Quel avenir pour CDC Group, premier investisseur bilatéral en Afrique ?

| Par 
Mis à jour le 25 juin 2021 à 19h00
À la fin de 2019, CDC Group comptait des investissements dans 1 228 entreprises, dont 690 en Afrique et 377 en Asie du Sud.

À la fin de 2019, CDC Group comptait des investissements dans 1 228 entreprises, dont 690 en Afrique
et 377 en Asie du Sud. © www.cdcgroup.com


L’institution britannique, qui engage en moyenne plus de 1 milliard de dollars par an
sur le continent, est sous la tutelle d’un nouveau ministère créé exprès.
Cela changera-t-il son focus africain ?

Branle-bas de combat au 123 Victoria Street, au siège de CDC Group, l’institution de financement du développement du Royaume-Uni.
À quelques jours de leur assemblée annuelle qui doit se tenir en ligne le 6 juillet, les hautes instances du bailleur de fonds britannique sont sur le pont.
Pour celui qui investit en Afrique et en Asie depuis sept décennies, et doit mettre en place son prochain plan quadriennal (Strategic framework 2021-2025),
ces derniers douze mois ont été particulièrement mouvementés.

CDC Group a absorbé coup sur coup : le Brexit, la fusion « surprise » entre le DfID (Département du développement international)
– son ex-ministère de tutelle – et le Foreign and Commonwealth Office (le bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth)
annoncée par le Premier ministre Boris Johnson en juin 2020, et la crise du Covid-19. L’institution qui est l’un des principaux investisseurs
institutionnels en Afrique s’attèle au difficile exercice de la prospective… en période de vent contraire. La perspective de la prochaine conférence mondiale
sur le climat, la COP26 de Glasgow, ajoute un peu de piment au défi.

En effet, tous les projecteurs seront braqués sur le Royaume-Uni au cours de la première quinzaine de novembre, emportant un devoir d’exemplarité
et d’audace de l’ensemble des organes publics du pays, dont son principal outil de politique étrangère. « En tant que banque de développement, CDC Group
devrait être au cœur des annonces du gouvernement britannique lors de la COP26, comme l’AFD l’a été pour la France, lors de la COP21
organisée à Paris en 2015 », souligne un proche de l’institution britannique. D’ailleurs ce n’est pas anodin si l’institution britannique a détaché
l’une de ses cadres dirigeantes, Amal-Lee Amin, chargée de la Stratégie climat à CDC, en tant que Senior advisor pour la COP26…

 

 
Songas est une entreprise du portefeuille de Globeleq, spécialiste de l’énergie soutenu par CDC. © https://www.cdcgroup.com/

 

Finance climat et question du genre

Dans ce contexte, les grandes priorités qui sont attendues du bailleur public – dont plus de la moitié des nouveaux investissements vont vers l’Afrique
(52% en 2019) – se résument en deux points : la finance-climat ainsi que la question du genre. Cette dernière s’est notamment matérialisée mi-juin par
l’engagement de CDC Group aux côtés de nombreux autres bailleurs de fonds dans le « 2X Challenge ». Il vise à mobiliser 15 milliards de dollars pour
l’égalité femme-homme d’ici fin 2022 en Afrique.
S’agissant de la finance climat, entendre financer plus vert, l’enjeu consiste à remettre à plat
la politique d’investissement de l’institution au regard de la transition énergétique.

Sortir du charbon, ne plus financer le pétrole et autres énergies fossiles, mais de quelle manière et dans quels délais ? Un sujet d’autant plus délicat
pour CDC que son champ d’action, notamment en Afrique, est encore un grand terrain de jeu pour les acteurs des énergies fossiles.
Comment tirer parti de l’immense potentiel pétro-gazier du littoral sénégalais, par exemple, quand la tendance est de ne plus financer les projets en lien
avec cette ressource ?

Cela dit pour le DFI dirigé par Nick O’Donohoe depuis 2017, et qui a prorogé la date de fin de son mandat d’une année en raison de la pandémie,
la finance climat semble être une conviction durable. En témoigne, et ce n’est qu’un exemple, l’implication de CDC via l’opérateur britannique
de centrales électriques Globeleq, dont il est le principal actionnaire, et qui revendique la place de premier producteur indépendant d’électricité (IPP)
exclusivement actif en Afrique.

