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Algérie: des manifestations culturelles
perturbées par des prières collectives

Une vue de la ville de Ouargla en Algérie.
© DR

En Algérie, la statue de Ain Fouara qui représentait une femme nue, qui avait été détruite par un homme armé d'un marteau, a été rénovée et inaugurée samedi. Le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi a souligné que les autorités continueraient de soutenir la culture dans le pays. Car depuis une semaine, plusieurs manifestations ont tenté d'empêcher des concerts de raï d'avoir lieu.

Il y a une semaine, à Ouargla, à 800 kilomètres au sud d'Alger, des manifestants ont interrompu un concert de raï. Ces hommes, des militants, des membres du mouvement des chômeurs mais aussi des représentants d'un comité d'habitants, ont protesté en réclamant de meilleures conditions de vie au quotidien et ont organisé une prière face à la scène.

Quelques jours plus tard, à Sidi Bel Abbès, une ville de l'ouest du pays, des manifestants ont tenté d'interrompre la soirée d'ouverture du Festival du raï. Ils se sont rassemblés et ont eux aussi organisé une prière collective.

Les deux affaires font très vite la Une de la presse et deviennent le sujet numéro 1 de discussion sur les réseaux sociaux. Car si, certains expliquent qu'en attaquant les concerts, les manifestants protestent contre l'Etat, d'autres parlent de montée de l'intégrisme et s'inquiètent de voir la religion utilisée pour empêcher des manifestations culturelles.

Au début des années 1990, le Front islamique du Salut avait pris pour cible toutes les activités culturelles. La ligue des droits de l'homme a demandé aux autorités de mener des enquêtes et de présenter les responsables de ces manifestations devant des tribunaux.

Côte d’Ivoire : le gouvernement repousse à 2020
son objectif d’autosuffisance en riz

| Par - à Abdijan

Grâce à un prêt de 30 millions de dollars auprès d'EximBank of India, Yamoussoukro pense amener la production nationale de riz à 1,96 million de tonnes en 2020. Une telle production serait synonyme d'autosuffisance, un objectif initialement fixé à 2016. Encore faut-il assurer la compétitivité de la production locale face aux importations.

Le gouvernement ivoirien a réajusté ses objectifs d’autosuffisance en production de riz, initialement fixés à 2016. Ce devrait finalement être l’année 2020 qui verrait l’aboutissement de la stratégie élaborée en 2012.

 
Pour booster sa production, la Côte d’Ivoire va pouvoir compter sur l’aide de l’Inde, qui vient de lui octroyer une ligne de crédit de 30 millions de dollars via Exim Bank of India, pour financer l’installation et l’acquisition d’équipements pour 30 unités de production de riz blanchi dans le pays. « Chaque unité sera dotée d’une capacité de 25 000 tonnes par an. Douze unités sont déjà montées, les dix-huit autres le seront au plus tard le 31 décembre de cette année », a révélé Bruno Koné, le porte-parole du gouvernement.
 
En 2018, la Côte d’Ivoire devrait produire 1,55 million de tonnes de riz blanchi et en importer 1,45 million de tonnes – une partie étant redirigée vers les pays de la sous-région. 250 milliards de francs CFA (381 millions d’euros) sont consacrés à ces importations. En 2020,  la Côte d’Ivoire devrait arriver à une production de 1,96 million de tonnes, pour une consommation nationale estimée à 1,8 million de tonnes.
 
 
 
Un riz local encore cher

Mais encore faudra-t-il que la production nationale trouve des débouchés. « Le riz local est plus cher que le riz importé d’Asie. Sur un même marché, cela devient quasi impossible pour les producteurs locaux », explique un acteur agro-industriel du riz, ajoutant que l’importation est plus rentable pour certains opérateurs qui avaient des engagements avec le gouvernement pour créer des plantations sur place.

Malgré la stratégie incitative du gouvernement, selon les statistiques du département américain de l’agriculture (USDA), les importations ne cessent d’augmenter, passant de 1,25 million de tonnes en 2016 à 1,45 million de tonnes en 2017.

