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Nigeria-Maroc : le projet de gazoduc franchit une étape décisive

Alors que la situation en Ukraine a rendu incertains les approvisionnements énergétiques du Vieux Continent, le projet de gazoduc entre le Nigeria et le Maroc obtient un soutien de poids.

Par Jeune Afrique - avec Reuters
Mis à jour le 2 juin 2022 à 12:57
 

 

Gazoduc de la centrale électrique Afam VI de Port Harcourt, au Nigeria, en septembre 2015. Le pays est le plus grand producteur d’Afrique, avec environ deux millions de barils de brut par jour. © FLORIAN PLAUCHEUR / AFP

 

La construction du futur gazoduc qui doit relier l’Afrique à l’Europe a franchi une nouvelle étape mercredi 1er juin. Le Nigeria a en effet donné le feu vert à sa compagnie pétrolière publique NNPC pour signer un protocole d’accord avec l’organisation régionale ouest-africaine Cedeao dans le cadre du projet de construction du gazoduc avec le Maroc. Une décision qui intervient alors que l’approvisionnement de l’Europe en gaz africain gagne en importance, la guerre en Ukraine laissant peser des incertitudes sur les exportations énergétiques russes. L’Algérie a déjà accepté d’augmenter son approvisionnement vers l’Italie.

Le Nigeria et le Maroc ont signé une joint-venture en 2016 pour la construction d’un gazoduc qui acheminera le gaz à travers quinze pays d’Afrique de l’Ouest et, via le Maroc, vers l’Espagne et l’Europe, a déclaré le ministre nigérian du Pétrole, Timipre Sylva, lors d’une réunion du cabinet à Abuja tout en présentant la demande d’approbation.

Recherche d’investisseurs

« Nous en sommes encore au stade de la conception technique préliminaire », a encore déclaré M. Sylva, à la suite de quoi le coût et le financement du gazoduc seront déterminés. Le ministre n’a pas précisé quand la construction commencerait ni quand elle serait achevée. La Banque islamique de développement (BID) a apporté son soutien à deux nouveaux contrats autour de ce projet. L’institution, dont le siège est en Arabie saoudite, avait déjà engagé 15,5 millions de dollars pour des études de conception technique préliminaires, à la mi-2021.

Pour l’heure, aucun investisseur sur le projet n’a été officiellement annoncé, bien que Timipre Sylva ait affirmé début mai que « beaucoup de personnes manifest[ai]ent leur intérêt ».

L’an dernier, le Nigeria et le Maroc ont déclaré que l’oléoduc aurait une longueur de 5 660 km et que la construction se ferait par étapes, sur vingt-cinq ans. De plus, des études de faisabilité ont été engagées en vue de construire le gazoduc à la fois sur terre et en mer. Le Nigeria, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dispose d’énormes réserves en gaz, les premières en Afrique et les septièmes au niveau mondial. Présenté comme propice à l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest, le projet viendrait également s’ajouter au réseau de gazoducs existants qui approvisionnent l’Europe via la mer Méditerranée.

LE PÈRE STANLEY LUBUNGO EST RÉÉLU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL.


DES MISSIONNAIRES D’AFRIQUE

 

AUJOURD’HUI, VERS 17 HEURES

 

Communiqué du Chapitre – 26 mai 2022 – Nouveau Supérieur Général

Chapter Communication - 26 May 2022 - New Superior General

 

Le jeudi 26 mai 2022, le 29e Chapitre général de la Société des Missionnaires d’Afrique a réélu le Père Stanley LUBUNGO Supérieur général. 

Nos sincères félicitations fraternelles et nos remerciements à Stan pour avoir accepté de continuer à servir la Société et l’Eglise

comme Supérieur général pour l’Afrique et le Monde africain.

Rome, 26th May 2022
André-L. Simonart,
Secretary General

 

 

Offrons au Seigneur notre prière d’action de grâce car l’Esprit Saint a inspiré nos confrères dans l’élection du supérieur général. Que notre supérieur général demeure la personne dont la mission a besoin, la personne dont l’Église d’Afrique a besoin, la personne dont l’Église universelle a besoin et finalement le confrère dont la société des missionnaires d’Afrique a besoin.

Accueillons-le avec joie comme un don du Seigneur à notre égard. Puisse le Seigneur le soutenir dans l’accomplissement de sa mission.

