Vu au Sud - Vu du Sud

Les communautés d’agriculteurs, notamment bambaras et bozos, d’éleveurs peulhs ainsi que les chasseurs du Cercle de Djenné ont signé, jeudi 1er août 2019, un accord humanitaire par le biais duquel ils s’engagent à garantir l’intégrité physique et la libre circulation des personnes, des biens et du bétail dans le Cercle de Djenné, dans la région de Mopti, au Mali. 

Fruit d’une médiation de dix mois menée par le Centre pour le dialogue humanitaire (HD), l’Accord a été signé à Djenné par les représentants des agriculteurs, les leaders peulhs et les responsables des chasseurs (qui constituent un groupe d’autodéfense des intérêts des agriculteurs) en présence des autorités maliennes, représentées par le Préfet du Cercle (département) de Djenné.

Par cet Accord, les parties s’engagent à :

  • Cesser et faire cesser tout recours à la violence à l’encontre des civils ;
  • Respecter les couloirs établis pour la transhumance et en faciliter le déroulement ;
  • Ne pas entraver la campagne agricole ;
  • Faciliter l’accès de la population du Cercle de Djenné aux foires hebdomadaires et aux centres de santé ;
  • Encourager les leaders communautaires à s’engager en faveur de la paix en diffusant de messages de cohésion et d’apaisement ;
  • S’opposer à l’enlèvement de bétail quelle que soit la communauté de son propriétaire et faciliter les recherches des biens et animaux enlevés.

Cet Accord intervient après plus de deux années d’affrontements entre les communautés d’agriculteurs bambaras et bozos et d’éleveurs peulhs qui ont entraîné la mort d’une centaine de personnes et le déplacement de plus de 5’000 autres. Le conflit intercommunautaire, qui trouve son origine dans un différend d’accès aux ressources naturelles, a été exacerbé par la présence dans le Cercle de Djenné de groupes armés djihadistes ainsi que l’émergence du groupe d’autodéfense des chasseurs.

La médiation de l’Accord a été conduite à la demande des communautés et des autorités locales et a impliqué l’ensemble des parties ayant une influence sur le conflit, notamment les leaders des communautés peulhes, bambaras et bozos, les responsables des chasseurs ainsi que des représentants des femmes et des jeunes issus de toutes les communautés. Les autorités maliennes ont quant à elles été tenues étroitement informées des avancées du processus par HD.

« Un premier accord avait été signé à Djenné entre agriculteurs et éleveurs en novembre dernier. Il avait permis un premier déplacement saisonnier apaisé du bétail. L’accord du 1er août est davantage inclusif et d’une plus grande portée que celui de novembre 2018. » a expliqué Abdelkader Sidibé, Chef de mission de HD pour le Sahel. « Il témoigne de la confiance que retrouvent progressivement les communautés entre elles et constitue une nouvelle étape vers leur réconciliation. Le soutien des autorités maliennes sera essentiel pour consolider cet acquis. »

HD entend poursuivre ses efforts dans le Cercle de Djenné en accompagnant le comité de suivi de la mise en œuvre de l’Accord institué lors de sa signature.

L’Accord de Djenné s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation déployés par HD – également connu sous le nom de Centre Henry Dunant – en soutien à la stabilisation des régions de Mopti et de Ségou au Centre du Mali.

L’organisation remercie le Royaume du Danemark pour son soutien à son action au Mali et au Sahel.

***FIN***

Une copie de l’accord humanitaire de Djenné est disponible ici.

Pour plus d’informations, merci d’envoyer un email à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.g

Mali: le CICR suspend ses activités à Tombouctou

Gao (nord du Mali). Une famille de déplacés reçoit de la nourriture du CICR et de la Croix-Rouge malienne.
© © CICR / D. Mahamadou

L'organisation d'aide humanitaire a annoncé mardi cette information. En cause : le manque de sécurité.

Lundi, un véhicule de l'organisation humanitaire a été braqué et volé en pleine ville et en plein après-midi par des hommes armés. C'est la sixième tentative de vol d'un véhicule que le CICR subit depuis le début de l'année. L'institution estime que la criminalité ne cesse d'augmenter dans les villes et les axes routiers de la région de Tombouctou, de sorte qu'elle ne peut plus mener ses activités humanitaires.

