Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

[Tribune] Des « jihadistes » chrétiens à l’assaut du sud du Nigeria ?

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Mis à jour le 23 mars 2021 à 17h35
 
 

Par  Marc-Antoine Pérouse de Montclos

Directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), à Paris

Une église au bord de la rivière nun près de Yenagoa, dans le Sud du Nigeria

Une église au bord de la rivière nun près de Yenagoa, dans le Sud du Nigeria © Akintunde Akinleye/REUTERS

 

Alors que Boko Haram monopolise l’attention des politiques et des spécialistes, au sud du Nigeria, des insurgés chrétiens s’inspirent de plus en plus des méthodes du groupe terroriste, dans une quasi indifférence.

Le Nigeria est souvent présenté comme un pays situé sur la « ligne de front » entre un Sahel à dominante musulmane, au nord, et un littoral majoritairement chrétien, au sud. Dans une telle perspective, les observateurs qui s’inquiètent des violences à caractère religieux se préoccupent surtout des épisodes sanglants du jihad de la mouvance de Boko Haram dans la région du Lac Tchad. Obnubilés par la question du terrorisme en Afrique, ils ne prêtent guère attention aux insurgés qui, dans le sud du Nigeria, se réclament aussi de Dieu lorsqu’ils prennent les armes.

Comme les Juifs guidés par Moïse

Les nostalgiques de la République du Biafra, pourtant, mobilisent souvent des arguments religieux pour justifier leur rébellion. Ils ont en effet repris à leur compte l’héritage des sécessionnistes qui, entre 1967 et 1970, s’étaient posés en victimes (essentiellement catholiques) d’un génocide commis par des musulmans… alors même que le chef de l’État nigérian, à l’époque, était chrétien.

Encerclés par un ennemi supérieur en nombre et alimentés en armes par des pays arabes, les Ibo de la région du Biafra avaient eux aussi tourné le regard vers la Terre sainte, et pas seulement vers Rome. Depuis lors, quelques-uns se sont ainsi présentés comme appartenant à l’une des tribus perdues d’Israël.

Un moment détenu par le gouvernement du président Muhammadu Buhari en 2015, un des leaders de la contestation ibo, Nnamdi Kanu, dit par exemple s’être converti au judaïsme pendant qu’il était en prison. D’autres ont, quant à eux, fondé un mouvement sioniste du Biafra, le Biafra Zionist Movement.

D’une manière générale, les invectives des protestataires de tous bords contre les méfaits des musulmans au pouvoir dans le nord du Nigeria ont rencontré un certain écho dans la diaspora ibo outre-mer. Elles ont en effet une audience globale sur les réseaux sociaux ou sur les ondes courtes de la « Voix du Biafra », la radio pirate de Nnamdi Kanu, qui émet depuis la Grande-Bretagne.

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LES « VENGEURS DU DELTA » CONSPUENT LA « TYRANNIE » D’ABUJA ET TRAITENT LE PRÉSIDENT BUHARI DE « PHARAON ÉGYPTIEN »

Plus au sud, en direction de la côte Atlantique du Nigeria, les insurgés qui combattent le gouvernement dans les zones pétrolifères du delta du Niger n’ont pas non plus été en reste. Comme les Ibo, des Ijaw de la région se sont par exemple comparés aux Juifs qui, suivant les traces de Moïse, se sont libérés des chaînes de « l’esclavage » — du joug des musulmans du nord, dans leur cas. Apparus en 2016, les « Vengeurs du Delta » (Niger Delta Avengers) ont notamment conspué la « tyrannie » d’Abuja et traité le président Muhammadu Buhari de « pharaon égyptien », un discours qui n’est pas sans rappeler celui des salafistes jihadistes critiquant les dictateurs au pouvoir dans le monde arabe.

Sur un mode plus pacifique, les Ogoni du delta ont également ancré leur lutte dans une rhétorique très religieuse. Avant d’être pendu en 1995 par une junte à l’époque dirigée par un musulman du nord, l’écrivain Ken Saro-Wiwa a ainsi monté les premières marches de protestation du Mouvement pour la survie du peuple Ogoni, le Mosop, organisant des messes, des veillées de prières et des lectures de la Bible la nuit.

