Témoignages

 

Assa Traoré : « Les hommes noirs et arabes ne sont pas en sécurité en France »

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Mis à jour le 05 février 2021 à 16h36
Assa Traoré à son domicile en banlieue parisienne, le 28 janvier 2021.

Assa Traoré à son domicile en banlieue parisienne, le 28 janvier 2021. © bruno lévy pour ja

À la tête du collectif La Vérité Pour Adama, la militante anti-racisme dénonce les violences policières, qu’elle estime orientées tout particulièrement contre les personnes issues de l’immigration.

Discriminations, violences policières, impunité des forces de l’ordre… La sœur d’Adama Traoré, mort dans la cour de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016, parle cash. Soutenue par P-Diddy, Omar Sy, Rihanna et autres stars, Assa Traoré a un discours coup de poing bien rôdé.

Regard fixe, visage fermé, la jeune femme de 36 ans ne laisse rien transparaître de ses émotions. Une carapace, sans doute, que s’est construite cette éducatrice devenue en peu de temps une icône de la cause antiraciste. Elle a fait la une de nombreux magazines, dont celle de Time, à la fin de 2020.

Après plusieurs échanges avec son attachée de presse, elle nous reçoit, seule, dans l’appartement où elle vit avec sa famille en banlieue parisienne, et d’où elle dirige le collectif La Vérité Pour Adama.

Au milieu d’effluves d’encens et de livres sur le colonialisme, Assa Traoré dénonce haut et fort ce que certains osent à peine murmurer : le racisme profond de la société française et de l’État, que le pouvoir soit de droite ou de gauche. « À la limite, avec la droite, c’est mieux, c’est clair, on sait à quoi s’attendre », lance-t-elle en rappelant que son frère est mort sous la présidence du socialiste François Hollande. Ce dernier n’a, selon elle, eu aucun égard pour la famille du jeune homme, décédé à 24 ans dans des circonstances toujours non élucidées, après un contrôle d’identité musclé.

Cet entretien a été réalisé le 28 janvier. Assa Traoré y exprime, avec ses mots, certains jugements – notamment à l’égard de la police et du président français – qui n’engagent qu’elle. NDLR

Jeune Afrique : Plus de quatre ans après la mort d’Adama, avez-vous fait votre deuil ?

Assa Traoré : Aujourd’hui, le deuil n’est envisageable ni pour moi ni pour ma famille. Nous voulons avant tout rendre à mon frère son

honneur et sa dignité. Nous faisons face à un obstacle de taille, à cette machine de guerre qu’est l’État français, à sa police et à son appareil judiciaire. Cette situation a fait de moi une soldate engagée en faveur de la vérité et de la justice.

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TOUS LES JEUNES DES QUARTIERS POPULAIRES PEUVENT POTENTIELLEMENT MOURIR ENTRE LES MAINS DE LA POLICE

On ne demande qu’une chose : que les gendarmes soient mis en examen. Qu’il y ait un procès public, que le monde entier puisse voir et entendre les hommes qui ont causé la mort de mon petit frère. Et que justice soit faite, qu’ils soient condamnés pour leurs actes.


Assa Traoré en une. © Time Magazine

De nombreuses zones d’ombre entourent le décès de votre frère. Pensez-vous que les circonstances exactes de sa mort seront connues un jour ?

Pour moi, il n’y a aucune zone d’ombre. La vérité est là, mais on est dans un pays, la France, qui ne l’accepte pas et qui est dans un déni de justice s’agissant de la mort d’Adama Traoré. Je dis : « Adama Traoré », mais c’est valable pour tous les jeunes des quartiers populaires, qui tous peuvent potentiellement mourir entre les mains de la police, en toute impunité.

Plusieurs versions circulent. Quelle est votre vérité ?

La vérité est qu’Adama est mort d’un plaquage ventral à la suite d’un contrôle très musclé, le 19 juillet 2016, le jour de ses 24 ans. Cela a été démontré par plusieurs experts indépendants que notre famille a mandatés.

Sous le poids des gendarmes, mon frère suffoquait : lors de leur première déposition, ceux-ci ont d’ailleurs raconté qu’Adama avait dit : « Je n’arrive plus à respirer ». Cela ne les a pas arrêtés. Ils l’ont traîné ensuite dans leur véhicule. Là, il a uriné sous lui et a « piqué de la tête » sans qu’aucun d’eux ne lui porte secours.

Pis, lorsque les pompiers sont intervenus dans la cour de la gendarmerie, les gendarmes ont refusé de lui ôter ses menottes. Résultat, aucun secours n’a pu lui être réellement prodigué, il n’a pas pu être mis en position PLS [position latérale de sécurité]. Contrairement à ce qui a été dit, les pompiers n’ont pas pu lui prodiguer les premiers soins car il est resté menotté dans le dos. Ce jour-là, les gendarmes ont eu droit de vie et de mort sur mon frère. Ils avaient décidé qu’il mourrait, et c’est ce qu’il s’est passé.

Avez-vous confiance dans la justice française ?

Je n’ai évidemment aucune confiance en elle. Le 16 juillet prochain, cela fera cinq ans qu’Adama est mort dans les locaux de la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise. Cinq ans de combat. Je n’aurais jamais pensé un seul instant que, cinq plus tard, on en serait encore là.

Au début, pourtant, je croyais en la justice de ce pays. J’ai grandi avec la conviction que la justice est un droit. Je réalise aujourd’hui que, si ce droit existe, il n’est pas le même pour tous. Nous, on doit se battre pour renverser cette machine, ce système. Mon petit frère Bagui, qui est le témoin principal dans l’affaire d’Adama, est en prison depuis quatre ans.

La justice française m’a mise en examen pour avoir dit : « Adama, les gendarmes t’ont tué, mais ils ne tueront pas ton nom… ». Cette phrase, et le fait d’avoir rendu publics les noms des gendarmes, m’ont valu deux mises en examen.

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IL N’Y A PAS EU D’ENQUÊTE IMPARTIALE : AU CONTRAIRE, DES GENDARMES PROTÈGENT D’AUTRES GENDARMES ET TENTENT DE MASQUER LA VÉRITÉ

Si on s’était fié à la justice française, Adama serait mort d’une affection cardiaque, de drépanocytose, sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue. La dernière thèse soutenue par la justice française est qu’il serait mort en raison de la chaleur, c’est dire !

Depuis plus de quatre ans, notre avocat, Maître Yassine Bouzrou, demande des actes et des expertises, qui sont refusés par la justice. Il n’y a pas eu d’enquête impartiale : au contraire, des gendarmes protègent d’autres gendarmes et tentent de masquer la vérité.

À chaque fois que la France a mandaté des expertises, c’étaient des « expertises bidon », où mon frère n’était même pas nommé, mais désigné par l’expression « homme de race noire ». Nous avons réussi à les faire annuler et nous continuerons tant que la vérité n’éclatera pas au grand jour.

Y a-t-il en France une impunité policière ?

Pour moi, cette expression est presque trop faible. Nous sommes face à un problème systémique, à une violence policière qui remonte à très loin. Nous vivons encore aujourd’hui les conséquences de l’esclavagisme et du colonialisme.

Il est très important que le monde entier le sache : dans les faits, cette France qui se dit patrie des droits de l’homme ne considère pas ses citoyens issus de l’immigration comme des individus utiles, pouvant participer à la construction du pays. Ni même qu’ils sont maîtres de leur propre vie, puisque le système a droit de vie et de mort sur eux.

Les Noirs, les Arabes, les immigrés, les gens du voyage n’ont aucune importance aux yeux de l’État, qui se veut pourtant démocratique et dont la devise est « liberté, égalité fraternité ».

La France doit reconnaître le crime contre l’humanité qu’ont subi nos parents et nos aïeux. L’Histoire a commencé bien avant 2016 et la mort d’Adama Traoré, à qui l’on reprochait, en réalité, de ne pas avoir sa pièce identité sur lui. Les premiers documents d’identité attribués aux Noirs remontent au temps de l’esclavage : quand un esclave noir sortait sans avoir sa pièce d’identité officielle sur lui, on avait le droit de l’abattre.

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ON SUBIT ENCORE LES CONSÉQUENCES DU COLONIALISME ET DE L’ESCLAVAGISME

La philosophe et historienne Elsa Dorlin a fait un vaste travail de recherche sur ce sujet. Mon frère est mort car il n’avait pas son bouclier, son gilet pare-balles : à savoir sa pièce d’identité, un document que les esclaves noirs devaient porter sur eux. On s’inscrit dans le prolongement de cette histoire.

