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Noix de cajou : comment la Côte d’Ivoire veut accélérer sur la transformation

Le groupe singapourien Valency International, qui a décroché des financements norvégiens et finlandais pour augmenter la capacité ivoirienne de transformation d’anacarde, n’est pas le seul à parier sur le développement du secteur.

Mis à jour le 5 mai 2022 à 16:40
 
 
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Usine de transformation de noix de cajou dans la ville de Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, en 2018. © ISSOUF SANOGO / AFP

C’est le dernier investissement en date dans le secteur de la noix de cajou en Côte d’Ivoire. Le 21 avril, Norfund, le fonds norvégien pour les pays en développement, a annoncé avoir octroyé 10 millions de dollars (soit 6 milliards de F CFA) à un projet d’usine de transformation de noix de cajou de Valency International Trading CIV, l’une des cinq filiales ouest-africaines du groupe singapourien.

Il s’agit de permettre la construction d’un centre de transformation locale intégrée, qui comprend une usine de transformation de noix de cajou d’une capacité de 45 000 tonnes par an, à la périphérie d’Abidjan. « Les travaux de construction doivent débuter dans la deuxième moitié de cette année (entre juin et juillet, ndlr) », affirme un responsable de l’entreprise. Avec, à la clé, la création de quelque 2 000 emplois.

Première ivoirienne pour Valency, déjà présent au Nigeria

Pour Valency International, dont les activités sont essentiellement axées sur l’achat et l’exportation, ce projet est une première en Côte d’Ivoire et le deuxième sur le continent. Au Nigeria, elle accompagne la plus grande usine de transformation de noix de cajou du pays.

EN 2021, LA CÔTE D’IVOIRE A REJOINT LE PODIUM MONDIAL DES EXPORTATEURS D’AMANDES DE CAJOU

Le financement de Nordfund, qui affirme vouloir continuer à investir dans l’agro-industrie, les énergies renouvelables, les institutions financières et les infrastructures vertes en Côte d’Ivoireest complété par une enveloppe du même montant apportée par Finnfund, porté par le gouvernement finlandais.

Cette annonce d’investissement s’ajoute à plusieurs autres intervenues ces dernières années dans le secteur. Notamment dans les sites agro-industriels de Brobo (Centre), de Yamoussoukro (Centre) et Bondoukou (Est) a récemment expliqué à l’AFP Karim Berthé, le directeur de la transformation au sein du Conseil coton-anacarde (CCA).

Doublement de la production en sept ans

En 2021, la Côte d’Ivoire a rejoint le podium mondial des exportateurs d’amandes de cajou – le nom de la noix de cajou une fois transformée – ravissant la troisième place au Brésil et se plaçant derrière le Vietnam et l’Inde. Abidjan était, depuis plusieurs années déjà, le deuxième exportateur mondial de noix de cajou brutes derrière le géant vietnamien. Un statut qui attire les investisseurs vers ce secteur.

SEULS 10 À 12 % DE LA PRODUCTION IVOIRIENNE SONT TRANSFORMÉS LOCALEMENT

Depuis la construction de la première usine de transformation de noix de cajou par la Société ivoirienne de traitement d’anacarde (SITA SA) en 2000, plusieurs acteurs comme Olam et Dorado Nuts ont procédé à une augmentation de leur capacité de production. La production ivoirienne de noix brutes est ainsi passée de 460 000 tonnes en 2013 à 1 million de tonnes en 2020, et celle d’amandes de cajou a bondi de 30 000 à 100 000 tonnes sur la même période, selon les chiffres officiels. Pour 2021, la production brute a atteint plus de 960 000 tonnes.