En référence directe au judaïsme, il devait notamment évoquer le Livre des Lamentations du prophète Jérémie pour assimiler la répression du régime militaire, et la pollution des compagnies pétrolières, à la destruction de Jérusalem et à la persécution des Juifs.

Califat et appât du gain

La différence, dira-t-on, est que les protestataires du sud du Nigeria ne cherchent pas à imposer un État chrétien, contrairement aux jihadistes de Boko Haram avec leurs rêves de califat. Plusieurs éléments témoignent cependant d’une forte imprégnation du politique par le religieux. Les cités célestes qui se sont développées dans des enclaves à l’orée des grandes villes du sud ont en effet fini par présenter les caractéristiques de proto-États dans l’État. En 1990, des mutins financés par des Églises évangéliques du delta avaient par ailleurs tenté un putsch qui visait à « épurer » le Nigeria en expulsant de la fédération les États majoritairement musulmans du nord.

Aujourd’hui, même les trafiquants de drogue et les syndicats de gangsters appelés « cultists » imitent les pratiques des jihadistes. En pays ibo, par exemple, des groupes rivaux déposent les têtes coupées de leurs ennemis devant les parvis d’églises pour impressionner la population.

Leurs motivations criminelles les éloignent certes de tout agenda religieux. Cela n’est pas très étonnant : de nombreux combattants de Boko Haram sont aussi animés par l’appât du gain, bien plus par que des idéaux islamiques. Les rebelles et les mafieux du sud, eux, utilisent la religion pour masquer des préoccupations bassement matérialistes. Mais on finit par s’y perdre. Fondateur d’un des principaux groupes armés du delta au début des années 2000, Asari Dokubo vient ainsi de s’autoproclamer chef d’un gouvernement virtuel du Biafra alors qu’il s’est converti à l’islam au cours des années 1990…

Afrique: les 10 pays les plus libres et démocratiques

Le coup d'État au Mali a fait dégringoler la note du pays au classement des pays les plus démocratiques d'Afrique.
Le coup d'État au Mali a fait dégringoler la note du pays au classement des pays les plus démocratiques d'Afrique. AFP - MICHELE CATTANI

Deux classements de référence signalent le recul de la démocratie partout dans le monde en 2020. En Afrique, les 10 pays les plus démocratiques ne comprennent plus le Bénin, mais intègrent le Malawi.

« Une lutte sans leaders pour la démocratie », tel est le titre peu complaisant du dernier rapport annuel de Freedom House. Ce think tank américain et indépendant mesure l’évolution des libertés publiques et de la démocratie dans le monde. Son classement, publié le 11 mars, s’inquiète d’un déclin général en 2020 sur fond de Covid-19.

L’Afrique n’échappe pas à la tendance globale, avec très peu de champions en progrès, selon les paramètres de Freedom House. Le Cap-Vert fait exception, avec un score de 92 sur 100, meilleur que celui de la France (90). L’archipel lusophone est suivi par deux autres États insulaires : Maurice affiche le même résultat que la Grèce (87) et Sao Tomé-et-Principe (84) devance d’un point les États-Unis.

Viennent ensuite le Ghana (82), ex æquo avec la Pologne et l’Afrique du Sud (79), trois points de plus qu’Israël. La Namibie et les Seychelles (77) font mieux que le Brésil (74), tandis que le Botswana (72), le Sénégal et la Tunisie (71) figurent un cran au-dessus de la Hongrie (69) et de l’Inde (67).   

Mali, Bénin et Sénégal en net recul

Le Mali voit sa note dégringoler de 11 points, passant de 44 sur 100 en 2019 à 33 en 2020, année d’un nouveau coup d’État à Bamako. Le Bénin accuse, quant à lui, le plus net recul, de 14 points, avec un score tombé de 79 à 65 entre 2019 et 2020, ce qui lui vaut de disparaître des dix premières démocraties en Afrique et de perdre le label de « pays libre ».

