Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Prison : « Il est plus facile de réprimer que d’éduquer », regrette le pape

Les faits

Recevant vendredi 8 novembre des responsables de la pastorale pénitentiaire venus de nombreux pays, le pape a regretté que la société « cherche dans l’isolement et dans la détention de celui qui agit contre les normes sociales la solution ultime aux problèmes de la vie de communauté ».

  • Nicolas Senèze, à Rome,

Le pape François s’est dit préoccupé, vendredi 8 novembre, par des politiques pénales qui n’ont pour objectif qu’une mise à l’écart des détenus au détriment du développement des personnes et de leur réinsertion.

Recevant au Vatican une cinquantaine de responsables de la pastorale pénitentiaire du monde entier venus à Rome pour un atelier du Dicastère pour le développement humain intégral, le pape est revenu sur cette « culture du déchet » qu’il ne cesse de dénoncer dans la société et dont il voit un nouvel aspect dans les prisons.

Il a notamment mis en cause les « décisions légalistes et inhumaines, justifiées par une prétendue recherche du bien et de la sécurité » par lesquelles la société « cherche dans l’isolement et dans la détention de celui qui agit contre les normes sociales la solution ultime aux problèmes de la vie de communauté ».

De « véritables lieux de dépersonnalisation »

« Il est plus facile de réprimer que d’éduquer », a regretté le pape pour qui les prisons se limitent trop souvent à des lieux où ceux qui transgressent la loi sont « enfermés dans l’oubli », devenant de « véritables lieux de dépersonnalisation ».

 

« Partout dans le monde, on constate une tendance à utiliser la prison pour mettre à l’écart les plus pauvres », relève ainsi Jean Caël, responsable du département prison-justice au Secours catholique pour qui « tout l’argent mis dans la construction de prisons est autant qui ne va pas dans la réinsertion qui, elle, favoriserait la baisse de la récidive ».

Au cours de cet atelier voulu par le Dicastère pour le développement humain intégral, cette question de l’accompagnement des personnes et de leur « développement intégral » a d’ailleurs été particulièrement soulignée.

« Ministère d’espérance »

Dans son discours, le pape François s’est aussi soucié du sort des détenus à leur sortie de prison, déplorant le fait qu’ils soient souvent stigmatisés « comme pas digne de confiance », et exclus de « possibilité de travailler pour obtenir un gagne-pain digne ».

« Si ces frères et sœurs ont déjà purgé leur peine pour le mal commis, pourquoi met-on sur leurs épaules un nouveau châtiment social, avec le rejet et l’indifférence ? », s’est-il interrogé, mettant en garde contre cette « aversion sociale » qui risque de les faire « retomber dans les mêmes erreurs ».

En conclusion, il a encouragé les aumôniers de prison à « rendre présente la miséricorde du Père » auprès des détenus et à continuer leur « ministère d’espérance » auprès d’eux, critiquant une nouvelle fois la prison à perpétuité qui est, selon lui, « discutable » car privant le détenu de tout horizon.

 

Guinée: marée rouge à Conakry pour protester contre le président Condé

Les manifestants sont descendus dans les rues de Conakry, jeudi 7 novembre, à l'appel du FNDC, qui regroupe l’essentiel de la société civile et de l’opposition politique.
© CELLOU BINANI / AFP

Une nouvelle manifestation à l’appel du Front national de défense de la Constitution (FNDC) a déferlé dans la capitale guinéenne, jeudi, pour protester contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé.

Une foule impressionnante et colorée de rouge a parcouru la dizaine de kilomètres séparant le rond-point de la Tannerie de l’esplanade du Stade du 28-Septembre, jeudi. Les bras se lèvent à perte de vue lorsque retentit l’hymne national. L’esplanade, le point d’arrivée de la marche, n’est visiblement pas assez grande pour contenir cette foule venue manifester une nouvelle fois contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé.

Les principaux leaders de la société civile et de l’opposition, ovationnés, prennent malgré tout la parole. Sidya Touré fait observer une minute de silence en la mémoire des victimes des dernières manifestations, avant d’exiger la « libération immédiate » des leaders du Front national de défense de la Constitution (FNDC) condamnés fin octobre à des peines de prison ferme.

« Alpha Condé a perdu la raison »

« Alpha Condé a perdu la raison, lance Cellou Dalein Diallo, mais nous lui ferons tout de même comprendre que la Guinée ne veut pas de troisième mandat ».

« Il doit renoncer à ce projet machiavélique », conclut Foniké Menguè, coordinateur du FNDC. « Nous allons continuer ce combat jusqu’à la victoire finale ».

Les images aériennes – fournies par l’opposition – sont édifiantes : on y voit une véritable « marée rouge », la couleur du FNDC, envahir les rues de Conakry. « Nous ferons encore mieux la semaine prochaine », promettent les organisateurs. Dans la soirée, les organisateurs ne disposaient pas de chiffres concernant la participation, mais ils étaient certainement plus nombreux que lors de leur dernière marche, le 24 octobre dernier.