Mais, de façon récurrente, la quasi-totalité de la production est exportée à l’état brut : seuls 10 à 12 % de la production ivoirienne sont transformés localement. Mais le pays ambitionne de porter cette proportion à 52 % dès cette année. En Asie, notamment en Inde, au Vietnam et au Cambodge, qui représentent environ 45 % de la production mondiale, 90 % de la production est transformée localement. De fait, le gouvernement ivoirien a multiplié les incitations fiscales pour accompagner la structuration de la filière qui génère aujourd’hui un revenu annuel de plus de 300 milliards F CFA (environ 458 millions d’euros) pour quelque 400 000 producteurs ivoiriens. L’État encourage aussi la création de zones industrielles dévolues à la transformation.

Environnement : la Cedeao peut-elle sauver l’Afrique de l’Ouest des eaux ?

Alors que près de 60 % des littoraux du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Togo ou du Nigeria sont menacés par l’érosion des côtes, l’institution ouest-africaine lance un grand plan de lutte contre les effets du changement climatique.

Mis à jour le 4 mai 2022 à 18:47
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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La Cedeao ne s’occupe pas que de l’érosion démocratique sous l’effet de juntes pourvoyeuses de calendriers jugés indolents. Elle entend prendre à bras-le-corps la question de l’érosion côtière. Plus globalement, l’institution vient d’annoncer, depuis Accra, la mobilisation de 278 milliards d’euros, au cours des dix prochaines années, pour affronter les défis posés par le réchauffement climatique. Pour ne pas faire bande à part vis-à-vis de l’accord de Paris, le programme a été fixé en accord avec l’Union européenne, mais aussi avec les institutions régionales et les acteurs de la société civile.

Pour beaucoup de quidams africains, la lutte contre le réchauffement de la planète ne relève guère de la responsabilité de leur continent, qui n’a émis qu’environ 4 % des gaz à effet de serre depuis 1850. Réticents à assumer des contraintes censément antagonistes avec ce développement économique dont les vrais pollueurs ont eu, eux, le loisir de jouir, nombre de citoyens ne considèrent pas ces enjeux comme prioritaires, comme en témoigne la place infime qu’occupent ces questions dans les programmes des politiciens en quête de suffrages.

Lagos et Cotonou en première ligne

Ce sont pourtant des effets proches et parfois déjà concrets que le réchauffement de la planète implique, avec notamment un impact sur une sécurité alimentaire déjà menacée. Dans cette Afrique qui souffre, ici, d’un déficit d’eau et, là, d’inondations meurtrières, la montée du niveau des océans n’est ni la cause dominante ni la conséquence exclusive des changements environnementaux. Mais près de 60% des littoraux du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Togo ou du Nigeria sont très concrètement concernées par la dégradation et l’érosion des côtes. Or, c’est dans ces zones que s’agrège une partie croissante de la population –­ environ un tiers – et 42% des économies locales, selon la Banque mondiale.

SELON LE GIEC, IL RESTE À L’HUMANITÉ TROIS ANS POUR INVERSER LA COURBE DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE

Sur les côtes d’Afrique de l’Ouest, la mer avance à raison de 1 à 5 mètres par an et certains quartiers de villes côtières risquent de se retrouver sous les eaux dans quelques années. Notamment à Lagos et à Cotonou. Parmi les ébauches de solutions globales figurent l’entretien des forêts, des terres et des façades maritimes, le financement de la recherche, la sensibilisation à l’adoption de nouveaux styles de vie et la transformation des modes de production et de consommation dans tous les secteurs, à commencer par l’énergie.

Le potentiel solaire et éolien de l’Afrique est énorme et le continent pourrait miser, dès aujourd’hui, sur l’agroécologie, l’agroforesterie et l’urbanisation végétale. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), il reste à l’humanité trois ans pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre et éviter que la planète se réchauffe de 3,4°C par rapport à l’ère préindustrielle. Même si l’Afrique ne se préoccupait pas de cette situation d’abord provoquée par les pays du Nord, ce seraient bien, au final, de nombreux migrants climatiques africains qui seraient jetés sur les routes…

Casamance : le Sénégal peut-il gagner la guerre ?

