Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Louise Mushikiwabo : « Les femmes africaines ont besoin de vous ! »

|
Mis à jour le 30 décembre 2020 à 08h56

 

Par  Louise Mushikiwabo

Ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo a été élue secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en octobre 2018. Une fonction qu'elle occupe depuis janvier 2019.

Ces clientes font la queue devant une boulangerie, en avril 2020 à Dakar, alors que la pandémie de coronavirus commençait à toucher le Sénégal (illustration).

Ces clientes font la queue devant une boulangerie, en avril 2020 à Dakar,
alors que la pandémie de coronavirus commençait à toucher le Sénégal (illustration). © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA

 

La Secrétaire générale de la Francophonie appelle les entreprises privées, les citoyennes et citoyens engagés et les États à contribuer au Fonds « la Francophonie avec Elles », créé pour apporter un soutien aux femmes et filles malmenées par la crise.

Elles portent souvent à bout de bras des familles et des communautés entières. Elles prennent soin des aînés, s’occupent de l’éducation de leurs enfants et pratiquent en même temps des ­activités informelles et précaires. Ce sont elles qui se lèvent plus tôt que tout le monde et se couchent plus tard que tout le monde. Elles absorbent beaucoup de fatigue et de peine mais répondent le plus souvent avec le sourire, sans se plaindre.

Ces femmes entrepreneuses, artisanes, exploitantes agricoles, ces jeunes filles déscolarisées, subissent de plein fouet la crise du Covid-19. Dans l’impossibilité de se déplacer, de vendre leurs productions ou de s’approvisionner, elles ont été très nombreuses à perdre leurs maigres revenus, sans accès à des services de base ou à des mesures d’aide. Représentant 70 % de la main-d’œuvre du secteur social et de la santé dans le monde, elles sont aussi, presque toujours, en première ligne dans la lutte contre la pandémie.

Résilience, imagination et innovation

Elles ne sont, en revanche, presque jamais dans les processus décisionnels de réponse à la crise, et sont d’autant plus vulnérables qu’elles œuvrent majoritairement dans le secteur informel. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, par exemple, l’emploi informel, c’est respectivement 92,4 % et 91 % de l’emploi global, tous secteurs confondus. Les risques d’occuper un emploi informel – qui concernent davantage les femmes que les hommes – augmentent également selon le niveau d’éducation.

Pourtant, comme dans d’autres crises, les femmes ont fait preuve de résilience, d’imagination et ­d’innovation pour satisfaire aux besoins les plus essentiels. Il est donc aujourd’hui urgent de soutenir ces femmes et ces filles ­malmenées par la crise, aux vies froissées. En particulier en Afrique.

Car bien que relativement épargné par la pandémie, le continent pâtit de ses répercussions économiques : baisse drastique des flux transfrontaliers de personnes ou de marchandises, ­fluctuations de l’aide pour le développement, diminution des transferts d’argent, autant de ­phénomènes dont les Africaines subissent le contrecoup. Pour qu’elles se relèvent dignement de cette crise en capitalisant sur leurs savoirs endogènes, pour qu’elles soient outillées à affronter les suivantes avec courage et détermination, ces mères, ces filles, ces grands-mères, ces amies, ces grandes sœurs ont plus que jamais besoin de nous !

Mobilisation de 3 millions d’euros

C’est pour elles que j’ai décidé de mobiliser l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Dès l’été 2020 et avec le soutien de nos États et gouvernements membres, nous avons créé le Fonds « la Francophonie avec Elles », qui apporte un soutien technique et financier à des centaines de milliers de femmes et de filles vulnérables. L’appel à initiatives a suscité un engouement sans précédent, avec plus de 1 400 projets reçus provenant surtout des pays d’Afrique et de la Caraïbe. L’OIF et ses États et gouvernements membres auront ­mobilisé cette année près de 3 millions d’euros. Cette initiative se focalise dans sa première phase sur l’Afrique, Haïti et le Liban, et reste néanmoins ouverte à tout l’espace francophone.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