De son côté, le Sénégal, autre « vitrine » de la démocratie en Afrique, dévisse de sept points entre 2017 et 2020 et ne fait plus partie des pays « libres », au nombre de 9 seulement en Afrique. Le Sénégal retombe comme l’Inde en 2020 dans le lot des nations « partiellement libres », aux côtés du Malawi (66), Madagascar (60) et du Burkina Faso (54), ou encore des nombreux États qui n’ont pas la moyenne démocratique chez Freedom House, comme le Kenya (48), le Nigeria (45) et la Côte d’Ivoire (44).

Enfin, parmi les pays dits « non libres », se démarquent certaines des nations les plus peuplées d’Afrique : Éthiopie (22), République démocratique du Congo (20) et Égypte (18). D’autres pays stratégiques, qui jouent des rôles clés dans leurs sous-régions, comme le Rwanda (21), le Tchad (17) ou le Cameroun (16), se distinguent, eux aussi, par leurs penchants autoritaires. Au plus bas, l’Érythrée et le Soudan du Sud (2) se retrouvent entre la Corée du Nord (3) et la Syrie (1).

Le Malawi entre dans la danse

Un autre classement de référence, le Democracy Index du bureau d’études londonien The Economist Intelligence Unit (EIU), estime lui aussi que la « démocratie a connu une très mauvaise année » en 2020, avec un « recul sans précédent dû à la pandémie ». Il révèle à peu près le même palmarès africain, mais dans un autre ordre, en raison de modes de calcul différents et d’une liste plus courte de pays analysés (167, contre 210 pour Freedom House).

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Maurice occupe le 20e rang mondial, entre le Costa Rica et le Japon, et reste le seul pays d’Afrique qualifié de « démocratie complète » par l’EIU, au même titre que la Norvège ou la Finlande. Arrivent ensuite, dans la section des « démocraties défectueuses », le Cap-Vert (32ᵉ) et le Botswana (33ᵉ), tous deux classés entre la République tchèque et Chypre. L’Afrique du Sud (45ᵉ) et la Tunisie (54ᵉ) sont suivies respectivement par la Colombie et les Philippines. Viennent ensuite la Namibie (58ᵉ), le Ghana (59ᵉ) et le Lesotho (64ᵉ), tandis que le Malawi (82ᵉ) et Madagascar (85ᵉ) se hissent dans le top 10, mais font partie des « régimes hybrides ».

Il faut noter que le Malawi a gagné cinq places en 2020 en raison de la décision de sa Cour constitutionnelle d’annuler en 2019 les résultats d’une élection présidentielle contestée, de nouveau organisée en juin 2020 dans des conditions plus transparentes. Le Malawi et Madagascar font partie des cinq rares pays d’Afrique à avoir progressé en 2020, selon l’EIU. Ni le Sénégal (86e) ni le Bénin (102e) ne figurent plus dans le top 10 africain du Democracy Index, malgré leur longue réputation d’ouverture, de liberté d’expression, de respect du nombre de mandats présidentiels et d’alternances démocratiques.

Déclin du Mali et du Togo

Le Mali accuse le plus fort déclin mondial en 2020. Il perd 11 places et tombe au 111ᵉ rang, juste après le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Avec l’Algérie et le Burkina Faso, le Mali passe par ailleurs de la catégorie des « régimes hybrides » à celle des « régimes autoritaires », tombant aussi dans la liste des pays « non libres » de Freedom House. Explication de l’EIU : « Le Mali n’a pas le plein contrôle de son territoire et l’insécurité rampante a provoqué un coup d’État en août 2020, par des officiers lésés par le manque de progrès contre les insurgés jihadistes. Une junte a mis en place un gouvernement de transition, annulant les résultats des législatives du mois de mars, largement libres et transparentes. »

L’autre grande chute africaine constatée en 2020 est celle du Togo, qui perd 15 places pour se classer 141e, entre Cuba et le Cameroun, « en raison d’une élection profondément entachée d’irrégularités et de la répression de l’opposition qui a suivi ».

