Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Quel peut être l’impact des manifestations antiracistes? |EuroTopics

 

Le mouvement de dénonciation du racisme et des violences policières aux Etats-Unis et en Europe ne reflue pas – notamment suite à la mort, ce week-end à Atlanta, d’un autre noir lors d’une interpellation. Rayshard Brooks, âgé de 27 ans, a été abattu par un policier blanc. Les commentateurs européens croient que le mouvement a le pouvoir d’amener un changement durable de la société.

L’été pourrait être très chaud

Ilta-Sanomat redoute que le mouvement de contestation antiraciste n’engendre d’autres troubles :

«La crise économique qui s’installe fait une croix sur les rêves d’avenir de la jeunesse américaine et européenne. Et leurs inquiétudes sont tout à fait justifiées. … L’histoire nous montre que les jeunes désœuvrés sont prêts à dire haut et fort ce qu’ils pensent. … Certains pays sont en proie à un mécontentement croissant sans lien déclencheur avec les évènements survenus aux Etats-Unis. La Russie a par exemple fait une gestion extrêmement arbitraire de la crise du coronavirus. … Dans beaucoup de pays émergents, le pic de l’épidémie n’a pas encore été atteint. Si aux problèmes de soins des malades vient se greffer une raréfaction des denrées alimentaires et des biens de première nécessité, il n’y aura pas besoin d’une étincelle supplémentaire pour mettre le feu aux poudres. Cet été pourrait être un été de la colère.»

L’occasion de mobiliser la jeunesse

Le moment est enfin venu de développer un contre-modèle à la politique de Macron, explique le sociologue Eric Fassin dans L’Humanité :

«Pour l’antiracisme, et pour la gauche, c’est une opportunité historique qu’il s’agit de saisir : les vénérables associations peuvent aujourd’hui renouer avec la jeunesse et avec les quartiers populaires. C’est d’autant plus important que notre jeune président s’adresse à un électorat vieillissant, en jouant comme toujours sur les peurs. J’avais naguère qualifié Assa Traoré de ‘sœur Courage’ ; c’est bien le courage en effet qui définit ce mouvement, malgré les menaces et les violences. Mais aussi, avec la jeunesse, se dessine désormais une politique qui transforme la colère en espoir contre le régime de la peur qu’instaure le président de la République.»

L’extrémisme, cela s’apprend

Sous l’impulsion des protestations aux Etats-unis, les classes opprimées européennes pourraient avoir le même réflexe d’autodéfense, juge le sociologue Pál Tamás dans Népszava :

«Il est vrai que la situation des Afro-Américains aux Etats-Unis est particulière, mais les Roms d’Europe de l’Est se trouvent eux-aussi souvent acculés à des situations comparables. … Notre monde est plus calme que les villes d’Atlanta ou de Minneapolis, ce qui n’est toutefois pas le résultat d’une politique plus judicieuse, mais bien plus le fait d’une disposition d’esprit générale dans la plaine de Pannonie. Les élites et les classes moyennes hongroises ont eu plus de chance, c’est tout. … On peut cependant apprendre beaucoup de choses dans la vie. Pourquoi le radicalisme ne pourrait-il pas s’exporter dans les deux tiers inférieurs de notre société ? Dans cette phase de développement de la société, le radicalisme paraît être le seul expédient.»

Le capitalisme est le cœur du problème

Pour AbrilAbril, les manifestations sont la preuve qu’un changement de système est nécessaire :

«On ne peut pas combattre efficacement le racisme sans attaquer le capitalisme de manière organisée. De même qu’il est impossible de s’engager pour la paix sans combattre efficacement le changement climatique et cette force qui mène des guerres et détruit la planète : le capitalisme. Racisme, violences policières, xénophobie, homophobie, discrimination culturelle, colonialisme, terrorisme, guerre et destruction de l’environnement sont les différentes ramifications d’un même arbre. Elles s’inscrivent dans la logique d’un système qui poursuit la mondialisation et dans lequel nationalismes et fascismes suivent l’injonction de plus en plus impérieuse de garantir la survie du capitalisme en tant que système.»