On subit les conséquences du colonialisme et de l’esclavagisme, les conséquences de la violence policière française qui, au XVIIIe et XIXe siècles, surveillait et contrôlait les Noirs. La mort d’Adama s’inscrit dans le prolongement direct de cette manière de faire. Et quand un président de la république dit que la France ne s’excusera pas pour ces actes, c’est grave.

Votre existence a été bouleversée par la disparition de votre frère. Comment avez-vous vécu ces dernières années ?

La mort d’Adama nous a tous détruits, moi, mes frères… Sur les photos, la peine est gravée sur les visages des membres de ma famille, on voit la mort d’Adama sur leurs traits, la tristesse… Pourtant, jamais personne ne nous demande : « Comment allez-vous, la famille Traoré ? » On n’est même pas reconnus dans notre statut de victimes. Il y a une déshumanisation totale dans les rapports entre l’État, la machine judiciaire, et nous, la famille Traoré.

C’est cette machine de guerre, qui n’a ni remords ni sentiments et où tous les coups sont permis, qui a tué mon petit frère et qui a fait de nous les soldats que nous sommes devenus.


Assa Traoré, lors d’un rassemblement contre les violences policières à Paris, le 13 juin 2020.

Moi-même j’ai changé, et ma vie a entièrement changé aussi. Je me bats pour l’honneur et la dignité de mon frère. Et c’est précisément pour cette dignité que j’ai tenu à écrire un livre, avec Elsa Vigoureux, Lettre à Adama (éd. du Seuil). J’avais le sentiment qu’on parlait d’Adama comme d’un délinquant, qu’on montait des dossiers contre lui, et je me suis dit : « Ce n’est pas possible, je ne “les” laisserai pas écrire l’histoire d’Adama ».

Vous êtes très critiquée par une partie des médias, ainsi que sur les réseaux sociaux. Pourquoi, selon vous ?

Tous ces gens qui me menacent, qui écrivent sur moi, sur Adama, sur la famille Traoré, sont une minorité : des racistes, des gens d’extrême droite… Ils ne me font pas peur une seule seconde. Ils ont déjà tué mon frère.

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NOUS SOMMES SOUTENUS PAR ÉNORMÉMENT DE GENS, AUX QUATRE COINS DE LA PLANÈTE

En revanche, quand je vois le nombre d’insultes qui me sont adressées, je me dis que j’ai un pouvoir sur leurs esprits, que je les hante. Cela signifie que le combat est fort.

En réalité, nous sommes soutenus par énormément de gens, aux quatre coins de la planète. Quand on fait la une du magazine Time, qu’on est désignée comme l’une des personnalités de l’année, ce n’est pas la France, c’est le monde. Le combat pour mon frère a dépassé les frontières. Ce combat, aujourd’hui, on l’a gagné.

Les médias français rappellent régulièrement que vous êtes issue d’une famille polygame. Que pensez-vous personnellement de la polygamie ?

Ce sont les médias qui parlent des Traoré comme d’ « une famille polygame ». Ce ne sont pas nos mots. Aucun de nous n’a jamais parlé de polygamie. Notre famille est une famille formidable, de toutes les couleurs et de toutes les religions, que rien ni personne ne pourra diviser ou arrêter.

Personnellement, je n’ai pas de point de vue sur la polygamie. J’ai un point de vue sur ma famille. J’ai grandi dans une famille heureuse et aimante. Et je ne permets à personne de parler de la vie de mon père, cela ne regarde que lui. Autrement, il faudrait parler de tous les pères des personnalités publiques, de ces pères violeurs, incestueux, ou qui ont participé à des crimes de guerre… Pour quelles raisons, parce que nous sommes Noirs ou de confession musulmane, nous ramène-t-on toujours à ce type de questions ? C’est très réducteur.

Adama a été enterré au Mali. Pourquoi ce choix, alors que vous, sa famille, vivez tous en France ?

Adama repose auprès de notre père, décédé, lui, en 1999. C’était important pour nous symboliquement. Le Mali est notre pays d’origine, on y va très régulièrement.

Nous avons fait ce choix dans un contexte particulier, celui de la mort d’Adama, où des réflexes coloniaux ont très vite ressurgi : mon frère venait à peine de mourir que la préfecture de Cergy-Pontoise nous appelait pour organiser le rapatriement de sa dépouille vers le Mali par un vol Air France depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle. Et rapidement, puisque nous sommes musulmans et qu’on a pour coutume d’enterrer nos morts dans un délai de trois jours.

Les fonctionnaires de la préfecture se sont permis d’entamer les procédures pour un rapatriement en omettant complètement que nous sommes d’abord Français et que le choix du Mali n’était pas automatique, que c’est une décision qu’il fallait prendre en concertation avec ma famille.

Nous l’avons vécu comme un rejet, et on n’a pas manqué de leur signifier : Adama Traoré est français. Respectez-nous, et le choix viendra de nous.

Les autorités maliennes vous ont-elles soutenu dans votre combat ?

Au moment de la mort d’Adama, il y a eu une grosse défaillance de la part de l’ambassade du Mali en France et du consulat, qui n’ont eu aucune réaction et n’ont été d’aucune aide. Mais, lorsque nous sommes allés au Mali pour enterrer Adama, le président IBK – qui était en déplacement à notre arrivée – nous a reçus : ma famille, ma mère, qui est née au Mali, et moi-même.

Avec le plus grand des respects, il nous a présenté ses condoléances et a pris le temps de nous écouter. Nous avons notamment évoqué avec lui la nécessité d’un soutien des autorités consulaires maliennes en France quand un ressortissant rencontre un problème d’une telle gravité. Ne serait-ce qu’un soutien juridique ou de conseil.

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LE FAIT QUE MA MÈRE AIT ÉTÉ REÇUE AVEC HONNEUR ET DIGNITÉ PAR LE PRÉSIDENT DE SON PAYS DE NAISSANCE L’A AIDÉE À RELEVER LA TÊTE

Comme je le lui ai expliqué, moi, je parle français, je peux me défendre. Mais combien de personnes issues de l’immigration sont en mesure de le faire ? Il y a énormément de familles victimes d’injustices… Et ça, comme je l’ai dit au président IBK, il faut que ça change.

Cette rencontre a été un moment très important pour moi et pour ma mère. Elle a perdu son fils. Ici, en France, le pays où son fils est mort, on ne lui a pas témoigné le moindre égard. Seulement du mépris.

On a accusé Adama, on l’a déshumanisé, il n’était plus une victime mais un coupable. Le fait que ma mère ait été reçue avec honneur et dignité par le président de son pays de naissance l’a aidée à relever la tête. Ce jour-là, elle est ressortie du palais présidentiel la tête haute.

Comment analysez-vous la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta et son remplacement par une junte militaire ?

Je ne suis pas sur place, au Mali, pour émettre un jugement fondé. En tout cas, mon affection va vers le président IBK.

Comment expliquez-vous que le sentiment anti-français soit de plus en plus prégnant au Mali ?

Cette question doit être posée aux Maliens de l’intérieur, qui trouveront les mots justes. Je dirais cependant que ce sentiment va bien au-delà du Mali, c’est un problème africain.

Dans l’une de ses chansons, Tiken Jah Fakoly exprime une idée très forte et très juste : « L’Afrique a pris son indépendance, mais la France a donné la photocopie [aux Africains] ». Tiken Jah a raison : il faut que les pays africains récupèrent l’original de leur indépendance. Et c’est ce qui est en train de se construire. J’y crois, car nous avons aujourd’hui une jeunesse qui avance et qui n’a plus peur.

En quelques années, vous êtes devenue l’un des porte-drapeaux de l’antiracisme en France, aux côtés de figures telles que Lilian Thuram, Rokhaya Diallo, Aïssa Maïga ou Françoise Vergès. Quel regard portez-vous sur leur combat ?

Je ne me vois pas comme une porte-parole ou un porte-drapeau. Je ne veux pas tomber dans ce piège que l’État a tendu ces vingt dernières années : nous enfermer dans le statut de porte-parole. C’est une manière de mettre en sourdine la parole des autres.

Je suis juste la sœur d’Adama Traoré et je me bats pour demander la vérité et la justice pour lui. Je ne suis pas une porte-parole, mais, avec le nom de mon petit frère, si je dois renverser tout un système je le ferai. Je veux qu’on parle de mon frère dans vingt ans, dans cinquante ans, qu’on sache qu’il y a eu un combat en France et que ce combat a contribué à la survie d’hommes issus de l’immigration.

