nom avait déjà été cité au plus haut niveau après la mort du maréchal comme possible Premier ministre de la transition.

Le chef de l’État lui avait cependant préféré Albert Pahimi Padacké, et l’avait nommé au secrétariat général de la présidence. Ces derniers jours, Houdeingar David Ngarimaden avait été une nouvelle fois envisagé à un autre poste, celui de président du Conseil national de transition (CNT, assemblée provisoire). Selon nos sources, plusieurs membres du Conseil militaire de transition (CMT, organe exécutif) et des cadres du MPS étaient favorables à ce choix.

Nomination controversée

Mais, d’après nos informations, c’est un autre homme qui, cette fois encore, a été choisi : Haroun Kabadi. Jusqu’à il y a peu président de l’Assemblée nationale, ce dernier a en effet beaucoup insisté pour conserver son poste de chef du pouvoir législatif. Il a surtout fait valoir sa maîtrise des arcanes financiers de la chambre basse, où il avait favorisé la nomination de fidèles, comme son bras droit Ali Kolotou Tchaïmi.

Le choix de Kabadi, qui doit être officialisé dans les prochains jours – sauf changement de dernière minute –, n’a pas fait l’unanimité dans l’entourage du chef de l’État et au sein du MPS, où nombre de cadres, de soutiens financiers et de militants (notamment chez les plus jeunes) s’y sont opposés. Outre Houdeingar David Ngarimaden, Moussa Kadam, ex-vice-président de l’Assemblée nationale, a un temps représenté une alternative. Mais Kabadi a su s’imposer grâce à ses réseaux et malgré la grogne.

Selon nos sources, seuls les trois postes de vices-présidents restent donc à pourvoir. L’un d’entre eux pourrait aller à l’opposition, notamment à Théophile BongoroNgarlejy Yorongar ou Félix Nialbé Noradoumngar. Un autre pourrait échoir à un proche de Albert Pahimi Padacké, comme Delwa Kassiré Coumakoye ou Achta Mahamat Nour.

Abdelkerim Idriss Déby reste à la présidence

S’il n’a pu supplanter Haroun Kabadi, Moussa Kadam a tout de même obtenu d’être nommé, également le 1er octobre, secrétaire général de la présidence de la République, en remplacement d’Houdeingar, lequel a quant à lui repris le poste d’Aziz Mahamat Saleh à la direction du cabinet du chef de l’État. Ce dernier n’a pour le moment pas de nouvelles fonctions. Certaines sources l’imaginent intégrer un gouvernement à l’occasion d’un proche remaniement, mais rien n’est encore acté.

Mahamat Idriss Déby Itno a en revanche conservé auprès de lui son directeur de cabinet adjoint, Abdelkerim Idriss Déby. Le frère cadet du chef de l’État a lui-même demandé à conserver ce poste, qu’il occupait déjà auprès de son défunt père. Il est aujourd’hui l’un des plus proches conseillers du président, tant pour la gestion du pays que pour celle du MPS.

Côte d’Ivoire – Magic System : le réseau d’A’Salfo, du gotha politique au monde des affaires

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 3 octobre 2021 à 16:25
                         

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En plus de vingt-quatre ans de carrière, le leader du groupe ivoirien a tissé des relations allant bien au-delà de la sphère musicale.

Au cours de sa carrière, Salif Traoré, alias « A’Salfo », a su s’appuyer sur ses connexions dans les plus hautes sphères politiques ivoiriennes. À l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, mais également durant les mandats de Laurent Gbagbo (2000-2011) et d’Henri Konan Bédié (1993-1999). En 2008 il a d’ailleurs lancé, avec le soutien du pouvoir – dont il est proche de certains piliers, tel Charles Blé Goudé – le premier Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua).

Cet événement, dont l’édition 2021 a pris fin le 12 septembre, est financé en grande partie par l’opérateur télécom sud-africain MTN, l’Union européenne (UE), l’État ivoirien et la filiale locale du brasseur français Solibra. Sa direction opérationnelle a été confiée à Harouna Traoré, le frère d’A’Salfo, qui est son homme de confiance, mais aussi le régisseur et directeur artistique du groupe. Lequel a confié la direction de sa communication à un autre intime de l’artiste, Guy-Michel Ablé, journaliste à Radio Côte d’Ivoire (groupe public RTI).

