Histoire

Histoire générale de l'Afrique

A propos du Projet

L’UNESCO a lancé en 1964 l’élaboration de l’Histoire générale de l’Afrique pour remédier à l’ignorance généralisée sur le passé de l’Afrique. Pour relever ce défi qui consistait à reconstruire une histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation et favoriser une perspective africaine, l’UNESCO a fait appel aux plus grands spécialistes africains et internationaux de l’époque. L’élaboration des huit volumes de l’Histoire générale de l’Afrique a mobilisé plus de 230 historiens et autres spécialistes pendant plus de 35 années.

L’Histoire générale de l’Afrique est une œuvre pionnière, à ce jour inégalée dans son ambition de couvrir l’histoire de la totalité du continent africain, depuis l’apparition de l’homme jusqu’au enjeux contemporains auxquels font face les Africains et leurs Diasporas dans le monde. C’est une Histoire qui ne laisse plus dans l’ombre la période précoloniale et qui insère profondément le destin de l’Afrique dans celui de l’humanité en mettant en évidence les relations avec les autres continents et la contribution des cultures africaines au progrès général de l’humanité.

La collection complète est publiée en huit volumes. Les chapitres des différents volumes sont abondamment illustrés de cartes, figures, chiffres et diagrammes et de sélection de photographies en noir et blanc. Les textes sont, pour la plupart, complétement annotés et sont tous complétés par une importante bibliographie et un index.

Ces dernières années, l'UNESCO a entrepris la préparation et la rédaction de trois nouveaux volumes de la HGA (volumes IX, X et XI).

Ligne ferroviaire Dakar-Bamako : le long chemin de la réhabilitation

  | Par - à Dakar

Comme de nombreuses voies ferrées subsahariennes, la ligne historique Dakar-Bamako attend depuis des années une remise à niveau. Mais, hormis un plan de relance de la circulation, tout reste à définir.

Le silence règne depuis plus d’un an maintenant dans la gare de marchandises dakaroise de Bel-Air. Sur les rails de la grande halle, d’où sont partis les premiers wagons vers le Mali en 1924, des locomotives hors d’âge sont à l’arrêt. Les cheminots, en grève depuis 2018 pour protester contre des arriérés de salaires, ont déserté les lieux.

L’ancienne voie coloniale, qui relie le port maritime de Dakar, au Sénégal, au port fluvial de Koulikoro, au Mali, attend toujours sa réhabilitation, promise lors de la privatisation du chemin de fer en 2003, sous le mandat du président Abdoulaye Wade, et confirmée ensuite plusieurs fois par son successeur, Macky Sall, notamment pendant sa dernière campagne.

880 millions d’euros pour trois à quatre ans de travaux

Douze années durant, Transrail, à qui a été confiée l’infrastructure, a vu défiler les actionnaires majoritaires : le franco-canadien Canac-Getma, puis l’américain Savage, suivi du groupe Advens d’Abbas Jaber, figure du patronat local.

Incapables de supporter la charge financière nécessaire à la mise à niveau, ces trois gestionnaires n’ont jamais lancé le chantier, et ce jusqu’à la résiliation de la concession de Transrail, en 2015, alors qu’elle devait durer jusqu’en 2028. Le coût de la réhabilitation est estimé à près de 880 millions d’euros pour des travaux devant durer trois à quatre ans, alors qu’il faudrait 2,6 à 3,5 milliards d’euros pour construire une nouvelle ligne.

En mars 2016, les 1 022 salariés, les actifs et la concession de Transrail ont été transférés à Dakar-Bamako Ferroviaire (DBF), une « structure bi-étatique transitoire » – dont le mode de gouvernance reste à définir précisément –, pilotée depuis la fin de 2018 par le Franco-Sénégalais Kibily Touré.