En tant que citoyenne française musulmane, mais aussi en tant que militante, qu’avez-vous pensé du discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme ?

Je le prends comme une victoire. Il survient après les marches du 2 et du 13 juin 2020. C’était la première fois qu’il y avait autant de monde dans la rue, sans distinction d’âge ni de couleur. Le président Macron a peur, car il voit qu’il se passe quelque chose en France qu’il ne contrôle pas. Et qu’il doit agir pour faire reculer ce peuple, ce mouvement du Comité Adama qui a été très suivi.

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EN PARLANT DE SÉPARATISME, LE PRÉSIDENT MACRON MONTE LES FRANÇAIS LES UNS CONTRE LES AUTRES

Il veut diviser pour mieux régner. Il construit donc un « séparatisme », ou du moins il en parle, sans doute pour faire en sorte qu’on n’évoque plus certains sujets et en réaction à ces marches successives où est dénoncé le racisme. Il monte les Français les uns contre les autres, une religion contre une autre, certaines couleurs contre d’autres.

Cela montre la défaillance du pays dans lequel on vit. Un pays sans justice ni équité est un pays qui appelle à la révolte. Le peuple français est au bord de la révolte, et cette révolte est légitime.

Vous êtes mère de trois enfants. Avez-vous peur pour eux ?

Bien sûr. Et je ne suis pas la seule : demandez aux parents issus de l’immigration combien de fois ils appellent leurs enfants quand ceux-ci tardent à rentrer à la maison et ce qu’il leur passe par la tête à ce moment-là. D’ailleurs, le plus souvent, leur réflexe est d’appeler le commissariat. Demandez-vous pourquoi.

Il faut voir comment on cherche nos fils dehors parce qu’on a peur dès qu’on ne les voit pas rentrer. C’est une peur qui dépasse les craintes habituelles d’un parent : une peur de cette police qui, par son comportement, loin d’insuffler un sentiment de sécurité et de protection, fait craindre le pire. On se dit que nos enfants ont peut-être croisé un policier violent, un policier raciste.

Aujourd’hui, je suis là pour protéger mes garçons. Qu’en sera-t-il à l’avenir ? Quelqu’un peut-il me garantir que leurs droits seront respectés ? Qu’ils seront en sécurité et qu’ils auront le travail qu’ils méritent, à la hauteur de leurs compétences ? Aujourd’hui, il est très compliqué en France d’avoir un job à sa juste valeur quand on est Noir ou Arabe.

Un grand nombre de personnes se sont rassemblées le 6 juin 2020 place de la Concorde,à Paris, pour dénoncer les violences policières en France,
réclamant justice pour Adama Traoré, justice pour tous et brandissant des pancartes Black Lives Matter.

Quand on est issu de l’immigration, on a deux fois plus de chances de mourir ou de subir une violence qu’un homme blanc ou qu’une femme blanche. Mes enfants savent comment Adama est mort, dans quelles conditions. Je leur explique qu’ils ne doivent jamais accepter une injustice, mais qu’ils doivent faire plus attention que d’autres, parce qu’ils sont noirs et qu’ils peuvent être soumis à un contrôle d’identité.

Il faut avoir un discours de prévention, pour que les jeunes issus de l’immigration sachent comment réagir face à un contrôle de police, même s’ils ne sont pas dans une situation irrégulière : « Reste calme, ne cours pas, n’oublie pas de sortir avec tes papiers… » Je suis une femme noire, je ne sors jamais sans mes papiers, même pour aller à la boulangerie.

Selon vous, les Noirs et les Arabes ne sont pas en sécurité en France ?

Je veux que le monde entier sache qu’il existe un pays qui se dit démocratique, où des gens meurent car ils sont noirs ou arabes ou issus de l’immigration. Ce pays, c’est la France. Le monde entier doit savoir que les Noirs et les Arabes n’y sont pas en sécurité. Oui, les Noirs, les Arabes, les personnes issues de l’immigration ou des communautés sont en danger… Ils meurent régulièrement du fait des violences et des coups de cette police extrêmement raciste.

À votre avis, existe-t-il un racisme anti-Blanc ?

Pourquoi, à chaque fois qu’on évoque le racisme anti-Noir et anti-Maghrébin, se croit-on obligé de l’opposer à un racisme anti-Blanc ? Pourquoi, à chaque fois qu’un Noir, un Arabe ou une personne issue de l’immigration rencontre un problème, faut-il tout de suite l’opposer à un problème rencontré par un Blanc ? C’est comme si on justifiait encore le racisme qu’il y a envers nous.

Pourquoi ce racisme doit-il être justifié ? Il est là, il faut que la France l’assume. On ne peut pas justifier le comportement discriminatoire et raciste envers les populations issues de l’immigration par le racisme anti-Blanc.

Au Maghreb, les migrants subsahariens sont parfois confrontés à un racisme virulent, peut-être pire qu’en France…

Bien évidemment, ce racisme au Maghreb est inadmissible, intolérable. Des femmes noires sont violées, maltraitées, des hommes bafoués dans leurs droits les plus élémentaires… C’est inacceptable. Mais, au-delà de ces mots, il faut penser à des moyens concrets pour que cesse cette violence.

Envisagez-vous de vous engager en politique ?

Pour le moment, je suis encore dans le combat pour mon frère. Aujourd’hui, ma vision [de l’avenir] va jusqu’à la mise en examen [des gendarmes]. On verra le moment venu, quand ils auront été condamnés et que la vérité éclatera. « L’après » se construira tout seul.

Cinéma – Claire Diao : « Une reconnaissance à l’international n’ouvre pas forcément de portes en Afrique »

| Par 
Mis à jour le 15 septembre 2021 à 10h22
Claire Diao à Paris, le 1er septembre 2021.

Claire Diao à Paris, le 1er septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA

À 35 ans, cette passionnée franco-burkinabè s’est imposée comme une personnalité importante du septième art africain. Elle livre à « Jeune Afrique » son regard sur la nouvelle génération de cinéastes et sur les défis qu’elle aura à relever.

Le réalisateur Joël Akafou en Côte d’Ivoire, la documentariste nigérienne Amina Abdoulaye Mamani, la réalisatrice Iman Djionne au Sénégal… Ces noms ne disent peut-être rien aux non-initiés, mais ils sont possiblement les visages du cinéma ouest-africain de demain. À condition de soutenir la production et la réalisation de films imaginés par ses nouveaux talents, et à les faire connaître à un large public. C’est la mission que s’est assignée la Franco-burkinabè Claire Diao.

À 35 ans, cette passionnée de cinéma est membre de plusieurs comités de sélection de festivals – dont la Quinzaine des réalisateurs de Cannes – directrice de la société de distribution Sudu Connexion et responsable d’un programme de courts métrages lancé en 2013, Quartiers lointains. C’est d’ailleurs à l’occasion de la diffusion à Paris de la sixième édition du programme, intitulé cette année Afrofuturistik, que nous la rencontrons début septembre pour évoquer les défis et les opportunités des jeunes cinéastes de la sous-région.

Formation, besoin urgent d’un système de distribution des films organisé, diversité nécessaire des comités de sélections des festivals… Claire Diao réfléchit pour Jeune Afrique aux meilleurs leviers pour dynamiser la production dans la sous-région et favoriser l’émergence de talents.

Jeune Afrique : Vous présentez la sixième édition de Quartiers lointains, sous le signe du futur. Qu’ont en commun les cinq films que vous présentez ?

Claire Diao : Quartiers lointains est une collection de courts métrages de la diaspora ou du continent qui répondent chaque année à une thématique différente. Le but, c’est de rendre le lointain plus proche et de révéler les points communs plutôt que les différences. Cette édition est parrainée par la créatrice sénégalaise Selly Raby Kane, qui travaille sur la notion d’afrofuturisme à travers ses créations.

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« BLACK PANTHER » RESTE UNE VISION AMÉRICAINE DE L’AFRIQUE

Nous sommes partis d’un constat : le film Black Panther a fait parler énormément de l’Afrique, et ce parce que le film présente un super-héros noir, qu’il a dépassé le milliard de dollars de recettes… Mais ça reste une vision américaine de l’Afrique. On voulait proposer les points de vue de cinéastes ou d’artistes africains, voir comment eux se projetaient dans le futur, quelle était la représentation du continent par rapport à cette thématique de science-fiction.

