Témoignages

 

Côte d’Ivoire – Issa Diabaté : « Nous devons revaloriser une approche architecturale locale »

Par  - à Abidjan
Mis à jour le 7 novembre 2021 à 10:18
 


La tour Postel 2001, gratte-ciel de 26 étages, et l’immeuble Caistab (104 m.). Bâtis tous deux dans les années 1980, ces buildings emblématiques de la ville ont longtemps abrité ministères et grandes administrations. © Nabil Zorcot

Moins imprégnée de l’héritage colonial que d’autres villes d’Afrique de l’Ouest, Abidjan abrite quelques monuments ayant su marier les exigences de la modernisation avec les contraintes locales, notamment climatiques. Mais pour l’architecte Issa Diabaté, il manque aujourd’hui un projet clair, mêlant urbanisme et politique de développement.

Issa Diabaté, associé du cabinet d’architecture Koffi & Diabaté Group, est un amoureux de la ville d’Abidjan. Il partage sa passion lors de visites guidées dans des communes de la capitale économique ivoirienne. Dans ses locaux à Cocody, qui allient modernité et économie d’énergie à travers des ouvertures laissant entrer la lumière naturelle dans les pièces, il a accordé une interview à Jeune Afrique. L’occasion pour lui d’évoquer la conservation du patrimoine et la nécessité de revenir à des techniques anciennes plus durables.

Jeune Afrique : Que reste-t-il de l’héritage architectural colonial dans la ville d’Abidjan ?

Issa Diabaté : C’est principalement le choix même du site. Abidjan est un héritage de l’administration coloniale qui a décidé de venir s’y installer après l’épidémie de fièvre jaune à Grand-Bassam. La ville a certainement été sélectionnée à cause de son élévation et de sa ventilation. Le Plateau, où l’administration était installée, a une situation géographique qui permettait de garder un œil sur les indigènes qui, eux, habitaient à Treichville. Il y avait un système de pont-levis au nord du Plateau qui permettait d’éviter une insurrection. C’est à partir de là que se déploie le plan directeur d’Abidjan.

Dans les années 1960, Félix Houphouët-Boigny a voulu tourner la page de l’époque coloniale dans le bâtiment et a remplacé de nombreux édifices coloniaux par ce qui devait projeter l’ensemble du pays dans la modernité à l’époque. Nous avons moins de patrimoine architectural colonial qu’une ville comme Dakar, par exemple. L’image de la construction du palais de la présidence est assez intéressante. On y voit le palais du gouverneur en train d’être démantelé et la présidence en cours de construction sur les ruines de l’ancien bâtiment. C’est le même gabarit, la même taille, le même site, mais l’architecture est complètement différente. Cela illustre bien pour moi la volonté d’effacer l’époque coloniale afin d’entrer dans une époque qui nous est propre.

La Pyramide du Plateau, construite par l’architecte Rinaldo Olivieri, est de nouveau la propriété du gouvernement ivoirien, après un bras de fer judiciaire. Si elle fait partie de l’image de la ville, son avenir est pourtant en danger. Comment la sauver ?

La Pyramide, de par sa forme et sa typologie architecturale, c’est-à-dire brutaliste des années 1970, est vraiment emblématique de la skyline du Plateau. Lorsque l’on regarde les cartes postales de l’époque, c’est elle qui permet de savoir que l’on est à Abidjan. Au-delà de la Côte d’Ivoire, c’est un bâtiment dont on parle dans plusieurs ouvrages architecturaux, car elle reflète l’esprit de cette période.

Mais ce bâtiment ne correspond pas à une logique contemporaine où l’on doit tout valoriser financièrement. Il y a très peu d’espace à l’intérieur et il n’y a donc pas une très forte rentabilité par rapport au foncier sur lequel il se trouve. Pour moi, ce bâtiment doit rentrer dans le patrimoine de l’État afin d’être conservé. Pour cela, il faudrait y amener des fonctions d’intérêt public de type musée ou galerie, pour continuer à l’occuper, l’entretenir et le préserver.

Malheureusement au cours des dernières années, à part quelques actions de l’Unesco à Grand-Bassam et sur les mosquées, on ne voit pas beaucoup d’actions de l’État vis-à-vis du patrimoine architectural. Si l’État n’a pas de vision sur son patrimoine, il est tout à fait capable d’imaginer que c’est un site à valoriser en termes de foncier, comme cela fut le cas pour beaucoup d’autres sites. Il pourrait donc être détruit pour reconstruire quelque chose de plus rentable à la place. Ce qui, pour moi, serait une catastrophe, car l’identité d’Abidjan est très marquée par la Pyramide.