D’autres facteurs sont venus contrer l’ambition gouvernementale de l’autosuffisance. En effet, si Yamoussoukro avait identifié une dizaine de multinationales qui s’étaient engagées à créer des rizières sur plusieurs centaines de milliers d’exploitations à travers tout le pays, la sécurisation foncière a tardé, créant un désintérêt des acteurs. La surface de production a diminué de 27 % pour descendre autour de 1 million d’hectares.

La production locale est en outre tributaire de la bonne pluviométrie. Or, au cours des dernières années, la rareté des pluies pendant la période de production a impacté négativement la récolte. La non-compétitivité du riz produit localement n’est pas non plus un facteur encourageant pour les entrepreneurs.

Mauritanie: le FNDU confirme sa participation aux prochaines élections

Les leaders de l'opposition mauritanienne lors de leur manifestation contre le projet de révision constitutionnelle du président Aziz, le 7 mai 2016. (Photo d'illustration)
© STR / AFP

En Mauritanie, le Front national pour la démocratie et l’unité (FNDU), qui regroupe huit partis d’opposition, a annoncé samedi 21 avril sa participation aux élections législatives et municipales prévues en août prochain. Le président du FNDU, Mohamed ould Maouloud, l'a confirmé lors d'une conférence de presse à Nouakchott.

La participation du FNDU aux élections législatives et municipales prévues en août-septembre prochain se fera en dépit de l’absence de garanties de transparence du scrutin, précise l'opposant Mohamed ould Maouloud qui dénonce, notamment, la désignation, le 16 avril dans un décret présidentiel, d'une Commission électorale (Céni) en violation des textes.

« Nous considérons que la nomination de cette Céni sans le camp de l’opposition qui se bat pour des élections transparentes, c’est une provocation. C’est un acte illégal. La Céni doit être désignée, selon l’article 6 de la loi, par deux parties, c’est à dire la majorité et l’opposition. Cela signifie que le pouvoir veut faire des élections prochaines, de façon unilatérale, sans aucune garantie de transparence », a déclaré le président du FNDU avant d’accuser le régime du président Mohamed Ould Abdel Aziz de pousser le pays vers une élection conflictuelle.

« Notre réponse à cela, c’est que nous sommes décidés à participer à ces élections et nous sommes décidés à nous battre pour ce respect de la transparence. Cela veut dire, malheureusement, que s’il persiste dans sa voie unilatérale, nous allons vers des élections de confrontation et cela, c’est dangereux pour répondre à un tournant décisif pour le pays », a souligné l'opposant Mohamed ould Maouloud.

L’annonce de la participation du FNDU aux futures élections intervient après la révélation de l’échec d’un dialogue entre ces deux parties, en vue d’un accord politique pour préparer ces scrutins.

 

Dans le Petit Echo n° 1088 cet article sur ce Missionnaire qui a travaillé au Burkina Faso et en Mauritanie

 

Hans  Remhs 1931 – 2017


Il est né le 2 novembre 1931 à Amsterdam. Pour devenir missionnaire il a suivi notre formation à ‘s-Heerenberg, Thibar où il fit son serment missionnaire le 26 juin 1956, puis à Carthage où il fut ordonné le 21 avril 1957.

Il avait un bon jugement pratique, il était systématique et bien organisé. Son caractère dynamique et sa volonté firent qu’il persévérait dans ce qu’il jugeait important, avec un sens de responsabilité pour les tâches qui lui étaient confiées. A l’adolescence il était plutôt introverti et pas bavard ; durant ses années de formation il s’est épanoui. Il s’est rappelé d’un trésor de bits d’information et aimait en parler.

Après son ordination il enseigne pour quelques mois à notre Petit séminaire de Santpoort. En 1958, il étudie les mathématiques au Collège d’Eindhoven tout en enseignant à notre Petit séminaire de Sterksel. Il part au Burkina Faso, récemment indépendant, le 19 novembre 1960 ; c’est à Paris qu’il va pour arranger son visa à l’ambassade du Burkina où tous semblaient connaître les Pères Blancs.