Dakar a lancé, le 13 mars dernier, une offensive contre les positions rebelles situées à la frontière gambienne. Il s’est pourtant officiellement engagé à faire la paix avec les indépendantistes. Pris en tenaille entre les négociations et les blindés de l’armée, le MFDC vit-il ses dernières heures ?

Par  - à Dakar et Ziguinchor
Mis à jour le 3 mai 2022 à 10:28
 
 
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Des membres des forces armées sénégalaises en opération dans la forêt de Blaze, le 9 février 2021. © JOHN WESSELS/AFP

 

Cette nuit-là, lorsque les rebelles viennent frapper à sa porte, Nema Coly ne dort pas. Il est 1 heure, peut-être 2 heures du matin, et cela fait plusieurs jours déjà que son village, situé à la frontière entre le Sénégal et la Gambie, est pilonné par les tirs de l’armée sénégalaise. Lancée dimanche 13 mars au matin, l’opération « de sécurisation » est menée dans la zone frontalière dite du Nord-Sindian, et les militaires paraissent bien décidés à en déloger les combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).

Nema Coly n’a vu aucun soldat, mais le plafond de sa maison a tremblé quand les tirs ont retenti. Alors, quand les rebelles viennent la voir pour lui conseiller de quitter le village, elle n’hésite pas : elle regroupe ses trois enfants et fait ses valises. Côté gambien, une semaine après le début des combats, l’Agence de gestion des crises recensait déjà plus de 6 000 personnes déplacées ou réfugiées. Si la majorité des villageois ont fui vers le nord, certains se sont réfugiés plus au sud du Fogny, l’une des trois zones qui composent le département de Bignona. Le 19 mars, des tirs ont été entendus dans la ville même de Bignona, où l’armée estime que plusieurs rebelles se sont cachés.

Ce n’est pas la première fois que le bruit des balles et la peur des combats poussent Nema Coly à fuir. « Avant, on se réfugiait en Gambie, de l’autre côté de la frontière. Mais on nous a dit que même les villages gambiens étaient sous les balles », raconte-t-elle. C’est donc à Mediégué, localité sénégalaise située à une soixantaine de kilomètres de la frontière, qu’elle a trouvé refuge avec ses enfants. Elle a laissé derrière elle son mari et ses plantations de mil, de maïs et d’arachide, et ne compte pas rentrer avant d’être certaine que les combats ont cessé.

Chanvre indien, vélos rouillés et kalachnikovs

Pour accéder à Mediégué, comptez une heure de trajet depuis Bignona. Peu de véhicules circulent sur cette route de latérite qui s’enfonce dans la forêt : de rares minibus chargés de voyageurs, quelques motos Jakarta, des charrettes couvertes de branchages tirées par des bœufs… et un Kankourang, ce djinn de la tradition joola censé éloigner les mauvais esprits. C’est après le village de Sindian que les combattants du MFDC ont établi leurs cantonnements, dans cette forêt dense et minée, souvent décrite comme une zone de non-droit. Plusieurs factions indépendantistes s’y sont installées.

L’ARMÉE SE TARGUE D’AVOIR DÉLOGÉ SALIF SADIO DE SON FIEF

Jusqu’à présent, l’armée a dit ne s’attaquer qu’aux positions du chef rebelle Salif Sadio. Mais plusieurs sources estiment qu’une faction loyale à son frère ennemi, César Atoute Badiate, dont les bases sont principalement situées dans le sud du pays, aurait également subi le feu des militaires au début d’avril. Selon plusieurs témoins, les soldats sénégalais ont établi leur base dans le village de Lefeu et quadrillent la région.

Que se passe-t-il vraiment dans cette partie de la Casamance, où Salif Sadio s’est fixé en 2006 après avoir été délogé de ses positions plus au sud ? Très peu d’informations sur la progression des soldats sénégalais dans le maquis filtrent, sinon celles que distille l’armée. Selon un dernier bilan communiqué le 22 mars, l’opération aurait fait un mort dans ses rangs, huit blessés légers et « plusieurs » victimes dans les rangs du MFDC. L’armée se targue aussi d’avoir récupéré une dizaine de bases rebelles et, surtout, d’avoir délogé Salif Sadio de son fief.