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Le rail est un outil d’intégration essentiel, surtout pour un pays enclavé comme le Mali

Mais malgré ces changements, rien n’a été enclenché sur le terrain. « Les États ont laissé mourir l’outil. Les cheminots ont navigué à vue pendant plus de dix ans, sur un rail qui ne permettait pas d’excéder 30 km/h, quand il n’était pas impraticable », déplore un membre de la corporation.

Décongestionner la route

Pour le Sénégal et le Mali, le redémarrage du rail est pourtant crucial. Le potentiel commercial du corridor Dakar-Bamako dépasse 4 millions de tonnes de marchandises par an, selon une source ministérielle du pays de la Teranga. « Le rail est un outil d’intégration essentiel, surtout pour un pays enclavé comme le Mali, qui doit écouler des denrées périssables, ainsi qu’au Sénégal pour des villes intérieures telles que Thiès, qui ont beaucoup souffert de la crise du rail », indique Kibily Touré.

Sa remise en service permettrait de doper les exportations sénégalaises, en particulier celles de poissons frais de mer, d’huile brute d’arachide ou de ciment, qui se classent parmi les premiers produits vendus à l’étranger, notamment dans l’hinterland ouest-africain. Selon la BCEAO, 23 % des exportations sénégalaises étaient absorbées par le Mali en 2017. À Bamako, on espère une baisse des coûts des produits importés grâce au rail, ainsi qu’une augmentation des volumes agricoles exportés.

Chaque jour, 300 à 400 camions quittent le port de Dakar pour rallier l’Afrique de l’Ouest. Le rail décongestionnerait la route, qui convoie 80 % des échanges extérieurs du Mali. « Aucun mode de transport ne peut suffire à répondre à tous les besoins », souligne Kibily Touré. « Il faut parfois vingt-deux jours pour aller de Dakar à Bamako, du fait de l’état des routes et de l’attente aux postes-frontières. Un simple contrôle de chargement de la part des autorités peut durer trois jours », regrette Talla Sady, directeur général des Transports Sady

« Un plan de sauvegarde d’urgence »

« Le corridor est saturé et la route se dégrade. Sur des voies en mauvais état, nous avons entre 7 % et 12 % de dépenses de maintenance supplémentaires », poursuit ce propriétaire d’une quarantaine de camions porte-conteneurs, qui effectuent une trentaine d’allers-retours par mois entre Dakar et Bamako.

Loin d’y voir une menace pour le transport terrestre, Talla Sady considère le rail comme une activité complémentaire. « Le camion garde des avantages que le train n’a pas, tel le fait de pouvoir envoyer un produit directement du port au magasin, quand le rail impose un surcoût lié aux derniers kilomètres après la gare d’arrivée. »

« Le rail est moins cher pour de grandes quantités », précise quant à lui Boubacar Diallo, directeur commercial du groupe Ciments du Sahel, qui fait transiter 1 million de t de matériaux de construction entre les deux capitales chaque année. « Le train nous permettrait d’augmenter nos volumes. Nous aurions moins de tracasseries douanières et pourrions mieux suivre le trajet de nos produits », estime-t-il.

Pour relancer la machine, DBF veut lancer « un plan de sauvegarde d’urgence » sur six à huit mois, soit une première phase de la réhabilitation. « Ces travaux permettront au trafic de reprendre à une vitesse commerciale acceptable », assure Kibily Touré. Un plan que les États malien et sénégalais se sont engagés à financer à hauteur de 30,5 millions d’euros.

S’il promet un trafic commercial minimal entre Dakar et Bamako et un trafic de voyageurs entre Bamako et Kayes, dans l’Ouest du Mali, les contours financiers de ce premier plan de relance et des étapes de réhabilitation suivantes demeurent flous, même si la Banque mondiale (en tête de file sur le sujet), la Banque islamique de développement et l’AFD discutent avec Dakar et Bamako.

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En modèle économique, un partenariat public-privé

Au-delà du plan de réhabilitation, les deux pays doivent surtout s’entendre sur le modèle économique. L’option la plus probable est un partenariat public-privé qui impliquerait une séparation entre les infrastructures, prises en charge par les États, et l’exploitation, confiée à une entreprise privée ou à un groupement d’intérêt.