« Le CICR en général compte sur l'acceptation des parties au conflit, qui respectent le rôle humanitaire neutre et indépendant du CICR, mais c'est parfois en raison d'une criminalité galopante pas toujours respectée sur le terrain malheureusement, déplore Jean Nicolas Marti, chef de la délégation du CICR au Mali. Nous avons eu depuis le début de l'année six tentatives de vol sur des véhicules, cinq ont lieu dans la région de Tombouctou. Il y a quelques mois, c'était l'axe entre Gao et Kidal. Ça fluctue en fonction des situations. Il nous est arrivé de pouvoir en récupérer à travers certains contacts parmi les groupes armés ou parmi les autorités, mais ils sont souvent revendus, divisés en pièces détachées, parfois emmenés à l'étranger. Il y a différents circuits. Nous appelons à la fois les autorités maliennes, mais aussi les groupes armés qui sont actifs dans la région - certains sont signataires d'un accord de paix - à plus de vigilance et de clairvoyance, tout d'abord pour améliorer la situation sécuritaire pour les populations maliennes et les organisations humanitaires. »

→ Lire aussi : Action humanitaire: «Il y a un retour à une forme de guerre totale»

 

Urgence climatique : l’Afrique au banc d’essai

  | Par et

Notre continent fait désormais partie intégrante du mouvement planétaire visant à imposer un modèle de développement plus propre et plus vertueux. Quels sont ses atouts ? Et ses faiblesses ?

Les grands sommets internationaux, surtout lorsqu’il s’agit de mettre toutes les nations autour d’une table pour évoquer les enjeux climatiques ou environnementaux, sont trop souvent, hélas, des montagnes qui accouchent d’une souris. En matière de préservation de l’environnement et de « croissance verte » en Afrique, la COP21, organisée à la fin de 2015 à Paris, a toutefois fait exception à la règle.

Bien sûr, de nombreux pays sur le continent avaient déjà lancé d’ambitieux programmes en la matière avant la tenue de cette conférence. Mais le véritable virage opéré à Paris concerne le regard que la planète – hors d’Afrique et en Afrique même – porte sur le continent.

De victime à acteur à part entière

Jusque-là, on répétait comme un mantra la fameuse formule selon laquelle « l’Afrique est la première victime du réchauffement climatique, alors que c’est le continent qui y contribue le moins ». Ce qui a changé lors de la COP21, c’est le passage de ce statut de victime nécessitant aide et assistance à celui d’acteur à part entière de l’effort général. Et même, potentiellement, de modèle à suivre.

Les pays africains, avec leurs atouts et leurs faiblesses, ne sont plus exclus du grand mouvement planétaire qui tente – plutôt mal que bien, pour le moment – de mettre en place un nouveau modèle de développement plus propre et plus vertueux. La toute récente instauration, en Afrique du Sud, d’une taxe carbone en est un exemple parmi mille autres. Pour beaucoup d’experts, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’Afrique dispose même d’une chance unique : celle, d’une certaine façon, de partir de très loin.

Les pays qui ne disposent pas des technologies anciennes ont tout intérêt à aller directement vers les nouvelles. C’est ça la chance de l’Afrique

C’était déjà l’idée exprimée par Kofi Annan dans un rapport intitulé « Vers une industrialisation verte en Afrique », publié en 2016. « L’Afrique, écrivait alors l’ancien secrétaire général des Nations unies, peut tirer parti de sa situation de continent à faible émission de carbone pour sauter le processus. Les infrastructures n’ont pas besoin d’être améliorées pour devenir résilientes face au changement climatique. »

« Quand l’écosystème existe déjà, renchérit Thierry Téné, cofondateur de l’Institut Afrique RSE, il faut le détruire ou au moins le gérer. Les pays qui ne disposent pas des technologies anciennes ont tout intérêt à aller directement vers les nouvelles. C’est ça la chance de l’Afrique. Voyez la progression fulgurante sur le continent de solutions comme le paiement mobile, alors qu’en Europe les mêmes innovations se heurtent à une multitude de barrières. »

Là comme ailleurs, on retrouve la fameuse théorie du leapfrog, qui veut que le continent pourrait sauter les étapes et développer directement un écosystème respectueux de l’environnement et des populations. Une thèse que soutient également l’économiste français Christian Stoffaës, pour qui « l’économie verte peut constituer un facteur de développement dans les pays pauvres qui n’ont pas de capital et d’investissements coûteux à amortir, contrairement aux pays développés ».

Formules naïves ?