Comment faire émerger de jeunes cinéastes dans la sous-région ?

Il existe pour cela des programmes d’accompagnement de jeunes cinéastes, à l’échelle nationale ou continentale, comme le Talents Durban, en partenariat avec la Berlinale, auquel j’ai moi-même participé en 2012. Ce type d’initiative répond à l’envie de réunir de jeunes talents en fonction de leurs projets, de leurs envies et de les accompagner. Ils sont suivis, travaillent leur projet qu’ils pitchent à d’autres professionnels. Les festivals sont les premiers lieux où les cinéastes peuvent être soutenus et reconnus.

Les États font-ils preuve d’initiatives ?

Certains États financent aussi le cinéma ou créent des appels à projets pour soutenir certains artistes. Le Sénégal a le Fopica (Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle), dont la mise en place semble lié à l’Étalon d’or d’Alain Gomis pour son film Tey (2012), le Togo a un Fonds d’aide à la culture. On a aussi beaucoup parlé du milliard de francs CFA mis sur la table par le Burkina Faso lors du dernier Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou)  pour soutenir la production et espérer avoir des films burkinabè en projection au festival.

On peut également citer le festival Koudougou Doc, créé par le réalisateur Michel K. Zongo, qui organise tous les ans des festivals de documentaires et des ateliers de prises de vue ou de son avec de jeunes autodidactes qui ont envie de faire du cinéma.

La sous-région offre-t-elle des opportunités de formation suffisantes ?

Il y a de plus en plus d’écoles de cinéma sur le continent. On peut citer le Centre Yennenga au Sénégal, l’institut Isis (Institut supérieur de l’image et du son) de Gaston Kaboré au Burkina Faso, l’Isma (l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel) au Bénin, l’Esec (l’École supérieure des études cinématographiques) au Togo…

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BEAUCOUP DE JEUNES CINÉASTES SOUFFRENT D’ÊTRE EMPÊCHÉS PAR LEURS AÎNÉS

Au-delà de l’école, il faut interroger l’enseignement proposé et les enseignants attitrés. Il y a des établissements où les élèves sortent avec très peu de bagages et de connaissances, une culture cinématographique trop fragile. Depuis 2011, le Fespaco a une section dédiée aux films des écoles, une belle opportunité pour les jeunes de rentrer dans le grand bain du cinéma.

Vous citiez l’exemple d’Alain Gomis au Sénégal. Est-ce que le succès de certains films peut propulser de jeunes professionnels ?

Oui ! Cette année, c’est le Sénégal qui est à l’honneur au Fespaco (du 16 au 23 octobre). Le pays accueille aussi énormément de séries télévisées et de tournages. Mais pour les professionnels, même une reconnaissance à l’international n’ouvre pas forcément plus de portes à leur retour au pays. Certains font des métiers à côté pour joindre les deux bouts, ils ne peuvent pas compter sur le soutien de leur famille… La vie d’artiste, c’est compliqué !

Une des principales difficultés, c’est la non-reconnaissance. C’est déjà tellement dur pour les aînés, que faire de la place pour les plus jeunes, c’est encore plus compliqué. Certains n’ont aucun souci à transmettre leur savoir, mais d’autres peuvent avoir l’impression d’être chassés de la scène ou remplacés, et beaucoup de jeunes cinéastes souffrent d’être empêchés par leurs aînés.

À travers votre société de distribution, vous essayez de faire connaître les films africains au public. Pourquoi est-ce que ce secteur de l’industrie du cinéma reste sous-développé ?

Dans les années 1970-1980, une fédération panafricaine de cinéastes avait créé un consortium international de distribution, et une société implantée à Ouagadougou qui était censé générer des fonds de tous les pays de la sous-région pour produire des films. Tout cela a périclité car les États ne finançaient pas la culture.

La distribution a été pendant longtemps le monopole des sociétés monégasques Comacico et Secma. Au moment des indépendances, le duopole a refusé de fournir les salles en films pour protester contre la nationalisation des cinémas. Ajoutez à ça le délitement des salles de cinéma, l’avènement de la télévision, la piraterie… Les salles de cinéma sont devenues des magasins, des lieux de stockage, même des églises. Le métier de distributeur a disparu en même temps. C’est fort dommage parce que le critique de cinéma tunisien Tahar Cheriaa disait déjà en 1996 : « Qui tient la distribution tient le cinéma. »

Le secteur peut-il se développer ?

J’ai monté Sudu Connexion à la suite des succès de Quartiers lointains, quand je me suis rendue compte qu’il y avait un public. C’est un travail de fourmi énorme de faire rencontrer les œuvres, le public et les diffuseurs, mais quand ça a lieu, c’est magique. En Afrique de l’ouest, tout le monde est habitué à la diffusion non commerciale. Sous prétexte qu’il n’y a pas d’argent, on suppose que les réalisateurs devraient être contents que leur œuvre soit diffusée. Mais non ! Au-delà d’être une œuvre artistique, le film est un produit, avec un tarif qui peut être négocié.

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C’EST DIFFICILE DE SE POSITIONNER, D’ASSUMER, D’AUTANT PLUS EN TANT QUE FEMME, DANS UN MILIEU TRÈS MASCULIN

L’argent doit rentrer dans les caisses pour que le producteur puisse aussi financer d’autres œuvres. Il faut faire de la pédagogie avec les organisateurs de festivals ou les auteurs eux-mêmes, qui signent des contrats sans avoir jamais rien lu et qui ne savent même pas ce qu’ils ont cédé, et à qui, souvent par manque de formation juridique. Les distributeurs sont avides de films, de rencontrer de nouveaux auteurs, il y a juste une méconnaissance du travail qui est fait. Un réalisateur ne peut pas être aussi producteur ou distributeur, comme ce qui se fait dans les cinémas d’Afrique. La distribution c’est un peu un western, un terrain vierge ou tout reste à faire, mais quelle fierté quand on reverse des droits ou des recettes aux producteurs et aux réalisateurs, qui se rendent compte que leur film a une valeur, un public et rencontre un certain succès. Là on se sent vraiment utile.

Votre jeune âge a-t-il était un obstacle dans votre carrière ?

C’était une hantise à mes débuts. Il y a un tel respect des aînés dans notre culture que c’est difficile de se positionner, d’assumer, d’autant plus en tant que femme, dans un milieu très masculin. Mais c’est la passion qui me guide. J’ai débuté comme journaliste parce que je trouvais que les œuvres gagnaient à être connues. J’ai basculé vers les présentations de films, les sélections dans les festivals, puis j’ai réalisé que ce qui manquait, c’était la distribution. Peut-être que je me rendrais compte plus tard que quelque chose d’autre manque et j’ajouterai une autre corde à mon arc.

La diversification des comités de sélection est-elle un autre levier propice à l’émergence de nouveaux talents ?

Il y a une envie mondiale de découvrir le futur Scorsese, le futur Abbas Kiarostami. C’est la guéguerre entre les grands festivals qui veulent tous être les premiers à dénicher un nouveau talent. En même temps, c’est important d’avoir des programmateurs avec des sensibilités différentes pour éviter l’entre-soi et présenter des films différents.

Il y a un attrait pour les jeunes cinéastes et les nouvelles têtes. Comment racontent-ils leurs histoires, quels films proposent-ils ? À partir de là se dessine un nouveau paysage. Mais il serait regrettable de n’avoir qu’une envie de jeunisme. Quand l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) décide de mettre fin à son aide aux cinéastes à partir de leur cinquième film, sachant que les États ne soutiennent pas la production de longs métrages de fiction, comment peuvent-ils s’en sortir ? Doivent-ils s’arrêter, changer de carrière ? J’espère que cette envie de découverte de jeunes auteurs ne se limitera pas à une première ou à une deuxième œuvre. Il faut vraiment les accompagner sur le long terme et plus un cinéaste est mûr, plus il aura des choses intéressantes à dire.

