Histoire

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Desmond Tutu et l’embargo contre le régime de l’apartheid (5&6)

L'archevêque Desmond Tutu.
L'archevêque Desmond Tutu. © Elke Wetzig

« Quelle liberté m’offre-t-on si l’organisation du peuple reste interdite ? Quelle liberté m’offre-t-on si je peux être arrêté pour violation à la loi sur le pass ? Quelle liberté m’offre-t-on si l’on ne respecte pas mes concitoyens sud-africains ? Seul un homme libre peut négocier. Les prisonniers ne peuvent établir de contrats. Je ne peux m’engager en rien tant que vous le peuple, et moi, ne sommes libres. Votre liberté et la mienne ne peuvent être séparées. »

Par ces mots, Nelson Mandela refuse la tentative de négociation du président Pieter Botha. Un discours perçu par la jeunesse comme un appel à la résistance. En cette seconde moitié de la décennie 80, c’est quasiment la guerre civile et les autorités sud-africaines sont dans l’impasse. Les quartiers réservés aux Blancs sont désormais touchés et les centres commerciaux pris pour cible. L’état d’urgence est décrété. L’armée, la police et les renseignements ont des pouvoirs illimités. La Communauté internationale réclame des sanctions, et pour la première fois, au sein même de la population afrikaner, des voix s’élèvent contre cette politique de l’apartheid.

Restriction d’accès aux archives: les objections du rapporteur du Conseil d’État

Photo prise le 29 octobre 2001 dans une salle du Service historique de l'armée de Terre (SHAT) au château de Vincennes, des rayonnages où sont archivés les documents historiques recueillis sur la guerre d'Algérie.
Photo prise le 29 octobre 2001 dans une salle du Service historique de l'armée de Terre (SHAT) au château de Vincennes, des rayonnages où sont archivés les documents historiques recueillis sur la guerre d'Algérie. AFP - DANIEL JANIN

Le rapporteur du Conseil d'État a rendu ses conclusions dans le débat sur l’accès aux archives publiques françaises. Un collectif d’historiens et d’archivistes l'avait saisi concernant le texte règlementaire IGI 1300 qui empêche la déclassification automatique des archives de plus de 50 ans. 

Son avis n’est que consultatif, mais il est d’habitude très influent. Pour le rapporteur du Conseil d'État Alexandre Lallet, la nécessité de déclassification par les administrations concernées des archives sensibles de plus de 50 ans avant leur ouverture aux citoyens « n’existe que dans l’esprit » du secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN).

► À lire aussi : Loi terrorisme-renseignement et accès aux archives: «Un pas en avant, un pas en arrière»

Chargé de se prononcer « en toute indépendance » sur le litige soulevé par les historiens et de proposer une solution avant la délibération du Conseil d’État, le rapporteur a estimé « illégale » la façon dont le texte réglementaire IGI 1300 est appliqué depuis deux ans. Cette application contrevient selon lui au principe de libre communicabilité des archives publiques, passé le délai de 50 ans fixé par le code du Patrimoine en 2008.

En proposant « d’annuler sèchement » l’application du point du texte qui concerne les archives, le rapporteur donne raison au collectif d’historiens et d’archivistes « Accès aux archives publiques », qui avait saisi le Conseil d’État en janvier 2021. Il dénonce une entrave à la liberté des chercheurs de documenter le passé de la France, d’exercer leur activité et de tenir les pouvoirs publics responsables de leurs actions.

 À lire aussi : Analyse - Accès aux archives sensibles: un accroissement des entraves qui suscite la polémique

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Plus sévère encore, le magistrat voit dans l’application de l’IGI 1300 une doctrine« qui semble avoir été inventée pour les besoins de la cause en 2010, lorsque le gouvernement s’est rendu compte que les archives de la guerre d’Algérie allaient progressivement tomber dans le domaine public ».

Une influence sur le débat parlementaire ?

