La méga-raffinerie de Dangote au Nigeria, un projet qui change la face de l’Afrique

650 000 barils par jour, 57 000 employés, 12 000 MW d’électricité… Le complexe pétrochimique Dangote défie ce qui a déjà été fait de plus grand.

Mis à jour le 27 mai 2023 à 16:10
 
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L’usine d’engrais de Dangote, à Lagos. © Dangote

 

Longtemps premier producteur du continent, le Nigeria exporte son pétrole brut et importe du pétrole raffiné. Les quatre raffineries du pays contrôlées par le gouvernement sont moribondes. Et cela fait des décennies que ça dure.

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Cette situation est devenue de plus en plus insoutenable en raison de son coût et de l’épuisement des réserves de change qui s’élèvent à environ 36 milliards de dollars, alors qu’elles atteignaient 53 milliards de dollars en 2008.

Problème existentiel

Pour tenter d’y remédier, la question de la construction de raffineries locales efficaces a été au cœur des débats sur la politique énergétique au Nigeria depuis des années. De nombreuses entreprises ont tenté d’en construire, de tailles diverses, pour résoudre ce problème existentiel.

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Mais la raffinerie d’Aliko Dangote est, de loin, la plus grande et certainement la plus importante. Le gouverneur de la Banque centrale (CBN), Godwin Emefiele, a déclaré qu’elle, et les projets qui l’accompagnent – usine pétrochimique et usine d’engrais et d’urée – permettront au Nigeria d’économiser 41 % des devises étrangères consacrées actuellement à l’importation. Le début de la production pourrait également provoquer des discussions sur la suppression des subventions aux carburants.

Jeune Afrique décrypte, en cinq points, les raisons pour lesquelles ce projet est hors norme.

Géant

La raffinerie Dangote va devenir, tout simplement, la plus grande raffinerie d’Afrique, détrônant celle de Skikda, en Algérie (356 500 barils par jour, bpj). Avec 650 000 bpj, la capacité de la raffinerie de Lagos fait exploser les compteurs.

Unique, elle l’est aussi parce qu’elle est la plus grande à train unique du monde. Les raffineries à train unique utilisent une unité intégrée appelée unité de distillation du brut (CDU) pour extraire les produits pétroliers du pétrole brut, contrairement à de nombreuses autres grandes raffineries qui utilisent des unités de distillation multiples.

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D’une valeur de plus de 19 milliards de dollars, la raffinerie Dangote devrait également devenir la cinquième entreprise d’Afrique en termes de capitalisation boursière. Elle supplantera le géant mondial de la production de platine, Anglo American Platinum, dont la valeur est actuellement de 13,05 milliards de dollars.

Record d’électricité

Le complexe pétrochimique de Dangote permettra de produire jusqu’à 12 000 mégawatts (MW) d’électricité pour le Nigeria, un record rendu possible par la construction du plus grand gazoduc sous-marin du monde, d’une longueur de 1 100 kilomètres et d’une capacité de traitement de 3 milliards de pieds cubes standard de gaz par jour.

Cette puissance est bien supérieure à l’électricité consommée dans l’ensemble du pays qui dispose d’une capacité électrique installée totale de 10 396 MW, dont seulement 6 056 MW sont transmissibles, selon la Nigerian Electricity Regulatory Commission (NERC), l’autorité de régulation du secteur de l’électricité au Nigeria.

Toutefois, pour son fonctionnement, le complexe pétrochimique construit une centrale électrique d’une capacité de 570 MW qui le rendra indépendant du réseau national du pays.

Le plus gros employeur

Le groupe Dangote était déjà le premier employeur privé du pays, mais avec la raffinerie, il va – de loin – consolider cette position. Au moins 57 000 personnes travaillent déjà sur le site et à terme, ils seront 135 000 emplois permanents, et 300 000 emplois directs et indirects. Une aubaine dans ce pays où le taux de chômage touche 33 % des Nigérians en âge de travailler (63,5 % chez les jeunes).

Cela explique le vif intérêt et le soutien actif du gouvernement à l’égard de la raffinerie. La compagnie nationale des hydrocarbures, la NNPC, a par exemple choisi d’investir 2,76 milliards de dollars pour une participation de 20 % dans la raffinerie en 2021, en raison de ses avantages en termes de développement, tels que la réduction du chômage, la stabilisation de l’administration des devises étrangères et le renforcement de la sécurité énergétique.

Une ville en soi

Grand comme 457 terrains de football, le complexe s’étend sur plus de 2 635 hectares, bien plus que Victoria Island, le quartier riche et administratif de Lagos qui s’étend sur environ 800 hectares.

Il est une ville à lui tout seul, qui plus est, une ville auto-suffisante. On y trouve un parc de réservoirs de traitement des eaux de 440 millions de litres et une zone d’habitation pour 50 000 employés et leurs familles. Bien qu’elle soit située dans la zone franche de Lagos, avec un tout nouveau port en eau profonde, la raffinerie dispose de son propre port indépendant, avec six quais, dont un quai roulier pour sa construction et ses opérations.

Le complexe dispose également de la plus grande carrière de granit au monde, qui fournit à la raffinerie « des agrégats grossiers, des matériaux pour colonnes de pierre, des bases de pierre, de la poussière de pierre et des matériaux pour les brise-lames ». Sa capacité annuelle est de 10 millions d’unités.

Tourner la page de l’importation

Enfin, la mise en service de la raffinerie Dangote doit mettre fin à l’importation de carburant. Elle devrait raffiner 650 000 bpj, soit que la demande du Nigeria estimée à 465 000 bpj.

Elle couvrira les besoins locaux tout en disposant d’un excédent à exporter vers d’autres pays. La réduction de la facture des importations et l’augmentation des rentrées de devises provenant des exportations permettront, entre autres, d’alléger considérablement la pression exercée sur l’administration des devises du Nigeria.

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Parallèlement au brut, la raffinerie produira chaque jour quatre millions de tonnes de carburéacteur, trois milliards de pieds cubes standard de gaz, 65 millions de litres de supercarburant (essence) et 15 millions de litres de diesel pour la consommation locale et l’exportation. Elle exportera également 8 millions de tonnes de produits pétroliers par an.