Kiye2019
L’hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°07. Retour sur les textes du dimanche 12 septembre 2021, 24 ème dimanche du Temps ordinaire année liturgique B : Rendez-vous avec les amis de Dieu
Textes du jour :
Première Lecture : Isaïe 50, 5–9
Deuxième Lecture : Jacques 2, 14–18
Évangile : Marc 8, 27–35
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayès au Mali.
«Que dit-on du Fils de l’Homme? Ils lui répondirent : Pour les uns tu es Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, l’un des prophètes.» (Mc 8, 27-35)
Bien-aimés dans le Seigneur, le numéro 7 de notre hebdomadaire de la paroisse de Nioro portera sur la difficulté des disciples à avoir une idée claire et distincte sur leur Maître. Les réponses que les disciples donnent à cette question de Jésus nous montrent que l’homme est une excédentarité inclôturable. Vouloir l'enfermer dans un _isme_ serait détruire le mystère même de l’homme. Car, comme le stipulent les philosophes, « toute détermination est une négation ». Revenant sur l'Evangile de ce 24 ème dimanche, nous voyons combien, et les disciples et les autres gens avaient tous, des difficultés pour dire exactement ce qu’était le Fils de l'Homme, faute d’une idée claire et distincte sur le Maître. Et nous, pourquoi nous pemettons-nous de dire des choses sur les autres comme si nous avions des idées claires et distinctes sur eux ? Les connaissons-nous vraiment pour nous le permettre?  Et nous qui apprenons des racontars sur nous, pourquoi nous étonner de cela si nous devons rappeler que le Seigneur a connu cela dans sa vie? Pourquoi nous lamenter de ce que les gens disent de nous ?  Je pense que les accepter comme une croix à la suite du Christ, le premier qui a souffert  tout cela, lui sur qui les gens avaient des idées ni claires ni distinctes, des idées autres que du serviteur souffrant;  accepter tout cela nous configure davantage au Christ. Voilà une consolation qui  est en même temps une conviction  qui nous réconforte devant les situations angoissantes de cette vie. Le prophète Isaïe dans la première lecture de ce jour rassure que cette endurance et cette persévérance devant les situations angoissante tout en ayant confiance en Dieu, permet à ce dernier de prendre notre revanche (Is 50, 5-6). 
Bien-aimés dans le Seigneur,  comme nous le savons et avons l'habitude de le dire, les pensées de Dieu ne sont pas pareilles à celles des hommes. Ce que Jésus reproche à Saint Pierre dans l'évangile de ce dimanche. Cela apparaît clairement dans ces interrogations que Jésus pose à ses disciples: aux dures des gens, qui suis-je ? Les réponses sont diverses. Chacun à une idée propre à lui sur le Fils de l'homme! Est-ce une "idée claire et distincte " comme chez René Descartes ? Je ne pense pas. La preuve en est la description que Jésus fait de lui-même bat en brèche toutes les appréhensions des disciples. Peut-être que tu te fais toi aussi, une idée quelconque sur le Fils de l'homme, sur ton prochain. Alors attention ! Peut-être que ce n'est pas une idée claire et distincte qui peut fausser toutes les données et compromettre tout le système. 
Ironie du sort ! Jésus ne se laisse pas prendre par tout ce que les disciples rapportent de ce que les gens disent de lui. Il a à l'esprit l'accomplissement de la mission qu'il a reçu de son Père ainsi que le chemin par lequel cette mission doit s'accomplir: la passion. Ce que Pierre ne veut pas entendre:" qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens,
les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite." Le comble est que souvent nous nous inquiétons trop de ce que les gens peuvent dire de nous; nous avons plus peur du regard des hommes plutôt que de celui de Dieu. Ceci dit, notre mission reçoit un coup. Nous passons à côté de l'essentiel, nous ratons notre cible. Seigneur, accepter que les gens racontent parfois des faussetés sur nous, n'est-ce pas cela également pour nous, prendre notre croix et nous mettre à ta suite? Toi qui as subi la rage meurtrière de ces grands prêtres, toi qui as été victime de leur complot et de leur machination. Sans proférer des menaces, tu t’étais laissé faire pour ressusciter le troisième jour. Oui, nous pouvons nous aussi rencontrer des cas pareils où nous nous retrouverons victime des calomnies, du complot, etc. Les endurer sans vouloir venger est un témoignage de foi digne de ce nom et nous configure au Christ. C’est là l’enjeu de la deuxième lecture où Saint Jacques nous invite au témoignage de foi, lorsqu’il nous demande de poser des actes qui témoignent de la foi. (Jc 2, 14-18).
Puisse le Seigneur nous donner la force de supporter les contradictions et les intrigues des hommes de notre temps sans vouloir venger. Tout cela nous configure au Christ, la première victime des intrigues de ses contemporains. Car, si les gens n’ont pas eu une idée claire et distincte de lui, qu’en sera-t-il de nous ? «… Il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres... qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » (Mc 8, 27-35). C’est vous qui en êtes les témoins.
Le Seigneur soit avec vous !
✍🏽 Père KIYE M Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigeria… Ils ont moins de 40 ans
et prennent les affaires en main en Afrique de l’Ouest

Mis à jour le 14 septembre 2021 à 11h26
De gauche à droite : Hafou Touré-Samb, Prudence Ogatcha, Oyindamola Johnson, Issouf Nikiema, Laureen Kouassi-Olsson, Jean-Luc Agboyibo

De gauche à droite : Hafou Touré-Samb, Prudence Ogatcha, Oyindamola Johnson, Issouf Nikiema,
Laureen Kouassi-Olsson, Jean-Luc Agboyibo © MONTAGE JA : HTS Partners ; DR ; François-Xavier Freland pour JA ; Vincent FOURNIER/JA

 

En politique ou dans le sport, au sein d’un cabinet de conseil ou dans la finance, ils ont fait de l’audace et de l’ambition les moteurs de leur trajectoire. Portraits de ces hommes et de ces femmes qui, de Niamey à Abidjan, ont décidé de ne pas attendre qu’on leur fasse une place.

En Afrique, les seniors sont redoutables. On loue leur sagesse, mais ce sont leurs ego qui souvent s’illustrent. Et quand ils tiennent les rênes, difficile de les leur faire lâcher. Au sein des gouvernements, tout en haut de l’ordre protocolaire, avoir 60 ans ou presque est un minimum. Romuald Wadagni, ministre d’État chargé des Finances au Bénin, 45 ans, et Antoine Diome, ministre de l’Intérieur du Sénégal, 47 ans, font en la matière figures d’exception, tout comme le colonel malien Assimi Goïta, 38 ans, qui en prenant le palais de Koulouba façon panzer participe à sa manière au renouvellement de la classe dirigeante.

« Patiente comme nous avons patienté », semblent dire dans leur ensemble les élites ouest-africaines à la jeunesse. Car dans les entreprises, en dehors des multinationales, qui imposent des limites d’âge à leurs cadres, le régime est le même. Les héritiers n’ont en la matière pas davantage de privilège et doivent bien souvent attendre le décès de leur géniteur, ou quasiment, pour enfin diriger les affaires familiales.

Une révolution mentale nécessaire

Pourtant dans les rues, la jeunesse saute aux yeux. Elle est partout. Un Ouest-Africain sur deux a moins de 18 ans et la plupart vont vivre de petits jobs mal payés, rêvant devant Instagram de Ligue des champions et de star-system. Moins de 5 % des élèves entrés à l’école primaire poursuivent leurs études après le bac et il manque chaque année des millions d’emplois formels pour intégrer les actifs qui arrivent sur le marché du travail. Politiques et décideurs économiques doivent faire bien plus pour que le continent ne se transforme pas en bombe démographique.

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UN OUEST-AFRICAIN SUR DEUX A MOINS DE 18 ANS ET LA PLUPART VONT VIVRE DE PETITS JOBS MAL PAYÉS

Augmenter les budgets de l’éducation, faciliter l’accès aux formations professionnelles et continues, stimuler la création d’entreprise, mais aussi faire évoluer les mentalités et partager les responsabilités. Plutôt que de cantonner tous ces « petits » aux tâches ingrates, leur faire la courte échelle, pour qu’ils et elles puissent, plus qu’aujourd’hui, apporter leur contribution au décollage du continent.

Une révolution mentale, qui passe par la valorisation de nouveaux modèles. Dans le monde des affaires, de l’éducation, de la politique, ils sont un certain nombre, malgré tous les obstacles, à parvenir avant 40 ans à briser le plafond de verre et prendre les choses en main. Des parcours inspirants pour les jeunes et les moins jeunes.

• Issouf Nikiema, remuant député-maire de Komsilga

Issouf Nikiema. © DR

 

Élu fin 2020 au Parlement, le natif de la commune de Komsilga, autodésigné représentant de la jeunesse, gravit les échelons en politique. À seulement 32 ans, Issouf Nikiéma a brisé tous les plafonds de verre qui obligent souvent les jeunes à attendre la quarantaine pour prétendre aux premiers rôles.

