Témoignages

 

Qui est Mercy Tembon, la nouvelle secrétaire générale de la Banque mondiale ?

L’experte camerounaise devient la cheville ouvrière de l’institution, entre son président, les administrateurs et le haut management.

 
Mis à jour le 24 août 2022 à 19:28
Tembon
 

Mercy Tembon, la nouvelle secrétaire générale de la BM. © The World Bank

À partir du 1er septembre, Mercy Miyang Tembo (63 ans) devient vice-présidente et secrétaire générale de la Banque mondiale (BM), revenant à Washington depuis Dhaka au Bangladesh, où elle supervisait les opérations de l’institution multilatérale dans ce pays, ainsi qu’au Bhoutan, depuis 2019.

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La sexagénaire a rejoint la BM en 2000, avant d’accumuler, au cours des quatorze dernières années, de nombreuses responsabilités opérationnelles dans une demi-douzaine de pays, du Caucase à l’Afrique subsaharienne, en passant par l’Asie centrale. Récipiendaire de plusieurs prix internes à la Banque, elle apporte à son nouveau poste « une combinaison unique d’expériences de leadership, que ce soit au niveau pays que sectoriel, ainsi qu’une vaste expérience multiculturelle », s’est réjoui David Malpass, président de la Banque mondiale.

Le choix du président

C’est par une note interne datée du 21 juillet – consultée par Jeune Afrique – que le président a annoncé la nomination de Mercy Tembon comme vice-présidente et secrétaire générale de la plus grande institution mondiale d’aide au développement. « Madame Tembon me rendra compte directement et travaillera en étroite collaboration avec le comité des directeurs exécutifs, les gouverneurs et les autres membres de la haute direction pour faire avancer la mission de l’institution alors qu’elle évolue de façon continue pour répondre aux besoins urgents de ses pays partenaires », a écrit David Malpass aux salariés de la Banque mondiale.

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Présente statutairement aux conseils de direction de la BM, dont elle assure la rédaction des comptes-rendus, comme secrétaire générale, Mercy Tembon devra également faire preuve de diplomatie et d’attention rigoureuse à la multitude de dossiers présentés aux hautes instances de l’institution. Sans oublier la gestion de tensions occasionnelles entre grands actionnaires. Cela avait été le cas, il y a une dizaine d’années, au sujet de la quotité de directeurs exécutifs, que ces derniers pouvaient nommer, et que le secrétariat général de la BM avait dû négocier avec l’aide de la vice-présidence aux affaires juridiques.

Courroie de transmission

Pour illustrer l’importance du lien fort entre le secrétariat général et la présidence et/ou le board des institutions financières, il suffit de se rappeler des tensions entre plusieurs administrateurs occidentaux de la Banque africaine de développement (BAD) et Vincent Nmehielle, le secrétaire général de cette institution et bras droit du président Akinwumi Adesina, durant la crise de gouvernance de 2020 ; ou le rôle de médiateur qu’a dû jouer Ecobank au plus fort de la crise entre le conseil d’administration de la banque panafricaine et son ex-directeur général, l’Ivoirien Thierry Tanoh.

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« Le secrétaire général moderne n’est plus un “simple serviteur” […] mais fait généralement office de passerelle d’information, de communication, de conseil et d’arbitrage entre le conseil d’administration et la direction, ainsi qu’entre l’organisation et ses actionnaires et parties prenantes », note un manuel de la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale.

Aussi le poste qui revient à Mercy Tembon offre une rare opportunité de saisir l’ensemble des opérations de l’institution, mais également de bâtir un immense carnet d’adresses au sein de la BM et avec ses nombreux partenaires.

Glorieux prédécesseurs

Parmi les personnalités ayant occupé cette fonction avant Mercy Tembon, on retrouve notamment Kristalina Georgieva, future numéro deux de la Banque mondiale et actuelle directrice générale du FMI. Dans ses notices biographiques, cette dernière ne manque pas de rappeler « le rôle clé qu’elle a joué à ce poste dans la réforme de la gouvernance de la Banque mondiale », dans la foulée de la crise financière de 2008.