 

Diabate

 

Portrait de Issa Diabaté© JOANA CHOUMALI © Issa Diabaté. © JOANA CHOUMALI

 

Pour vous, l’approche bioclimatique et la durabilité doivent être au centre des préoccupations des architectes dans la conception d’un bâtiment…

Prenons l’exemple de l’immeuble Caistab (Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles). Il date de la fin des années 1960, du début des années 1970, et est l’une des premières tours du paysage abidjanais. Il est aussi l’une des rares tours avec une approche bioclimatique. C’est un bâtiment avec des bardages en aluminium qui permettent de briser le soleil et d’éviter l’ensoleillement direct à l’intérieur des espaces vitrés. Ce sont des principes basiques d’architecture bioclimatiques qui permettent en même temps d’avoir une vue maximale sur la ville. Pour moi, c’est quelque chose qui résonne encore aujourd’hui par rapport à notre intérêt grandissant pour la revalorisation de systèmes simples qui font partie du vocabulaire architectural local.

Lorsque l’on regarde nos espaces traditionnels et la façon dont on construit dans toutes les parties d’Afrique, on remarque que les typologies architecturales sont liées de façon étroite à l’environnement climatique. Au sud de la Côte d’Ivoire, on voit beaucoup de bâtiments avec des lattes en bois, ce qu’on appelle le bambou de raphia, tout simplement parce qu’ils ne sont pas étanches et permettent une ventilation traversante. On n’accumule donc pas l’humidité à l’intérieur des maisons, contrairement aux constructions en béton en ville. Quand on remonte vers des territoires un peu plus secs, on constate l’utilisation de la terre pour l’isolation thermique. Il est très important pour nous d’avoir une approche architecturale qui épouse ces techniques, même si visuellement le résultat ressemble à des choses contemporaines.

ABIDJAN EST EN PLEINE EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE. ET IL Y A UN ÉNORME DÉFICIT DE LOGEMENTS DANS LA VILLE

Mais on a le sentiment, à vous entendre, que ces principes étaient mieux respectés il y a quelques décennies ?

Ce qu’on remarque concernant l’immeuble Caistab, c’est que ce sont des matériaux très durables qui ne se dégradent que très peu. À travers l’utilisation de petites pierres au sol et de petits carreaux fabriqués localement, il y avait une démarche d’expérimentation et de création avec des matériaux dont on dispose. Beaucoup d’éléments, comme les luminaires et les boiseries, ont été spécialement conçus pour le bâtiment. Aujourd’hui, lorsqu’on crée un bâtiment, on pense surtout à optimiser les coûts et on s’oriente vers des matériaux industriels. Il y a aussi une forme de paresse intellectuelle de la part des architectes, dans le sens où il est plus facile d’acheter du carrelage dans un catalogue plutôt que d’essayer de faire revivre une technique ancestrale qui demande beaucoup de recherche et d’expérimentation.

Face à la multiplication des effondrements d’immeubles ces derniers mois, provoquant parfois des morts, le gouvernement a décidé qu’un cabinet d’architecte et un cabinet de contrôle devaient être associés à tous les chantiers. Qu’en pensez-vous ?

Cela ne va pas changer grand-chose dans la problématique. Abidjan est une ville en pleine explosion démographique et il y a un énorme déficit de logements dans la ville. La ville se construit beaucoup plus rapidement qu’il y a quelques années et l’État n’a pas les moyens de se déployer pour la maîtriser. Si 5 % des bâtiments qui se construisent passent par la case « permis de construire », ce sera déjà beaucoup.

Nous subissons encore les conséquences des programmes d’ajustement structurels des années 1980-1990, lorsque l’État a dû se désengager de grands projets de logements. Des quartiers comme la cité des Arts, le lycée technique, la Riviera 1, le Riviera golf, Koumassi, Port-Bouët, etc., qui avaient été initiés avant cela, structurent encore la ville. Il y avait une vraie vision de l’État. Après le désengagement, c’est le privé, motivé par le profit avant tout, qui a pris le relais. La croissance démographique que nous connaissons ces dernières années n’a fait qu’accroître le phénomène.