Titulaire d’un simple certificat d’aptitudes professionnelles en géotechniques, le natif du village de Sabtoana, dans la commune de Komsilga, située au sud de Ouagadougou, est aujourd’hui à la tête de l’entreprise de construction et de vente de matériaux ENIF-BTP impliquée sur une vingtaine de chantiers et dont le chiffre d’affaires dépasse un milliard de F CFA. Surtout, il a été élu en fin d’année député et siège désormais à l’Assemblée nationale.

« Je me suis lancé dans le commerce général et en même temps je soutenais financièrement mes aînés engagés en politique. Je suivais avec l’idée que le moment venu, je passerai en première ligne », explique-t-il. Remarqué pour son engagement, les choses s’accélèrent en 2016 lors des élections municipales. Certains habitants de son village le sollicitent pour porter leurs doléances et il intègre la liste des candidats de l’Union pour le changement, le parti de l’opposant Zéphirin Diabré en vue de devenir conseiller municipal.

La campagne est un succès. L’UPC décroche 26 sièges sur 71 et se classe second derrière le MPP au pouvoir. « À ma grande surprise, les conseillers du MPP m’ont proposé le poste de maire et à l’issue du vote du conseil municipal, je suis devenu maire de Komsilga. Un choix gagnant pour la commune puisqu’il est parvenu depuis à tripler son budget, le portant à plus d’un milliard en 2020, grâce à une meilleure collecte des impôts et taxes locaux, notamment sur le foncier.

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À L’ASSEMBLÉE, JE ME CONSIDÈRE COMME LE REPRÉSENTANT DES JEUNES

Ces ressources ont permis à la mairie de financer la construction d’écoles, de centres de santé dans les 36 villages qui forment Komsilga. Sa performance a été primée par le prix COPEGOL cette année récompensant ses efforts en matière de bonne gouvernance.

Troquant son costume d’édile contre celui tantôt de footballeur, tantôt de cycliste lors des manifestations sportives organisées par la mairie, Issouf Nikiema n’entend pas dormir sur ses lauriers. Président, au sein de l’UPC, des jeunes de la province du Kadiogo, Issouf Nikiema s’est imposé face à d’anciens ténors de son parti comme Nathanaël Ouedraogo pour se présenter aux élections législatives fin 2020.

« À l’Assemblée, je me considère comme le représentant des jeunes et ne manque pas l’occasion de le rappeler ». Conscient que c’est en gravissant les échelons qu’il pourra appliquer ses idées, le jeune maire déborde d’ambition et s’imagine déjà dans la peau d’un maire d’une grande commune, voire de ministre de la Jeunesse.

• Oyindamola Johnson, un pont entre Harvard et Niamey

Oyindamola Johnson. © François-Xavier Freland pour JA

Responsable depuis janvier 2020 de l’African Development University (ADU) situé à Niamey, le Nigérian s’appuie sur son expérience en management et en innovation sociale acquise en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique.

Il a grandi au sud du Nigeria, a habité en Afrique du Sud, aux États-Unis. Il aime écrire, jouer des airs de Beethoven au piano, écouter de la soul. « Je suis un citoyen du monde, résume-t-il. J’ai grandi avec des livres autour de moi… Mes parents étaient des gens cultivés et éduqués. Je suis Yoruba avant tout, et chez nous, l’éducation, la culture, l’ouverture d’esprit sont au cœur de tout. » C’est sans doute parce qu’il a eu plus de chances que certains que Oyindamola Johnson a mis sa vie au service de l’éducation des plus démunis. À 38 ans, il dirige désormais l’African Development University (ADU) fondée en octobre 2017 à Niamey.

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MON BOULOT EST DE FORMER LES LEADERS NIGÉRIENS POUR STIMULER L’ENTREPRENEURIAT LOCAL, TIRER LE PAYS VERS LE HAUT

Cette « high school », parrainée par Harvard, accueille près de 200 étudiants par an, triés sur le volet, motivés surtout, en leur offrant gratuitement un enseignement qui se veut digne des meilleures universités américaines. « Coaching, leadership, training », toutes les formations sont en anglais. « J’ai choisi le Niger, car je trouve le défi plus stimulant dans un pays en développement, où il y a tout à faire. Après, ce pays n’est pas si éloigné de mon Nigeria natal, je m’y suis très bien adapté, malgré l’obstacle de la langue. Mon boulot est de former les leaders nigériens pour stimuler l’entrepreneuriat local, tirer le pays vers le haut. »

Diplômé entre autres d’un MBA à la très prestigieuse Quantic School of Business and Technology de Washington, Oyindamola Johnson a une longue expérience de conseil en management, gestion de projet et développement de carrière, acquise au service de plusieurs organisations internationales (Africa Careers Network en 2019, Atlas Corps en 2016) et de l’entreprise nigériane Red Media Africa (2018), spécialisée en conseil d’entreprise.

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LE LEADERSHIP, C’EST D’ABORD ÊTRE LEADER DE SOI-MÊME. ENSUITE, ON LE DEVIENT POUR LES AUTRES

Depuis qu’il a pris la tête d’ADU en janvier 2020, Oyindamola Johnson a mis l’accent sur la formation des femmes qui représentent désormais 70 % des élèves de l’université, « car au Niger elles ont encore un accès limité à l’enseignement ». ADU aspire à devenir un véritable « hub de l’innovation » et la meilleure université d’Afrique de l’Ouest. Quand il dispense ses cours, Oyindamola Johnson insiste sur le secret de la réussite : « Le leadership, c’est d’abord être leader de soi-même. Ensuite, on le devient pour les autres…  C’est le message que j’enseigne aux jeunes », conclut-il non sans fierté.

• Jean-Luc Agboyibo, viser juste

Jean Luc Agboyibo. © DR

Le Togolais de 35 ans, fervent défenseur de l’entreprenariat social, travaille désormais pour la Ligue africaine de basketball, et veut faire du sport un outil de développement comme les autres.

Il n’est pas rare que des observateurs sceptiques interrogent Jean-Luc Agboyibo sur la pertinence de ses projets. Ce passionné de basket a créé en 2013 une association qui fait la promotion du sport au Togo et en Côte d’Ivoire, et accompagne près de 5 000 jeunes joueurs, garçons et filles. Ne vaudrait-il pas mieux, demandent-ils, assurer les besoins des communes en eau, ou en électricité, plutôt que de construire des terrains de basket ?

« Pas du tout, répond Jean-Luc Agboyibo. Le meilleur moyen d’aider les gens, c’est de créer un espace pour qu’ils s’aident eux-mêmes. » Le jeune Togolais croit dur comme fer aux vertus du sport comme espace communautaire et comme cadre de vie pour les jeunes – ce qui fut le cas pour lui. « Si je décide de construire un terrain de basket dans la région d’où vient mon père, c’est aussi pour moi que je le fais », ajoute-t-il, lui qui assure « avoir commencé petit tout en rêvant grand. »

À 35 ans, il estime que son jeune âge n’a jamais été un obstacle pour se réaliser. « Au contraire, ceux qui m’ont accompagné ont apprécié mon énergie, mon côté « fou-fou ». » Parmi eux, l’actuel directeur général de la NBA Afrique, le Sénégalais Amadou Gallo Fall. Jean-Luc Agboyibo l’a désormais rejoint aux États-Unis, et s’est éloigné de son projet associatif.

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MON JEUNE ÂGE N’A JAMAIS ÉTÉ UN OBSTACLE. AU CONTRAIRE, CEUX QUI M’ONT ACCOMPAGNÉ ONT APPRÉCIÉ MON ÉNERGIE

Il travaille désormais pour la Basketball Africa League, championnat africain de basket lancé en 2020, dont la première édition s’est tenue à Kigali en mai 2021. Douze équipes africaines s’étaient affrontées lors de la ligue panafricaine.

Responsable de la gestion des partenariats, il rêve de voir le sport participer au changement de l’Afrique. « Il y a toute une économie que l’on peut créer autour du sport, et c’est une formidable porte d’entrée pour développer le continent, assure-t-il. Forcément, ça prend du temps à construire, mais c’est durable. »

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LE MEILLEUR MOYEN D’AIDER LES GENS, C’EST DE CRÉER UN ESPACE POUR QU’ILS S’AIDENT EUX-MÊMES

Né au Togo, Jean-Luc Agboyibo a passé la majeure partie de sa jeunesse en France, où il a fait ses études et débuté sa carrière. Mais dans les années 2010, la circulaire Claude Guéant l’empêche de retrouver du travail. Le jeune professionnel est brusquement renvoyé à ses origines et à sa couleur de peau. Sa confiance en lui vacille.