Source: Quel peut être l’impact des manifestations antiracistes ?, Eurotopics, Éric Fassin, 16.06.20

 
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Les nouvelles technologies au service

de la persécution des chrétiens

Sylvain Dorient | Aleteia, 16 janvier 2020

 

À l’occasion de la sortie de l’Index mondial de persécution des chrétiens 2020, l’association Portes Ouvertes dresse un portrait inquiétant de l’évolution de l’intolérance religieuse dans le monde.

Le nouveau directeur de Portes Ouvertes France et Belgique, Patrick Victor, qui a pris ses fonctions au mois d’octobre, reprend le flambeau de Michel Varton. Il parvient aux mêmes conclusions que son prédécesseur, à savoir que le fait d’être chrétien est un motif de persécutions dans beaucoup d’endroits du monde.

Ces persécutions vont s’aggravant si l’on en croit l’Index 2020 qui calcule que 260 millions de chrétiens n’ont pas pu pratiquer librement leur foi, contre 248 millions en 2018. Cela représente un chrétien sur huit dans le monde. Les motifs majeurs de ces augmentations tiennent à l’aggravation de la pression exercée par l’Inde et la Chine, d’une part, et à l’infection djihadiste du Sahel, d’autre part.

Alerte au Sahel

Concernant ce dernier point, l’opinion publique a récemment été alertée de la situation dramatique que vivent les chrétiens du nord du Nigeria. Considérés comme indésirables par des groupes armés terroristes islamiques, ils sont menacés, exécutés, chassés de chez eux.

Mais cette situation s’étend à la plupart des pays traversés par le Sahel. Le Burkina Faso en particulier, fait son entrée dans l’Index de Portes Ouvertes, où il occupe en 2020 la 28e place sur 50. L’association rappelle en particulier l’attaque de Bani. Le 27 juin 2019, des hommes armés sont entrés dans ce village du nord du pays. Les attaquants cherchaient des chrétiens et ils ont exécuté les quatre villageois qui portaient des croix sur eux.

Le Burkina Faso est un pays clé de la région, et le fait qu’il soit aussi directement attaqué alors qu’il était jusqu’à présent épargné inquiète les observateurs de Portes Ouvertes. Ils précisent qu’en Afrique, beaucoup de pays se tiennent « à la porte de l’Index » et pourraient y pénétrer prochainement, car ils craignent une diffusion encore plus large de l’islamisme.

Les chrétiens « ennemis de la Nation »

Concernant l’Inde et la Chine, la pression exercée sur les chrétiens vient des gouvernements eux-mêmes. Ils durcissent le ton à l’égard des minorités religieuses, persuadés qu’elles présentent un danger pour la cohésion nationale. En Inde, le BJP, parti du président Narendra Modi au pouvoir, est conforté par ses bons résultats aux élections de 2019. Il monte d’un cran la pression sur les musulmans et les chrétiens. Ces derniers vivent notamment sous la menace des « lois anticonversions ». Dans l’Himachal Pradesh, au nord, elles sanctionnent désormais de 5 ans de prison toute entative de conversion à l’égard d’un hindouiste.

En Chine, le Parti a mis en place une permanence téléphonique pour dénoncer toute activité religieuse illégale. Certaines églises vont être dotées de caméras de surveillance, et plus simplement, beaucoup sont détruites ou endommagées pour des motifs administratifs divers. En 2019, quelques 5.576 églises ont été visées en Chine selon l’association Portes Ouvertes.

Persécutions 2.0

Dans ces deux grands pays, les nouvelles technologies laissent entrevoir la puissance que peuvent avoir les nouveaux outils de communication mis au service de l’intolérance religieuse. En Inde, le gouvernement a fièrement déclaré au mois d’octobre qu’il allait tisser un système de reconnaissance faciale national. Et dans le domaine du contrôle de ses citoyens, la Chine est encore plus avancée. Le système de « crédit social » qu’elle développe, et qui note la loyauté des chinois, permettra de surveiller chaque acte de leurs vie quotidienne. Il est à craindre que les groupes religieux minoritaires écopent de « malus ». Par ailleurs, le Parti au pouvoir entreprend d’adapter la Bible pour la « siniser » et la rendre compatible avec l’idéologie communiste. Dans cette nouvelle version de la Bible, Jésus sera-t-il encore le fils de Dieu ? Interroge Patrick Victor.