 

À quel niveau se situe le problème ? Est-il technique ? Urbanistique ?

Pour moi, l’urbanisme que l’on déploie aujourd’hui dans nos villes n’est pas adapté aux situations que nous vivons. On voit apparaître également des quartiers plus ou moins précaires qui vivent en autogestion, où il y a des problèmes d’assainissement, d’inondation, d’effondrement, d’électrification… Il y a toute cette énergie de développement qui existe, mais qui n’est pas canalisée par une vision.

Dans notre démarche en tant qu’architecte, et aussi de plus en plus chez la jeune génération, il y a le besoin de revenir à des échelles humaines. Cela passe aussi par l’apprentissage de l’urbanisme en revisitant le village. Dans un village, la centralité n’est jamais loin. Le chef connaît tous ses habitants et ceux-ci le connaissent également. La gouvernance est plus directe.

L’IDÉE, C’EST DE CRÉER DES CITÉS DANS LESQUELLES ON PUISSE FAIRE L’ESSENTIEL DE NOS ACTIVITÉS À PIED ET À VÉLO SUR UN RAYON DE 3 KILOMÈTRES.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Notre cabinet travaille en ce moment sur divers projets avec le gouvernement béninois. Il s’agit notamment d’une cité administrative, d’une cité ministérielle, d’un bâtiment pour le port et d’un programme de 20 000 logements sociaux et économiques. Les logements sont sur un modèle de location-vente sur dix-sept ans, avec des prix abordables. L’État apporte le foncier et crée les voiries primaires, le reste est supporté par l’opération.

Plus on avance dans notre carrière d’architecte, plus on est intéressé par l’urbanisme. Avec l’urbanisme, on est nourri par d’autres disciplines comme la sociologie, la culture, le développement durable, la mobilité, etc. L’idée, c’est de créer des cités dans lesquelles on puisse faire l’essentiel de nos activités à pied et à vélo sur un rayon de 3 kilomètres. On peut aussi intégrer la création d’énergie à échelle humaine. Pourquoi ne pas créer des champs solaires ou d’autres alternatives uniquement pour cet environnement ? Il est aussi possible de réfléchir à des solutions pour l’agriculture urbaine, la santé, l’éducation, etc. Et après, rien n’empêche de déployer ce modèle à l’infini.

Arnaud Ngatcha : « Il n’y a pas une façon unique d’être noir en France »

Mis à jour le 6 novembre 2021 à 10:09


Arnaud Ngatcha (France) adjoint à la mairie de Paris, en charge des relations internationales et de la francophonie. © Vincent Fournier pour JA

 


L’ACTU VUE PAR… Chaque samedi « Jeune Afrique » invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Adjoint à la maire de Paris en charge des relations internationales et né d’un père camerounais, Arnaud Ngatcha s’attache à incarner une « diplomatie municipale » puissante, bien distincte de celle de l’Élysée.

Élu conseiller de Paris lors du scrutin municipal de 2020, Arnaud Ngatcha a été nommé adjoint en charge des relations internationales et de la francophonie par la maire de la capitale française, Anne Hidalgo. Une nouvelle étape dans la carrière de ce journaliste, documentariste et producteur né à Tourcoing dans les années 1970 d’une mère française et d’un père camerounais.

Passé par Canal+M6 et le groupe France Télévisions, au sein duquel il a été en charge de la représentation de la diversité, il a aussi rejoint le cabinet de l’ancienne championne olympique d’escrime Laura Flessel comme conseiller lorsque celle-ci a été appelée à entrer au gouvernement d’Édouard Philippe, en 2017.

Une première expérience politique pour Arnaud Ngatcha, qui souligne toutefois qu’il n’est encarté nulle part et se considère comme un pur représentant de la société civile engagé, à Paris, dans un mandat local. Porteur de la « diplomatie municipale » de la capitale française, il promeut des sujets qui lui tiennent à cœur : défense des droits de l’homme, féminisme, protection des minorités, aide au développement, défense de l’environnement, lutte contre le racisme et l’exclusion. En octobre, il organisait à Paris la première conférence internationale sur les forêts d’Afrique centrale. Et en ce début du mois de novembre, il a planché sur le déplacement d’Anne Hidalgo à Glasgow, pour la COP26.

