Vu au Sud - Vu du Sud

Mali: les blessés sont la priorité de l’armée après la nouvelle attaque au Nord

Patrouille de l'armée malienne à Anderamboukane, dans la région de Ménaka, le 22 mars 2019.
© Agnes COUDURIER / AFP

Au Mali, l’armée a de nouveau été attaquée par de présumés terroristes, ce lundi, dans le nord du pays. L’opération était, semble-t-il, minutieusement préparée. Selon un communiqué de l’armée malienne, 24 militaires et 17 terroristes ont été tués et du matériel a également été détruit chez l’ennemi.

« L’une des priorités ce mardi, ce sont nos blessés », a expliqué à RFI une source militaire malienne contactée dans le Nord. Certains d’entre eux ont été évacués vers la localité nigérienne de Tiloua, d’autres vers la localité malienne de Gao, après un passage par la ville de Ménaka.

Barkhane en opération

Dans cette ville, ce mardi, des habitants aperçoivent dans le ciel des avions français de l’opération Barkhane en pleine opération. S’agit-il de ratissage dans la zone, d’un accrochage ? Est-il plutôt question de porter secours à des troupes alliées ? Aucune précision n'a été donnée pour le moment. C’est au sud de Ménaka, non loin de la frontière avec le Niger, que de présumés jihadistes ont attaqué les troupes maliennes.

Vingt-quatre militaires tués

Selon un communié officiel, 24 militaires maliens et 17 présumés jihadistes ont été tués. Ce bilan est encore provisoire. D’après une source sécuritaire nigérienne, les assaillants à bord de sept véhicules ont utilisé une ruse de Sioux pour cette attaque. En circulant également dans des tricycles, appartenant à des centres de santé, ils se sont fait passer pour des membres du personnel médical en campagne de vaccination.


■ Réaction au forum paix et sécurité de Dakar

La nouvelle de cette attaque s'est répandue dès ce lundi jusqu'à Dakar, puisque la capitale sénégalaise accueille depuis actuellement le sixième forum sur la paix et la sécurité en Afrique. Dirigeants, chercheurs, militaires et ONG sont réunis en assemblée ou en ateliers. Et ce mardi matin, le ministre de la Défense du Niger, Issoufou Katambé, en réaction, appelle à plus de mobilisation pour lutter contre les groupes armés au Sahel.

C’est le quotidien de nos populations de nos soldats dans cette zone.

Issoufou Katambé, ministre de la Défense du Niger
19-11-2019 - Par Charlotte Idrac
 

Burkina Faso : l’état-major s’inquiète du survol de ses troupes
par des avions étrangers

| Par et
Un soldat burkinabè monte la garde à l’extérieur du Splendid Hotel qui a été attaqué à Ouagadougou, au Burkina Faso, le lundi 18 janvier 2016.

L’état-major de l'armée burkinabè a demandé à la France et aux autres pays intervenant dans le pays, de l’informer désormais de tout déplacement d’aéronefs, faute de quoi ceux-ci seraient considérés comme « ennemis ».

« Des aéronefs non identifiés survolent nos bases et zones d’opération. (…) Désormais, des instructions ont été données aux unités déployées pour qu’ils soient considérés comme ennemis et traités comme tel », a écrit le chef d’état-major général des armées du Burkina Faso, le général de brigade Moïse Miningou, dans un courrier adressé le 15 novembre à l’attaché de défense de l’ambassade de France à Ouagadougou.

« Par conséquent, nous vous prions de bien vouloir nous informer 48 heures à l’avance, de tout déplacement de vos aéronefs dans ces zones et en coordination avec l’Armée de l’Air et l’État major général des armées », assène le général. Le texte, qui a fuité sur les réseaux sociaux, a enflammé la toile burkinabè, sur fond de montée d’un sentiment anti-français dans un Sahel où la situation sécuritaire s’aggrave

La cause de la colère de l’état-major burkinabè est le survol régulier de troupes au sol par des drones, précise une source sécuritaire contactée par Jeune Afrique. Un haut gradé de l’armée burkinabè confie, sous couvert de l’anonymat, que ces survols sont « un problème signalé depuis longtemps par la plupart de nos détachements depuis longtemps à la hiérarchie ».