LA MOBILISATION DE TOUTES ET DE TOUS EST INDISPENSABLE À L’IMPACT DE CE FONDS, ET À SON INSCRIPTION DANS LA DURÉE

Aujourd’hui, ces femmes et ces filles ont plus que jamais besoin de vous ! Elles ont besoin d’actions concrètes en faveur de leur autonomisation, comme le Fonds « la Francophonie avec Elles ». La mobilisation de toutes et de tous est indispensable à l’impact de ce Fonds, et à son inscription dans la durée. Entreprises privées, citoyennes et citoyens engagés, fondations, États ou gouvernements, vous pouvez agir directement. Il vous suffit de faire un don sur notre site internet.

À nos côtés, vous pouvez contribuer directement au Fonds « la Francophonie avec Elles ». Le faire, c’est aider d’autres femmes et filles à révéler leur plein ­potentiel. À jouer pleinement leur rôle de leviers du développement et ­d’actrices du changement. À participer activement à la construction d’un monde plus équitable et plus durable pour toutes et tous.

Unissons nos forces, unissons nos moyens, unissons-nous pour, et surtout avec les femmes et les filles !

Afrique: dix bonnes nouvelles attendues en 2021

                      Cinq nouvelles centrales, en construction à travers le Burkina Faso, vont porter la production solaire à 200 mégawatts en 2021. (image d'illustration)
                           
                            Cinq nouvelles centrales, en construction à travers le Burkina Faso, vont porter la production solaire à 200 mégawatts en 2021.
 Texte par Sabine Cessou

Après une année 2020 marquée par la crise du Covid-19, chère payée sur le plan économique en Afrique, de bonnes nouvelles sont attendues en 2021 pour le continent, aussi bien sur le plan international que politique, économique et culturel.

Une Nigériane à la tête de l’OMC? 

Voilà des années queNgozi Okonjo-Iweala, 66 ans, deux fois ministre des Finances du Nigeria (2003-2006 et 2011-2015) et ancienne directrice générale de la Banque mondiale (2007-2011), est l’une des femmes les plus puissantes d’Afrique. Actuelle envoyée spéciale de l’Union africaine (UA) pour la lutte contre la pandémie de Covid-19, son influence pourrait s’étendre au monde si elle prend la direction de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle est assurée du soutien de l’Europe et de l’Afrique, tandis que sa rivale, la ministre coréenne du Commerce, Yoo Myung-hee, avait celui de Donald Trump. Les enjeux sont forts, puisque l’OMC devrait ressusciter, grâce au retour des États-Unis dans les institutions multilatérales.

Entrée en vigueur de la zone de libre-échange africaine

La fameuse Zlecaf, ou Zone de libre-échange africaine, n’est plus une Arlésienne. Son entrée en vigueur, d’abord fixée au 30 mai 2020, a été repoussée à janvier 2021, en raison de la crise du Covid-19. L’accord de libre-échange, en discussion depuis 2012, a été signé en mars 2018 par 44 pays, puis par dix autres qui y étaient d’abord réticents, comme le Nigeria et le Bénin. Seule l’Érythrée refuse de le rejoindre, tandis que des pays importants doivent encore le ratifier, comme la République démocratique du Congo (RDC), le Mozambique et le Maroc, pour pouvoir en instaurer les instruments. L’accord va instaurer un marché unique en Afrique afin de stimuler les échanges intracontinentaux, notoirement bas (13 % du commerce extérieur total). Le secrétaire de la Zeclaf, le Sud-Africain Wamkele Mene, mène le bal depuis mars dernier et opère depuis un siège installé à Accra, au Ghana. 

Reprise économique envisagée en Afrique du Sud

La crise du Covid-19 a incité 38% des entreprises de l’Afrique du Sud, seul marché émergent du continent, à geler les salaires en 2020. Cette part devrait tomber à 12% en 2021. La récession, de -5,8% en 2020 selon les statistiques officielles, est moins importante que les -7% prévus initialement. Un rebond prometteur s’est produit au troisième trimestre, et les prévisions donnent jusqu’à 3,6% de croissance en 2021 - contre 2% au Nigeria, première économie d’Afrique. Les syndicats sud-africains ont d’ores et déjà négocié 5% d’augmentation des salaires en 2021 dans le secteur privé, pour une inflation estimée à 4,1%.