Dans ces bases, les militaires sénégalais ont mis la main sur une partie de l’arsenal de l’aile nord du MFDC, constitué sans doute au cours de quarante années de rébellion : grenades, chargeurs de kalachnikov, M16, lance-grenades… Sur des photographies prises par l’armée, on distingue ce qui pourrait être le bunker où se retranchait Salif Sadio, un campement sommaire avec de vieux matelas équipés de moustiquaires, éclairé à l’énergie solaire. Au milieu d’un tas de vélos rouillés, du matériel militaire subtilisé par les indépendantistes : un camion de la Micega, la mission de la Cedeao en Gambie, ainsi qu’une radio de l’armée française. Des cargaisons de bois aussi, et des caisses remplies de chanvre indien. « Une véritable entreprise mafieuse », insiste un gradé.

Dans le Fogny, les rebelles ont développé une économie de guerre indispensable à leur survie. Culture du chanvre, coupe de bois de vène… Dans cette zone surnommée l’« Espagne », tant elle est promesse d’enrichissement, les jeunes viennent arroser les champs de cannabis comme d’autres plantent des légumes, et repartent dans leurs villages au bout de quelques mois avec plus d’argent en poche qu’aucun commerce licite ne pourrait leur en rapporter. Longtemps, le MFDC a contrôlé cette zone où Dakar semble bien loin et où l’on dit encore « je vais au Sénégal » lorsqu’on la quitte. « L’État nous a abandonnés, déplore une figure locale du Fogny. Après Sindian, le goudron s’arrête, il n’y a plus de courant. Il n’y a rien ici. »

Une rébellion plus affaiblie que jamais

Une rengaine au cœur des revendications des indépendantistes, qui prirent les armes et le maquis après la répression sanglante d’une manifestation à Ziguinchor, en décembre 1982. Depuis, la Casamance oscille entre violences et périodes d’accalmie. Sous Abdou Diouf, la rébellion a subi la féroce répression de l’armée et de nombreuses exactions, avant de se faire largement acheter par les « messieurs Casamance » mandatés par Abdoulaye Wade – ils arrivaient à Ziguinchor avec des valises remplies de billets. Le 30 décembre 2004, l’ancien président avait obtenu un accord de paix du leader historique de la rébellion, l’abbé Diamacoune Senghor, décédé en 2007 à Paris. Mais cela n’a jamais permis de mettre un terme définitif au conflit.

Avec la reprise des combats, en mars 2022, les braquages sont redevenus monnaie courante, réveillant de mauvais souvenirs au sein de populations qui pensaient derrière elles l’époque des check-points et des coupeurs de route. Ces dernières années, celle qu’on qualifie de plus vieille rébellion d’Afrique s’était presque fait oublier. Divisé et affaibli, le MFDC a aussi perdu une bonne partie du soutien dont il bénéficiait localement. L’indépendance, qui y croit encore ?

 

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Le président sénégalais Macky Sall et son homologue gambien, Adama Barrow, lors de l’inauguration du pont de Farafenni, destiné à désenclaver la Casamance, le 21 janvier 2019. © SEYLLOU/AFP

 

Dès son arrivée au pouvoir, en 2012, Macky Sall a sorti le grand jeu : infrastructures routières, électrification et construction du pont de Farafenni, au-dessus du fleuve Gambie, qui permet désormais de rallier la capitale en quatre à cinq heures. « Il faut le reconnaître, Macky Sall a plus fait pour la région en dix ans que [tous ses prédécesseurs] depuis l’indépendance, affirme Seynabou Cissé, coordinatrice du Comité régional de solidarité des femmes pour la paix en Casamance. Est-ce la lassitude face au conflit ou les retombées des efforts de développement ? En tout cas, la perte d’engouement des Casamançais pour la lutte du MFDC est réelle. »