Et notre source de préciser que le courrier, s’il n’était pas destiné à une diffusion restreinte, n’en demeure pas moins « une note interne, destinée à une autorité militaire étrangère et dont la diffusion est encadrée ».

Si l’état-major de l’armée burkinabè n’a pour l’instant pas officiellement réagi à la diffusion en ligne de ce courrier, une source en son sein a confié à Jeune Afrique qu’une enquête était en cours pour « chercher à situer les responsabilités sur comment ce document, qui a été envoyé à tous les attachés de défense présents au Burkina, a pu se retrouver sur les réseaux sociaux ». « Les relations sont très bonnes entre la France et le Burkina », insiste notre source.

Opération Bourgou 4

La diffusion de ce courrier n’a pas non plus provoqué de réaction officielle, côté français. Mais elle intervient alors que, le 5 novembre, la ministre française des armées Florence Parly, en visite à Ouagadougou, avait annoncé le lancement de Bourgou 4, une opération menée par la force antijihadiste française Barkhane aux côtés des armées locales dans la région dite des trois frontières, Mali-Niger-Burkina Faso. Cette visite officielle a eu lieu près d’un an après la signature, en décembre 2018, à Paris, d’un « accord intergouvernemental de défense » pour renforcer la coopération entre la France et le Burkina Faso.

L’armée Burkinabè a annoncé avoir tué 32 « terroristes » lors de deux opérations dans le nord les vendredi 15 et samedi 16 novembre. Le pays a fait face ces dernières semaines à une recrudescence des attaques, dont une visant un convoi d’une société minière canadienne dans l’est du pays. 37 personnes ont perdu la vie le 6 novembre dans une embuscade.

Suite à cette attaque, « il y a eu des rencontres entre les acteurs du secteur minier et les forces de défense et de sécurité. Un audit et une analyse de ce qui s’est passé sont en cours pour trouver des solutions de sécurisation des convois miniers. Des décisions allant dans ce sens seront prises dans les jours à venir », assure Rémy Fulgence Dandjinou, porte-parole du gouvernement.

Au Niger, l’opposant Hama Amadou est de retour en prison

Hama Amadou, le 15 juin 2014, à Niamey.
© BOUREIMA HAMA / AFP

Hama Amadou, rentré jeudi à Niamey après trois ans d’exil, a été arrêté ce lundi matin. Il lui reste huit mois de prison à purger après sa condamnation dans une affaire de trafic de bébé.

C’est, accompagné de son avocat, maître Mossi Boubacar, qu'Hama Amadou s’est présenté à la brigade de la gendarmerie nationale de Niamey très tôt ce lundi 18 novembre au matin. De sources judiciaires, il avait été convoqué la veille pour se présenter à la brigade.

Dans la matinée, Hama Amadou est arrivé à la prison de Filingué, située à 180 km au nord de Niamey. La même prison où il avait été détenu avant son évacuation sanitaire en France en 2016.

Depuis le jour de son arrivée, ses lieutenants l’ont affirmé, Hama Amadou se mettra à la disposition de la justice de son pays. Aujourd’hui, c’est chose faite, la procédure a été respectée.

Vers une grâce présidentielle ?

Combien de temps Hama Amadou va-t-il rester en prison ? C’est la principale question que tout le monde se pose à Niamey. Pour beaucoup de ses lieutenants, et même dans la mouvance présidentielle, beaucoup pensent qu’Hama Amadou pourra bénéficier d’une probable grâce présidentielle. Dans les milieux judiciaires, on rappelle que la grâce est un domaine réservé et du seul pouvoir discrétionnaire du président de la République, Mahamadou Issoufou.