Pendant 6 mois il étudie la langue Moré et la culture du pays à Guilongu ; puis il va au diocèse de Ouahigouya, à la paroisse de Tikaré (érigée en 1953, très peuplée, à peine 400 catholiques et 600 néophytes) ; il s’y dévoue au travail pastoral et y découvre la situation locale ; c’est ainsi qu’en septembre 1961 il devient professeur au petit séminaire de Koudougou. Le diocèse n’avait que 4 paroisses, une cinquième étant en voie de formation. Notre ancien Supérieur général, Mgr Durieux, en était l’évêque jusqu’à sa mort en 1965. Un Burkinabé lui succéda, notre confrère Mgr Tapsoba.

Hans enseigne toutes les classes de mathématiques ; cela demandait beaucoup de préparation, corrections de devoirs, surveillance. Quand le professeur d’anglais allait en vacances Hans le remplaçait pour toutes les classes d’anglais. Il était difficile de trouver assez de professeurs vu qu’en ce temps-là les laïques n’étaient pas acceptés ou disponibles. Pendant les vacances, Hans visite les paroisses et conduit un camp de trois semaines pour les séminaristes. Le 18 août 1964, il écrit : « Beaucoup de travail et de soucis pour donner aux étudiants une formation intellectuelle et spirituelle solide ».

A partir du 2 juillet 1965, il obtient un temps sabbatique, 6 mois de vacances et un an et demi de travail pastoral à Tikaré en pleine préparation au baptême de 148 néophytes. En septembre 1967 il retourne au séminaire de Koudougou. En janvier 1972 son régional écrit : « Il travaille bien et est apprécié des séminaristes. » A la fin des années 70 ils reçurent le premier recteur Burkinabé avec lequel Hans s’entendait à merveille.

A partir du 11 septembre 1980 il peut faire à nouveau 8 mois de travail pastoral à Tikaré, et le 1.5.1981 on lui demande de devenir économe diocésain de Ouahigouya. Hans commente le 3 novembre 1981 : « Dans mon nouveau travail, je n’ai aucune chance de m’ennuyer. Je regarde avec nostalgie vers ces 8 mois que j’ai passés en brousse et que j’ai aimés. » L’évêque avait la tête pleine de projets de construction, le premier étant une grande clinique ophtalmologique. En 1983 on donne à Hans un assistant. En 1986, il reçoit la médaille de l’Ordre d’Orange-Nassau. Pendant la semaine de Noël 1989 commence la « Guerre des Pauvres » entre le Burkina et le Mali voisin. Son régional écrit (pas de date) : « Hans est resté à son poste pour aider à l’accueil des réfugiés en leur fournissant un abri ou en leur permettant de continuer leur fuite. Deux ou trois fois dans la journée, l’ambassadeur lui téléphonait pour s’enquérir de la situation locale. Sa manière efficace d’agir était estimée héroïque ».

L’évêque envoie un prêtre diocésain à Paris pour deux ans de formation en gestion des affaires et comptabilité, mais avant de le nommer comme successeur de Hans il voulut qu’il fasse 3 ans d’expérience pastorale afin qu’il devienne conscient des besoins réels du diocèse. En 1991, ils ont eu 4 ordinations portant le nombre de prêtres diocésains à 23 et 14 PB. Voici le commentaire de Hans : « Il est grand temps que l’un d’entre eux prenne en charge l’administration financière du diocèse ». Cette année-là, ils connurent aussi les conséquences d’une sécheresse sévère ; avec d’autres organisations et le gouvernement Hans aide pour les secours alimentaires. Dans le nord, de plus en plus de familles partent et quelques villages sont complètement désertés. Le désert avance. La récolte suivante est «excellente». Hans commente: « Tant mieux pour les gens et beaucoup moins de soucis pour nous. »

Le 1 juin 1992, il devint économe pour les Pays-Bas. Il fait cela avec dévouement et grand soin. Le dimanche, il préside à l’eucharistie au home de St Michielgester… Le 14 mars 1999 il devient économe du diocèse de Nouakchott, en Mauritanie. Ce diocèse couvrait une immense superficie mais les « implantations » étaient peu nombreuses. De plus, Caritas avait ses propres finances et les comptes ne dépendaient pas du diocèse. Sa tâche est de superviser le comptable du diocèse, gérer les propriétés et investissements, et aider les quelques travailleurs pastoraux et les religieux à faire leurs budgets. Hans y est heureux. Plus tard il racontera des tas d’histoires et d’anecdotes de cette époque.