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Autre occupante de ce poste : Ngozi Okonjo-Iweala, future numéro deux de la BM et ministre des Finances du Nigeria, aujourd’hui directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce. Si le poste a été occupé ces dernières années principalement par des femmes, parmi les précédents occupants figurent le Chinois Shengman Zhang, aujourd’hui président Asie du colosse bancaire américain Citi, ainsi que feu le diplomate ghanéen W. Paatii Ofosu-Amaah, futur conseiller spécial de Donald Kaberuka, durant sa présidence de la BAD, et futur acteur majeur des négociations qui ont abouti à l’accord de paix entre le Soudan et le Soudan du Sud.

Si à 63 ans, il est peu probable que Mercy Tembon s’engage ensuite dans une autre carrière de dirigeante d’institution multilatérale, cette position à la Banque mondiale peut être un prélude à une troisième carrière dans l’éducation et le développement. Nombre de grandes institutions privées ou de fondations ne manqueront pas d’apprécier son profil éclectique et multiculturel.

Thèse iconoclaste

Alors que la crise séparatiste frappe son Cameroun natal, il est intéressant de se rappeler le début de carrière de Mercy Tembon. Dans son pays, cette dernière est « membre à vie du conseil d’administration de l’école maternelle et primaire » de l’Union nationale des parents d’élèves qu’elle a fondée en 1989, à Bamenda. Avant de se convertir à la banque de développement, la dirigeante camerounaise a démarré sa carrière dans l’éducation, avec un bachelor de l’École normale supérieure du Cameroun (1982), suivi d’un master à l’université de Liverpool (1988) et d’une thèse de doctorat en économie de l’éducation, soutenue en 1994 à l’université de Londres.

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Cette thèse est le fruit d’une enquête menée auprès de 355 ménages, 16 écoles secondaires et 650 élèves dans la zone de Mezam, dans le nord-ouest du pays – touché par les mouvements séparatistes. À l’issue de ses recherches, Mercy Tembon conclut non seulement que les parents des élèves des écoles secondaires publics, en plus des frais indirects déjà élevés auxquels ils font face, ne seraient pas opposés à l’introduction de frais de scolarité plus importants, en contrepartie d’une hausse de l’éducation.

Autre conclusion plus iconoclaste au vu de l’évolution des relations entre les provinces et l’État central, l’économiste suggère d’encourager « la gestion et le financement locaux des écoles », arguant que « la décentralisation de la gestion éducative des écoles contribuera largement à améliorer la qualité et l’efficacité de l’enseignement ». Ce qui demandera « quelques ajustements des structures de financement existantes », ainsi qu’une « immense volonté politique de la part des décideurs »…

Leadership d’excellence

La dirigeante camerounaise qui se décrit comme ayant « une forte orientation client, axée sur les résultats, d’excellentes compétences diplomatiques, interpersonnelles et de communication », a supervisé un portefeuille global de 15 milliards de dollars en projets d’investissements, d’assistance technique et financières à travers les différents pays dans lesquelles elle a exercé (Arménie, Azerbaïdjan, Georgia, Burundi, Burkina Faso, Bangladesh, Bhoutan). Elle a reçu notamment le prix du leadership pour la diversité et l’inclusion du Groupe de la Banque mondiale (GBM) en 2010 et le prix d’excellence en leadership de l’Association du personnel de l’institution multilatérale en 2014.

Dans sa note aux salariés, David Malpass a également salué dans le parcours de Mercy Tembon « une connaissance approfondie des opérations de la BM, une expérience dans la promotion de la croissance économique et du développement social dans plusieurs pays, et une réputation de développement de partenariats solides avec les parties prenantes ».

Albert Pahimi Padacké: «Il faut que les Tchadiens tournent la page de la guerre»

 

Au Tchad, c'est le 20 août que doit s'ouvrir le dialogue national inclusif annoncé depuis plus d'un an. Objectif : la fin des guerres à répétition et la tenue d'élections libres. Hier jeudi, deux importants chefs rebelles sont rentrés à Ndjamena. Mais demain, il y aura encore des absents de marque, car plusieurs opposants soupçonnent le président de transition, Mahamat Idriss Déby Itno, de vouloir s'accrocher au pouvoir. Entretien avec le Premier ministre du Tchad, Albert Pahimi Padacké. 