Stan, nous tous tes confrères, nous te remercions d’avoir accepté la responsabilité de conduire la société des Missionnaires d’Afrique pour un second terme. Nous t’assurons de notre amitié, de notre soutien et de notre prière pour toi. Puisse le Seigneur t’accompagner, te partager sa sagesse, et te guider dans l’exercice de tes responsabilités. Qu’il te bénisse et t’accorde sa paix et sa joie dans ton ministère.

« Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur… »

 

Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara choisit Adama Bictogo pour diriger l’Assemblée nationale

Ces derniers mois, le député d’Agboville avait assuré l’interim d’Amadou Soumahoro, souffrant, au perchoir. Après son élection, Adama Bictogo devra quitter ses fonctions de secrétaire exécutif du RHDP.

Par Jeune Afrique
Mis à jour le 31 mai 2022 à 10:07

 

Adama Bictogo dans son bureau à Abidjan, le 12 septembre 2019. © Issam Zejly pour JA

Les hésitations ont tant duré que la date de clôture de dépôt des candidatures a été reportée. Initialement prévue le 24 mai, elle a finalement été fixée au 31 mai et c’est ce mardi, à la dernière minute donc, qu’Adama Bictogo va déposer son dossier.

Il va ainsi devenir officiellement le prétendant au perchoir du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), majoritaire au sein de l’hémicycle (il compte 137 des 255 députés). Il part grand favori du vote du 7 juin où les députés désigneront le successeur d’Amadou Soumahoro, décédé le 7 mai dernier, même si Naya Jarvis Zamblé, une jeune députée de 26 ans élue sous l’étiquette RHDP a annoncé qu’elle souhaitait présenter sa candidature.

Relations tendues

Sauf revirement de dernière minute, Alassane Ouattara a donc préféré Adama Bictogo à d’autres caciques de la formation présidentielle, comme Kandia Kamissoko-Camara, la ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Diaspora, ou Kobenan Kouassi Adjoumani, le ministre de l’Agriculture et de Développement durable.

Le président ivoirien a tranché ce samedi 28 mai, à son retour d’un séjour de deux semaines en France, et l’a dit à son cercle restreint, notamment à Gilbert Koné Kafana, le patron du parti présidentiel. Le lendemain, celui-ci s’est chargé d’annoncer la nouvelle à Adama Bictogo.

Ce choix permet notamment au chef de l’État ivoirien de s’épargner un ajustement au sein de l’exécutif – les autres prétendants étaient titulaires de portefeuilles ministériels de premier plan. Il évite aussi tout conflit de compétences au sein du RHDP entre Adama Bictogo et Patrick Achi, le Premier ministre, alors que les relations entre les deux hommes sont notoirement tendues.

L’omnipotence du premier au sein du parti avait contribué à sa relégation de la direction exécutive au secrétariat exécutif, en février dernier. Alassane Ouattara a en effet demandé à Adama Bictogo de quitter ses fonctions au sein du RHDP après son élection au perchoir. Il occupera ensuite un poste moins opérationnel et plus compatible avec la direction de l’Assemblée nationale.

Intérimaire

La nomination d’Adama Bictogo suit une certaine logique. Ces derniers mois, l’homme d’affaires avait assuré à plusieurs reprises l’interim d’Amadou Soumahoro, souffrant, et s’était imposé comme le nouveau patron de l’Assemblée nationale. Officiellement élu à ce poste, il devra y faire ses preuves et notamment prouver sa loyauté, alors que l’affichage de ses ambitions présidentielles pour 2025 ont agacé au plus haut niveau du camp présidentiel. Sans doute ne doit-il pas oublier que pareille soif a coûté à Guillaume Soro, l’un de ses prédecesseurs au perchoir (de 2012 à 2019), son poste – et son alliance – avec Alassane Ouattara.

Burkina Faso: encore beaucoup d'interrogations sur les attaques dans la région de l'Est

 

Au Burkina Faso, le gouverneur de la région de l'Est affirmait, jeudi 28 mai, dans un communiqué, que le bilan provisoire faisait état d'une cinquantaine de personnes tuées, mercredi 27 mai, dans une attaque par des hommes armés, à Madjoari, près de la frontière avec le Bénin. Un chiffre que le gouvernement ne confirme pas pour le moment.

Le gouvernement a affirmé, vendredi 27 mai, que les opérations de l'armée dans le secteur de Madjoari « n'ont pas permis de retrouver des victimes pour l'instant », tout en donnant un bilan de onze morts dans une attaque similaire, trois jours plus tôt, dans la localité de Gorgadji, dans la province du Séno.