Series de Diaporamas sur le sujet à l'adresse Internet qui suit ;

https://fr.aleteia.org/2020/01/16/les-nouvelles-technologies-au-service-de-la-persecution-des-chretiens/

 
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Les évêques africains et européens pour

un partenariat juste entre leurs continents

 

Vatican News, 10 juin 2020, 11:40

L'Union européenne et l'Union africaine préparent actuellement le 6e sommet de leurs dirigeants. Dans cette optique, la COMECE et le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) ont élaboré une contribution commune sur le futur partenariat UE-Afrique.

Le cardinal Jean-Claude Hollerich sj et le cardinal Philippe Nakellentuba Ouédraogo, respectivement présidents de la COMECE et du SCEAM, ont exprimé leurs vives inquiétudes quant aux conséquences que subissent actuellement de nombreuses personnes, familles et communautés, en particulier celles qui se trouvent dans des situations de détresse, de vulnérabilité et de faiblesse tant en Afrique qu'en Europe, frappées toutes deux par la pandémie de Covid-19.

Relance de la coopération internationale

Dans une contribution conjointe préparée par leurs secrétariats basés à Bruxelles et à Accra pour le Sommet UE-UA d'octobre 2020, la COMECE et le SCEAM encouragent les décideurs politiques européens et africains à concentrer leurs travaux préparatoires sur les principes de «la dignité humaine, la solidarité, l'option préférentielle pour les pauvres, la destination universelle des biens, la promotion du développement humain intégral, la gestion responsable de toute la création, ainsi que la poursuite du bien commun».

«Nous sommes fermement convaincus que l'Afrique et l'Europe pourraient devenir les moteurs d'une relance de la coopération multilatérale», affirment les deux présidents en préambule du document.

Commentant le lancement de la contribution commune, le cardinal Hollerich rappelle les racines communes et la proximité géographique de l'Europe et de l'Afrique, soulignant «la responsabilité de l'Europe de partager la paix et la prospérité avec ses voisins».

Le document, intitulé «La justice doit fleurir et la paix s’épanouir pour toujours» propose une série de recommandations avec des dispositions spécifiques ; celles-ci visent à remodeler les relations politiques et économiques intercontinentales afin d'établir un partenariat juste et responsable axé sur les citoyens. À cet égard, les évêques européens et africains appellent à un partenariat pour le développement humain intégral, l'écologie intégrale, la sécurité humaine et la paix, ainsi que pour le déplacement des personnes.

Recommandations de la COMECE et du SCEAM

Les évêques recommandent l’instauration de politiques qui permettront un partenariat plus équitable entre l'Europe et l'Afrique. Dans le domaine de l'investissement, ils proposent de «promouvoir l'investissement durable en tant qu'outil permettant de supprimer les obstacles persistants à l'accès équitable aux services sociaux de base et de favoriser le développement humain en reflétant les besoins locaux, en créant des emplois décents et en offrant un accès impartial aux entrepreneurs des deux continents».

Dans le domaine de l'éducation, ils proposent de «soutenir la création d'écoles et d'établissements de santé dans les zones rurales, dotés d'installations et de personnel modernes et fonctionnels». Il faut aussi «promouvoir l'application des nouvelles technologies pour surmonter la fracture entre les zones rurales et urbaines».

Dans le domaine de l'exploitation des ressources naturelles, «promouvoir la préservation de la biodiversité, améliorer la gestion des océans et investir dans des technologies vertes innovantes, tout en soutenant les efforts visant à améliorer la résilience et l’adaptation au climat».

La paix sur le continent africain est aussi une question cruciale, c'est pourquoi les évêques attirent l'attention sur la nécessité d'une «approche intégrale, donnant la priorité à la promotion de la sécurité des personnes et des biens, des familles et des communautés, en intensifiant les efforts de prévention et de consolidation de la paix ; à cet égard, en prévoyant la possibilité de promouvoir des actions à un stade précoce, où les prémisses d'un éventuel conflit violent peuvent être transformées».

https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2020-06/comece-sceam-declaration-conjointe-sommet-ue-ua-octobre.html

 
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Le successeur de Fatou Bensouda réconciliera-t-il l’Afrique et la CPI ?

| Par
Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour pénale internationale, en 2018.

La Cour pénale internationale est sur le point de publier la liste restreinte des candidats au poste de procureur général. Quels sont les enjeux de cette élection pour l’Afrique et pour l’avenir de la Cour elle-même ?