 

RFI: Quel est l’enjeu de ce Dialogue national inclusif ?  

Albert Pahimi Padacké : Après 60 ans d’indépendance, vous savez que nous n’avons pas eu une succession pacifique à la tête de l’État. Les Tchadiens dans leur ensemble sont fatigués de ce cycle à répétition de rebellions, et nous pensons unanimement qu’il faut que les Tchadiens tournent la page de la guerre et que désormais la dévolution du pouvoir au Tchad se fasse par les urnes et non par les armes.

Vous dites que c’est un dialogue inclusif, mais en l’absence, notamment sur le plan intérieur, de la coalition Wakit Tama et du parti des Transformateurs, ce ne sera pas inclusif, est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Vous savez, pour nous, chaque Tchadien qui serait absent de cette messe de la paix, nous le regrettons évidemment. Nous restons ouverts à toutes les forces politiques et sociales du pays pour se retrouver dans cet élan patriotique de paix pour notre pays.

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Autres grands absents, les rebelles du FACT [Front pour l'alternance et la concorde au Tchad] qui sont à l’origine de la mort du président Déby l’année dernière, pourquoi ne pas libérer leurs prisonniers, comme ils le demandent, afin qu’ils puissent rejoindre ce Dialogue ?

J’ai écouté comme vous le président du FACT lui-même dire qu’il ne s’agit pas de la question des prisonniers. De toute façon, le Président du Conseil militaire de transition et son gouvernement ont donné des gages, rarement vus dans le monde en pareilles circonstances. Vous avez vu l’amnistie générale accordée aux politico-militaires, alors même qu’ils n’avaient pas encore signé un accord. Vous savez que, dans de pareilles circonstances, c’est généralement des clauses de l’accord. Nous, simplement, je peux vous garantir, hier comme aujourd’hui, jusqu’à demain, que la main tendue du gouvernement de transition reste à l’égard de tous les Tchadiens politico-militaires ou les Tchadiens de l’intérieur qui veulent rejoindre le processus de paix.

Mahamat Mahdi Ali, le chef du FACT, peut-être ne veut-il pas rentrer de peur d’être attaqué par des membres de la famille du défunt président Déby, qu’est-ce qui garantit en effet qu’il pourra circuler dans N’Djamena en toute sécurité ?

Nous avons pris toutes les dispositions pour la participation paisible des politico-militaires au Dialogue national inclusif, et ceux qui sont arrivés également ont eu hier à faire face à l’armée nationale où des vies ont été perdues. Mais ces responsables sont aujourd’hui arrivés. Même hier matin encore, des chefs politico-militaires sont rentrés à N’Djamena. Ils seront protégés par le gouvernement de transition, par le Président du Conseil militaire de transition, et donc même Mahdi s’il venait à N’Djamena, il serait protégé.

L’une des principales critiques de ceux qui ne seront pas présents au Dialogue de demain, c’est que ce Dialogue est biaisé, car, sur les quelque 1 400 délégués, 1 200 sont proches du pouvoir et le Dialogue ne donnera rien…

C’est des préjugés. D’abord, sur 1 400 délégués, vous avez les partis politiques qui ne sont pas tous du même bord, vous avez ceux de la société civile qui ne sont pas du même bord, vous avez les délégations de provinces qui ne sont pas du même bord, vous avez les politico-militaires qui arrivent qui ne sont pas du même bord, alors comment dire qu’on a des statistiques qui montreraient que le pouvoir aurait un tel nombre au sein du Dialogue ?

Autre critique des futurs absents, ce Dialogue ne sera pas souverain, car le caractère souverain n’est pas consacré dans la charte de transition…

Mais hier encore, le Président du Conseil militaire a signé un décret consacrant la souveraineté du Dialogue national inclusif, dont il est le garant, comment peut-on avoir des doutes à ce niveau ?

Surtout, les futurs absents disent que ce Dialogue ne servira à rien si le Président de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno, ne prend pas l’engagement de se retirer du pouvoir à la fin de la transition…

Mais si toutes les décisions devaient être prises avant même d’entrer en salle, mais pourquoi nous nous réunissons dans un Dialogue ?