MACKY SALL EST UN BULLDOZER, QUI CASSE TOUT ET NE SAIT PAS S’ARRÊTER

Au sein même du mouvement, l’idée d’indépendance ne subsiste que chez certains irréductibles. « Ils ne le diront pas, mais ils commencent à se rendre compte que ça n’arrivera pas », glisse une source qui communique régulièrement avec l’aile sud, de César Atoute Badiate. « Tout le monde est fatigué de se battre. L’armée aussi », renchérit une figure historique de la branche politique du mouvement qui a requis l’anonymat. Malade et vieillissant, cet intellectuel a renoncé à lutter pour l’indépendance. « Je n’étais pas sénégalais, mais j’ai été forcé de le devenir, confie-t-il. À présent, nous sommes dans une dynamique de paix, mais voilà qu’un beau jour l’État se réveille en parlant de “sécurisation” et nous attaque. Macky Sall est un bulldozer, qui casse tout et ne sait pas s’arrêter. »

 

Prévue de longue date

Les derniers combattants pourront-ils se relever de cette nouvelle offensive ? De nombreux spécialistes du conflit en doutent. Privés de la base arrière que constituait la Gambie de Yahya Jammeh, les combattants de Salif Sadio sont acculés. Jamais l’armée n’avait déployé une telle armada de soldats et autant de matériel. Elle refuse de communiquer sur son dispositif, mais des témoins racontent avoir vu passer 100, voire 200 véhicules de l’armée à Bignona la veille de l’assaut. Preuve de l’importance de l’opération, celle-ci n’est pas dirigée par le commandant de la zone 5, le colonel Thierno Diop, qui est pourtant le responsable de la région. Il se pourrait qu’elle soit directement gérée par le général Birame Diop, chef d’état-major des armées. Mais, là encore, impossible d’obtenir confirmation.

L’ARMÉE A VÉCU CETTE PRISE D’OTAGES COMME UNE HUMILIATION

Le timing de l’assaut n’a surpris personne. « C’est clairement une revanche après les affrontements entre les hommes de Salif Sadio et les soldats de la Micega [qui avaient occasionné la capture de sept soldats par les rebelles, libérés trois semaines plus tard]. Les images des soldats mis à terre ont joué sur la psyché militaire : l’armée a vécu cette prise d’otages comme une humiliation », analyse un spécialiste du dossier. Mais cet accrochage en janvier n’a fait que précipiter les choses : après avoir mené une opération similaire en 2021 dans le sud de la Casamance, l’armée avait depuis longtemps prévu de s’attaquer à la zone nord.

À l’occasion de la fête nationale, le 4 avril, Macky Sall s’est adressé aux forces armées sans jamais nommer la Casamance. « Je renouvelle mon soutien à celles et ceux en opérations pour la défense de l’intégrité territoriale, la lutte contre la criminalité transfrontalière et le pillage de nos ressources naturelles », a déclaré le président, qui a rappelé avoir donné l’ordre de « poursuivre sans répit ces opérations jusqu’à ce que tous les objectifs assignés soient atteints ».

 

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Les sept soldats sénégalais capturés par des séparatistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) le jour de leur libération, le 14 février 2022. © MUHAMADOU BITTAYE/AFP

 

Connue de tous, la stratégie de Macky Sall n’a pas dévié : s’assurer d’être en position de force pour dominer les discussions avec ce qu’il reste de la rébellion. Derrière l’objectif officiel – « démanteler les bases du MFDC le long de la frontière nord » et mettre fin aux trafics – se cacherait donc un deuxième objectif : « neutraliser » définitivement Salif Sadio, pourtant officiellement engagé dans un processus de négociation avec l’État depuis 2012.