Présidentielle au Cap-Vert

La présidentielle de septembre dans l’archipel ouest-africain devrait encore une fois donner l’exemple en matière de transparence et d’alternance démocratique. Au Cap-Vert, où les perdants savent s’incliner face à une infime différence de voix, le président sortant Jorge Carlos Fonseca, du Mouvement pour la démocratie (MPD), ne cherchera pas à briguer de troisième mandat. On ne peut pas en dire autant de l’Ouganda, du Tchad, du Congo et de Djibouti, où le maintien de chefs d’État en place depuis les années 1980 ou 1990 paraît assuré, selon les prévisions de l’Economist Intelligence Unit (EIU). Au Bénin, en Gambie et en Zambie, les dés ne sont pas jetés, mais les présidents sortants devraient eux aussi obtenir un second mandat.

Nouvelles centrales solaires au Burkina

Le Burkina Faso s’était déjà distingué en 2017 en inaugurant à Zagtouli la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest, desservant 660 000 personnes en électricité. Grâce à la baisse du prix des équipements solaires, panneaux et batteries, il continue sur sa lancée et donne l’exemple au Sahel. Cinq nouvelles centrales, en construction à travers le pays, vont porter la production solaire à 200 mégawatts en 2021. Pour l’instant, cette énergie propre et renouvelable ne représente que 6 % du mix énergétique, mais l’objectif de la Sonabel, la société nationale d’électricité, consiste à avoir une capacité installée de 1000 MW en 2022 pour élargir l’accès à l’électricité et mettre fin aux coupures intempestives de courant.

Le Championnat d’Afrique des nations au Cameroun

 

Très attendu, le prochain Championnat d’Afrique des nations (CHAN), reporté en raison de la pandémie de Covid-19 en 2020, aura lieu du 16 janvier au 7 février 2021 au Cameroun. Cette sixième édition, initialement programmée en Éthiopie début 2020, a été confiée au Cameroun à la suite de retards trop importants. C’est un test pour le pays-hôte, qui a prévu de n’abriter qu’un seul joueur par chambre d’hôtel pour éviter les infections au Covid-19. Grande nation du football africain, le Cameroun abritera en janvier 2022 la Coupe d’Afrique des nations 2021, dans des conditions sanitaires que les organisateurs espèrent plus propices.

Louxor, destination touristique « émergente »

Après des saisons blanches pour cause de Covid-19, le tourisme pourrait de nouveau bénéficier à certains pays d'Afrique. Louxor, l’ancienne Thèbes antique, figure en 4ème position après Kaliningrad (Russie), Saranda (Albanie) et Beyrouth (Liban) parmi les « destinations émergentes » du site américain TripAdvisor. Ses atouts : des vols directs, la douceur de son climat en hiver et la beauté des croisières sur le Nil, sans oublier la majesté des nombreux sites archéologiques. La confiance revient pour la destination Égypte, pénalisée depuis les années 2000 par des attentats à Charm el-Cheikh. Les arrivées ont augmenté de 36 % en 2018 et 21 % en 2019 selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), pour supplanter l’Afrique du Sud avec 13,6 millions de touristes.

Le plus grand musée d’Afrique en Égypte

Les musées fleurissent en Afrique. Après le Musée d’art contemporain al-Maaden (Macaal) ouvert à Marrakech en 2016, le Zeitz-Mocaa au Cap en 2017, le Palais de Lomé et le Musée national du Congo à Kinshasa en 2019, un projet pharaonique doit être inauguré en 2021. LeGrand musée égyptien, situé sur le plateau de Gizeh, en contrebas des célèbres pyramides, sera le plus grand musée d’Afrique. Son fonds extraordinaire de 100 000 pièces comprend les 5 000 de la tombe de Toutankhamon. Sur trois étages, derrière une façade recouverte d’albâtre, l’édifice abritera des statues colossales de pharaons, mais aussi une salle de conférence, un cinéma, des boutiques et une dizaine de restaurants. De quoi, là encore, relancer le tourisme.