Aujourd’hui, il raconte volontiers cet épisode de sa vie et n’a pas peur de parler de ses échecs, ni de ses dépressions. Il sait que le mot reste bien souvent tabou sur le continent : « On n’en parle pas, et pourtant ça fait partie du jeu. La santé mentale, c’est une barrière invisible, le dernier levier qui empêche l’Afrique de se réaliser. Il nous faut comprendre nos propres complexes sans être dans la concurrence. Au fond, c’est comme dans le sport : si tu passes ton temps à essayer de rattraper ton retard, tu ne pourras pas te réaliser. »

• Hafou Touré-Samb accompagne les PME de Côte d’Ivoire

Hafou Toure-Samb. © HTS Partners

 

Après un parcours remarqué dans la finance, la jeune ivoirienne de 29 ans a créé un cabinet de conseil en stratégie qui s’adresse aux sociétés africaines.

À 29 ans, Hafou Touré-Samb s’est déjà fait une réputation dans le domaine de la finance. Entrée en 2014 au sein du cabinet Deloitte, elle a ensuite poursuivi sa carrière à l’IFC (Société financière internationale), filiale de la Banque mondiale dévolue au secteur privé, avant de rejoindre il y a un peu plus de deux ans la Banque africaine de développement en tant que consultante.

Passionnée de chiffres, la jeune ivoirienne s’était envolée aux États-Unis en 2008, en pleine crise financière. D’abord passée par la Stony Brook University, elle a poursuivi sa quête de connaissances en décrochant en 2016, en parallèle de son emploi de consultante, un MBA à la Wharton School, école de commerce de l’université de Pennsylvanie. Puis après avoir été une première fois refusée, elle a intégré l’université d’Harvard pour y obtenir l’an dernier un master en administration publique.

Avant même sa remise de diplôme, Hafou Touré-Samb avait décidé de rentrer en Côte d’Ivoire, avec une idée en tête : créer un fonds d’investissement. Mais très vite, elle a réalisé que le besoin se trouvait ailleurs. « Lever de l’argent, une fois que la structure du fonds et l’équipe sont mises en place, n’est plus le souci majeur. La difficulté est de trouver les entreprises dans lesquelles investir », confie-t-elle. 

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C’EST UNE CHANCE DE POUVOIR INFLUENCER L’ÉCOSYSTÈME AU PLUS HAUT NIVEAU

Elle crée donc HTS Partners (Hafou Touré-Samb Partners), un cabinet de conseil en stratégie, qui accompagne les PME. « En Afrique, 80 % des entreprises sont des PME. Mais elles n’arrivent jamais à passer au stade supérieur. Nous identifions donc celles qui ont du potentiel et nous les aidons à se structurer « , explique l’entrepreneure. Hafou Touré-Samb se concentre sur les sociétés dirigées par les femmes, car celles-ci ont accès moins facilement aux crédits, constate-t-elle.  

En 2020, alors que l’économie était ralentie par le Covid-19, HTS Partners a travaillé avec l’agence Côte d’Ivoire PME afin d’aider les entreprises à survivre à la crise. Près de 2 000 personnes y ont pris part au webinar qu’elle a réalisé. Son expertise a également été sollicitée par le ministre chargé de la promotion des PME. « C’est une chance de pouvoir influencer l’écosystème au plus haut niveau », estime-t-elle. 

Son jeune âge est-il une force ou un handicap dans son travail ? « Cela dépend de la personne en face. Lorsqu’elle est ouverte d’esprit, elle vous encourage parce que vous êtes une femme, jeune, ambitieuse, qui est à sa place. Mais dans le système francophone, il faut reconnaître que les cheveux blancs inspirent plus facilement le respect. Ceci-dit je n’ai pas de problème à me faire entendre. Pas question de se laisser marcher dessus. »

• Le pari haut de gamme de Laureen Kouassi-Olsson

Laureen Kouassi Olsson. © Vincent FOURNIER/JA

 

Ex-représentante du fonds Amethis à Abidjan, la financière franco-ivoirienne veut accompagner l’essor du luxe made in Africa. C’est au Pavillon, un des restaurants de l’hôtel Ivoire, que Laureen Kouassi-Olsson nous donne rendez-vous. Vue sur la piscine et les jardins du mythique hôtel au bord de la lagune, plats ivoiriens revisités, il symbolise ce qu’elle souhaite incarner : un trait d’union entre la France et le continent.

Née en 1983, Laureen Kouassi-Olsson a grandi entre la Côte d’Ivoire et la France. Elle fait partie de la nouvelle génération de femmes dont le nom compte dans le secteur financier en Afrique et est membre du conseil d’administration de plusieurs sociétés. « J’ai grandi dans un contexte où il y avait les Programmes d’ajustement structurels et où l’on parlait de dettes. Je me suis dit que mon rôle devait être de contribuer au développement du continent et le principal canal, c’était la finance », explique-t-elle.

Master en management en poche obtenu à l’EM Lyon business school, Laureen Kouassi-Olsson intègre la banque d’affaires Lehman Brothers à Londres au sein de la division fusions et acquisitions. Mais en 2008, la banque fait faillite. C’est la crise financière.

Alors âgée de 24 ans, elle retient de cette expérience que tout peut s’écrouler à tout moment et qu’il faut entreprendre avec humilité. « Je me suis dit qu’il fallait faire de la finance responsable et qu’elle devait avoir un sens. C’est comme cela que je me suis orientée vers Proparco et l’AFD après plusieurs expériences au sein d’institutions financières africaines », confie-t-elle.

Après huit ans au sein du fonds Amethis dont elle a dirigé le bureau régional à Abidjan, elle lance en mars 2021 Birimian Ventures, une société d’investissement dédiée au secteur de la mode et du luxe en Afrique.

« Je me suis rendue compte qu’il fallait changer l’image du continent. Et pour cela, l’un des canaux les plus puissants est celui de la culture et de la créativité car on touche à l’image et à la désirabilité, estime Laureen Kouassi-Olsson. En plus de pouvoir allier ma passion à mon expertise, c’est l’opportunité de se lancer dans un créneau qui sera extrêmement porteur et presque vierge. »

Birimian Ventures investit dans des sociétés déjà rentables ou qui ont le potentiel pour le devenir, totalisant au moins 40 % de leurs ventes déjà à l’international. L’activité de l’entreprise a été lancée avec une phase pilote qui encadre quatre marques. Dans les semaines à venir, dix autres rejoindront son programme d’accélération en collaboration avec l’Institut français de la mode.

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LES SOCIÉTÉS VEULENT AVOIR PLUS DE FEMMES DANS LEURS CONSEILS D’ADMINISTRATION

Au fil des années, Laureen Kouassi-Olsson a su transformer sa jeunesse et son multiculturalisme en atout : « Il m’a fallu travailler deux fois plus pour montrer que j’étais légitime. Mais quand vous y parvenez, vous devenez un objet rare et recherché. Les sociétés veulent avoir plus de femmes dans leurs conseils d’administration. Le fait d’être une femme africaine, jeune avec un bagage d’expertise et de technicité solide dans le secteur financier, a été ma signature », se réjouit-elle.

• Prudence Ogatcha, l’esprit sportif

Prudence Ogatcha. © DR

 

Le Béninois, installé au Nigeria, fait de l’innovation sa motivation première. À 33 ans, Prudence Finagnon Ogatcha, à la tête des opérations de Globbr Co, startup impliquée dans le monde du sport, confirme sa fibre entrepreneuriale. En 2013, il avait créé sa première entreprise, Pliby, une plateforme de musique à la demande destinée à « faire découvrir les artistes en herbes, pas encore connus du grand public ». L’aventure, « exaltante », qui le pousse à s’installer au Nigeria va durer quatre ans.

Créée en 2018, Globbr Co est spécialisée dans la conception, le design, la production et la distribution de vêtements de sports (activewears) et le marketing sportif en entreprise, dans les écoles, voire dans l’armée. « Nous habillons les étudiants pour qu’ils courent avec leur vision, et apportons une éducation physique professionnelle à tout le monde. Notre ambition est la création d’un langage commun pour connecter une équipe à ses fans », explique l’ancien diplômé en fabrication mécanique qui a aussi étudié l’anglais et les technologies de l’information et de la communication (niveau Bachelor of Science) au Bénin.