Ces conclusions pourraient influencer les débats parlementaires, alors qu’est examinée en commission au Sénat la loi terrorisme-renseignement. L’article 19 du projet de loi, tel qu’il a été voté par l’Assemblée début juin, donne certes tort à la lecture restrictive de l’IGI 1300, mais introduit une nouvelle série d’exceptions au principe de déclassification automatique des documents.

Un article qui crée de nouvelles inquiétudes au sein de la communauté des historiens, pour qui « l’équilibre entre ouverture et fermeture des archives publiques » promue par le gouvernement dans cette loi « n’est qu’un trompe-l’œil, puisque l’ouverture n’est que le rappel du droit d’ores et déjà applicable et malmené »par l’IGI 1300, « tandis que la fermeture, elle, est bien réelle ».

Ça valide l'action qu'historiens, archivistes et juristes ont entrepris depuis près de deux ans. Ça justifie leurs affirmations qui étaient qu'iI s'agissait de dispositions qui étaient contraires à la loi, contraires aux libertés académiques.

Pierre Mansat, président de l’association Josette et Maurice Audin, membre du collectif «Accès aux archives publiques»

Alexandre Lallet fait d’ailleurs référence à l’article 19 dans ses préconisations. S’il admet que certains documents destinés à être déclassifiés peuvent renfermer exceptionnellement « des informations d’une grande sensibilité », il propose un cadre d’exceptions plus étroit que celui proposé par la loi, et précise que seul un document qui « exposerait la France à une menace grave pour la sécurité nationale » devrait potentiellement être concerné par des restrictions d’accès.

Début juin déjà, le collectif « Accès aux archives publiques » avait tenté de limiter les effets restrictifs du projet de loi en travaillant avec le groupe de députés Écologie, démocratie et solidarité (EDS) pour amender le texte, sans succès. Les historiens comptent désormais sur les sénateurs de tous bords, avec qui le travail de rédaction d’amendements a déjà commencé, pour faire évoluer l’article 19 « dans un sens plus protecteur du droit fondamental de l’accès aux archives publiques » lors de l’examen du texte les 29 et 30 juin prochains.

Afrique du Sud : Desmond Tutu et l’instauration de l’apartheid (1&2)

La volonté du gouvernement d'apartheid sud-africain d'imposer l'enseignement de l'Afrikaans a mis le feu au poudre: Soweto s'est embrasé le 16 juin 1976.
La volonté du gouvernement d'apartheid sud-africain d'imposer l'enseignement de l'Afrikaans a mis le feu au poudre: Soweto s'est embrasé le 16 juin 1976. Getty/Bettmann

Desmond Tutu était l’homme de tous les combats contre l’injustice. Celui qui, alors que le régime d’apartheid en Afrique du Sud avilissait et malmenait les non-Blancs, prônait la non-violence et refusait la vengeance. Militant des droits de l’homme, l’archevêque anglican a reçu le prix Nobel de la Paix en 1984 pour son engagement contre l’apartheid.

 Pour écouter un commentaire, aller sur le site de RFI   https://www.rfi.fr/fr/podcasts/archives-d-afrique/20210611-afrique-du-sud-desmond-tutu-et-l-instauration-de-l-apartheid-1-2

 

Desmond Tutu, apôtre de la non-violence (3&4)

Le Dalaï Lama et Mgr Desmond Tutu, à Bruxelles, le 1er juin 2006.
Le Dalaï Lama et Mgr Desmond Tutu, à Bruxelles, le 1er juin 2006. Mark Renders/Getty Images

Malgré les violences, les crimes, les tortures, les humiliations du régime de Pretoria en Afrique du Sud, Desmond Tutu continue de prêcher la non-violence. Une position qui lui vaut d’être traité de lâche, voire de collabo par une grande partie de la communauté noire, mais dans le même temps d’être invité dans les plus grandes tribunes internationales pour faire connaître la condition des siens et l’urgence d’en finir.

Avec l’éclairage de John Allen, journaliste et ancien collaborateur de Desmond Tutu, auteur de Desmond Tutu: Die Biographie.