RFI a pu joindre une personne qui est née et a grandi à Madjoari, qui a quitté la localité l'an dernier mais qui a pu communiquer avec des habitants. Selon celle-ci, les habitants manquaient de nourriture ou se sentaient en insécurité, depuis l'attaque du détachement militaire, il y a quelques jours.

« Certaines femmes ont quitté Madjoari pour Nadiagou, d'autres ont quitté Madjoari pour Namounou et en cours de route, sur les deux axes, les gardes de la brousse les ont interceptées. Les femmes pouvaient passer mais aucun homme n'a pu passer ici. À défaut de réseau, on ne pouvait pas communiquer. Les femmes n'ont pas eu le droit de communiquer pour empêcher les hommes de sortir. Les hommes ont été regroupés pour sortir. Ceux qui ont emprunté la route de Nadiagou ont été interceptés à mi-chemin. Les gardes ont dit aux femmes de continuer et ils ont retenu tous les hommes. Parmi eux, il y avait quatre personnes âgées. Ils les ont laissées partir mais ils ont gardé les jeunes. Les plus âgés se sont donc débrouillés en arrivant à Nadiagou. C'est là qu'ils nous ont raconté comment les autres avaient été exécutés. L'information n'est pas parvenue jusqu'au village pour que les hommes qui y étaient retenus ne soient pas tentés de sortir. Quant à ceux qui ont pris la route de Namounou, ils étaient au nombre de 30 dont 5 seulement ont pu s'échapper. Et ils sont blessés gravement ».

À lire aussi: Burkina Faso: des dizaines d'habitants de Madjoari tués par des hommes non identifiés

Pourquoi cibler les civils ?

Mahamadou Sawadogo, expert en sécurité, explique que cette zone connaît régulièrement des attaques, depuis quatre ans, mais selon lui cela faisait longtemps que les jihadistes n'avaient pas ciblé des civils. Comment expliquer ce changement ? Il nous détaille plusieurs hypothèses.

« La première hypothèse, cela peut être des éléments incontrôlés de l’un ou de l’autre groupe, c’est-à-dire du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [Jnim ou GSIM] qui contrôle la zone, ou bien cela peut être des éléments subversifs de l’État islamique qui sont venus s’introduire pour aussi discréditer le Jnim qui est en train de s’implanter et d’avoir un ancrage au sein de la population. La deuxième hypothèse est que les forces de défense et de sécurité menaient aussi des opérations dans cette zone et cela peut être donc, en contrepartie, des représailles envers les populations qui peut-être collaborent avec les forces de défense et de sécurité. Et la troisième possibilité, c’est le fait que le camp qui protégeait les populations, le camp de Madjoari, a été détruit après avoir été attaqué et n’était donc plus opérationnel. Du coup, les populations ne se sentant plus en sécurité, ont décidé de quitter la zone, et, par mesure de représailles, les attaquants ont donc décidé de s’en prendre à ces populations. Ce sont des hypothèses ».

Guinée : faut-il juger Alpha Condé ? par François Soudan

Dans le contexte de vérité et de justice dont les Guinéens ont tant besoin et qui vaut aujourd’hui à l’ex-chef de l’État Alpha Condé les lourdes accusations dont il fait l’objet, d’autres dossiers impliquant des membres de la junte doivent être mis sur la table.

Mis à jour le 25 mai 2022 à 12:44
 
François Soudan
 

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

 

 

   L'ex-chef de l’État guinéen Alpha Condé. © Carlo Allegri/REUTERS

 

C’est un vieil homme seul de 84 ans en costume et chaussures immaculés qui, le 21 mai au matin, a pris place à bord d’un avion affrété par son ami le président turc Recep Tayyip Erdogan, à destination d’Istanbul. Le soir, au téléphone, la voix est fatiguée, mais comme soulagée de pouvoir me parler longuement, après neuf mois ou presque pendant lesquels l’ancien chef de l’État renversé le 5 septembre 2021 s’est morfondu dans la plus haute des claustrations, coupé de tout contact avec l’extérieur. « Pour l’heure, je me préoccupe de ma santé, me confie-t-il. Je ne souhaite pas parler de politique pour de multiples raisons, entre autres le comportement de certains cadres qui m’ont profondément déçu. Ce sont des Guinéens qui n’aiment pas la Guinée. »

