Libanais, Américains, Chinois… Qui détient les terres en Afrique ?

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Mis à jour le 09 août 2021 à 11h58


Depuis vingt ans, plus de 35 millions d’hectares de terres africaines ont été cédés à des capitaux étrangers. Qui sont-ils ? Où investissent-ils ? Qu’y produisent-ils ? Réponses en infographies.

Comment mieux saisir un sujet complexe que grâce à la datavisualisation ? En 2020-2021, chaque semaine, Jeune Afrique vous a proposé une infographie sur l’un des grands enjeux du moment. Souveraineté économique, problèmes sécuritaires, batailles politiques… Cette semaine, nous vous invitons à replonger dans ces décryptages exclusifs. Aujourd’hui, une enquête sur ces étrangers qui détiennent des terres africaines.

L’Afrique est la région du monde la plus ciblée par les transactions foncières à grande échelle, selon la base de données publique Land Matrix. Depuis 2000, de nombreux investisseurs chinois, émiratis, libanais, américains et européens ont acquis en concessions plusieurs dizaines de millions d’hectares de terres arables africaines – un peu plus que la superficie de la Côte d’Ivoire.

Ces investissements, dont le pic survient peu après la crise alimentaire de 2008, sont souvent perçus par les pays hôtes comme un levier pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, développer, industrialiser leur agriculture et diminuer la pauvreté.

En principe, ils s’accompagnent de recettes fiscales significatives – cependant difficilement quantifiables, car les accords de concessions ne sont pas rendus publics – et de créations d’emplois nationaux. Cette obligation est mentionnée dans 15 % des contrats signés sur le continent selon l’ONG Land Matrix.

Un impact très variable

Dix ans après la vague, l’impact de ces investissements est très variable. Nombre d’entre eux ont été rentables et se sont accompagnés d’engagements positifs auprès des communautés (offre de pâturages, formations, transfert de savoir faire, possibilités de travail permanent et décent etc.).

Néanmoins, la faiblesse du droit foncier et les choix politiques d’autres pays ont facilité des acquisitions à grande échelle, ce qui a conduit, dans certains cas, les exploitants locaux à quitter leurs terres entraînant plus de cinquante conflits, selon le recensement de l’ONG.
Ces concessions, signées pour une durée moyenne de trente ans, peuvent également avoir des conséquences sur l’environnement : de l’usure des sols à long terme – quand les cultures sont intensives – à la déforestation massive, notamment dans le Bassin du Congo.

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Fleurs, sorgho, soja et agro-carburants… Au moins 800 contrats ont été signés sur le continent depuis 2000 dont une centaine a été abandonné depuis. À cela s’ajoutent 91 contrats en cours de négociation. Dans 92 % des cas, les transactions foncières ont été réalisées par des entreprises privées et plus de la moitié des projets sont destinés en partie ou totalement à l’exportation.

 

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Parmi la centaine de projets abandonnés, plus de la moitié concerne les biocarburants et notamment ceux à base de jatropha. Ce petit arbuste qui pousse dans les sols pauvres et secs et dont les graines sont faciles à transformer en gazole a été présenté dans les années 2010 comme un futur or vert donnant naissance à d’immenses projets, notamment à Madagascar et en Éthiopie.

Les rendements de cet agro-carburant se sont finalement révélés en-deçà des espérances conduisant à la faillite de nombreux projets.

Les forêts aux mains de conglomérats asiatiques 

Avec 15,7 millions d’hectares concernés – dont la moitié se trouve en RDC – l’exploitation forestière est le premier pôle d’investissement en Afrique. Elle s’organise encore très largement sous le régime des concessions dont les actifs sont passés des historiques exploitants européens aux conglomérats asiatiques et principalement chinois. Le bois africain est désormais majoritairement exporté en Asie.

L’arrivée de ces entreprises asiatiques fait craindre une intensification de la déforestation en Afrique centrale, dans le cas où elles reproduiraient le scénario déjà opéré en Asie du Sud-Est, où les forêts ont été surexploitées, sans respecter les normes légales, puis les espaces dégradés transformés en plantation de palmiers à huile ou d’arbres à croissance rapide.

Protéger les terres

Depuis la flambée de 2008, de nombreux pays ont décidé de réformer leurs lois pour mieux protéger les terres et les communautés locales, à l’image de l’Éthiopie en 2013 ou du Ghana en 2019. Le Gabon, immense exploitant de grumes, a annoncé en 2018 que tous les investissements forestiers devraient désormais être certifiés pour 2022, afin de réduire plus drastiquement le taux de déforestation.

D’autres initiatives sont également à l’étude pour mettre en valeur des forêts africaines, à l’image du partenariat entre le Banque africaine de développement (BAD) et les Fonds d’investissements climatiques (CIF).

Les partenaires proposent un modèle gestion alternatif et durable de la foresterie commerciale conciliant croissance économique conservation de l’environnement. En 2016, la BAD a par exemple approuvé un total de 24 millions de dollars pour un projet de partenariat public-privé pour le reboisement des réserves forestières dégradées au Ghana.

Toutes les données sont issues de Landmatrix.org. Elles comprennent, depuis 2000, l’achat ou la location de terres de 200 hectares ou plus par des capitaux transnationaux à destination de la production agricole, de l’exploitation forestière, du commerce de carbone, de l’industrie ou encore pour la conservation ou le tourisme.