[Tribune] Comment la prise de Grenade a changé le destin de l’Afrique

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Par  Ahmed Faouzi

Chercheur en relations internationales et ex-ambassadeur marocain

La capitulation de Grenade, en 1882, peinture de Francisco Pradilla y Ortiz (1848-1921).
La capitulation de Grenade, en 1882, peinture de Francisco Pradilla y Ortiz (1848-1921). © Bridgeman Images

Le 2 janvier 1492, les rois espagnols s’emparaient de Grenade, mettant fin à presque huit siècles de présence musulmane. Un événement qui a rendu possible la découverte des Amériques, elle-même à l’origine de l’esclavage et de la colonisation en Afrique.

Par un jour froid, le 2 janvier de l’an 1492, les forces armées des couronnes d’Aragon et de Castille sont aux pieds du palais de l’Alhambra, à Grenade. Dix ans de siège ont fini par achever l’ère musulmane. Le sultan Mohammed XII, Abuabdelah dénommé Boabdil, et surnommé Azzoughbi l’infortuné ou le malchanceux en arabe, rend les clés de la ville et met un terme à une aventure humaine de presque huit siècles. C’est cette civilisation qui a permis à l’Occident de bénéficier des savoirs arabes et grecs, et a jeté les bases d’une nouvelle aventure humaine vers l’Amérique, puis l’Afrique.

Selon certaines légendes, le navigateur Christophe Colomb assiste à la reddition de Boabdil. Sur le chemin de l’exil, au lieu-dit « le dernier soupir du Maure », le sultan se tourne vers Grenade et pleure. Sa mère, qui l’accompagnait dans son exil, lui lance : « Ne pleure pas comme une femme sur ce que tu n’as su défendre comme un homme ». On raconte aussi, qu’en quittant plus tard l’Espagne par la mer, il jeta son épée par-dessus bord en regardant les côtes andalouses, promettant de revenir reconquérir l’Andalousie un jour. Il mourut à Fès, au Maroc, en 1533. Une page est donc tournée.

Civilisations décimées

Christophe Colomb part l’année de la chute de Grenade à la recherche de la route des Indes, mais découvre les Amériques. La réussite de ce voyage est rendue possible par les savoirs, les sciences accumulés en Espagne par les musulmans. Colomb découvre l’île de San Salvador en 1492 et fonde la Navidad, premier établissement colonial du Nouveau Monde à Hispaniola, l’actuel Haïti. Herman Cortes, autre navigateur, fait la conquête de l’empire aztèque, le Mexique actuel, en 1519. Quant à Francisco Pizarro, il conquiert l’empire Inca, région qui correspond à l’Équateur, au Pérou, à la Bolivie et au nord du Chili réunis.

Les peuples locaux, d’une autre culture que les Espagnols, subissent de plein fouet les agressions des conquistadors qui, de village en village, massacrent des populations entières et font des millions de victimes avec une violence jamais égalée. Entre la propagation des épidémies et les violences des conquêtes, des peuples et des civilisations entières sont décimés, et même effacés, de la surface de la terre. Durant le XVIe siècle, les Espagnols découvrent les terres américaines et assurent leur emprise sur ces immensités qui s’étendent de la Californie à la Floride jusqu’à la Terre de feu, au sud du continent.

Ces découvertes attirent d’autres aventuriers avides de richesses faciles. Jacques Cartier est envoyé en 1534 au nom du roi de France François 1er, puis suivent les Anglais, les Portugais et les Hollandais. Les Espagnols, plus que tous les autres Européens, initient ce qu’on peut appeler de nos jours les premiers nettoyages ethniques de l’histoire humaine. Les rapts et les viols sont quotidiens. Les mariages forcés sont courants pour créer des alliances matrimoniales. Les conquistadors n’hésitent pas à se partager sans scrupules les femmes tombées en captivité.