Les restrictions dues au Covid-19 contribuent aux mauvais résultats de l’Afrique. L’EIU épingle ainsi le Nigeria, « où plus de citoyens sont morts des tirs de la police que du coronavirus lors des premières semaines du confinement ». Des émeutes se sont produites en Angola et en Ouganda, deux pays où la participation politique n’est pas élevée, à cause des restrictions sanitaires. La dernière élection présidentielle en Ouganda, avec des contraintes sanitaires « appliquées de manière disproportionnée à l’opposition », montre, selon l’EIU, comment les « autocrates prennent l’excuse de nouvelles menaces telles que le coronavirus pour réprimer l’opposition et s’accrocher au pouvoir en temps de crise ». 

Guinée, Sénégal, Congo… Que vaut la diplomatie vaccinale de la Chine en Afrique ?

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Mis à jour le 24 mars 2021 à 11h20
Azali Assoumani, président des Comores, lors de la réception de doses de vccin offertes par la Chine.
Azali Assoumani, président des Comores, lors de la réception de doses de vccin offertes par la Chine. © Ma Haoyu/Xinhua/MaxPPP

Si les dons de doses de Pékin sont bien accueillis sur le continent, ils ont peu de chances de changer la donne géopolitique, estiment les analystes du cabinet britannique Verisk Maplecroft.

L’avance prise par la Chine dans la distribution de vaccins aux pays africains lui procurera-t-elle un puissant avantage diplomatique ? Rien n’est moins sûr, à en croire un trio d’analystes spécialisés sur l’Afrique du cabinet de conseil en risques mondiaux Verisk Maplecroft, basé au Royaume-Uni.

Dans un rapport publié le 9 mars, ces derniers estiment en effet que s’il ne fait aucun doute que les dons de vaccins de la Chine sont bien accueillis sur le continent, « la diplomatie de la Chine en matière de vaccins en Afrique a peu de chances de changer la donne géopolitique ».

Pour les analystes, trois raisons expliquent la relative faiblesse de l’approche de Pékin :

  • La préférence pour les accords bilatéraux

« Bien que la Chine ne cesse de vanter les mérites du multilatéralisme, Pékin privilégie clairement la fourniture de ses vaccins par le biais d’accords bilatéraux plutôt que par des structures multilatérales… La préférence de Pékin pour les accords bilatéraux entravera probablement la capacité de la Chine à se tailler un rôle dominant dans la stratégie de vaccination de la région, étant donné que la majorité des doses sont susceptibles de passer par des structures multilatérales », préviennent-ils.

  • Des dons pas si importants

« Le gouvernement chinois devra donner la priorité aux stocks de vaccins destinés à son programme de vaccination national, car Pékin peut difficilement se permettre de donner l’impression de négliger le front intérieur. Cela pourrait limiter l’offre de vaccins Covid-19 qu’il peut fournir au continent africain, sachant qu’il a également des ambitions dans d’autres parties du monde. »

  • Multiplication des sources

« Les gouvernements africains chercheront probablement à acheter des vaccins auprès de divers fournisseurs, car ils ont fait de l’obtention rapide des doses nécessaires leur priorité absolue. Il est donc peu probable qu’ils deviennent dépendants d’un seul fournisseur, sauf pour quelques pays, comme le Congo, la Guinée, le Sénégal, les Seychelles et le Zimbabwe, où les vaccins chinois représentent une part importante de l’approvisionnement total. »

Cet article a été publié dans le cadre d’un partenariat entre The Africa Report et The China Africa Project – Retrouvez-le ici en version originale.

[Infographie] Libanais, Américains, Chinois… Qui détient les terres en Afrique ?

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Mis à jour le 19 mars 2021 à 09h05

Depuis vingt ans, plus de 35 millions d’hectares de terres africaines ont été cédés à des capitaux étrangers. Qui sont-ils ? Où investissent-ils ? Qu’y produisent-ils ? Réponses en infographies.

L’Afrique est la région du monde la plus ciblée par les transactions foncières à grande échelle, selon la base de données publique Land Matrix. Depuis 2000, de nombreux investisseurs chinois, émiratis, libanais, américains et européens ont acquis en concessions plusieurs dizaines de millions d’hectares de terres arables africaines – un peu plus que la superficie de la Côte d’Ivoire.
Ces investissements, dont le pic survient peu après la crise alimentaire de 2008, sont souvent perçus par les pays hôtes comme un levier pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, développer, industrialiser leur agriculture et diminuer la pauvreté.