En Afrique, A’Salfo a ses entrées dans plusieurs palais présidentiels. Il a en effet l’estime des chefs d’État Macky Sall, Roch Marc Christian Kaboré, George Weah ou encore bien sûr Alassane Ouattara, à qui il parle souvent au téléphone. Et l’artiste de 42 ans n’est pas en reste dans l’Hexagone, où il a bien connu Jacques Chirac, qui n’hésitait pas à l’inviter à l’Élysée. Ce dernier lui avait même octroyé la nationalité française par naturalisation. Il a aussi su établir le contact avec les présidents suivants : Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron – en 2017, Magic System avait donné un concert à Paris pour la victoire de ce dernier.

Le groupe, qui prépare un grand concert à Abidjan avant la fin de l’année, a signé le 22 septembre à Marseille une convention avec la fondation CMA CGM pour l’édification d’écoles à partir de conteneurs en Côte d’Ivoire. Sa proximité avec l’artiste français Soprano lui a permis de nouer des liens avec la famille Saadé, propriétaire du groupe maritime, ainsi qu’avec des businessmen de Provence, une région du sud-est de la France.

Dominique Ouattara

A’Salfo est un proche de Dominique Ouattara, qui le soutient et lui prodigue des conseils. Son engagement caritatif a été inspiré par la première dame ivoirienne, qu’il rencontre très régulièrement. Cette relation lui a permis d’avoir ses entrées au palais. L’artiste est ainsi devenu un proche du couple présidentiel. En juillet dernier, il a fait partie des invités, triés sur le volet, venus assister au mariage à Paris de Nathalie Folloroux, la fille de Dominique Ouattara.

Amadou Coulibaly

La rencontre formelle entre Amadou Coulibaly, dit AM’S, et A’Salfo a eu lieu en 2011. En quête de financements pour organiser la quatrième édition de son festival, ce dernier avait contacté la présidence. Alassane Ouattara l’avait alors présenté à AM’S, qui allait devenir son référent au palais. Ce natif de Korhogo (nord du pays), cousin de feu le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, officiait à l’époque comme conseiller médias du chef de l’État.

Le désormais ministre de la Communication, des Médias et de la Francophonie, porte-parole du gouvernement, est devenu l’un des confidents d’A’Salfo, au point de le conseiller au sujet de sa carrière comme de sa vie privée. L’artiste ne lance plus aucun projet sans en informer Amadou Coulibaly, qui est aussi un cadre influent du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir.

Thomas Mélonio

Sa relation avec Thomas Mélonio date de l’époque où celui-ci officiait à l’Élysée en tant que conseiller Afrique de François Hollande. A’Salfo l’avait connu lors de la préparation d’un voyage du président français d’alors en Côte d’Ivoire, auquel le chanteur avait été convié. Les deux hommes sont restés proches. Mélonio est désormais directeur exécutif innovation, recherche et savoirs à l’Agence française de développement (AFD).

Jobst Von Kirchmann

Ce diplomate allemand en poste à Abidjan depuis fin 2018 a noué de solides liens d’amitié avec l’artiste. En 2019, tous deux ont lancé une initiative baptisée UE Magic Tour, axée sur la sensibilisation aux dangers de l’émigration clandestine des jeunes vers l’Europe. Cette tournée dans plusieurs villes du pays a favorisé leur rapprochement. Grâce au soutien de l’ambassadeur Jobst Von Kirchmann, l’UE a financé et sponsorisé la dernière édition du Femua.

Irina Bokova

Le leader de Magic System a connu la Bulgare Irina Bokova lorsque celle-ci était à la tête de l’Unesco à Paris. En 2012, elle l’a nommé ambassadeur de bonne volonté de l’organisation onusienne afin qu’il puisse apporter sa contribution à la lutte contre l’exclusion, la discrimination et l’injustice, qui constitue le fil conducteur de son propre engagement. Ils ont maintenu le contact même après le départ de Bokova en 2017.

Maurice Bandaman

Magic System a développé de nombreux projets lorsque Maurice Bandaman était encore ministre de la Culture et de la Francophonie (2011-2020). Cela a créé un lien fort entre ces deux personnalités. Désormais ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, le diplomate demeure un homme clé du réseau du chanteur, qui continue de le côtoyer et de bénéficier de ses conseils.

