Mauritanie, l’étau se resserre autour de l’ancien président Aziz inculpé pour corruption

L’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et dix personnalités politiques et hommes d’affaires ont été inculpés pour corruption.

  • Marie Verdier, 

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                                Mauritanie, l’étau se resserre autour de l’ancien président Aziz inculpé pour corruption
 
     L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz le 2 juillet 2018.LUDOVIC MARIN/EPA/MAXPPP

La rupture est bel et bien consommée entre le président mauritanien Mohammed Ould Ghazouani et son proche et mentor, l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

L’ancien général putschiste et président de la Mauritanie de 2009 à 2019 a été inculpé jeudi 11 mars, entre autres, pour « octroi d’avantages indus dans des marchés publics, trafic d’influence, abus de fonctions, enrichissement illicite, recel de produit du crime, entrave à la justice, blanchiment d’argent ». Il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la capitale Nouakchott.

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Douze autres personnalités, deux anciens premiers ministres, trois anciens ministres, six hommes d’affaires et dirigeants d’établissements publics ont également été inculpés pour cette série de crimes économiques dans le dossier dit « de la décennie », en référence aux deux mandats du président.

Le vent a rapidement tourné entre le mentor et son dauphin

L’enquête judiciaire a été ouverte en août 2020, après qu’une commission d’enquête parlementaire a remis ses conclusions sur les attributions de marchés publics, la vente de foncier public et la gestion de secteurs clés de l’économie, sous l’ère Aziz.

Le parquet a annoncé avoir identifié, gelé ou saisi, rien qu’en Mauritanie, des biens immobiliers, des sociétés, des parcs de véhicules et des sommes d’argent pour un montant évalué à 96 millions d’euros, dont 67 millions revenant à l’un des suspects et 21 millions à son gendre, sans mentionner explicitement l’ex-président Aziz et son gendre, l’homme d’affaires Mohamed M’Sabou.

Le vent a rapidement tourné entre le président Mohammed Ould Ghazouani, élu en juin 2019, et son prédécesseur Mohamed Ould Abdel Aziz, alors même qu’il était le dauphin désigné que chacun imaginait durablement sous la coupe de son mentor.

Des amis de 40 ans

Les deux généraux, tous deux âgés de 64 ans, sont des amis de quarante ans, depuis qu’ils ont, ensemble, fait leurs classes à l’académie royale militaire de Meknès au Maroc. Mohammed Ould Ghazouani a été un fidèle compagnon de route de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il était à ses côtés lors des coups d’État de 2005, qui destitua le président Taya, et celui de 2008, qui renversa le président Abdallahi et permit à Aziz de s’installer à la tête d’un haut conseil d’État, avant d’être élu président l’année suivante.

Mohammed Ould Ghazouani sera pendant dix ans chef d’état-major de l’armée, avant de devenir ministre de la défense lors de la dernière année du deuxième mandat Aziz.

« Les deux hommes ne se sont jamais séparés. Ghazouani, l’un des plus proches d’Aziz, a aussi profité du système de corruption », relève une source. Selon celle-ci, cette inculpation pour faits de corruption cache autre chose. « Ces derniers mois, il y a eu beaucoup de négociations avec l’entourage d’Aziz pour trouver une solution et refermer ce dossier. Celles-ci portaient sur des questions de sécurité. Elles ont d’évidence échoué », poursuit la source.

Les possibles accords secrets d’Aziz avec les groupes armés

Le président Aziz a participé à la création du G5 Sahel et a joué un rôle clé dans la lutte contre les groupes armés dont son pays est resté à l’abri depuis 2011, alors même qu’il avait connu une série d’attentats les années précédentes.

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«Il a noué des contacts avec les groupes armés du Sahel. En 2014, il s’était rendu à Kidal dans le nord Mali et avait servi de médiateur entre les groupes rebelles et les autorités maliennes, rappelle la source. Il y a, depuis lors, l’idée que la Mauritanie a été épargnée grâce aux accords qu’il a personnellement conclus avec les groupes djihadistes ».