Esclavage et dépeçage

Avec la christianisation forcée et la disparition d’une large partie des populations locales, les besoins en main d’œuvre commencent à se faire sentir. Un autre drame se prépare. L’esclavage et le dépeçage de l’Afrique. Les Espagnols, installés sur les côtes africaines, commencent alors à organiser la traite des noirs en compagnie des Portugais, puis des autres Européens. Ils capturent eux-mêmes les Africains ou les achètent pour les diriger ensuite vers les iles de Madère ou le Cap-Vert, puis vers la destination finale : les Amériques. On décompte un minimum de 5 millions d’Africains déportés rien que vers le Brésil. Le commerce des esclaves devient alors aussi lucratif que la conquête du Nouveau Monde.

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L’HÉMORRAGIE QUE SUBIT LE CONTINENT DÉSTABILISE DES CIVILISATIONS ENTIÈRES EN AFRIQUE DE L’OUEST

Pour multiplier les profits, les Espagnols externalisent ces activités sous l’appellation « asiento ». Des sociétés, à travers des contrats administratifs, s’engagent, à la place de l’État, à accomplir ces tâches de déplacements forcés. Suivant cet exemple, le roi anglais Jacques II instaure la Compagnie royale d’Afrique et le français Louis XIV lance la Compagnie du Sénégal. Cette dernière remplace la Compagnie des Indes, créée par Colbert, qui ne rapportait pas suffisamment d’argent pour construire le château de Versailles. L’arrivée des Français et des Anglais sur les côtes africaines fait monter les prix des esclaves, entraînant inéluctablement de nouveaux circuits d’approvisionnement à l’intérieur même des terres africaines.

Cette nouvelle force de travail était destinée aux exploitations minières développées aux Amériques, dont on tirait l’or rapatrié vers la péninsule ibérique. Le développement de l’agriculture nécessitait également des bras. Des produits agricoles non connus en Europe, comme le cacao, le coton, le tabac, le café et la canne à sucre, envahissent alors les marchés européens.

Devenu l’autre moteur de la croissance économique en Occident, l’esclavage handicape l’Afrique comme il créé des injustices et des inégalités aux Amériques – des effets qui se font encore ressentir aujourd’hui. L’hémorragie que subit le continent, avec le départ de ses forces vives dans des conditions inhumaines, déstabilise des civilisations entières en Afrique de l’Ouest.

Traces indélébiles

Des voix d’intellectuels s’élèvent devant tant de souffrances comme Montaigne, Hugo, ou Montesquieu, pour ne citer que ceux-là. Mais l’abolition n’est décrétée qu’au XIXe siècle : au Chili en 1810, en Argentine en 1813, en Colombie en 1821, et au Mexique en 1829. La colonisation n’a plus besoin de bras. L’industrialisation et la mécanisation ont eu raison de la logique coloniale. Les États-Unis, devenus une grande puissance, chassent les Européens du continent américain devenu leur espace vital. Ces derniers se concertent entre eux pour la conquête directe, cette fois-ci, de l’Afrique et officialisent ces partages lors de la conférence de Berlin de 1884. L’Afrique ne se relèvera de l’esclavagisme et du colonialisme qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle et traîne à ce jour les affres de cette sombre période.

Aujourd’hui, on retrouve les traces indélébiles de l’expansionnisme espagnol du XVe siècle et de l’esprit colonial dans les présides occupés de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc. Elles sont les symboles vivants de cette conquête qui a tant fait de mal, aussi bien aux Amérindiens qu’aux Africains. N’ayant plus d’atouts stratégiques au temps des satellites et des nouvelles technologies, ces deux villes sont les tristes reliquats de cette sombre période.

À partir de ce 2 janvier 1492,  jour froid d’exil du Sultan Boabdil et de la prise de Grenade, deux grands mouvements humains se sont dessinés. D’un côté, les traductions et la diffusion des sciences arabes à Tolède, Grenade et Séville, qui vont préparer la renaissance européenne. De l’autre, la conquête du monde par Christophe Colomb, qui croyait découvrir les Indes et qui a fait réduire en cendres des civilisations entières en terre américaine et africaine. Deux tendances opposées qui impactent encore notre monde actuel.