En Turquie pour une série de check-up après une double opération subie en début d’année à Abou Dhabi, Alpha Condé fait depuis le 4 mai l’objet de poursuites en Guinée pour le plus infamant des crimes : celui d’assassinat et de complicité de meurtre, passible de la réclusion à perpétuité. La prison n’est pas une nouveauté pour lui, qui a connu les cellules infectes de la Maison centrale de Conakry entre 1999 et 2001, en combattant de la démocratie injustement condamné pour atteinte à la sûreté de l’État. Le motif était noble, et la mobilisation en faveur du « Professeur » fut à l’époque panafricaine et allait même au-delà, Jacques Chirac, Madeleine Albright et Nelson Mandela joignant leur voix à celle des militants socialistes qui, de Dakar à Dar es-Salaam, exigeaient sa libération.

D’ex-pairs mutiques et tétanisés

Vingt-deux ans plus tard, l’« instruction aux fins de poursuite judiciaire par voie de dénonciation » lancée contre Alpha Condé et vingt-six de ses proches sur décision du colonel Mamadi Doumbouya a été accueillie dans un silence de catacombe par les amis et obligés du président déchu, mutiques il est vrai depuis sa chute il y a neuf mois. Ses ex-pairs, dont certains sont tétanisés par la perspective de subir un sort similaire, préfèrent, eux, regarder ailleurs.

Alpha Condé a donc rejoint le club mouvant des anciens présidents africains poursuivis en justice, une demi-douzaine au total. Y figurent le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le Comorien Ahmed Abdallah Sambi, le Sud-Africain Jacob Zuma, le Burkinabè Blaise Compaoré, le Centrafricain François Bozizé, le Gambien Yahya Jammeh et l’Éthiopien Mengistu Haile Mariam (ces quatre derniers en exil). À Bamako et à Ouagadougou, Bah N’Daw et Roch Marc Christian Kaboré sont en « simple » résidence surveillée, sans être pour l’instant incriminés, alors qu’à l’autre bout de la chaîne judiciaire, après le décès il y a près de un an du Tchadien Hissène Habré, seul le Soudanais Omar el-Béchir croupit actuellement en prison.

Il y a de tout dans ce club, tueur en série, prédateur, innocent, et nul doute que, pour le très médiatique avocat français William Bourdon, à l’origine avec son confrère Vincent Brengarth de la plainte contre Condé, ce dernier se doit de figurer au rang des criminels. Il le dit sans ambages, dans une tribune publiée le 14 mai dans nos colonnes. Le problème, c’est que son indignation, ainsi que celle des activistes du Front national de défense de la Constitution (FNDC), au nom desquels il agit, paraît pour le moins sélective.

Ardoise magique pour Doumbouya et Samoura

Sur la liste du procureur général Alphonse Charles Wright, qui recense les présumés auteurs ou complices des violences létales perpétrées entre octobre 2019 et octobre 2020, à Conakry et à l’intérieur de la Guinée, dans le cadre des manifestations contre le troisième mandat d’Alpha Condé, deux noms manquent en effet à l’appel : celui du colonel Mamadi Doumbouya, à l’époque commandant du Groupement des forces spéciales, et celui du colonel Balla Samoura, commandant de la gendarmerie régionale de Conakry. Le premier est devenu chef de l’État depuis le putsch, et le second, commandant de la gendarmerie et directeur de la justice militaire.

Ces deux noms figuraient pourtant sur plusieurs listes du FNDC publiées jusqu’en 2021, et de nombreux tweets de militants anti-troisième mandat, ainsi que des rapports d’ONG, ont fait mention du rôle des Forces spéciales, qualifiées de « milice d’Alpha Condé » dans la répression des manifestations, particulièrement en septembre et en octobre 2020. Le coup d’État du 5 septembre 2021 ayant joué le rôle d’une ardoise magique, les deux identités remarquables ont disparu de l’inventaire pour des raisons évidentes. Faute d’être à même de les y rétablir, le procureur Wright et Me Bourdon seraient bien inspirés de considérer qu’ils jouent là une part importante de leur crédibilité.