En juin 2021, quand Jeune Afrique lui a demandé s’il serait candidat ou non à la présidentielle, le Président de la transition n’a pas répondu clairement, il a remis son destin à « Dieu », est-ce à dire qu’il peut être candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Pour l’instant, je n’ai pas de boule de cristal, ce que je sais, c’est que les Tchadiens débattront de toutes ces questions sans tabou et décideront souverainement de ce qu’il y a lieu de faire.

Est-ce que le Dialogue ne pourrait pas partir sur des bases plus positives si d’entrée de jeu le Président de la transition disait : « À la fin de la transition, je ne serai pas candidat » ?

Mais pourquoi devrait-il le dire à l’entrée du Dialogue, alors que nous allons justement au Dialogue pour traiter de ces questions ? Il n’y a pas de raison que le Président du Conseil militaire de transition pirate la souveraineté du Dialogue qui doit commencer demain. Il faut que les Tchadiens eux-mêmes, yeux dans les yeux, décident souverainement de ce qu’il y a lieu de faire pour l’avenir de leur pays.

Est-ce que l’inéligibilité des membres actuels de la transition est à l’ordre du jour ?

Tous les sujets sont à l’ordre du jour du Dialogue national, aucun sujet n’est tabou.

► À lire aussi : Tchad: deux chefs rebelles reviennent d'exil avant l'ouverture d'un dialogue national

 

Mali : dix choses à savoir sur Alghabass ag Intalla, incontournable chef touareg et président de la CMA

Figure centrale de la rébellion touareg de 2012, le secrétaire général du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) a repris, le 17 juillet, la présidence tournante de la CMA, coalition de mouvements signataires de l’accord d’Alger, succédant à Bilal Ag Acherif.

Mis à jour le 17 août 2022 à 09:47
 

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Alghabass Ag Intalla, à Ouagadougou en 2013. © Ahmed Ouoba/AFP

 

1. Fils de l’amenokal des Ifoghas

Alghabass ag Intalla est le fils d’Intalla Ag Attaher, lui-même descendant d’une longue lignée d’amenokals. Ces chefs traditionnels de la tribu des Ifoghas règnent en maître à Kidal et dans l’Adrar des Ifoghas, région septentrionale du Mali. À la mort de son père, en décembre 2014, Alghabass est un temps pressenti pour lui succéder en tant qu’amenokal des Ifoghas. La préférence se porte finalement sur son frère, Mohamed ag Intalla, l’aîné de cette fratrie de trois, dont Alghabass est le benjamin, fondateur du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA).

2. Kidal

Figure respectée et incontournable de la tribu des Ifoghas, ayant des ramifications au Mali et au Niger, Alghabass ag Intalla est issu d’une longue lignée de nobles touareg, dont la chefferie traditionnelle domine l’essentiel de la région.

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La ville de Kidal, dans l’extrême nord-est du pays, où Alghabass est né et où sa famille est historiquement implantée, échappe toujours au contrôle de l’État et reste l’un des principaux points d’achoppement entre Bamako et les anciens rebelles. Le HCUA, groupe armé dont il est à la tête, est le plus installé politiquement et militairement dans cette cité du Nord, où cohabitent une douzaine de tribus et plusieurs groupes armés.

3. Élus de père en fils

Influente figure touareg, il est aussi issu d’une grande famille d’élus locaux. Lui même a été député de Kidal, sous les couleurs de l’Adema-PASJ, durant deux législatures, marchant sur les traces de son père, parlementaire sous Moussa Traoré.

En 2002, il rejoint dans l’hémicycle son frère aîné Mohamed, élu depuis 1992, qui siègera jusqu’au renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020 et la dissolution de l’Assemblée nationale par les putschistes. Celle-ci sera alors remplacée par le Conseil national de transition (CNT), dont est membre Mohamed ag Intalla. Comme Alghabass et Mohamed, Attayoub, le frère cadet, est une figure politique locale et a tenu les rênes de la mairie de Kidal pendant cinq ans, de 2004 à 2009.

4. Visage politique d’Ansar Dine

Lorsque la rébellion touareg éclate en 2012 pour réclamer l’indépendance de l’Azawad, Alghabass ag Intalla s’affiche d’abord dans les rangs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Rapidement, et comme de nombreux autres combattants, il rejoint ensuite le groupe Ansar Dine, mené par Iyad ag Ghali, figure historique de la lutte indépendantiste touareg des années 1990, qui deviendra plus tard l’ennemi public numéro 1, en tant que leader du groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), branche sahélienne d’Al-Qaïda.