Si les noms des candidats n’ont pas encore été rendus publics, les spéculations vont bon train. Qui succèdera à la Gambienne Fatou Bensouda au poste prestigieux, surexposé et souvent bien inconfortable de procureur de la Cour pénale internationale (CPI) ? À n’en pas douter, le troisième magistrat qui occupera la fonction aura fort à faire au cours des neuf années de son mandat, qui débutera le 15 juin 2021.

La liste officielle des derniers finalistes (ils seront entre trois et six) doit être publiée dans le courant du mois de juin par le comité d’experts chargés d’étudier les candidatures. Sur les 150 dossiers déposés, seize ont été présélectionnés en février pour être auditionnés. Parmi eux se trouve donc le nom du futur procureur de la CPI puisque, selon toute vraisemblance, ce sera un homme et il sera occidental.

Un procureur européen ?

Une règle implicite veut en effet que le siège revienne à chaque mandat à une région du monde différente. Après l’imprévisible Luis Moreno Ocampo (2003-2012), un Argentin traînant derrière lui des casseroles qui, près d’une décennie après son départ, ternissent encore l’image de la CPI et après la discrète Fatou Bensouda, à qui avait été confiée la tâche délicate de réconcilier la Cour et le continent africain (et on ne peut pas dire que ce fut un succès), il serait logique que le poste revienne à un Européen.

Les noms de certains favoris circulent déjà, mais c’est au moment de la publication de la liste restreinte que les négociations vont véritablement commencer. Les finalistes débuteront alors une campagne difficile, scrutée mais officieuse, qui se jouera surtout derrière des portes fermées et dans les couloirs des grandes organisations internationales.

Une campagne aux enjeux énormes, pour les États membres comme pour la Cour, qui joue – sans doute plus que jamais – sa crédibilité. À l’issue de plusieurs mois de tractations, le vainqueur sera ensuite élu par consensus ou par vote secret lors de la 19ème session de l’Assemblée des États-parties, qui se tiendra au siège des Nations unies, à New York, du 7 au 17 décembre 2020.

Les locaux de la CPI, à La Haye.

Biais anti-africain

Le nouveau procureur réussira-t-il là où Fatou Bensouda a échoué ? Parviendra-t-il à défaire la CPI de cette étiquette de « Cour anti-africaine » qui lui colle à la peau et qui a d’ailleurs entraîné le retrait du Burundi du statut de Rome en 2016 ? Le constat est sans appel : depuis l’entrée en vigueur du statut de la CPI en 2002, les douze procès qui se sont tenus à La Haye concernaient des Africains.

Et ce malgré les efforts de la magistrate pour mener d’autres enquêtes. « Il faut au moins lui reconnaître cela : Fatou Bensouda a essayé de poursuivre en justice des individus en dehors du continent, admet Namira Negm, la conseillère juridique de l’Union Africaine (UA). Mais, depuis son élection, nous n’avons noté aucun changement réel dans l’activité de la Cour ou dans son attitude à l’égard de l’Afrique ».

Pourtant, la révolte anti-CPI qui a longtemps fait rage au sein de l’UA semble avoir un peu perdu de sa vigueur. Une accalmie en partie liée à la chute d’Omar el-Béchir. Le Soudanais avait en effet été, avec le Kényan Uhuru Kenyatta – qui a obtenu l’abandon des charges qui pesaient sur lui –, l’un des moteurs de la fronde anti-CPI au sein de l’UA.

Malgré tout, la défiance et le rejet n’ont pas disparu, assure Namira Negm, et les pays du continent redoutent que le nouveau procureur n’ait un biais anti-africain. « Il est crucial que le successeur de Fatou Bensouda tire les leçons des deux précédents mandats et qu’il repense la relation entre la Cour et le continent », juge-t-elle. La région Afrique (la plus importante parmi celles auxquelles appartiennent les 122 États parties au Statut de Rome) espère donc pouvoir peser sur le choix du futur procureur.

Sous la pression de Washington

La relation tumultueuse qu’entretient la CPI avec les Africains a été éclipsée récemment par la guerre ouverte qui l’oppose à Washington. Les États-Unis ont beau ne pas avoir ratifié le statut de Rome portant création de la Cour et n’avoir d’ailleurs jamais fait part de leur désir d’en faire partie, ils ont toujours influencé l’institution, notamment par le biais du conseil de sécurité de l’ONU. « La CPI pâtit encore aujourd’hui des manquements d’Ocampo, qui s’est beaucoup employé pendant son mandat à ne pas froisser les États-Unis », affirme Reed Brody, conseiller juridique de Human Right Watch.