En principe, ils s’accompagnent de recettes fiscales significatives – cependant difficilement quantifiables, car les accords de concessions ne sont pas rendus publics – et de créations d’emplois nationaux. Cette obligation est mentionnée dans 15 % des contrats signés sur le continent selon l’ONG Land Matrix.

Un impact très variable

Dix ans après la vague, l’impact de ces investissements est très variable. Nombre d’entre eux ont été rentables et se sont accompagnés d’engagements positifs auprès des communautés (offre de pâturages, formations, transfert de savoir faire, possibilités de travail permanent et décent etc.).

Néanmoins, la faiblesse du droit foncier et les choix politiques d’autres pays ont facilité des acquisitions à grande échelle, ce qui a conduit, dans certains cas, les exploitants locaux à quitter leurs terres entraînant plus de cinquante conflits, selon le recensement de l’ONG.
Ces concessions, signées pour une durée moyenne de trente ans, peuvent également avoir des conséquences sur l’environnement : de l’usure des sols à long terme – quand les cultures sont intensives – à la déforestation massive, notamment dans le Bassin du Congo.

Fleurs, sorgho, soja et agro-carburants… Au moins 800 contrats ont été signés sur le continent depuis 2000 dont une centaine a été abandonné depuis. À cela s’ajoutent 91 contrats en cours de négociation. Dans 92 % des cas, les transactions foncières ont été réalisées par des entreprises privées et plus de la moitié des projets sont destinés en partie ou totalement à l’exportation.

Si la carte ne s’affiche pas cliquez ici

Parmi la centaine de projets abandonnés, plus de la moitié concerne les biocarburants et notamment ceux à base de jatropha. Ce petit arbuste qui pousse dans les sols pauvres et secs et dont les graines sont faciles à transformer en gazole a été présenté dans les années 2010 comme un futur or vert donnant naissance à d’immenses projets, notamment à Madagascar et en Éthiopie.

Les rendements de cet agro-carburant se sont finalement révélés en-deçà des espérances conduisant à la faillite de nombreux projets.

Les forêts aux mains de conglomérats asiatiques 

Avec 15,7 millions d’hectares concernés – dont la moitié se trouve en RDC – l’exploitation forestière est le premier pôle d’investissement en Afrique. Elle s’organise encore très largement sous le régime des concessions dont les actifs sont passés des historiques exploitants européens aux conglomérats asiatiques et principalement chinois. Le bois africain est désormais majoritairement exporté en Asie.

L’arrivée de ces entreprises asiatiques fait craindre une intensification de la déforestation en Afrique centrale, dans le cas où elles reproduiraient le scénario déjà opéré en Asie du Sud-Est, où les forêts ont été surexploitées, sans respecter les normes légales, puis les espaces dégradés transformés en plantation de palmiers à huile ou d’arbres à croissance rapide.

Protéger les terres

Depuis la flambée de 2008, de nombreux pays ont décidé de réformer leurs lois pour mieux protéger les terres et les communautés locales, à l’image de l’Éthiopie en 2013 ou du Ghana en 2019. Le Gabon, immense exploitant de grumes, a annoncé en 2018 que tous les investissements forestiers devraient désormais être certifiés pour 2022, afin de réduire plus drastiquement le taux de déforestation.

D’autres initiatives sont également à l’étude pour mettre en valeur des forêts africaines, à l’image du partenariat entre le Banque africaine de développement (BAD) et les Fonds d’investissements climatiques (CIF).

Les partenaires proposent un modèle gestion alternatif et durable de la foresterie commerciale conciliant croissance économique conservation de l’environnement. En 2016, la BAD a par exemple approuvé un total de 24 millions de dollars pour un projet de partenariat public-privé pour le reboisement des réserves forestières dégradées au Ghana.

Toutes les données sont issues de Landmatrix.org. Elles comprennent, depuis 2000, l’achat ou la location de terres de 200 hectares ou plus par des capitaux transnationaux à destination de la production agricole, de l’exploitation forestière, du commerce de carbone, de l’industrie ou encore pour la conservation ou le tourisme.