En parallèle, le Sénégal continue de discuter avec les groupes « modérés », prêts à déposer les armes. Dans une note consultée par Jeune Afrique, non datée mais diffusée dès le début des combats, la branche de Diakaye, également située dans le Nord, condamne le regain de violence et invite les acteurs à « reconsidérer leur position » et à favoriser le dialogue. « L’opération de mars a rebattu les cartes. Les factions du MFDC opposées à Salif Sadio savent que le peu qu’elles pourraient obtenir de l’État est remis en question. Il n’est pas exclu que l’armée redirige ses opérations vers leurs propres bases », avance une source au fait des négociations.

Négociations secrètes

Mais qui dialogue avec qui et dans quel but ? Organisé autour d’un « comité provisoire » constitué des responsables politiques du mouvement, le MFDC-Sud tente de convenir d’une position commune et de définir des « lignes rouges ». Mais l’unification du groupe est une gageure, et beaucoup d’acteurs locaux doutent de l’existence même de canaux de discussions. « À notre niveau, personne ne peut dire qui négocie quoi », assure la figure du MFDC citée précédemment. Plusieurs rencontres ont certes été organisées entre différentes factions du mouvement, mais, depuis celle de Praia (Cap-Vert), en avril 2021, les émissaires de la rébellion sont restés silencieux.

Les discussions avec le MFDC sont en réalité gérées comme les opérations militaires : par l’armée et dans le plus grand secret. Elles sont pilotées par l’amiral Farba Sarr, un ancien responsable de la Direction générale du renseignement extérieur (DGRE) qui a la confiance de Macky Sall, dont il fut le ministre conseiller. Deux organisations exercent une fonction de « facilitateur » : la communauté catholique Sant’Egidio pour la faction nord et le Centre Henry-Dunant pour le dialogue humanitaire pour l’aile sud.

Dans la zone sud, l’État et ses partenaires étrangers financent allègrement le retour des populations dans les anciens territoires rebelles. « Au départ, nous étions sceptiques, nous pensions que c’était impossible. En 2020, nous comptions 21 volontaires. Ils étaient 124 l’année suivante », relate Robert Sagna, ancien maire de Ziguinchor et coordinateur du Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC). Il se félicite de la mise en place de programmes de réinsertion pour les anciens combattants, qui bénéficient d’une prime à la construction pour accompagner leur retour à la vie civile.

« Beaucoup d’anciens combattants voudraient sortir du conflit, mais avec la tête haute, observe Ndèye Marie Diédhiou Thiam, présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance. Le défi est de leur trouver une sortie honorable. » Pour construire une paix durable, le Sénégal devra donc mener des « négociations sincères », à même de convaincre les combattants de déposer les armes pour de bon, estime une source proche du dossier. Encore faudrait-il que, galvanisé par ses victoires militaires, l’État sache concéder aux rebelles des garanties suffisantes.

Guinée : la transition pourrait prendre jusqu’à 52 mois

Le gouvernement mis en place par la junte militaire du colonel Mamadi Doumbouya a conclu, le 29 avril, un forum politique contesté, en annonçant avoir reçu des « propositions » pour un calendrier pour restituer le pouvoir à des civils élus.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 30 avril 2022 à 12:06
 

 

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Mamadi Doumbouya après une rencontre avec la délégation de la Cedeao à Conakry, vendredi 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

 

En Guinée, la transition ne pourrait être effective qu’en 2026, voire plus tard. C’est du moins la fourchette haute des différentes « propositions » de calendrier de transition politique qu’a reçues, ce 29 avril, au sortir d’un forum politique contesté, le gouvernement mis en place par la junte en Guinée. Les autorités issues du coup d’État ayant renversé le président Alpha Condé ont lancé depuis mars deux consultations politiques – une conférence dite de réconciliation et « un cadre de concertation inclusif » –, toutes deux boudées par un grand nombre de partis politiques.