« Compte tenu de leur ampleur, la société concessionnaire ne doit pas avoir à assumer les investissements – ce qui était le cas pendant la période Transrail –, car ils ne peuvent être amortis que sur des périodes très longues », fait valoir Éric Peiffer, administrateur délégué du belge Vecturis, spécialiste de la gestion ferroviaire sur le continent. Selon l’ex-directeur général de Transrail, l’ancien modèle économique est la cause principale de l’échec de la privatisation.

« Si un financement est débloqué, Mota Engil ou Vinci pourraient se positionner sur les chantiers de BTP », souligne une source proche du dossier. D’autres espèrent que China Railway Corporation s’impliquera – avec l’appui d’une banque chinoise. Pour la concession de l’exploitation, le belge Vecturis se dit prêt à présenter une offre.

Le nigérian Dangote, qui voudrait profiter du rail pour vendre davantage de ciment sénégalais au Mali, pourrait aussi proposer ses services, même si son statut de gestionnaire et de client du rail semble problématique. De son côté, DBF refuse toute communication sur ces éventuels partenaires avant l’annonce officielle d’appels d’offres, attendus dans les prochaines semaines.


Kibily Touré, pilote du DBF

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Kibily Toure (Senegal - France), diplome de l'Iseg et ancien conseiller special du secretaire d'Etat francais a l'Europe et aux Affaires etrangeres, il vient d'etre nomme administrateur general des chemins de fer du Mali et du Senegal. A RFI le 30.11.2018 © Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

 

Avant d’être administrateur général du Dakar-Bamako Ferroviaire (DBF), ce Franco-Sénégalais né à Tambacounda (desservie par la ligne) a commencé sa carrière chez Bolloré et a été notamment directeur du développement Afrique de la compagnie aérienne Aigle Azur. À sa nomination, il était conseiller spécial de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État français auprès du ministère des Affaires étrangères.

[Tribune] L’héritage de Sven Lindqvist :
« le courage de comprendre ce que nous savons »
de l’extermination coloniale

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Par

Patrick de Saint-Exupéry est journaliste et auteur.

Récemment disparu, l'écrivain suédois Sven Lindqvist aura passé sa vie à étudier au microscope l’idée de destruction de l'homme par l'homme. Son œuvre majeure, « Exterminez toutes ces brutes ! », remonte aux racines de l'odyssée coloniale, décrivant comment celle-ci a mené, peu à peu, à légitimer la disparition de certains groupes humains.

L’écrivain suédois Sven Lindqvist est mort le 14 mai à l’âge de 86 ans. Ancien journaliste, grand voyageur, il était l’auteur d’une trentaine d’essais à l’écriture inclassable, sèche et bouleversante, couronnés par plusieurs prix en Suède.

La déconstruction de ce que fut la colonisation au XIXe siècle, cet envers de la philosophie européenne des « Lumières », est au cœur de sa réflexion. Il y voit la matrice de son monde, qui se fracasse sur Auschwitz et Hiroshima, alors qu’âgé d’une dizaine d’années il vit chez ses parents dans une Suède restée neutre.

« Auschwitz fut l’application moderne et industrielle d’une politique d’extermination sur laquelle reposait depuis longtemps la domination du monde par les Européens », conclut-il, implacable, dans les dernières pages d’Exterminez toutes ces brutes ! (les Arènes, 2014), une plongée physique et littéraire dans les racines de l’odyssée coloniale, son œuvre majeure, traduite en quinze langues.

Une forte odeur douce-amère

Pour saisir l’itinéraire de cet homme qui passera sa vie à étudier au microscope l’idée de destruction et cultivera une incroyable érudition, il faut s’attacher à la figure de sa grand-mère, qu’il évoque au début d’Exterminez toutes ces brutes ! « Grand-Mère sentait. Elle sentait Grand-Mère. Une forte odeur douce-amère émanait de sa chambre et de son corps. Mère détestait cette odeur, surtout à table. Grand-Mère le savait. Elle mangeait à la cuisine », écrit-il.