Dans le même contexte de vérité et de justice dont les Guinéens ont tant besoin et qui vaut aujourd’hui à Alpha Condé les lourdes accusations dont il fait l’objet, d’autres dossiers doivent être mis sur la table. À commencer bien sûr par celui du massacre du 28 septembre 2009 dans le stade de Conakry – 157 morts et 1 500 blessés –, dont devraient répondre deux anciens chefs de l’État en exil, Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté. La Cour pénale internationale (CPI) s’en est saisie, mais l’organisation du procès traîne en longueur.

Fosses communes

Autre enquête nécessaire : celle concernant la sanglante répression, en pleine contestation du troisième mandat, de la mutinerie du bataillon spécial des commandos en attente du camp Samoreyah de Kindia, les 15 et 16 octobre 2020. Ces anciens Casques bleus de retour du Mali réclamaient le paiement de leur prime, allant jusqu’à exécuter leur propre commandant. Là encore, c’est aux Forces spéciales du colonel Doumbouya qu’Alpha Condé avait confié le soin de réprimer le soulèvement. Largement partagée à l’époque, une vidéo montre le futur putschiste débarquant lui-même des cadavres de mutins de l’arrière d’un pick-up.

Toute la lumière devrait également être faite sur le déroulement du coup d’État du 5 septembre 2021, lequel fut tout sauf un dîner de gala. Des dizaines, on parle même d’une centaine, de membres de la garde présidentielle ont perdu la vie lors des combats autour du palais de Sékhoutoureya, avant d’être jetés au fond de fosses communes dont l’emplacement n’a, à ce jour, pas été révélé aux familles – et ne le sera sans doute jamais, tant la volonté de la junte de jeter un voile opaque sur les pertes subies ce jour-là, y compris dans ses propres rangs, semble résiliente.

L’ACCOUPLEMENT ENTRE LA GUINÉE ET CELUI QUI VOULAIT « LUI FAIRE L’AMOUR » EST DEVENU TOXIQUE

« La Guinée est belle, nous n’avons pas besoin de la violer, on a juste besoin de lui faire l’amour. » Lancée par un Mamadi Doumbouya en plein état de grâce au lendemain du 5 septembre, la métaphore « peace and love » de l’ancien légionnaire avait fait gentiment sourire. Neuf mois plus tard, l’accouplement a tendance à devenir toxique. L’annonce par le Comité national de rassemblement pour le développement (CNRD) d’une période de transition minimale de trois ans non rétroactive, dont le décompte commencera après la promulgation de la loi et sa validation par le colonel Doumbouya, suivie par l’interdiction de toute manifestation publique, a dressé contre la junte la quasi-totalité de la classe politique et une bonne partie de la société civile.

En province, les opérations de « marquage des domaines de l’État », qui ont déjà valu aux anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré de voir leurs domiciles de Conakry présumés mal acquis en partie rasés jusqu’aux fondations, se déroulent sous haute tension. À Kindia, Labé, Pita, Mamou, Coyah, Dalaba, des heurts ont accompagné ces opérations, au cours desquelles des militaires font le tour des villes pour identifier les bâtiments et les terres susceptibles d’être récupérés par l’État.

Le spectre du communautarisme

En Moyenne-Guinée, fief de Dalein Diallo, ressurgissent les miasmes anxiogènes de la persécution communautariste. « C’est l’ethnie peule qui est visée ! » s’exclame le président de la Coordination internationale du Fouta Djalon, Mody Sary Barry, avant d’appeler à la résistance contre un régime où, énumère-t-il, tous les postes clés seraient détenus par des Malinkés. Pour qui connaît la Guinée, ces mots sont d’autant plus inquiétants que les précédents affrontements entre les militaires et les civils ont toujours été, dans ce pays, une histoire de violences.

Certes, les poursuites judiciaires contre Alpha Condé et l’emprisonnement de plusieurs de ses proches, dont son Premier ministre, Kassory Fofana, sont là pour démontrer que le nettoyage auquel se livre Mamadi Doumbouya n’a rien de spécifiquement ethnique. Le problème n’est d’ailleurs pas là. Comme chez tous les officiers putschistes de sa génération – Goïta, Damiba, Déby Itno… –, le coup d’État de ce colonel quadragénaire aura été motivé par le souci sincère de recoudre un tissu national déchiré ou menacé de dislocation. Avant que le goût du pouvoir, la volonté de le préserver en écartant tous les concurrents possibles et l’obsession de ne pas être inquiété à l’issue de la période de transition finissent, tel un virus créophage, par absorber les rêves de celui qui voulait faire l’amour à son pays. On en est là. Et cela n’a rien de réjouissant.