Les deux hommes se sont d’ailleurs entretenus plus tôt dans le weekend par téléphone. Hama Amadou a en effet reçu en milieu de matinée ce dimanche un coup de fil du président Issoufou Mahamadou qui lui a présenté ses condoléances. Selon le député de l’opposition, Soumana Sanda, c’est la première dame Malika Issoufou, accompagnée de l’épouse du Premier ministre, qui a servi d’intermédiaire entre les deux hommes politiques et qui a passé à Hama Amadou son époux au téléphone.

Reste à savoir aussi s'il sera possible pour Hama Amadou de présenter sa candidature à la présidentielle, il a en effet été désigné l'été dernier, par son parti, le Moden Fa Lumana. D'après l'article 8 du Code électoral révisé récemment, pour être éligible, il faut avoir un casier judiciaire vide. Cela concerne, selon le texte, « les individus condamnés définitivement pour un délit à une peine d'emprisonnement ferme, égale ou supérieure à un an. »


■ Une affaire qui remonte à 2014

Hama Amadou, ancien allié au président et devenu principal opposant, avait été condamné en 2016 pour avoir participé à un trafic de bébés qui auraient été conçus au Nigeria puis amenés au Niger via le Bénin. L'ancien président de l'Assemblée nationale avait été condamné par contumace par la cour d'appel de Niamey, pour « recel d'enfants » dans un trafic international d'enfants. Toutes les requêtes de ses avocats ont jusque-là été déboutées.

 Au-delà de Hama Amadou, dans cette affaire, une vingtaine de personnes ont été mises en cause par la justice. Notamment Hadiza, la seconde épouse d’Hama Amadou qui avait écopé d'un an de prison ferme. Le cerveau de ce trafic avait été condamné à cinq ans de prison. Parmi les autres personnalités concernées figurent l'ancien ministre de l’Agriculture Abdou Labo, des banquiers, des hommes d’affaires, un officier de l’armée, ainsi que leurs épouses. Depuis le début de cette affaire, Hama Amadou dénonce un procès politique.

Fermeture des frontières du Nigeria: réunion de haut niveau à Abuja

Le ministère nigérian des Affaires étrangères, à Abuja.
© Naziftm/Wikimedia

Plusieurs ministres du Bénin et du Niger sont venus s'entretenir, ce jeudi 14 novembre, avec leurs homologues nigérians de la fermeture partielle des frontières. Une mesure imposée depuis fin août par Abuja, officiellement pour lutter contre la contrebande et le trafic. Mesure que le Nigeria dit vouloir prolonger jusqu'à fin janvier.

Après deux mois et demi de fermeture partielle, cette réunion est la première du genre dans ce dossier. Effectivement, jusque-là des réunions s’étaient tenues entre les chefs d’État. Muhammadu Buhari a reçu à plusieurs reprises le président de Bénin. Il a eu également des échanges avec le président du Niger. Mais cette fois-ci, les trois pays passent aux choses sérieuses, aux choses concrètes.

Délégations importantes

Des délégations importantes de ministres sont présentes à Abuja au siège de la Communauté économique des Etas d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). On retrouve les ministres des Affaires étrangères, de l’Information et de l’Intérieur pour le Nigeria, ceux de l’Intérieur, du Commerce et de la promotion du secteur privé pour le Niger et quatre ministres pour le Bénin, celui des Affaires étrangères, de l’Économie et des finances, de l’Intérieur et du Commerce et de l’industrie. Les ministres du Bénin et du Niger sont accompagnés respectivement par une douzaine de conseillers, de diplomates et de hauts fonctionnaires.

Établir des bases méthodologiques

Les trois pays ont donc décidé de se poser pour établir des bases méthodologiques et se parler franchement. Ils veulent aborder les points de tension provoqués par la fermeture partielle des frontières du Nigeria. L’ordre du jour de ce comité tripartite Bénin-Niger-Nigeria se résume à l’adoption d’un agenda ainsi qu’à l’établissement des futurs points de discussion. Un membre de la délégation du Nigeria a indiqué que ce comité devrait « se tenir tant que cette situation de fermeture partielle des frontières au Nigeria durera ». Ce premier comité tripartite devrait se conclure dans l’après-midi.