En 2003, il souffre d’un trouble oculaire qui le laisse avec un rétrécissement du champ visuel ; le 19 février 2003, il revient aux Pays-Bas pour traitement. L’amélioration est si faible qu’il reste là pour de bon et se fixe à Dongen. L’économat provincial était bien géré par des laïques ; on demande à Hans d’être leur conseiller et de faciliter leur rapport avec l’équipe générale pas encore habituée à travailler avec un économe provincial laïc.

Hans était un magicien en informatique, surfant beaucoup sur Internet. Il savait beaucoup de choses sur la marche des ordinateurs et était toujours prêt à aider ceux qui étaient coincés. Il faisait souvent des traductions en et du français pour le délégué du secteur et pour notre Lien. Il était membre de notre comité de publications. Avec sa voix de stentor il racontait ses histoires et anecdotes. Ces dernières années, ses hanches et genoux commencent de lui causer beaucoup de souffrances.

Le jour de son jubilé d’or il soulève le voile de ce qui l’inspirait : il avait fait l’expérience de Jésus comme un ami proche qui, aux moments difficiles, l’encourageait à faire encore un effort avec des résultats miraculeux, et qui l’attendait sur le bord du lac avec un repas préparé pour lui. (Jn 21, 1-3).

Le 27 mai 2010 il déménage à Heythuysen. Après un peu de temps il reçoit un déambulateur et un scooter de mobilité. Il consulte beaucoup l’ Internet et peut en parler avec beaucoup de détail. Il aide les confrères avec leurs ordinateurs et outils TIC. En septembre 2017, un mal grave est diagnostiqué ; il meurt dans son appartement paisiblement le 15 novembre 2017. Avec sa parenté et ses amis nous l’avons enterré dans notre cimetière de St Charles le 20 novembre 2017.

Voici la caractéristique de Jésus que Hans a illustrée dans sa vie : « Jésus s’approcha et il faisait route avec eux. » Lk. 24.15

Marien van den Eijnden, M.Afr.

La femme est l’avenir de l’islam.
Le combat d’une imame (Compte-rendu)

couverture femme avenir islam
Sherin KHANKAN, La femme est l’avenir de l’islam. Le combat d’une imame, Edit. Stock, Paris, octobre 2017, p.270.

L’auteure, née au Danemark d’un père syrien musulman et d’une mère finlandaise luthérienne, adresse ce livre, qui raconte son histoire et son combat personnels, « à tous ceux et celles qui s’intéressent à l’islam en Occident et au féminisme islamique » (p. 10). En 2016, elle figure dans la liste de la BBC des « 100 femmes les plus influentes du monde ».

Elle connaît une enfance peu conformiste et heureuse. Comme adolescente elle fréquente rarement la mosquée, mais elle commence à découvrir la foi musulmane profonde à 19 ans lors d’un de ses voyages d’été en Syrie, en y rencontrant des jeunes musulmans pratiquants, dont un professeur gagné par la voie soufie, ce chemin de la sagesse intérieure au sein de l’islam et qui incarne l’ouverture, le respect et la fraternité au-delà des religions.

En entrant à l’université de Copenhague, elle opte pour l’étude de l’histoire des religions avec comme spécialité la sociologie des religions et l’islam contemporain. Elle commence aussi à étudier la langue arabe classique à la même faculté, étude qu’elle complète au Caire en Égypte et plus tard en Syrie. C’est là, à Damas, que sa foi va s’intensifier en vivant avec la fille d’un cousin, étudiante en droit et pratiquante fervente. Petit à petit elle acquiert le sentiment d’appartenir à une communauté et l’idée naît en elle de vouer sa vie à transformer l’islam en Europe et à montrer que l’islam est une religion pacifique. Elle voudrait également défier l’islamophobie qui l’entoure au Danemark et qui s’étend de plus en plus à la suite des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York. Elle abandonne son prénom chrétien Christine pour n’utiliser que son surnom musulman reçu en Syrie et conserve son nom de famille, Khankan. Dorénavant elle sera une militante musulmane en Europe.