À l’époque, Alghabass assure incarner « l’aile modérée » d’Ansar Dine. Il est le visage politique du groupe, dont il conduit la délégation aux négociations pour la paix de Ouagadougou, en novembre 2012.

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Pour de nombreux observateurs, le passage d’Alghabass au sein d’Ansar Dine aurait joué en sa défaveur dans la succession de son père en tant qu’amenokal.

5. Divergences avec Iyad ag Ghali

Rapidement, les divergences de vue sont trop fortes entre Iyad ag Ghali et Alghabass ag Intalla. Alors que tous deux s’étaient unis autour de leurs revendications indépendantistes, Alghabass ne se reconnaît pas dans les velléités conquérantes de son compagnon d’armes. Alors qu’Iyad ag Ghali veut conduire son jihad au-delà du nord du pays, ag Intalla est davantage partisan d’une posture d’autodéfense de sa zone d’influence.

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Dès le mois de janvier 2013, les chemins des deux hommes se séparent. Le notable de Kidal quitte les rangs d’Ansar Dine, accompagné de nombreux combattants, et crée le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA).

6. Solution pacifique

Une fois le MIA créé, Alghabass plaide pour un « dialogue politique inclusif ». Le chef touareg cherche à tout prix à se démarquer de Iyad ag Ghali et d’Ansar Dine, qu’il considère désormais comme un groupe terroriste et face auquel il se dit prêt à lutter.

Déjà engagé dans les négociations de Ouagadougou, Alghabass devient une figure des pourparlers pour la paix, notamment dans le processus dit d’Alger, où il impose son leadership au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), qu’il préside aujourd’hui.

7. HCUA

En mai 2013, moins de six mois après avoir fait sécession d’Ansar Dine, Alghabass ag Intalla dissout le MIA afin d’intégrer le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), fondé par son frère Mohamed ag Intalla.

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Un an plus tard, il deviendra le secrétaire général de l’organisation, avant d’en prendre la présidence à la faveur d’un changement des textes, en janvier 2022. Un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui et qui lui vaut d’assurer également la présidence tournante de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), en rotation – chaque année – avec le chef du MNLA et celui d’une branche du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA).

8. Incontournable

L’autorité d’Alghabass dans le nord du Mali et au sein de la CMA fait du leader du HCUA la figure la plus influente de cette alliance de mouvements, selon de nombreux spécialistes. Lors des négociations d’Alger, qui aboutiront à un accord de paix entre l’État malien et les anciens rebelles indépendantistes, c’est lui qui conduit la délégation de la CMA.

Très écouté, il est également consulté par des cadres de mouvements qui l’ont combattu et est, pour beaucoup, une figure incontournable de la difficile marche vers la paix. Il fut d’ailleurs, entre 2005 et 2010, le coordinateur du réseau des leaders du Nord.

9. Partisan de la fusion

Fédérateur, Alghabass ag Intalla plaide de longue date en faveur d’une fusion des groupes membres de la CMA et de « tous les acteurs des mouvements partageant les même idéaux ». Pour ce natif de Kidal, la division en plusieurs mouvements éparpille les débats et il considère que l’union au sein d’un large « mouvement politique » est le meilleur moyen « de prendre en charge les préoccupations des populations de l’Azawad ». Sous sa nouvelle présidence, entamée en juillet dernier, la CMA a d’ailleurs érigé la fusion des mouvements qui la composent en une priorité.

10. Mandat d’arrêt

En février 2013, plusieurs chefs de la rébellion touareg considérés par Bamako comme des « terroristes », sont visés par des mandats d’arrêt lancés par la justice malienne. Alghabass Ag Intalla, qui a alors quitté les rangs d’Ansar Dine, est l’un d’entre eux.

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Les personnalités visées sont accusées, pêle-mêle, de « terrorisme », « sédition », « crimes portant atteinte à la sécurité intérieure de l’État, à l’intégrité du territoire national par la guerre, l’emploi illégal de la force armée, la dévastation et le pillage publics », « crimes et délits à caractère racial, régionaliste et religieux » ou encore « trafic international de drogue ». Le mandat d’arrêt sera finalement levé en octobre 2013, au nom de la réconciliation nationale et de la paix.