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LORSQUE QUE VOUS COMPRENEZ QUE LES DIFFICULTÉS SONT DES OPPORTUNITÉS, LA RÉUSSITE VIENT FORCÉMENT AU BOUT DE L’EFFORT

Entré à l’université avec « l’ambition d’en sortir avec un PhD » se souvient-il en souriant, il a finalement été happé par le monde de l’entreprise. En 2021, Globbr Co est l’une des huit premières startups à avoir intégré le programme « Scale to $1M Startups » mis en place en mai dernier par l’institut d’innovation et de commercialisation El Pomar (EPIIC) de l’université de Colorado, Colorado Springs (États-Unis).

Globbr Co est la seule entreprise internationale en dehors des États-Unis à prendre part à ce programme d’éducation et de mentorat sur six mois, ouvert aux entreprises du monde entier, entièrement en ligne où « chaque entreprise travaille à construire une base qui lui permettra d’évoluer vers le niveau de valorisation convoité de 1 million de dollars ». « Globbr Co fait actuellement l’objet de restructuration et de réajustement à la fois organisationnel, conceptuel et opérationnel », explique le jeune Béninois qui rêve d’« extension rapide vers d’autres pays africains grâce à la technologie ».

Seul bémol à sa passion dévorante : l’incertitude. « C’est ce qui caractérise l’écosystème des startups en Afrique ». Mais, rassure-t-il, « lorsque que vous comprenez que les difficultés sont des opportunités, la réussite vient forcément au bout de l’effort ».

Sidya Touré: «La transition doit nous permettre de ne pas être exclus des financements extérieurs»

Sidya Touré, ex-Haut représentant du chef de l'État en Guinée, ancien Premier ministre et président de l'Union des forces républicaines (UFR).

Sidya Touré, ex-Haut représentant du chef de l'État en Guinée, ancien Premier ministre et président de l'Union des forces républicaines (UFR).
 © SIA KAMBOU / AFP

En Guinée, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), invite au retour rapide à un processus démocratique après le coup d’État qui a emporté le président Alpha Condé, dimanche 6 septembre. Parmi les principaux dirigeants de cette plateforme d’opposition et de la société civile, l’ancien Premier ministre Sidya Touré, président de l'Union des forces républicaines (UFR). Actuellement en Côte d’Ivoire, il rentre samedi à Conakry avec l’objectif d’intégrer les concertations annoncées par les nouveaux dirigeants du pays, dont il veut croire en la bonne foi. Il répond aux questions de François Mazet.

RFI : Tout d’abord, avez-vous été surpris de la survenance de ce putsch militaire et de la chute d’Alpha Condé ?

Sidya Touré : Je peux dire « franchement pas ». Simplement, nous l’espérions tellement qu’on se disait que cela n’arriverait jamais. Mais les conditions étaient réunies pour que quelque chose comme ça se passe en Guinée. Avec la mauvaise gouvernance qu’on a eue, la déliquescence des institutions, la division qu’il a instaurée au sein des Guinéens, je pense que tout était prêt pour que l’on se retrouve dans une situation comme celle-là. Nous le regrettons, nous qui l’avons bien connu, on estimait qu’à un moment donné, à la fin de ces 10-11 ans, il aurait vraiment pris conscience de la situation dans laquelle il avait plongé le pays. Mais apparemment, non. Et il était aidé en cela par quelques journalistes alimentaires, des fois même venus d’Occident.

Vous considérez qu’Alpha Condé est le seul responsable de sa situation actuelle ?

Je suis quelqu’un parmi ceux qui connaissent le mieux Alpha [Condé]. Il a jeté aux orties tout ce qui avait été la base, je ne vais pas dire de son combat, mais en tout cas de son militantisme de gauche. Mais ce sont surtout les résultats de cette gouvernance qui ont pesé sur les populations guinéennes qui sont dans une misère absolue. La Guinée est deuxième productrice de bauxite, une des premières réserves mondiales d’or. Mais, si vous allez en Guinée, après avoir exporté pour trois milliards de dollars par an pendant ces dix ans, vous verrez ! Il n’y a pas de pont, il n’y a pas d’hôpital, il n’y a pas une université, il n’y a même pas un stade qu’Alpha a pu construire. Donc, il y avait réellement une cassure entre ce qu’il prônait de son palais là-bas et la réalité quotidienne de nos compatriotes.

Mais n’est-ce pas toujours un constat d’échec pour qui défend la démocratie de voir un dirigeant civil tomber du fait des militaires ?

Absolument, on n’applaudit pas quelque chose comme ça. Mais, c’est effectivement ce constat qu’on doit dire. Mais de prime abord, ce qui peut-être nous rassure aujourd’hui, c’est un peu la personnalité du jeune homme qui est arrivé. Le langage est très clair, il n’est pas trop long (dans ses déclarations), il n’est pas verbeux. Nous estimons que peut-être il a un objectif clair et précis comme il l’a annoncé : mettre en place une structure de transition qui permettra la démocratisation du pouvoir et à des élections libres et transparentes. En tout cas, nous comptons sur cela. Et lors des concertations, nous ferons en sorte qu’il l’entende très bien.

La libération de plusieurs prisonniers est déjà un bon signe signal ?

Absolument. Mais c’était attendu. Lorsque tous ces gens étaient en prison, sans aucune raison valable, 99% d’entre eux n’ont jamais été jugés. Cela a duré des fois plus d’une année, un an et demi. Mais il y avait des gens qui ont été également arrêtés, qui étaient dans un camp à Soronkoni, à Kankan, à 660 kilomètres de Conakry. Donc, nous attendons que ceux-là aussi reviennent.

Quelle forme doit prendre la transition et à quelles conditions vous pourriez y participer ?

La concertation pour qu’on puisse mettre en place un gouvernement de transition, qu’on fasse en sorte que nous négocions quelque chose qui nous permettra de ne pas être exclus totalement des financements extérieurs et de nos rapports avec la Cédéao [Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest] et de l’Union africaine.

Donc, l’Union des forces républicaines (UFR), votre parti, et plus largement le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) doivent participer à ce gouvernement de transition, selon vous ?

Je pense que nous devons tous participer, pas à titre individuel, mais au niveau des partis. S’il y a un gouvernement, nous y participerons, nous le soutiendrons, nous serons dans la concertation pour donner nos points de vue et faire en sorte que ce soit une réussite. C’est cela notre objectif, c’est-à-dire qu’on ait un consensus, une nouvelle Constitution qui ne sera pas loin de l’ancienne Constitution qu’on a eue en 2010. Donc, nous pensons que, sur cette base-là, oui, on arrivera à des élections. Il faut travailler sur le fichier électoral, il faut travailler sur la commission électorale. Ce n’est pas chose facile en Guinée, cela va être l’un des principaux points qu’il va falloir gérer afin que les élections donnent des résultats qui soient acceptables par tous.

Est-ce que vous allez appeler à enquêter sur les morts causées dans les manifestations de l’opposition et à poursuivre les responsables ?

Absolument. Nous sommes prêts à ce que les enquêtes soient menées de ce côté. Nous allons encourager cela, mais nous sommes prêts également à ce que des enquêtes soient menées sur le détournement de deniers publics. L’une des causes de la chute d’Alpha, c’était la corruption généralisée. Il y a de l’argent de l’État qui est sorti dans des quantités inimaginables et qui sont détenues en grande partie par les hauts cadres, les hauts fonctionnaires qui sont là. Et à mon sens, ces audits doivent être menés.

Mais, sur la question de l’impunité, est-ce qu’il ne risque pas d’y avoir des difficultés si certains membres des forces spéciales ont été impliqués dans la répression des manifestations d’opposition ?

J’ai entendu cela, mais personne ne peut dire qu’il y avait ces gens dans les manifestations. Moi, je ne sais pas, honnêtement. Il y a tellement de corps en Guinée. Et il y en a beaucoup plus, les forces spéciales ne représentent que 400 ou 500 personnes, il y a plus de 19 000 personnes qui sont militaires en Guinée. Et dieu seul sait, il y a les « bérets rouges », il y a beaucoup d’autres forces qui ont participé à ces manifestations, et c’est la raison pour laquelle on doit clarifier les choses. Mais, je ne pointe pas du doigt les forces spéciales par rapport à d’autres gens, je n’en ai aucune preuve.

 

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