Cette « odeur » gênante est surtout persistante : « De temps à autre, Mère faisait une razzia dans la chambre de Grand-Mère pour essayer de faire disparaître la source de cette odeur. C’était voué à l’échec puisque l’odeur venait de Grand-Mère elle-même. »

Lui, Sven Lindqvist, a une dizaine d’années : « Je comprenais fort bien le désespoir de Grand-Mère quand les « saletés » devaient disparaître (…). J’allais donc fouiller dans la poubelle pour récupérer les affaires de Grand-Mère et les dissimulais parmi les miennes en attendant que l’orage soit passé. »

C’est ainsi que le gamin, né en 1932, sauve « un vieux livre jauni, I palmernas skugga – À l’ombre des palmiers ». Il s’en empare, le lit, et c’est comme s’il y reniflait l’origine profonde de cette « odeur » si détestable et persistante dont « Mère » cherche à « se défaire ».

Le meilleur d’entre eux n’est même pas digne de mourir comme un porc

Écrit en 1907 par un missionnaire, Edward Wilhem Sjöblom, À l’ombre des palmiers est un journal de voyage : le récit d’une mission au Congo. Sjöblom remonte le fleuve sur un vapeur. « Au dîner, écrit-il, les membres de l’équipage évoquèrent leurs exploits concernant le traitement des Noirs. Ils mentionnèrent un de leurs pairs qui avait fouetté trois de ses hommes si impitoyablement qu’ils en étaient morts. On considère cela comme de l’héroïsme. L’un d’eux ajouta : « Le meilleur d’entre eux n’est même pas digne de mourir comme un porc ». »

Le 1er février 1895, le prêche du missionnaire est interrompu par un soldat qui attrape un vieil homme en l’accusant de ne pas avoir assez récolté de caoutchouc. Sjöblom, raconte Lindqvist, demande au soldat d’attendre que l’office soit terminé. Le soldat se contente d’écarter le vieil homme de quelques pas, place le canon de son fusil contre sa tempe puis l’abat : « Un petit garçon reçoit du soldat l’ordre de trancher la main du mort, laquelle avec d’autres mains tranchées de manière identique sera remise le lendemain au commissaire, en signe de victoire de la civilisation ».

« Le courage de comprendre ce que nous savons »

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« Oh ! si seulement le monde civilisé savait comment des centaines, des milliers de gens sont assassinés », s’exclame le missionnaire. Et le petit garçon qui dévore son témoignage, le petit garçon qui assiste au fracas du monde depuis son balcon suédois, le petit Sven Lindqvist qui pense alors avoir identifié la détestable « odeur douce-amère », ce petit garçon-là partage l’élan du missionnaire.

Ce sera son moteur, son destin, sa vie : donner à savoir, faire comprendre, trouver « le courage » d’affronter « ce que nous savons » pour « en tirer les conséquences ».  Toute l’œuvre de Sven Lindqvist est tendue vers cet objectif.


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Après des études de littérature et de chinois à l’université de Stockholm, il part pour Pékin et en ramène des récits de voyage. Puis il poursuit ses pérégrinations en Amérique latine. Journaliste, il travaille à partir de 1952 pour le quotidien de Stockholm Dagens Nyheter.

Le premier texte qui le fait connaître, en 1957, est un petit brûlot de quarante-cinq pages intitulé Reklamen är livsfarlig (La Publicité est mortellement dangereuse), dans lequel il dénonce le pouvoir de nuisance de la réclame. Il publie alors Jord och makt i Sydamerika (Terre et pouvoir en Amérique du Sud), paru en 1973, puis Jordens gryning (L’aube de la Terre) en 1974.