De son côté, dans un communiqué, le gouvernement s'est « félicité du professionnalisme des agents des forces de l’ordre déployés tout au long du parcours », sans donner cette fois aucun chiffre sur la mobilisation. D’importantes manifestations ont également eu lieu dans les villes de Mamou et Boké, dans l’intérieur du pays.

Immigration, Édouard Philippe détaille le durcissement des mesures de soin

La protection maladie universelle ne pourra plus être obtenue immédiatement. L’aide médicale d’État sera davantage encadrée.

  • La Croix avec AFP,
Immigration, Édouard Philippe détaille le durcissement des mesures de soin
Selon le gouvernement, les « filières en tension » doivent être réévaluées afin que l’immigration soit davantage conforme aux besoins des entreprises. Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP

Des mesures sur l’immigration avaient été annoncées depuis longtemps, présentées comme la « reprise en main » d’un sujet qui serait laissé à l’extrême droite. Elles n’avaient jusqu’ici qu’abouti à une confusion entre immigration, communautarisme et voile. Pour tenter de recadrer le débat, le premier ministre, Édouard Philippe, présentera le 6 novembre 20 mesures souhaitées par l’exécutif. Celles-ci ont déjà été détaillées devant plusieurs ministres et parlementaires de La République en marche le 4 novembre.

► Des mesures restreignant l’accès au soin

Comme attendu, et malgré les protestations des associations, le gouvernement a acté l’instauration pour les demandeurs d’asile d’un délai de carence de trois mois pour accéder à la protection universelle maladie (PUMa), la Sécu de base. Jusque-là, ils y avaient droit dès le dépôt de leur demande. La ministre de la santé Agnès Buzyn s’est récemment élevée contre un « dévoiement » de la PUMa par des demandeurs d’asile venant de Géorgie et d’Albanie « qui sont a priori des pays sûrs ».

Dispositif réservé aux sans-papiers, et régulièrement au cœur de controverses pour son caractère supposément dispendieux, l’Aide médicale d’État (AME) qui bénéficie à 318 000 personnes n’est pas directement touchée. Mais désormais, certains actes non-urgents pourront faire l’objet d’un accord préalable de la Sécurité sociale.

► Contrôler encore davantage les aides sociales

Davantage de contrôles devront aussi être exercés sur les bénéficiaires de l’Aide aux demandeurs d’asile (ADA) qui toucheraient, selon le gouvernement, indûment en même temps le Revenu de solidarité active (RSA).

Le premier ministre a d’ores et déjà insisté sur « la nécessité de lutter contre les fraudes et les abus », selon une participante à la réunion de lundi soir. Édouard Philippe rejoint Emmanuel Macron qui a appelé dans sa récente interview dans le très droitier Valeurs actuelles à « régler vite » la question « des gens qui viennent avec un visa touristique, qui restent trois mois et ensuite se mettent à l’AME ».

► Des mesures favorables aux entreprises

C’est l’une des décisions dites « d’ouverture », mais elle ne concerne pas les demandeurs d’asile. Le gouvernement avait dit souhaiter trouver un dispositif permettant de « s’ajuster en temps réel aux besoins de nos entreprises », ce qui faciliterait l’immigration économique légale. Dans cette perspective, le détail des filières en tension, datant de 2011, va être actualisé.

► Des moyens supplémentaires

Autre point crucial, la réduction des délais d’instruction des dossiers pour les demandeurs d’asile. La loi votée en 2018 n’a pour l’heure pas produit les effets escomptés, avec un délai moyen de 12 mois au lieu des six mois espérés, dans un contexte de « forte augmentation des demandes », selon Matignon.

Dans ce cadre, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d’asile devraient se voir attribuer des « crédits supplémentaires », selon une députée, sans que le montant de ces crédits ne soit détaillé.

Enfin, Édouard Philippe a confirmé la volonté de redéployer l’aide publique au développement, dont l’effort doit être porté à 0,55 % du PIB en 2022. Selon Matignon, cette aide doit « se concentrer sur les zones à enjeux, sur des priorités thématiques bien définies (santé, égalité hommes/femmes…) pour que cela soit un vrai levier de la politique migratoire. »

Guinée: violents affrontements à Conakry lors d’un cortège funèbre

Une marche accompagnant les cercueils de Guinéens tués lors de récentes manifestations a dégénéré en heurts avec les forces de l’ordre, à Conakry, ce lundi 4 novembre 2019.
© CELLOU BINANI/AFP

De violents affrontements ont eu lieu à Conakry, ce lundi 4 novembre, lors du cortège funèbre qui accompagnait ce matin les corps des victimes des récentes manifestations. Le cortège partait de la morgue de l’hôpital Sino Guinéen au cimetière de Bambeto, en banlieue de Conakry. La police guinéenne fait état de deux morts.

Le bilan est de deux morts en Guinée à l'issue des échauffourées qui ont opposé, ce lundi, les forces de l'ordre au cortège funèbre des victimes des manifestations du 14 au 16 octobre dernier. C'est la police guinéenne qui dresse ce bilan, évoquant également au moins un blessé. L'opposition, de son côté, fait état d'au moins six personnes blessées.