La réforme du franc CFA, un chantier économique et diplomatique compliqué

| Par Jeune Afrique avec AFP
Des coupures en francs CFA d'Afrique de l'Ouest.

En évoquant début novembre un retrait des réserves de change du franc CFA déposées en France, le président béninois Patrice Talon a relancé le débat sur une réforme de cette devise, un chantier compliqué tant sur le plan économique que diplomatique.

Pour l’heure, les 14 États africains qui utilisent le franc CFA doivent déposer 50 % de leurs réserves en France, obtenant en contrepartie une convertibilité illimitée avec l’euro. Cela leur confère une certaine facilité pour le commerce international, car si un État de la zone franc ne peut pas assurer le paiement en devises de ses importations, la France garantit le versement des sommes correspondantes en euros.

« Nous sommes tous d’accord là-dessus, à l’unanimité, pour mettre fin à ce modèle », a déclaré Patrice Talon dans une interview diffusée le 7 novembre sur RFI et France 24, assurant que c’était avant tout un « problème psychologique » et non « technique ».

Ce n’est pas l’avis de Ruben Nizard, économiste spécialiste de l’Afrique chez l’assureur Coface, pour qui « un retrait des réserves de change signifierait une remise en cause d’un des piliers de fonctionnement de la zone franc », et in fine de ce mécanisme de garantie de convertibilité par le Trésor français.

Un arrimage sur les politiques monétaires européennes

Pour l’heure, pas question a priori de revenir sur la parité fixe de la devise avec l’euro (1 euro = 655,96 francs CFA). « La fixité des parités réduit le risque de change pour des investisseurs ou pour des exportateurs, c’est un luxe formidable » assure Ruben Nizard.

Surtout une question politique et symbolique

« Changer de place les réserves de change, c’est surtout une question politique et symbolique. Pourquoi ne pas déposer ces réserves auprès d’une Banque centrale africaine ? Nous sommes au XXIe siècle, l’Afrique doit assumer la gestion de sa Banque centrale et de sa monnaie », plaide Noël Magloire Ndoba, économiste congolais, consultant et ancien doyen de la Faculté des sciences économiques de Brazzaville.

« Le franc CFA a un taux de change fixe avec l’euro, la monnaie de pays très développés, qui ont fixé comme priorité à la Banque centrale européenne la lutte contre l’inflation. Cela oblige nos Banques centrales [africaines] à mener des politiques monétaires très restrictives », critique de son côté Demba Moussa Dembélé, économiste sénégalais et directeur du Forum africain des alternatives.

Pour lui « la priorité des économies africaines n’est pas la lutte contre l’inflation, mais le besoin d’investissements et d’emplois ».

Peu d’écho pour cette annonce sans calendrier

Jusqu’à présent, l’annonce de Patrice Talon, sans calendrier précis, a eu peu d’écho politique. En Côte d’Ivoire, le gouvernement s’est refusé à tout commentaire sur ce sujet ultra sensible.

En France, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno le Maire a réaffirmé vendredi que ce n’était pas à Bercy de « faire des propositions ou d’imposer quoi que ce soit ». « Si une majorité d’États membres de la zone franc veulent avancer vers une réforme ambitieuse, nous répondrons oui », s’est-il contenté de déclarer.

« Le débat autour du franc CFA se cristallise beaucoup autour de la question de la souveraineté, donc si la réforme venait de la France ça passerait mal », ajoute Ruben Nizard.

L’avenir du franc CFA s’écrit toujours en pointillés, puisque les quinze pays de la Cedeao se sont mis d’accord fin juin pour l’adoption de l’eco, la future monnaie unique pour les huit pays de la zone franc, et sept autres pays, dont le Nigeria.