Derrière « les ombres noires de la maladie et de la famine », j’imaginais les survivants décharnés des camps de la mort allemands

Sven Lindqvist approche de la soixantaine lorsqu’il décide de se confronter au Tademaït, « le désert des déserts », « la région la plus morte du Sahara ». De ce voyage, il tire deux livres. Les Plongeurs du désert, qui réexamine en 1990 l’imaginaire romantique plaqué par l’Europe sur l’Afrique. « Ce n’étaient pas les aventures passionnantes qui manquaient dans les livres pour garçons de mon enfance. Mais ils avaient un défaut : les connaissances précises y étaient insuffisantes ».

Surtout, dans Exterminez toutes ces brutes !, publié deux ans plus tard, il explore les interrogations surgies de son enfance quand « à l’âge de dix-sept ans j’ai lu Au cœur des ténèbres [la nouvelle publiée en 1899 par Joseph Conrad] pour la première fois » : « Derrière ’’les ombres noires de la maladie et de la famine’’, j’imaginais les survivants décharnés  des camps de la mort allemands qui venaient d’être libérés quelques années plus tôt. »

Au détour des pistes, du sable et du vent, Sven Lindqvist remonte à la première extermination de l’histoire coloniale, celle des Ganches des Canaries, au XVe siècle. Puis il tisse la généalogie des théories évolutionnistes qui, mêlées à l’idée d’une inégalité des races, amènent peu à peu à légitimer la disparition de certains groupes humains.

Au cœur des ténèbres

Distinguant dans le lointain un Noir portant lunettes et costume de velours gris, il s’interroge : « A-t-il le droit d’exister ? ». Silence. À l’effrayante question, aucune réponse. Sven Lindqvist est au cœur de « l’odeur de Grand-Mère » dans son enfance, cette « odeur » que tous ont envie d’ignorer mais que nul ne peut gommer. « Et lorsque ce qui avait été commis au cœur des ténèbres se répéta au cœur de l’Europe, personne ne le reconnut. Personne ne voulut reconnaître ce que chacun savait », écrit-il.

Dans Une histoire du bombardement (La Découverte, 2012), publié en Suède en 1999, il parcourt en une sorte de marelle vertigineuse un siècle de bombardements aériens, depuis la première grenade lâchée en 1911 par un pilote italien, dans le ciel de Libye.

Avec Terra Nullius (les Arènes, 2007), son dernier livre, Sven Lindqvist boucle son itinéraire en racontant, en 2005, le génocide colonial des aborigènes de Tasmanie au XIXe siècle. Il abandonne alors son lecteur, pantelant et sidéré, aux abords de notre siècle.

Sur ce rivage qui est le sien, le nôtre.

Quatre Missionnaires d'Afrique faisaient partie des martyrs béatifiés
le 8 décembre 2018 à Oran en Algérie.

Un rappel à leur sujet, qui donne pour chacun le récit bref de sa vie.

 

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Ces jeunes qui ont gouverné en Afrique

Thomas Sankara en conférence de presse, le 2 septembre 1986, pendant le sommet des non-alignés à Harare.Il avait 33 ans à son arrivée au pouvoir.
© © AFP/Dominique Faget

Abdelaziz Bouteflika a renoncé à 82 ans à un cinquième mandat en Algérie, face à la contestation de la rue. Les mêmes questions de succession et de renouvellement de la classe politique se posent ailleurs, même si les présidents « à vie » se font de plus en plus rares. Bien des jeunes, trentenaires ou quadragénaires, ont accédé au pouvoir depuis les Indépendances, laissant des exemples et des héritages très contrastés.

Depuis le départ de Robert Mugabe au Zimbabwe, à 93 ans, l’Afrique a perdu le doyen de ses présidents. Les chefs d’Etat qui prennent de l’âge à leurs postes deviennent de plus en plus rares. Depuis la chute de Blaise Compaoré au Burkina Faso en 2014, la défaite électorale de Yahya Jammeh en Gambie en 2016 et le départ volontaire d’Eduardo dos Santos en Angola en 2017, ils sont moins de dix, sur 54 pays, à gouverner depuis plus de deux décennies.