Un musée dans les palais royaux du Bénin

Au Bénin, c’est le Musée des Amazones et Rois du Dahomey qui doit ouvrir fin 2021, pour retracer l’histoire d’un royaume qui vit se succéder douze rois, de 1625 à 1900. Cet espace de 3 000 mètres carrés, dont 600 pour les salles d’exposition, est situé sur le site historique des dix palais royaux d’Abomey, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Son ouverture sera l’occasion pour le Quai Branly de restituer 26 pièces, comme recommandé par le rapport Sarr-Savoy, dont des portes sacrées, totems et sceptres pillés en 1892 par le général français Alfred Dodds dans le palais du roi Béhanzin.

Nouvelle biennale intercontinentale en Guadeloupe

Le commissaire d’exposition Simon Njami, ancien directeur des Rencontres photographiques de Bamako et de la Biennale de Dakar, a pris les manettes de la première Biennale intercontinentale d’art contemporain (Biac). L’événement, qui sera organisé en Guadeloupe de décembre 2021 à mars 2022, fera de l’île et des Caraïbes un pont entre l’Afrique et sa diaspora. Un tourbillon d’expositions d’art contemporain aura lieu pendant quatre mois, dans des espaces publics et privés.  

migrants0001

migrants0002

apatride0001

apatride0002

 

apatride0003

[Tribune] La leçon de démocratie du Burkina Faso

|



Par  Kabiné Komara

Ancien Premier ministre guinéen, chef de la Mission d’observation électorale de la Cedeao au Burkina

Portraits à l’effigie de Roch Christian Marc Kaboré, lors de son premier meeting électoral, à Bobo Dioulasso

Portraits à l'effigie de Roch Christian Marc Kaboré, lors de son premier meeting électoral, à Bobo Dioulasso © Sophie Garcia / Hans Lucas

 

Au Burkina Faso, les scrutins présidentiel et législatif du 22 novembre et la proclamation des résultats se sont déroulés dans un climat apaisé. Un épisode qui suscite l’espoir en Afrique de l’Ouest.

Des candidats qui ont sillonné le pays pour battre campagne, sans autre entrave que celles imposées par le contexte sécuritaire. Une campagne électorale qui n’a connu aucune invective ni propos haineux ou désobligeants de la part des candidats, le tout dans une ambiance de respect mutuel. Un scrutin qui a certes présenté des insuffisances logistiques, mais qui n’a quasiment enregistré aucune violence ni brutalité.

Des opposants – au nombre de douze – qui, l’un après l’autre, ont reconnu la victoire du président sortant et qui ont signé une déclaration dans laquelle ils se sont engagés, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, à renoncer à toute contestation. Un chef d’État réélu dès le premier tour et dont les premiers mots ont été pour ses concurrents, qu’il a salués et invités à se rassembler pour bâtir le pays.

Respect des résultats

C’est à se demander si cette description idyllique ne relève pas de l’utopie dans une Afrique de l’Ouest qui a, encore récemment, donné des signes inquiétants de vacillement sur le chemin de la construction de la démocratie. Et pourtant, ce pays existe bel et bien ! C’est le Burkina Faso, qui vient de nous donner une leçon de démocratie apaisée, au terme du double scrutin présidentiel et législatif qui s’y est tenu, le 22 novembre.