Le directeur général d’Attijariwafa Bank (Afrique de l’Ouest) fait aussi partie du réseau d’A’Salfo. Directeur général de la Société ivoirienne de banque (SIB) pendant plusieurs années, Daouda Coulibaly a soutenu des demandes de fonds de l’artiste, qui désirait mener à bien certains projets. Cet ancien élève de HEC Paris, président de HEC Alumnis Côte d’Ivoire, a appuyé l’entrée d’A’Salfo dans la branche abidjanaise de l’école, où il étudie le management.

Madani Tall

Sa première rencontre avec l’ex-directeur des opérations de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire a eu lieu en 2013, lors d’un vol Abidjan-Paris. Les deux hommes ont depuis gardé contact et cette relation s’est consolidée au fil des ans.

Madani Tall apprécie A’Salfo pour son humilité. Depuis sa reconversion dans les affaires en tant que président du conseil d’administration de l’entreprise Envol Immobilier, basée à Dakar, il reçoit le chanteur à chacun de ses séjours au Sénégal.

Nasser Seklaoui

Le PDG du groupe Sociam, spécialisé dans la fabrication et la commercialisation de produits électroménagers, est un proche d’A’Salfo depuis plus de vingt ans. Ils ont longtemps été amis avant de parler business. Membre influent de la Chambre de commerce et d’industrie libanaise de Côte d’Ivoire, Nasser Seklaoui l’introduit désormais régulièrement auprès des hommes d’affaires ivoiro-libanais.

De son côté, A’Salfo n’hésite pas à l’inviter aux évènements qu’il organise. Sociam, qui est le représentant exclusif du géant sud-coréen Samsung Electronics en Côte d’Ivoire, sponsorise et soutient activement Magic System. Le groupe industriel a également participé à la construction d’une école de la Fondation Magic System. A’Salfo s’est d’ailleurs rendu pour la première fois au Liban par l’intermédiaire de Seklaoui.

Ramzi Omais

Le discret patron franco-ivoirien de Sotici, leader de la fabrication de tuyaux en PVC et polyéthylène en Afrique de l’Ouest, fait lui aussi partie du cercle d’A’Salfo. Les deux hommes se respectent et se voient régulièrement. Ramzi Omais, qui est aussi directeur de l’hôtel Tiama, un cinq étoiles d’Abidjan, est un généreux contributeur de Magic System. Il n’hésite d’ailleurs pas à accompagner son ami dans certains projets. Même s’il ne joue pas le même rôle que son compatriote Nasser Seklaoui, il facilite lui aussi certaines relations avec les milieux d’affaires libanais.

Côte d'Ivoire: baisse de près de 20% du prix d'achat du cacao aux producteurs ivoiriens

Des agriculteurs travaillent dans une plantation de cacao, près de Sinfra, en Côte d'Ivoire.

Des agriculteurs travaillent dans une plantation de cacao, près de Sinfra, en Côte d'Ivoire.
 © ISSOUF SANOGO/AFP

Très attendu par les cacaoculteurs ivoiriens, le nouveau prix bord-champ pour la grande campagne de cacao a été fixé vendredi par le Conseil Café-Cacao : 825 FCFA le kilo. C’est légèrement en hausse par rapport à la petite campagne entre avril et juin, mais en baisse de près de 20% par rapport à l’année dernière.

Avec notre correspondant à Abidjan, François Hume-Ferkatadji

Fixé à 825 FCFA le kilo de fèves de cacao, le prix retombe au niveau de la campagne 2019-2020. Mais pour de nombreux planteurs, il ne permet pas de faire face à l’évolution du coût de la vie. L’inflation est de 2% chaque année et les coûts d’entretien des champs augmentent également. D’autant que le Ghana voisin, lui, maintient son prix équivalent à 1 000 FCFA le kilo.

Selon Yves Koné, directeur général du Conseil Café-Cacao, le nouveau « différentiel de revenu décent » (DRD), une prime versée aux agriculteurs si les cours du cacao baissent, permet déjà de maintenir un prix au-dessus de celui du marché. « Cette année, par exemple, le prix moyen du marché c’est 1 132 francs. Avec ça vous ne pouvez même pas donner 700 francs au planteur sans le DRD. Les planteurs ne comprennent pas, peut-être qu’ils ne comprennent pas le mécanisme du prix. Mais je pense que les planteurs en profitent largement », nous déclare-t-il.