[Chronique] Au Burkina, tout le monde est sankariste ! Vraiment ?

RÉSERVÉ AUX ABONNÉS
Mis à jour le 17 mars 2021 à 17h23
 
 

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

GLEZ

Dans les maquis et dans les grains, tout le monde le glorifie. On lui érige des statues. On arbore son effigie romantique, à la Guevara. Mais les Burkinabè sont-ils vraiment prêts à adopter les valeurs et la politique exigeante de Thomas Sankara ?

« Sankariste / En octobre à Dagnoën / Égoïste / Quand le gombo n’est pas loin. » Dans la chanson No more de son dernier album en date, le chanteur burkinabè Bil Aka Kora ironise sur le ballet de pleureuses qu’accueille le cimetière du quartier ouagalais de Wemtenga, lors des commémorations annuelles du 15 octobre 1987, date de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara. Car lorsque l’argent facile – le « gombo » – est à portée de main, il y a loin de la coupe idéologique aux lèvres citoyennes.

Dans les maquis et les « grains » du Burkina profond, tout le monde semble glorifier Sankara, ce parangon de vertu politique, sa probité avérée et son souffle idéologique, tandis que le Faso du XXIe siècle s’enliserait dans la corruption et le matérialisme aculturé. Comme le visage de Che Guevara immortalisé par Alberto Korda puis « marketé » à toutes les sauces du pop art, celui de « Thom’ Sank’ » apparaît sur bon nombre de tee-shirts, d’autocollants et de porte-à-faux arrières de camions.

Défaut de berger ou défection de troupeau ?

Chantre de la sobriété, le père de la Révolution burkinabè aurait d’autant moins prisé ce culte outrancier de la personnalité que l’effigie romantique semble peu relayée sur le terrain du militantisme politique.

Le parti qui occupe traditionnellement le terrain électoral de cette mouvance idéologique, l’Union pour la renaissance-Parti sankariste (Unir-PS), n’a présenté aucun candidat à l’élection présidentielle de novembre 2020. N’y lire aucun boycott – ni aucun mépris pour l’exercice démocratique dont le messianique Sankara n’avait d’ailleurs pas usé -, mais, bien au contraire, un soutien au chef de l’État sortant. Le réélu Roch Marc Christian Kaboré fut pourtant un pilier de la croisade « rectificatrice » des années 1990 menée par Blaise Compaoré, le « traître » de la Révolution…

Défaut de berger ou défection de troupeau ? À la suite des élections législatives du même mois de novembre 2020, les suffrages recueillis par la même Unir-PS ne lui permettent d’occuper que 5 sièges dans une Assemblée nationale qui en compte 127. Dans la foulée, le plus fameux sankariste contemporain, Me Bénéwendé Sankara, est devenu ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Ville.

Quant au procès de l’assassinat de Thomas Sankara, rendu envisageable par l’insurrection populaire de 2014, il apparaissait toujours lointain, au moment où s’ouvrait, en janvier dernier, soit trente-trois ans après les faits, l’audience de confirmation des charges au tribunal militaire de Ouagadougou.

Vernis romantique

Sous le vernis romantique soigneusement enduit par les aficionados, l’idéal sankariste se serait-il figé dans l’ultime expression de l’iconographie idolâtre : la statue de huit mètres de haut qui trône depuis quelques mois dans la zone même où le martyr fut assassiné ? Pas sûr que l’homologation bourgeoise d’une idéologie anticonformiste aide à raviver la flamme des militants. Pas sûr non plus que les groupies elles-mêmes souhaitent voir revenir les préceptes exigeants et les mesures volontaristes de l’ancien président : les tribunaux populaires, le contrôle des citoyens par des « Comités de défense de la révolution », les opérations « ville blanche » dans une contrée balayée par un harmattan chargé de poussière rougeâtre ou encore le port systématique de la cotonnade traditionnelle Faso dan fani par les agents de l’État.

Si Thom’ Sank’ est encore dans le cœur des Burkinabè, qui sera volontaire pour écrire le « sankarisme 2.0 » ?