De telles formules peuvent sonner comme autant d’encouragements. Elles peuvent aussi sembler terriblement naïves lorsqu’on les confronte à la réalité d’un continent où, trop souvent, l’exploitation des ressources naturelles (mines, pétrole, gaz, forêts) se fait dans le mépris le plus total de l’environnement et des conditions de vie des populations. Où les décharges à ciel ouvert se multiplient, alimentées aussi bien par les populations locales que par les pays riches qui trouvent là une façon pratique d’évacuer les rebuts qu’ils ne savent ou ne veulent recycler.

urgence

Selon l'Unicef, près de 40 000 enfants travaillaient dans les mines du Katanga,
en RD Congo, en 2014. © Gwenn Dubourthoumieu

« Tout cela est vrai », admet Serge Bouiti-Viaudo, qui a effectué l’essentiel de sa carrière chez Total avant d’être nommé en 2009 directeur de cabinet du ministre des Hydrocarbures au Congo, puis de créer en 2017 son cabinet de conseil spécialisé dans les questions énergétiques.

Mais, assure-t-il, « les choses évoluent. Les grandes entreprises internationales ont toutes signé des pactes, des engagements à respecter certaines bonnes pratiques. Leurs actionnaires sont sensibles au respect des normes, leurs faits et gestes sont scrutés par les ONG ou les journalistes et le moindre dérapage est aussitôt médiatisé. Le Gabon, par exemple, avait commencé à exploiter une mine de fer dans une forêt classée. Le ministre de l’Environnement et celui de l’Industrie s’affrontaient, mais c’est finalement une ONG qui s’est emparée du sujet, les médias et les réseaux sociaux ont suivi… et les autorités gabonaises ont fait marche arrière. Le contexte a changé. »

Reste que le chemin sera long et semé d’embûches, tandis que les échecs seront au moins aussi nombreux que les succès. Parfois, un problème est résolu, mais débouche sur un nouveau défi. L’interdiction des sacs plastique, par exemple, entraîne souvent une utilisation accrue de sachets en papier, posant alors le problème de la déforestation. Et lorsqu’une compagnie minière active au Katanga communique fièrement sur le fait qu’après avoir découvert qu’une espèce protégée de serpents vivait sur son site elle a formé tous ses employés à capturer ces reptiles pour les relâcher ensuite dans un environnement plus propice, on hésite entre applaudir et crier au greenwashing. « Tout ceci n’est pas binaire », résume Serge Bouiti-Viaudo avec philosophie.

Chacun son rythme

Dans les faits, chaque pays avance à son rythme et à sa manière, en tenant compte de ses contraintes propres, comme le montrent les nombreux exemples développés dans les pages qui suivent. Mais s’il faut désigner une zone particulièrement exemplaire, les doigts ont tendance, spontanément, à pointer le nord-ouest du continent.

« Les pays du Maghreb sont plus avancés que ceux d’Afrique subsaharienne en matière de développement et de ressources financières. Les montages de projets y sont plus faciles », résume Nabil Ben Khatra, coordinateur de programmes à l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS). Et d’ajouter : « Dans les pays subsahariens, on gère surtout les priorités : sécurité alimentaire, paix, stabilité… La dimension environnementale peut alors passer au second plan. »

Et parmi les pays du Maghreb, « c’est sans conteste le Maroc qui se distingue, ajoute Thierry Téné. Le continent a besoin de plus de projets comme le Plan solaire marocain. Le royaume est vraiment visionnaire. Beaucoup d’autres pays ont des projets, réalisent de belles choses, mais c’est au Maroc que la vision est le plus globale, le plus transversale. Il y a une véritable stratégie qui va jusqu’à prévoir le financement, auquel est également associé le secteur privé. Je dirais que c’est aujourd’hui le pays où l’ambition politique est le mieux matérialisée. »

Côte d’Ivoire: la réforme de la Commission électorale adoptée

Le siège de la Commission électorale indépendante (CEI) à Abidjan (image d'illustration).
© REUTERS/Thierry Gouegnon

Le projet de loi sur la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI) a été voté mardi soir 30 juillet en séance plénière au Parlement ivoirien, où les députés du parti au pouvoir sont majoritaires.

Avec une majorité des députés issus de la mouvance présidentielle, le texte portant sur la réforme de la Commission électorale indépendante (CEI) ivoirienne a été adopté sans surprise à une large majorité mardi soir avec 124 voix pour, 78 voix contre et une abstention.