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On l’oublie souvent, d’ailleurs, les dinosaures d’aujourd’hui ont été les jeunes loups d’hier. Téodoro Obiang Nguema est ainsi devenu président de la Guinée Equatoriale à 37 ans en 1979 et Denis Sassou-Nguesso, à 35 ans la même année au Congo. Yoweri Museveni est en place en Ouganda depuis ses 41 ans (1986), Omar el-Béchir au Soudan depuis ses 45 ans (1989) et Idriss Déby au Tchad depuis ses 38 ans (1990).

Ils font partie de la trentaine d’Africains ayant accédé jeunes au pouvoir depuis les Indépendances. Gamal Abdel Nasser et Sékou Touré avaient 36 ans quand ils ont pris les commandes de l’Egypte et de la Guinée, en 1954 et 1958. De même, Seretse Khama au Botswana et Julius Nyerere en Tanzanie avaient 39 ans en 1960 et 1961. Ont suivi Milton Obote en Ouganda (37 ans en 1962), Kenneth Kaunda en Zambie (40 ans en 1964). Puis, dans les turbulences qui ont suivi l’Indépendance, d’autres figures ont émergé : Mobutu Sese Seko au Zaïre (35 ans en 1965), Houari Boumédiene en Algérie (32 ans en juin 1965), ou encore Yakubu Gowon (32 ans en 1966) et Murtala Mohamed (37 ans en 1975) au Nigeria.

Lumumba et Sankara, morts à 35 et 37 ans

Les plus célèbres y ont laissé la vie et acquis une dimension de martyr. Patrice Lumumba, Premier ministre en 1960 à l’âge de 35 ans, lors de l’Indépendance du Congo belge, a été assassiné en janvier 1961 par des officiers belges qui encadraient des sécessionnistes dans le Katanga. Son tort ? Avoir appelé en vain les Etats-Unis et les Nations unies à l’aide face à la situation au Katanga, et laissé entendre qu’il se tournerait vers l’URSS, en pleine Guerre froide.

Le nom de Thomas Sankara reste lui aussi gravé dans les mémoires, pour son refus du compromis face à l’Occident et sa dimension panafricaine. Leader d’un groupe de putschistes porté par un élan révolutionnaire, il rebaptise en 1983, à 33 ans, la Haute Volta en Burkina Faso, « pays des hommes intègres ». Il est abattu quatre ans plus tard par ses propres frères d’armes, passibles aujourd’hui d’un procès.

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Des militaires pas comme les autres

Quatre autres jeunes chefs d’Etat, tous militaires, ont contribué à faire changer le cours de l’histoire chez eux. Le général Olusegun Obasanjo, au Nigeria, prend à 39 ans, en 1976, la tête d’une junte qui veut rompre avec l’accaparement du pouvoir par les… militaires. Il passe le relais à un gouvernement civil, trois ans plus tard. Les coups d’Etat continuent cependant, jusqu’à ce qu’il soit élu en 1999. Résistant à la tentation de briguer un troisième mandat, il s’est retiré en 2007. Trois présidents ont été élus depuis.

Jerry Rawlings, au Ghana, a lui aussi mené à 32 ans une transition express après un coup d’Etat, en 1979. Face à ce qu’il estime être l’incurie des civils, il reprend le pouvoir en 1981, à 34 ans. Cet ancien lieutenant de l’armée de l’air est resté 20 ans à la tête du Ghana, qu’il a dirigé avec poigne. Il a laissé un pays transformé, qui s’illustre par des alternances régulières.

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De son côté, Amadou Toumani Touré (ATT), colonel parachutiste, a porté l’estocade contre le régime dictatorial de Moussa Traoré en 1991, au Mali. Alors âgé de 43 ans et chef de la garde présidentielle, il a marqué le refus de l’armée de réprimer des manifestations dans le sang, et permis à la démocratie d’advenir. Au terme des deux mandats du président Alpha Omar Konaré, il a été élu en 2002, puis renversé quelques semaines avant la fin de son second et dernier mandat.