Le ministre de la Sécurité et de la protection civile a présenté ses condoléances aux familles des victimes. Il a également donné des instructions pour que des enquêtes soient ouvertes sur les circonstances de ces décès, appelant les Guinéens au calme.

Premiers heurts

Plusieurs milliers de personnes ont d’abord suivi le cortège dans le calme, mais les choses ont dégénéré au niveau du rond-point de Bambeto. Précédé d’une foule compacte et dense, le cortège funéraire se dirige vers la mosquée de Bambeto lorsque les premiers heurts éclatent au niveau du rond-point.

Le gaz lacrymogène se répand dans la masse, surchauffée par un soleil ardent. Les jeunes répliquent par des jets de pierre. La panique est totale. Les canons à eau entrent en action. Des barricades sont érigées, des pneus brûlés.

Les onze corps pénètrent malgré tout dans la mosquée, suivis des principaux leaders de l’opposition politique. Pendant la prière, l’étau se resserre sur le lieu de culte, mais les manifestants parviennent à sortir les cercueils, chacun recouvert d’un drapeau guinéen. Ils prennent la direction du cimetière, de nouveaux tirs de lacrymogènes sont lancés, puis les forces de l’ordre finissent par reculer devant la foule.

De nombreux blessés - certains inconscients - sont évacués par la Croix-Rouge et des véhicules privés. On entend de nombreux tirs. Gendarmes et policiers rentrent dans les quartiers armés de frondes et de pierres en criant notamment « nous allons tous vous tuer » ou encore « vous n’êtes pas des Guinéens ». Deux témoins parlent aussi d’armes à feu. Ils forcent les portes des concessions et procèdent à des arrestations. Les affrontements se sont poursuivis en fin d’après-midi. 

Regain de tension

Nouveau regain de violence, donc, après deux manifestations qui s’étaient pourtant déroulées sans problème. Il faut rappeler que la mobilisation a débuté à la mi-octobre par des manifestations d’abord interdites au cours desquelles ont été tués les 11 jeunes enterrés ce lundi. Les condamnations ont été vives à l’international et le gouvernement a semblé jouer l’apaisement puisque la marche suivante avait été autorisée.

Le pouvoir avait même répondu en organisant sa propre manifestation, mais les tensions ont continué à se cristalliser autour de cette question des funérailles. Elles devaient d’abord avoir lieu la semaine passée, dans le centre-ville, mais au dernier moment, le gouvernement a fait savoir que les autopsies n’étaient pas terminées après deux semaines. Puis les corps ont été déplacés d’un hôpital à l’autre provoquant la colère et l’indignation.

Nous venons crier notre colère par le fait que les Guinéens doivent avoir le droit de pouvoir s’exprimer sans être froidement abattus.

Reportage
04-11-2019 - Par Carol Valade
Violents affrontements avec les forces de l'ordre lors d'un cortège funèbre, à Conakry, ce lundi 4 novembre 2019. © Carol Valade/RFI

Je suis vraiment déçu. C’est la première fois que je vois les forces de sécurité tirer sur un cortège funèbre. Vous imaginez un peu ?

Oumar Sylla, connu sous le nom de Foniké Mengué
05-11-2019 - Par Michel Arseneault

Au Tchad, la polémique enfle après les annonces autour du code électoral

Entrée principale de l'Assemblée nationale tchadienne, quartier Ardebe à Ndjamena, le 16 novembre 2018.
© © RFI/Aurélie Bazzara

Les modifications portent notamment sur le nombre de députés qui siégeront au prochain Parlement. Le Tchad a adopté depuis plus de dix ans un système de dialogue où majorité et opposition s’accordent sur les questions politiques avant de la transmettre au gouvernement. Or, sur le coup, l’opposition n’a pas été associée.

Dans un communiqué diffusé ce week-end, la composante opposition au sein du Cadre national de dialogue politique (CNDP) rejette l’adoption par le gouvernement d’un nouveau projet de code électoral. Ce n’est pas un travail issu du dialogue politique, dénonce le député Saleh Makki, un des signataires du communiqué : « L’opposition est vent debout parce que ce travail n’est pas un travail consensuel. C’est un texte du gouvernement, ça ne concerne que le gouvernement. Le CNDP est mis en place comme cadre du dialogue afin qu’il y ait consensus sur tous les sujets d’importance capitale. Or, le gouvernement est passé outre en prenant cette décision-là. »

Reproches au pouvoir

Ce que l’opposition reproche au pouvoir, c’est d’avoir diminué le nombre des députés de 188 à 161 alors que la population a augmenté entre temps. « Le député est le représentant du peuple, ajoute Saleh Makki. Nous connaissons la configuration de notre pays. Nous ne voulons pas de l’exclusion. La troisième législature est composée de 188 députés. Depuis lors, il y a eu augmentation de la population. Il est tout à fait normal qu’il y ait une augmentation du nombre de députés. »

Processus électoral ralenti

Selon nos sources, un travail interne au cadre de dialogue qui n’a pas été diffusé a préconisé un Parlement avec 197 députés. Les représentants de la majorité au sein du CNDP, contactés, n’ont pas souhaité s’exprimer alors que cet incident ralentira un peu plus le processus électoral qui a déjà pris un peu de retard.