Ce jour-là, treize candidats, dont Roch Christian Marc Kaboré, ont sollicité le suffrage de 5 918 844 de leurs concitoyens et brigué la magistrature suprême. Ce scrutin a été couplé avec l’élection de 127 députés pour renouveler le parlement. Ce 18 décembre 2020, un arrêt du Conseil constitutionnel a confirmé la réélection du président sortant, avec un score de 57,74 %, et personne ne l’a accusé d’être au service du pouvoir.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

IL FAUT SALUER L’ACTIVISME VIGILANT D’UNE SOCIÉTÉ CIVILE JALOUSE DE SES ACQUIS DÉMOCRATIQUES

Quels ont été les secrets de cette singulière réussite ? Il faut avant tout citer la volonté et la détermination de toute la classe politique burkinabé, opposition comme mouvance présidentielle, qui a engagé un dialogue constant durant toute la période préélectorale dans le but de trouver des solutions consensuelles aux questions potentiellement conflictogènes, à savoir la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le code et le fichier électoral et, surtout, le processus de surveillance, de décompte, de centralisation et de publication des résultats. Tout ceci a permis de signer un pacte de bonne conduite au terme duquel tous les candidats se sont engagés à respecter les résultats sortis des urnes.

Des milliers d’observateurs

Il faut ajouter à cela l’activisme vigilant d’une société civile jalouse des acquis démocratiques obtenus de longue lutte et qui n’a pas hésité à se saisir de tout sujet pouvant compromettre le climat socio-politique. C’est aussi cette société civile plurielle, composée de femmes, de jeunes et d’hommes engagés pour leur pays, qui a déployé des milliers d’observateurs le jour du scrutin afin de relever les manquements et, au besoin, interpeller la Ceni.

Les médias, privés comme publics, ont défendu leur objectivité, sans tomber dans l’irresponsabilité, sous le regard vigilant d’un organe de régulation qui a joué son rôle de garant de la neutralité.
Et alors que tout le monde craignait une résurgence des attaques le jour du scrutin, les services de défense et de sécurité burkinabè ont su anticiper et faire face au double défi de la sécurisation des scrutins et du « containment » des assauts terroristes.

Dialogue sincère

C’est sur ces acquis initiaux que nous, membres de la Mission d’observation électorale de la Cedeao, avons d’abord évalué l’état des préparatifs puis suivi le déroulement du scrutin et la centralisation des résultats. Et quand, au lendemain du vote, la publication des premiers résultats partiels par la Ceni a paru provoquer émoi et effervescence, nous avons immédiatement approché les divers protagonistes pour leur rappeler les enjeux et les vraies réalités au-delà parfois des perceptions parcellaires.

Fort heureusement, le bon sens et l’esprit de responsabilité ont fini par l’emporter. Cette réussite est aussi due aux plus hautes autorités du pays, qui ont compris que le dialogue sincère et la recherche du consensus sont indispensables pour engager des débats constructifs, débouchant sur des solutions qui emportent l’adhésion de la majorité des acteurs.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

UNE RÉELLE RESPIRATION DANS UN PAYS CONFRONTÉ PAR AILLEURS À DE GRAVES DÉFIS SÉCURITAIRES

Moi qui avais ressenti une certaine appréhension lorsque la Cedeao m’a demandé de conduire sa mission d’observation au Burkina, je ne peux qu’applaudir des deux mains face à cette grande prouesse qui consacre une réelle respiration démocratique dans un pays confronté par ailleurs à de graves défis sécuritaires.

Place aux femmes et aux jeunes

Toutefois, le Burkina a encore une grande marge de manœuvre pour approfondir et vivifier son système démocratique. Il pourrait édicter des règles plus contraignantes pour faire émerger plus de femmes aux différents postes électifs.

Il lui faudra aussi améliorer le taux d’enrôlement des femmes, qui n’ont constitué que 48 % du fichier électoral actuel, alors qu’elles constituent près de 52% de la population totale du pays. Il en est de même pour les jeunes, surtout ceux âgés de 18 à 25 ans, qui n’ont représenté que 9,48 % du fichier, ce qui ne traduit pas leur poids dans la population. Nul doute que si tous exercent leurs droits civiques, le Burkina, pays des hommes et femmes intègres, portera encore plus haut la très envieuse couronne de l’exemplarité démocratique !