El-Ghassim Wane: concernant les Ivoiriens arrêtés à Bamako, «Il faut un règlement dans les délais les plus brefs»

 

Le Mauritanien El-Ghassim Wane dirige la Minusma, la mission des Nations unies au Mali. Sa parole est rare dans les médias, il a accordé cet entretien à RFI dans un contexte de tensions avec les autorités maliennes. L’arrestation à Bamako de 49 militaires ivoiriens, présentés par les autorités maliennes de transition comme des mercenaires alors qu’ils venaient dans un cadre onusien, mais avec une situation administrative qui demeure floue, suscite de très vives tensions entre Bamako et Abidjan – des tentatives de médiation sont d’ailleurs en cours – mais aussi entre Bamako et la Minusma, qui a été contrainte de revoir les règles d’autorisation de ses rotations aériennes. Elles ont enfin repris lundi après avoir été suspendues pendant plus d’un mois par Bamako. Le cas de ces 49 militaires ivoiriens, la reprise des vols onusiens, mais aussi les menaces qui pourraient peser sur l’avenir de la Minusma au Mali : El-Ghassim Wane, chef de la Minusma, répond aux questions de RFI.

Les autorités maliennes de transition avaient suspendu les rotations des personnels militaires de la Minusma il y a un mois. Entre-temps, les modalités d’autorisation de ces rotations ont été rediscutées avec le gouvernement malien et les relèves ont finalement pu reprendre lundi. Actuellement, combien d’homme sont en attente de départ ou d’arrivée ? 

Effectivement, il y a eu une suspension des relèves de nos contingents et nous avons eu une réunion avec les autorités maliennes, le 1er de ce mois, au cours de laquelle nous avons convenu des modalités de reprise des relèves de nos contingents. Ces relèves ont commencé, elles vont se poursuivre pendant une période de quatre semaines et vont concerner 3 500 personnels entrant et partant, donc 7 000 au total. C’est une opération extrêmement complexe qui implique évidemment les autorités maliennes et la Minusma ici, mais également notre siège à New-York et les pays contributeurs de troupes, une opération qui demande une coordination extrêmement étroite. Jusqu’ici tout se passe bien, il n’y a pas de raison pour que les choses ne continuent pas sur la même voie, et que les 7 000 personnels qui sont affectés par cette opération puissent être déployés et redéployés pour certains dans leur pays d’origine, dans les délais prévus. 

Pendant cette pause forcée, est-ce que le travail de la Minusma a été affecté ? 

Non, le travail évidemment a continué, mais il est évident qu’un retard dans les relèves a forcément un impact sur le moral des troupes, a forcément un impact sur l’efficacité opérationnelle. Cela dit, le travail s’est poursuivi et je voudrais saisir cette occasion pour féliciter nos personnels en uniforme pour l’engagement dont ils ont fait montre tout au long de leur déploiement ici au Mali. 

Le nouveau protocole pour ces rotations, est-ce qu’il est plus contraignant, pénalisant pour la Minusma ? 

Non, je pense qu’il s’agissait plutôt de clarifier les modalités pour que ces relèves aient lieu de manière beaucoup plus harmonieuse. Essentiellement, il s’agit pour tous les pays qui doivent procéder à des relèves de le faire à travers la Minusma, et il s’agit pour nous d’avoir comme point d’entrée principal le ministère des Affaires étrangères, à charge pour celui-ci d’assurer la coordination entre les différentes structures maliennes concernées. Les informations que nous fournissons sont des informations tout à fait classiques, que nous fournissions déjà, mais que nous allons maintenant présenter de manière beaucoup plus globale à travers une structure unique, et je me félicite de la bonne disposition des autorités maliennes qui nous a permis de parvenir à un accord et d’assurer la reprise des relèves. 

La force française Barkhane vient d’achever son retrait après avoir été poussée vers la sortie par les autorités maliennes de transition. Ces derniers mois, c'est la Minusma qui a vu ses activités entravées, des protocoles ont été modifiés, votre porte-parole a été expulsé, vos enquêteurs droits de l’homme n’ont plus accès à certaines zones : ne craignez-vous pas que Bamako cherche à présent à mettre la Minusma dehors, à son tour ? 