Le major-général Paul Kagamé, nommé à 29 ans chef du renseignement militaire en Ouganda, a mis fin à 36 ans au génocide des Tutsis en 1994, à la tête du Front patriotique rwandais (FPR). Elu président en 2000, il se situe à mi-chemin entre les héros révolutionnaires panafricains et les chefs d’Etat tentés par la longévité au pouvoir. Il dispose d’une légitimité historique, en tant que chef d’Etat ayant reconstruit le Rwanda, mais aussi d’une totale hégémonie. Un référendum constitutionnel remporté avec 98,3 % des voix en 2015 l’autorise à rester en poste jusqu’à ses 77 ans, en 2034.

Successions dynastiques

Deux autres hommes forts, Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC) et Faure Gnassingbé au Togo, ont succédé à leurs défunts pères, aux âges respectifs de 29 et 35 ans. Joseph Kabila a passé la main en janvier dernier, au bout de 18 ans, dont deux ans de « glissement » du calendrier électoral. Il est fortement soupçonné d’avoir fait pencher la balance des résultats officiels de la présidentielle de décembre 2018 en faveur de Félix Tshisekedi. Ce dernier va-t-il devenir son obligé ? L’ex-candidat Martin Fayulu l’affirme. Le camp Tshisekedi s’en défend farouchement.

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De son côté, Faure Gnassingbé a entamé son troisième mandat en 2015 et fait face à des manifestations monstres à Lomé en septembre 2017, en raison de son projet de changer de constitution pour pouvoir se représenter « une première fois » en 2020. Son objectif, sur lequel il a été contraint de temporiser, consiste à rempiler pour deux quinquennats à partir de 2020. L’opposition s’y refuse, dans le cadre de pourparlers placés sous la médiation du Ghana et de la Guinée Conakry.

Putschistes fantasques en Afrique de l’Ouest

Ailleurs en Afrique de l’Ouest, une nouvelle génération de putschistes fantasques a éclos, dans le sillage de Yahya Jammeh. A 29 ans, il renverse le père de l’Indépendance en Gambie, Dawda Jawara, avant de se transformer en dictateur caricatural, souvent comparé au roi Ubu.

Le capitaine Moussa Dadis Camara, de son côté, s’impose fin 2008 à 44 ans en Guinée, à la mort de Lansana Conté. A la tête d’une junte qui promet de passer la main au bout d’un an, il prend goût au pouvoir. Si bien qu’il cherche à se présenter, provoquant la colère de l’opposition. Celle-ci se réunit le 28 septembre 2009 dans un stade de Conakry. La répression se solde par 150 morts et plus d’une centaine de femmes violées. Lorsque Dadis essaie de faire porter à son aide de camp la responsabilité du massacre, il écope d’une balle dans la tête. Evacué au Maroc, l’ancien putschiste vit depuis 2010 en exil au Burkina Faso.

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Quant à Amadou Sanogo, au Mali, il a renversé ATT en mars 2012, manifestant à 39 ans la colère d’une armée démunie face aux avancées des séparatistes touaregs et de groupes armés islamistes dans le nord du Mali. Sous la pression de la communauté internationale, ce capitaine accepte un gouvernement civil de transition en avril 2012, mais tire les ficelles au Mali jusqu’à l’opération française Serval en janvier 2013. Ses partisans n’ont pas seulement agressé le président par intérim Dioncounda Traoré à coups de marteau, jusque dans son bureau du palais présidentiel. Ils sont aussi accusés d’avoir tué 21 bérets rouges en avril 2012, des soldats soupçonnés d’avoir tenté un « contre-coup d’Etat ». Arrêté en novembre 2013 et assigné à résidence à 140 km de Bamako, Amadou Sanogo doit répondre de ses actes devant la justice de son pays.