En pleine réflexion sur le rééquilibrage de son mix énergétique (alors qu’encore près des deux tiers de l’électricité produite provient de centrales à gaz),
Globeleq multiplie les investissements dans l’éolien et le solaire. Notamment au Mozambique, avec le projet solaire et de stockage
de 19 MWp et 7 MWh à Cuamba, dont Globeleq vient tout juste de poser la première pierre. Ce projet de 32 millions de dollars est présenté
comme l’une des premières centrales de stockage à l’échelle du réseau IPP en Afrique subsaharienne.

Investir dans la transformation du continent

Autre conviction durable : ses secteurs prioritaires d’intervention, pour lesquels CDC Group agit majoritairement par l’intermédiaire
d’investissements indirects (comme avec Globeleq) ou en partenariat avec d’autres institutionnels ou investisseurs privés.
« Proparco et CDC Group partagent un grand nombre de priorités et de secteurs d’intervention : le soutien à l’entrepreneuriat,
à l’égalité femme-homme les infrastructures, l’énergie, etc. », indique Myriam Brigui, directrice du département Pilotage du réseau de
Proparco.

https://www.jeuneafrique.com/wp-content/themes/ja-3.0.x/assets/img/mondial2018/quote-article.png") left top no-repeat;">

CDC EST AUSSI UN INVESTISSEUR DIRECT DANS LES START-UP TECHNOLOGIQUES AFRICAINES

Elle poursuit : « notre statut commun de DFIs européennes et de DFIs de pays membres du G7 nous permet de coordonner notre action
au sein de l’association EDFI [association des institutions européennes de financement du développement, ndlr] et de prendre des engagements
communs.
Ce mois-ci par exemple, nous nous sommes engagés avec d’autres DFIs à investir plus de 80 milliards de dollars dans le secteur privé africain
au cours des cinq prochaines années. »

Par ailleurs, par son empreinte en Afrique, au travers le financement de plusieurs dizaines de fonds d’investissements et des participations
dans plus de 700 entreprises de la région, CDC Group est perçu comme ayant réussi à anticiper la montée en puissance des technologies
et du rôle du capital-risque dans la transformation du continent.

« CDC n’investit pas uniquement dans les fonds mais c’est aussi un investisseur direct dans les start-up technologiques africaines.
Cela fait d’eux des co-investisseurs potentiels lorsque nous syndiquons un tour de financement pour soutenir les entrepreneurs locaux »,
analyse Maurizio Caio, fondateur et managing partner de TLcom, le fonds de capital-risque derrière notamment Kobo360,
qui a attiré par deux fois l’institution britannique à son tour de table pour son fonds Tide Africa.

Même ligne qu’avant 2020


Nick O’Donohoe, PDG de CDC Group. © CDC Group

 

Tablant donc sur ses réalisations et en attendant l’édiction de sa future feuille de route,

le Commonwealth Development Corporation – de son nom entièrement énuméré -, veut rassurer sur son engagement.

Plus de 1 milliard de dollars d’investissement sur 2021 sont bel et bien promis pour l’Afrique. De même, CDC Group a exposé son dessein d’élargir
son portefeuille africain en réalisant de nouveaux investissements dans ses marchés clés tels que l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya et le Nigeria, 
lors du premier sommet Royaume-Uni – Afrique qui s’est tenu à Londres le 20 janvier dernier. Et les annonces en ce sens se sont succédé depuis.

On a ainsi retrouvé en février CDC Group et un engagement de 30 millions de dollars dans Phatisa Food Fund 2, un fonds d’investissement panafricain
dédié à l’agriculture. Un nouvel investissement dans un fonds, Adjuvant Capital, qui œuvre dans le développement d’innovations médicales et a
notammen  investi dans le nigérian 54gene.
Récemment, le britannique a suivi le second fonds dédié à l’Afrique de l’Est d’Ascent Capital Africa, Ascent Rift Valley Fund II.

À noter toutefois que la demi-douzaine d’annonces depuis le début de l’année, ne sort pas de la ligne adoptée jusqu’alors. En 2020, déjà, CDC Group
avait engagé 1 milliard de dollars pour le continent, orientant fortement son action sur la reprise économique post-Covid-19.
Mais celui qui se définit comme le premier investisseur bilatéral en Afrique le clame, CDC Group a investi plus de 2,7 milliards de livres sterling
(3,1 milliards d’euros) dans des entreprises africaines au cours des trois dernières années et compte bien continuer.
Plus que jamais, l’expression chère aux Anglo-Saxons, « break a leg », prend tout son sens.