Les commissaires passeront de 17 à 15. Le parti présidentiel et l'opposition auront chacun trois représentants, il y aura également six représentants de la société civile, un de la magistrature, un représentant du président de la République et enfin un représentant du ministère de l'Intérieur. Les représentants de l’État et de la coalition RHDP au pouvoir n’occuperont donc plus que cinq sièges, contre la moitié auparavant.

Pour le gouvernement, la mission a été accomplie. À ses yeux, cette recomposition répond aux exigences de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, qui avait émis fin 2016 un arrêt recommandant une CEI plus équilibrée.

L'opposition dénonce une CEI déséquilibrée

Mais cette nouvelle mouture ne satisfait toujours pas les détracteurs de l’instance électorale, qui se sont prononcés contre le texte. Si les opposants reconnaissent des avancées, ils maintiennent leurs accusations. L'opposition dénonce la mise en place d'une Commission déséquilibrée, à un an de l'élection présidentielle de 2020. Autrement dit trop de commissaires proches de l'État et du parti au pouvoir, estime l'opposition, qui met en doute l'indépendance d'une telle instance. C'est même « une remise en cause des acquis démocratiques de la Côte d'Ivoire », a déclaré le député Alain Lobognon, un proche de Guillaume Soro. Il a indiqué sur Twitter avoir proposé des amendements qui ont été rejetés.

 

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Pour sa part, la députée Yasmina Ouégnin a regretté que le texte, préalablement adopté en commission parlementaire, n’ait été disponible que la veille du vote, rendant impossible un examen approfondi du projet de loi.

Pour beaucoup d'opposants, le texte de loi ne respecte pas l'arrêt de la Cour africaine des droits de l'homme rendu en 2016. Action pour la protection des droits de l'homme (APDH), l'ONG qui avait saisi la Cour africaine, préconisait quelques heures avant le vote de présenter le texte au juge de la Cour africaine afin d’évaluer la conformité de la future CEI aux principes démocratiques. Elle critique, entre autres, la présence des partis politiques au sein de la Commission.

La nouvelle mouture de cette Commission électorale contient encore des éléments confligènes, signes avant-coureurs de violences électorales que nous ne souhaitons plus revivre dans notre pays : il y a la représentation du président de la République qui pose, de notre point de vue, un problème, d'autant plus que dans la nouvelle Constitution ivoirienne le président de la République est aussi président d'un parti politique...

Arsène Désiré Néné Bi, président de l'APDH
31-07-2019 - Par Laure Broulard
 

Kaboré et Ouattara déplorent le blocage
du chantier ferroviaire Abidjan-Ouaga

Des containers de la compagnie ferroviaire Sitarail à la gare de Treichville, à côté d' Abidjan, en Côte d'Ivoire.
© AFP/Issouf Sanogo

Les présidents ivoirien et burkinabè ont signé mercredi 31 juillet à Ouagadougou de nouveaux accords bilatéraux et déploré le blocage de chantiers annoncés dans le cadre du traité d'amitié et de coopération (TAC) entre les deux pays, notamment celui portant sur la réhabiliation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou.

Prévus pour démarrer durant le premier semestre de cette année, les travaux de réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou ont été reportés sine die par la Société internationale de transport africain par le rail (Sitarail).

Selon le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, les premières explications fournies par la Sitarail n’étaient pas convaincantes. « Les arguments qui ont été avancés consistaient à dire que, d’une part, le fait que le Burkina Faso et le Ghana étaient en train de réfléchir à la construction d’un chemin de fer, cela remettait en cause la viabilité de la ligne Abidjan-Ouaga-Tambao. Cela ne peut pas être une raison valable, estime le président burkinabè. Lorsque nous avons discuté maintenant, ils nous ont dit que le schéma financier sur lequel ils s’étaient fondés au départ leur pose des problèmes de rentabilité. »

Les deux chefs de l’État ont alors demandé à leurs ministres respectifs des Transports d’adresser une lettre à la société dans les meilleurs délais afin que les travaux puissent démarrer. « Que les deux ministres puissent écrire et parler avec Sitarail va nous permettre de clarifier un peu l’ensemble de ces questions et de pouvoir donner les moyens afin que nous puissions réaliser ce programme de réhabilitation entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso », a souligné le président burkinabè.

À la fin des travaux, la Sitarail devrait transporter chaque année cinq millions de tonnes de marchandises, dont du minerai, ainsi que 800 000 voyageurs entre les deux pays selon les prévisions.