Il aura fallu plus de dix ans à Fatou Bensouda pour obtenir de la Cour l’autorisation d’ouvrir une enquête sur la situation en Afghanistan, sur les crimes présumés commis par les talibans, par les forces de sécurité afghanes, par l’armée américaine et par les agents de la CIA.

«  Si Trump est réélu, il faudra quelqu’un de très fort à la tête du bureau du procureur. Cela peut peser sur le vote. »

Après la publication d’un examen préliminaire dès 2007, la chambre préliminaire II de la Cour avait rejeté la demande d’autorisation de la procureure en avril 2019, au motif qu’elle ne servait pas « les intérêts de la justice ». Ce qui avait provoqué la colère des observateurs et le bonheur de Donald Trump, qui avait évoqué une « victoire nationale » – quelques jours plus tôt, Washington avait déclaré la guerre à Fatou Bensouda en révoquant son visa américain. Mais la décision de la chambre préliminaire a finalement été inversée en appel le 5 mars dernier.

« Les États-Unis ont beaucoup à perdre ou à gagner avec l’élection du nouveau procureur. Sous Barack Obama, la coopération était beaucoup plus simple. Ils n’essayaient pas de détruire la Cour, ce qui est clairement l’objectif de l’administration actuelle. Si Donald Trump est réélu, il faudra quelqu’un de très fort à la tête du bureau du procureur, et cela peut peser sur le vote des États-Parties », observe la conseillère juridique d’une ONG internationale de défense des droits de l’Homme.

La CPI se lance donc à la recherche de l’oiseau rare : un magistrat impartial, indépendant, capable de résister à la pression des États-Unis tout en maintenant de bonnes relations avec le continent africain.

Procès en incompétence

Autre critère, qui semble évident (et pourtant !), revient en boucle chez les observateurs de la Cour : celui de la compétence. Car au-delà du numéro d’équilibriste politique auquel a dû se livrer Fatou Bensouda, elle et son équipe font l’objet de critiques parfois acerbes sur la qualité de leur travail.

« Personnel incompétent », « dossiers trop faibles », « choix de la facilité » dans la sélection de ses enquêtes, manque de turn-over au sein des équipes… Le bureau de la procureure, qui a subi plusieurs désaveux cinglants, est sous le feu des critiques. L’acquittement de Jean-Pierre Bemba en 2018 a été le premier coup de massue, mais l’affaire Gbagbo-Blé Goudé a été le coup de grâce (l’ancien président ivoirien et son co-accusé ont été acquittés le 15 janvier 2019).

Laurent Gbagbo, à la CPI le 15 janvier 2019.

« Autant, dans le cas du Kenya, on peut arguer que les autorités ont bloqué l’enquête, explique la conseillère juridique précédemment citée. Mais en Côte d’Ivoire, c’était l’inverse : les autorités de ce pays leur ont ouvert les portes et le bureau du procureur n’a pas réussi à bâtir un dossier solide. »

La médiocrité des dossiers évoqués tiendrait notamment au caractère déconnecté de son équipe. « C’est le problème principal qui a caractérisé le travail du bureau du procureur par le passé : le manque de connaissance des membres du bureau de la procureure de leur terrain d’enquête, analyse Reed Brody. Ils partent en mission deux semaines, doivent payer des intermédiaires pour avoir accès aux victimes, avec les écueils que cela peut comporter. »

Des insuffisances dont les équipes de Fatou Bensouda sont bien conscientes. Dans un document dévoilant son plan stratégique pour les années 2019-2021, le bureau de la procureure admettait avoir essuyé « d’importants revers » dans les affaires Ruto et Sang, Bemba, et Gbagbo et Blé Goudé.

« Nous ne militons pas pour l’impunité sur le continent, mais pour être traité comme le reste du monde. »

Il reconnaissait aussi des « résultats insatisfaisants » et l’expliquait par des « contraintes budgétaires », un« manque de coopération à l’appui des enquêtes et des poursuites » et la « création délibérée de malentendus ou de méprises influant sur la coopération avec le Bureau et l’appui de son action ».