En clôturant le « cadre de concertation inclusif », le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, a déclaré que l’ »ensemble des acteurs » ayant accepté d’y participer avaient « proposé des durées allant de 18 à 52 mois » pour la transition, sans préciser à partir de quelle date. « La durée et le chronogramme de la transition seront définis de commun accord entre le CNRD [le Comité national du rassemblement et du développement, l’organe dirigeant de la junte] et les acteurs des forces vives », a-t-il ajouté.

L’opposition réclame un dialogue permanent

Mais Rafiou Sow, porte-parole de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (Anad) et du G58, deux importantes coalitions politiques, a déclaré à l’AFP que « le cadre de concertation […] ne nous concerne pas, les conclusions de ce cadre de concertation ne nous engagent pas […] ce cadre de concertation n’est pas valable, il n’est pas national ».

Sow a réclamé au contraire la mise en place d’un « cadre de dialogue permanent » incluant « un facilitateur désigné par la communauté internationale », faute de quoi les partis qu’il représente seront « obligés d’user de manifestations pacifiques pour [se] faire entendre ».

Vers un allongement des sanctions ?

Après le putsch militaire du 5 septembre 2021 ayant porté à la tête de l’État le colonel Mamady Doumbouya, Conakry est sous la pression de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) pour restituer le pouvoir à des civils élus le plus rapidement possible. Fin mars, la Cedeao avait sommé Conakry de lui présenter « au plus tard le 25 avril » un calendrier de transition« acceptable », sous peine d’une extension des sanctions économiques décidées contre le pays, après le coup d’État et le refus manifeste de la junte d’organiser rapidement des élections.

Mais celle-ci a laissé passer l’échéance et, selon un communiqué de la Cedeao publié le 27 avril, Conakry a demandé à disposer de « davantage de temps par rapport à l’échéance du 25 avril », afin de « permettre la poursuite des consultations ».

Avec AFP

Guinée: les principaux partis ont boycotté la rencontre sur les propositions de calendrier

 

Quand les civils reviendront-ils au pouvoir en Guinée ? La question semble bien difficile à trancher tant la méthode pour s’accorder sur un calendrier suscite des clivages et des débats. Des propositions de calendrier ont bien été rendues, mais cette rencontre a été boycottée par les partis politiques les plus influents

Le ministre de l’Administration du territoire a présenté vendredi 29 avril les propositions de calendrier recueillies ces dernières semaines auprès des coalitions de partis politiques, de la société civile et des centrales syndicales :

Le ministre de l’Administration du territoire indique avoir reçu 54 propositions de calendrier. Chaque proposition liste des réformes institutionnelles à réaliser avant d’organiser une élection présidentielle. La fourchette est large : selon toutes ces propositions, la transition pourrait durer entre 18 mois et 5 ans, selon les tâches à effectuer. Les propositions les plus longues prévoient un recensement général de la population. Cette synthèse a été transmise au CNRD.   

Reste à voir quelle est la valeur de cette première rencontre du « cadre de concertation inclusif ». Un rendez-vous marqué par l’absence des principales coalitions de partis politiques, qui rejettent le format de cette rencontre : l'UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG d'Alpha Condé, l'UFR de Sidya Touré... et aussi le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC).

« Les discussions sur le chronogramme doivent se faire dans un cadre plus restreint, avec des partis politiques représentatifs », souligne un militant de l’UFDG, qui s’étonne que les consultations s’étendent aux syndicats et à la société civile en général. « On ignore qui est consulté, nous rejetons le contenu de cette synthèse », affirme un autre leader de l’opposition.

Le FNDC, qui prône une transition de deux ans, estime que la démarche des autorités ne cadre pas avec l’esprit de la Charte de la Transition.

Sekou Koundouno, responsable de la stratégie et de la planification du FNDC

Le FNDC exige le respect de l’article 77 de la Charte de la transition, qui stipule que le chronogramme est déterminé d’un « commun accord » entre le CNRD au pouvoir et les Forces vives de la Nation.