Elle crée le Forum des musulmans critiques afin d’élever le niveau du débat sur l’islam au Danemark autour de thèmes comme l’islam et la laïcité, le féminisme musulman, le soufisme… Elle milite pour un islam pluraliste, tolérant, progressiste et démocratique à travers une lecture spirituelle du Coran. Après un essai d’engagement politique, qui ne réussit pas à cause de la montée et des attaques virulentes du parti d’extrême droite danois, elle veut garder politique et religion séparées, tout en défendant que la religion peut être source d’inspiration pour la société. « Le féminisme islamique et le soufisme sont sans aucun doute parmi les outils les plus puissants à notre disposition« , affirme-t-elle (p. 92).

C’est, dans cette conviction, qu’elle fonde le mouvement Femimam avec quelques femmes musulmanes intellectuelles et universitaires comme elle. Les participantes sont surtout des étudiantes universitaires. Elles discutent théologie et ont des débats surtout autour de la question de la mixité. Dans ce groupe va naître plus tard le projet de la création de la mosquée Mariam, première mosquée féminine du Danemark. Elle, Sherin Khankan, sera une des premières imames de la Scandinavie.

Entre-temps elle a suivi des études de psycho-thérapie et fonde, en plus, Exit Circle, une ONG laïque et apolitique pour aider des femmes et aussi des hommes qui ont été victimes de maltraitances psychologiques et physiques, de manipulation et de contrôle social et religieux. Elle se bat contre les structures patriarcales et les mécanismes de discrimination et lutte pour les droits des femmes au sein de la famille, des institutions religieuses et de la société. L’Exit Circle connaît un grand succès à tel point que la majorité des femmes traitées dans tous les réseaux du Danemark sont des non-musulmanes. Les thérapies ont pour but d’aider les victimes à se réaffirmer par la parole, à reconquérir du pouvoir et à vaincre la soumission passive.

Vers la fin de 2006, l’auteure découvre l’activisme d’Amina Wadud, convertie à l’islam, figure de proue du féminisme musulman, professeure d’études islamiques de l’université du Commonwealth de Virginie aux États-Unis. Elle a été la première femme à diriger la prière du vendredi dans une mosquée mixte de New York en mars 2005. Elle a fait une grande impression sur Sherin Khankan. Celle-ci aura l’occasion de rencontrer encore d’autres femmes très engagées durant des conférences internationales sur la femme musulmane auxquelles elle a été invitée à l’étranger. Elle en profite pour discuter de son projet de créer une mosquée où les imams seront des femmes. Mais rentrée à la maison, son père, ses proches et certains de ses amis ne sont pas enthousiastes et préfèrent qu’elle cherche un emploi normal plutôt que de s’engager dans l’imamat féminin et le monde religieux.

Mais elle passe à l’action et parvient à réunir autour d’elle un groupe de femmes prêtes à travailler avec elle.

L’ouverture de la mosquée Mariam, au centre de Copenhague, est décidée. Elle est ouverte, non seulement aux femmes, mais « à tous les musulmans – qu’ils soient sunnites, chiites, alaouites, ahmadis – et à quiconque désire y venir » (p. 15), inclusive fondée sur le soufisme. L’auteure lui donne ces trois objectifs : « proposer et promouvoir une approche spirituelle de l’islam fondée sur une relecture du Coran ancrée dans la réalité du monde actuel avec une attention particulière aux femmes; remettre en question les structures patriarcales des institutions religieuses et scolaires ( de l’islam) ainsi que l’interprétation patriarcale du Coran et des hadith; et promouvoir un féminisme islamique » (p.17-18).

Elle-même veut y être un guide spirituel capable de répondre aux questions de notre temps et pas seulement être la personne qui guide la prière. D’après elle, l’imame consiste à servir les autres, en particulier les femmes et les couples, en les écoutant et en leur donnant des conseils et surtout « des soins spirituels« . Ce sera sa fonction principale, qui occupe jusqu’à 80 % de son temps. En cela la mosquée Mariam se distingue des autres mosquées du Danemark.