Pour lutter contre l’effondrement du prix du marché, le directeur du Conseil Café-Cacao a également indiqué son désir de voir la production baisser dans le pays - 2,2 millions de tonnes l’année dernière -, tout en concédant qu’il est très difficile de contrôler le niveau des récoltes.

Perte de confiance

L’ouverture de cette campagne est marquée par la perte de confiance entre les organisations de planteurs et le Conseil Café-Cacao, accusé d’être incapable de faire respecter ce prix minimum garanti pour les planteurs.

Du côté des organisations de planteurs, les inquiétudes restent très fortes à l’ouverture de cette campagne. Obed Doua, président de l’Apropaci, l’association des organisations professionnelles agricoles de Côte d’Ivoire, craint que ce prix minimum garanti ne soit pas respecté sur le terrain.

« À un certain moment, dans la période de la campagne, c’est finalement la loi de l’offre et de la demande. Donc les acheteurs nous font du chantage. En plein mois de décembre, où les producteurs ont le plus besoin d’argent, ils font de la rétention du cash », explique-t-il.

Depuis plusieurs mois, les tensions sont importantes entre le Conseil Café-Cacao et les organisations paysannes. Le mécanisme du nouveau « différentiel de revenu décent » est jugé opaque, tandis que les représentant des cacaoculteurs réclament l’organisation d’un « Grenelle du cacao », réunissant tous les acteurs de la filière.

 

RDC, Mali, Côte d’Ivoire… : ce que coûtent les députés africains

Mis à jour le 30 septembre 2021 à 12:08

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C’est une question presque taboue : quel est le salaire des députés ? Dans de nombreux pays du continent, l’information n’est pas publique. « Jeune Afrique » a mené l’enquête, et les résultats révèlent des disparités parfois abyssales.

Vingt-huit fois plus que le salaire moyen. C’est, en moyenne, la différence entre ce que gagnent les députés africains – sans compter leurs éventuelles primes – et le revenu de leurs administrés. Mais ce chiffre cache de très fortes disparités : celles relatives aux salaires des élus des différents pays, et celles qui existent entre le niveau de vie des députés et celui des populations qu’ils représentent.

UN DÉPUTÉ NIGÉRIAN TOUCHE PLUS DU DOUBLE DU SALAIRE D’UN DÉPUTÉ EUROPÉEN

Au Maghreb, l’indemnité de base de celles et ceux qui siègent au Parlement avoisine 1 900 dollars par mois ; en Tunisie, cependant, il n’est que de 780 dollars. En Afrique centrale, les élus peuvent gagner jusqu’à 120 fois plus que leurs administrés, comme c’est le cas en RDC. Le record est détenu par les élus nigérians, qui touchent pas moins de 9,3 millions de nairas par mois, plus de 22 000 dollars. C’est plus du double du salaire d’un député européen, qui perçoit 8 995 euros (10 500 dollars, soit 3,5 fois le revenu moyen dans la zone), ce qui représente trois fois plus que le revenu mensuel moyen en France et treize fois plus que celui évalué en Bulgarie.

5 700 dollars par mois

Des chiffres qui sont à mettre en perspective, en outre, avec les primes et allocations dont bénéficient les élus. Qu’il s’agisse d’espèces sonnantes et trébuchantes ou d’avantages en nature, elles peuvent parfois doubler les revenus perçus, voire plus.

Dans le cas du Gabon, par exemple, les primes – fonds de souveraineté, frais de compte-rendu et de transport – font déjà grimper le salaire à environ 5 700 dollars par mois. Et ce, sans compter les frais de session (70 dollars par jour) et les avantages connexes, dont : le passeport diplomatique, le véhicule de fonction, l’accès à l’assurance maladie et à un régime de retraite spécial.

En RDC, où les députés sont payés 5 500 dollars par mois alors que le revenu moyen brut mensuel est de 47 dollars, la récente polémique sur les « 500 jeeps » mises à leur disposition a, sans surprise, créé la polémique.

Il n’existe actuellement aucune base de données sur les salaires des députés africains. Pour établir le comparatif ci-dessous, les journalistes de Jeune Afrique et de The Africa Report ont mené l’enquête auprès des élus, de la Côte d’Ivoire au Mali en passant par le Nigeria, la RDC et le Maroc. Voici la revue des revenus, pays par pays :