Comme vous le savez, le mandat de la mission a été renouvelé à la fin du mois de juin, et les autorités maliennes ont clairement indiqué qu’elles souhaitaient que la Minsuma reste. Nous travaillons, je pense, dans un esprit de coopération avec les autorités maliennes, mais, évidemment, s’agissant d’une mission avec des effectifs si élevés et opérant dans les conditions sécuritaires que vous connaissez, il est évident que des difficultés peuvent se poser. Mais l’important est que quand des difficultés se posent, nous travaillons ensemble avec les autorités maliennes pour trouver des solutions. 

Mais l’Allemagne a déjà suspendu la semaine dernière l’essentiel de ses activités militaires au sein de la Minusma, d’autres pourraient suivre ? Vous le redoutez ? 

D’abord, les pays contributeurs de troupes et de personnels de police restent engagés, je pense que c’est un élément extrêmement important. Il y a eu cette difficulté que nous avons connue en ce qui concerne la relève du contingent allemand, mais je peux vous assurer que ces difficultés sont en train d’être surmontées, et qu’elles relevaient beaucoup plus en fait d’une adaptation nécessaire aux nouvelles règles qui ont été convenues avec les autorités maliennes, que d’autre chose, et donc nous travaillons dans un bon esprit aussi bien avec les Allemands qu’avec les Maliens pour assurer le bon fonctionnement de la force. 

Le départ de la Minusma est de plus en plus demandé par des organisations de la société civile, par des relais d’opinion, un peu comme ce fut le cas pour Barkhane… 

Dans un pays de 20 millions d’habitants, toutes les opinions ne sont pas uniformes, forcément, il y a des critiques, mais je peux vous assurer d’une chose : je me rends très fréquemment à l’intérieur du Mali, j’interagis fréquemment avec les autorités maliennes, tous mes interlocuteurs sont en faveur du maintien de la Minusma. Cela dit, nous restons évidemment à l’écoute, y compris de ceux qui critiquent notre action. 

Vos relations avec le président de transition, le Colonel Assimi Goita, comment les qualifieriez-vous ? Vous échangez, vous vous voyez régulièrement ? 

Je dirais que nous avons de bonnes relations avec les autorités maliennes, nous avons accès à elles quand nous le souhaitons, y compris évidemment le Président de la transition, mais nous travaillons aussi beaucoup avec les membres du gouvernement qui s’occupent de dossiers spécifiques et qui sont nos interlocuteurs premiers, et je voudrais les remercier pour leur disponibilité. 

Sur le dossier des 49 militaires ivoiriens arrêtés le 10 juillet à Bamako et inculpés pour « atteinte à la sécurité de l’État » : les Nations unies ont d’abord confirmé qu’ils étaient arrivés au Mali en soutien à la Minusma, avec le statut NSE, avant de faire machine arrière pour, semble-t-il, des dysfonctionnements administratifs. Est-ce que vous pouvez nous éclairer sur le statut réel de ces 49 militaires et sur leur arrivée au Mali ? 

Il y a des efforts soutenus qui sont déployés au niveau de la région, qui sont soutenus également par nombre d’acteurs internationaux qui visent à régler cette question, et le souhait de tous est que ce règlement puisse être trouvé dans les délais les plus brefs possible, et je crois que c’est à cela que tout le monde œuvre. 

Ça, c'est sur les médiations en cours, pour éviter l’escalade entre Bamako et Abidjan, mais sur le statut de ces militaires, comment comprendre la volteface des Nations unies ? 

Notre rôle ici est de contribuer du mieux que nous pouvons à la recherche d’une solution, et c’est le souhait des pays concernés, de tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire, le souhait de trouver une solution, et c’est à cela que tout le monde doit œuvrer. 

Selon plusieurs sources, Bamako demanderait des excuses d’Abidjan, ou encore l’extradition de certaines personnalités politiques actuellement en Côte d’Ivoire, et visées par des mandats d’arrêt émis par la justice malienne ? 