Elle accepte également de célébrer des mariages interreligieux. Elle conseille chaque fois au couple de tenter d’obtenir le consentement de leurs parents, car le mariage est, en leur cas, aussi l’union de deux familles, de deux religions et de deux cultures. Elle insiste sur un profond respect mutuel (sans qu’on ait l’intention de vouloir changer l’autre), sur le droit des enfants à choisir leur religion et sur le mariage civil selon les lois du pays avant de recevoir la bénédiction religieuse.

Elle est très attentive aux grands problèmes qui se posent à l’islam d’aujourd’hui et d’autre part à l’islamophobie et la propagande anti-musulmane « qui sont l’antisémitisme de notre temps » ( p. 214).

Ainsi les derniers chapitres du livre traitent sur la société sécularisée, la discrimination des femmes, le droit de choisir sa religion, l’islam politique et les mouvements islamistes dans le monde.

La critique de l’islam doit venir surtout de l’intérieur de la communauté musulmane, affirme-t-elle, et elle invite de lire et de comprendre les textes du Coran en fonction du contexte historique et théologique et non de de façon littérale. « Les musulmans doivent aussi se mobiliser contre les attaques terroristes perpétrées par des groupes violents, qui se proclament musulmans« , écrit-elle (p. 224). Mais, en fait, ce sont des fanatiques en perte de repères qui sont en guerre contre l’Occident et ses valeurs mais aussi en guerre contre les musulmans, dit-elle à juste titre.

Sherin Khankar montre elle-même dans ce livre que « les musulmans peuvent changer le récit sur l’islam, remettre en question des siècles de domination patriarcale et assumer un leadership spirituel » (p. 230-231).

Elle est, cependant, bien consciente que ce sera une longue lutte qui a besoin des hommes aussi bien que des femmes. « Les uns et les autres doivent se battre contre les pensées et les pratiques patriarcales au sein de l’islam et dans la société et même dans la cellule familiale. Combattre les structures patriarcales au sein des institutions religieuses, dans la société et dans la cellule familiale, indépendamment de la religion, de la culture ou du niveau social, constitue l’un des plus grands défis de notre temps » (p. 254-255).

Dans le dernier chapitre du livre elle revient sur l’inspiration et le sens de sa lutte, qu’elle a trouvés chez les grands maîtres du soufisme, qui définissent la religion comme « la religion du cœur« , en particulier chez Ibn Arabi qu’elle cite souvent : « L’amour est ma religion et ma foi« .

Hugo Mertens

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Créer des liens! A des degrés différents, nous appartenons tous à cette grande famille des Missionnaires d'Afrique, fondée par le Cardinal Lavigerie. Comme dans toutes les familles, il est normal que nous échangions les nouvelles des uns et des autres, surtout que cette famille est dispersée sur tout le continent africain. Voilà le but de ce bulletin écrit par les Missionnaires d'Afrique, Pères et Soeurs, pour eux-mêmes, leurs familles et leurs amis. 

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Une des grandes orientations du concile Vatican II était la prise de conscience que l'Église est d'abord le Peuple de Dieu, le Peuple de Dieu en marche vers les promesses du Royaume. Les chrétiens ne sont pas les seuls en marche sur cette route. Tous les hommes sont sur une même route du fait qu'ils ont une origine commune et que, selon le plan de Dieu, leur destinée est la même pour tous. Nous sommes en chemin avec tous nos frères et sœurs, quelles que soient leur foi ou leurs convictions.

Notre vocation de chrétiens, Peuple de Dieu au Mali, n'est autre que de contribuer à donner sens, dynamisme et joie à la marche de tous les Maliens. Être chrétien au Mali, c'est aussi accepter de vivre en permanence une grande tension intérieure : chercher l'harmonie, vivre en parfaite convivialité avec ceux que le Seigneur nous a donnés comme compagnons de route, et en même temps rester un défi, une interpellation pour eux. Pour assumer cette tension, le Centre "Foi et Rencontre" veut apporter sa modeste contribution.

La revue « En chemin » se veut donc un lien entre chrétiens, musulmans et autres croyants.

La Province des Missionnaires d’Afrique du Mali vient de faire naître un bulletin qui s’appellera « Les Cahiers Justice et Paix ». Nous souhaitons que ces cahiers soient un moyen d'information, de communication et de sensibilisation, pour tous les confrères de la Province, sur tous les sujets qui concernent Justice et Paix.