Un processus de réforme de la Cour, précoce pour une institution aussi jeune, a été initié l’année dernière par un groupe d’experts indépendants. « Nous espérons que la dynamique va changer et que nos demandes seront prises en compte, conclut Namira Negm. C’est là notre principale inquiétude : que la personne qui assure la relève de Fatou Bensouda ait un biais anti-africain. Nous ne militons pas pour l’impunité sur le continent, nous demandons simplement à être traité comme le reste du monde. »

 
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Mali: manifestation à Bamako pour réclamer la démission du président

Grande prière collective avant le début du rassemblement à Bamako, Mali, le 5 juin 2020.
Grande prière collective avant le début du rassemblement à Bamako, Mali, le 5 juin 2020. RFI/Coralie Pierret

À l’appel d’un collectif d’organisations de la société civile et de partis politiques de l’opposition, une manifestation s'est tenue ce vendredi 5 juin à Bamako. Parmi les organisateurs, le Front pour la sauvegarde de la démocratie (la coalition de l’opposition) et la CMAS de l’influent imam Mahmoud Dicko. Pour tous, un seul mot d’ordre : demander la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta.

Avec notre correspondante à Bamako, Coralie Pierret

En début d’après-midi, à Bamako, la place de l’Indépendance était déjà envahie par la foule, les klaxons et les vuvuzela résonnant jusque dans les rues adjacentes. Des militants ont même passé la nuit sur place, selon les organisateurs, Bamakois et Maliens de l’intérieur du pays venus réclamer de meilleures conditions de vie.

Mais le rassemblement a véritablement commencé avec la grande prière du vendredi, dirigée par l’imam Oumarou Diarra de la CMAS, l’une des associations organisatrices du rassemblement. Le silence a ensuite rapidement laissé place aux slogans. « Vive la République, vive la démocratie ! » ont tonné certains militants. 

Sur l’estrade, des organisateurs rassemblés autour d’une figure religieuse : celle de l’imam Dicko. A ces côtés, la société civile, EMK, Espoir Mali Koura et les partis politiques d’opposition, le FSD, le Front pour la sauvegarde de la démocratie. Car au-delà des demandes sociales de la rue, la manifestation a aussi des implications politiques.

Tous se sont accordés sur un même mot d’ordre : demander la démission du président de la République pour une meilleure gouvernance. Lors de son intervention, l'imam Dicko a demandé au président IBK de « prendre en compte le message », de « redresser la barre pour que le navire ne chavire pas ». « Il n’y a pas de sécurité, pas d’école, trop de corruption et la goutte d’eau a été les résultats tronqués des élections législative », résumait en colère l’un des organisateurs.

La coalition, le Rassemblement des forces patriotiques exige la démission du président IBK, selon la déclaration finale. Après la fin du rassemblement, des manifestants se sont dirigés vers le quartier Sébénikoro, devant la résidence du président IBK pour réclamer sa démission.

Aujourd'hui on n'a pas d'eau, d'électricité, les jeunes sont au chômage, la corruption a atteint un degré énorme. Les hôpitaux sont fermés, l'éducation est bafouillée. C'est un bilan catastrophique ! 

Une journée de mobilisation à l’appel d’une coalition de la société civile, de religieux et de partis politiques de l’opposition.

 

Des négociations pour annuler le rassemblement

Cette manifestation était annoncée depuis le 30 mai, mais des tractations, des négociations ont eu lieu toute la semaine pour faire annuler le rassemblement. Ce jeudi, les familles fondatrices de la ville avaient reçu les organisateurs pendant plusieurs heures leur demandant d’annuler cette manifestation. Sans succès.

Mercredi, c’était les parlementaires qui avaient invité le Front pour la sauvegarde de la démocratie et la CMAS de l’imam Dicko à l’Assemblée nationale. « Ils nous ont proposé un petit bonbon », déclare l’opposant et ancien ministre Choguel Maïga.« Le vote d’une motion de censure contre le gouvernement si l’organisation du rassemblement était abandonnée ou suspendue », précise-t-il. Là encore sans succès.

Aujourd'hui, trop c'est trop. La mauvaise gouvernance, la délinquance financière, l'insécurité totale jusqu'à Bamako !

Les militants dénoncent la mauvaise gouvernance et demandent la démission du président

 
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