Je répète : le souhait de tous est de voir les efforts en cours aboutir. 

Après près de dix mois de blocage, le gouvernement malien de transition et les groupes armés du Nord signataires de l’Accord de paix de 2015 ont repris leur travail commun au début du mois : l’application de l’Accord de paix est-elle enfin relancée ? 

Je crois. C’était une très bonne réunion, il y a eu un accord sur les quotas d’intégration des ex-combattants des mouvements signataires au sein des structures de l’État malien, y compris les forces de défense et de sécurité, un accord sur les réformes institutionnelles qui ne sont pas liées à la révision de la Constitution, et un engagement du gouvernement à assurer la prise en charge des réformes institutionnelles qui requièrent une révision constitutionnelle dans le cadre de l’élaboration de la nouvelle Constitution. Il y a également eu un accord sur la mise en place d’une commission ad hoc chargée de la gestion au cas par cas de la situation des cadres des mouvements signataires. Maintenant, il faudra assurer le maintien de cette dynamique, c’est à cela que nous travaillons tous, et une réunion de Comité de suivi de l’accord est prévue vers la fin de ce mois, précisément pour aider à préserver cette dynamique et encourager les parties à consolider les résultats auxquels elles sont parvenues. 

Fin de Barkhane au Mali : chacun voit retrait à sa porte

Avec le départ du Mali du dernier soldat français de la force Barkhane, ce qui ressemblait à une idylle, en 2013, finit en queue de tilapia. Chacun essaie de faire bonne figure.

Mis à jour le 16 août 2022 à 16:27
 
Damien Glez
 

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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© Damien Glez

 

Il y a neuf ans, l’émotion de « Papa Hollande », président d’une France qu’« on » avait appelé à la rescousse au Sahel – il reste à définir la légitimité de ce « on » – l’étreignait à ce point qu’il balayait ses conquêtes politiciennes nationales pour déclarer que sa visite au Mali était, sans doute, « la journée la plus importante » de sa vie politique. Ce lundi, c’est sous un mépris glacial de la junte malienne que le dernier soldat français de l’opération militaire Barkhane passait une frontière terrestre…

Alors que le monde chrétien célébrait, ce 15 août, l’entrée de la Vierge Marie dans la gloire de Dieu, c’est précisément à 11 heures locales que le dernier détachement français faisait sa sortie du Mali, via le Niger, sans tambour de célébration ni trompette de la renommée. Comme de bien entendu, les parties « brouillées » ont chacune leur vision du divorce…

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En « off » comme en « on », la France indique n’avoir pas démérité, avoir notamment payé le prix du sang pour empêcher des colonnes jihadistes de fondre sur Bamako. Au-delà de cette lecture qui ne pourra être validée que par les historiens et avec le recul de quelques années, l’état-major de l’armée française précise qu’il s’agit moins d’une débandade que d’un redéploiement : « Les armées françaises continuent le combat contre le terrorisme au Sahel, en coordination avec nos partenaires africains et internationaux », même si la présence dans la région sera divisée par deux d’ici la fin de l’année.

Ultimatum

En dehors du Niger, N’Djamena et Ouagadougou hébergent toujours des militaires français, dans des proportions et des cadres différents. L’état-major français s’enorgueillit surtout de l’exploit que constitue le départ du Mali d’un dispositif aussi lourd en si peu de temps – 4 000 containers et un millier de véhicules en six mois –, sans que la fragilité induite par le déménagement ne conduise à des attaques contre ces forces françaises.

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Côté malien, la junte au pouvoir laisse parler les foules, convaincue que celles-ci traduisent le sentiment du peuple. Ce 14 août, à Gao, alors que le départ de Barkhane s’achevait, des manifestants ont quand même tenu à lancer un ultimatum de 72 heures à des militaires décidés à ne pas utiliser lesdites 72 heures. Et des photographies présumées du rassemblement de montrer des slogans brandis comme « Barkhane parrain et allié des groupes terroristes » ou « aucune puissance étrangère ne fera du Mali son butin ».

La rupture finalement consommée entre les militaires maliens et français, les échos de la guerre de communication seront entendus quelques temps, avant que ne se normalise, sous Goïta ou pas, sous Macron ou pas, les relations entre le Mali et son ancien colon.

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