Jeune Afrique : Le 4 novembre, vous étiez à Namur, en Belgique, pour représenter Paris à un sommet de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) tandis que la maire de Paris était à la COP26. Quel rôle peut jouer une ville dans de tels événements et face aux enjeux climatiques qui sont, par définition, planétaires ?

Arnaud Ngatcha : Il existe une diplomatie des villes, je sais que certains ont du mal à le comprendre, mais c’est une réalité. La maire de Paris est aussi la présidente de l’Association international des maires francophones et la plupart des grands pays du monde veulent avoir des relations avec Paris, qui est la ville dont le budget consacré à l’aide au développement est le plus élevé au monde, à hauteur de 60 millions d’euros. Nous avons de très nombreux mécanismes d’aide sur la gestion de l’eau et des déchets, l’aménagement urbain… Nous avons signé récemment un accord avec Douala, nos travaillons avec Yaoundé, nous sommes en discussion avec Nouakchott et Niamey.

Comment cette diplomatie « municipale » s’articule-t-elle avec celle de la France ?

Il y a clairement eu un réengagement de l’État auprès de l’Afrique ces dernières années, à travers la vision d’Emmanuel Macron. Une vision qu’on peut partager ou pas, ce n’est pas la question. Mais les actions menées par Paris sont complètement distinctes, nous avons notre petite musique. Nous sommes dans la « coopération décentralisée », notre action est très encadrée légalement et elle est forcément très différente de ce qui peut se passer dans le cadre de relations d’État à État, lesquelles impliquent une dimension de défense et de protection qui, bien sûr, n’entre pas du tout en compte dans notre cas.

Il y a donc une politique africaine de la ville de Paris ?

La relation entre Paris et l’Afrique est très importante. Paris est la première ville de la diaspora africaine en dehors du continent et je crois que, comme toutes les grandes villes, elle est un peu en décalage avec le reste du pays. Paris est métissée, elle est ouverte, c’est un lieu de brassage. Je pense que ce n’est pas pour rien si le Rassemblement national n’a jamais réussi à y percer. Nous avons la possibilité d’avoir notre propre approche avec nos partenaires du continent, et d’éviter certains écueils.

LA FRANCE EST ENCORE TROP SOUVENT CONDESCENDANTE ET MORALISATRICE

Lesquels ?

Je crois que nous ratons beaucoup d’opportunités – par « nous » j’entends la France – à cause de notre attitude encore trop souvent condescendante et moralisatrice. Certains décideurs africains sont fatigués de ce discours et préfèrent passer à autre chose, se tourner vers d’autres partenaires. L’heure est venue de réfléchir à la recomposition de la géopolitique mondiale. Pour revenir aux questions d’environnement et à la COP, par exemple, comment peut-on continuer à dire aux pays en développement, dont la population est en forte croissance, qu’ils doivent restreindre leurs émissions alors que c’est nous, les pays riches, qui avons le plus pollué et continuons à le faire ? Il y a un autre discours, une autre approche à mettre en œuvre.

Anne Hidalgo n’est pas seulement maire de Paris, elle est aussi la candidate socialiste à la prochaine élection présidentielle française. Serez-vous aussi à ses côtés pour ce combat-là ?

Je ne suis pas engagé dans cette campagne. J’ai un mandat local, un portefeuille à gérer, nous avons un rapport de confiance avec Anne Hidalgo, mais pour le moment, je ne suis pas sur cette forme d’engagement. Je ne suis membre d’aucun parti et je n’en ai pas l’envie. Déjà, lorsque j’ai dû décider de me présenter ou non aux municipales, j’avais hésité. Je savais que cela allait me marquer, que j’allais me fâcher avec certaines personnes. C’est en pensant à mon père que j’ai fini par accepter.

Votre identité franco-camerounaise est un sujet important pour vous, vous avez même réalisé un documentaire sur ce que cela signifie d’être noir en France. Vous reconnaissez-vous dans les revendications exprimées ces dernières années par certaines organisations militantes ?

Mon père était un homme noir marié à une Française et occupant un poste à responsabilités, puisqu’il était directeur d’hôpital. Ce n’était pas facile, même si la France n’est pas un pays raciste. Et même aujourd’hui, les personnes venues d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb et occupant des postes importants restent peu nombreux. C’est ce qui m’a amené à m’interroger sur ce que signifiait être noir en France. À me demander pourquoi tant de membres de cette communauté étaient en colère.

Partagez-vous cette colère ?

Je ne la partage pas forcément, mais je comprends d’où elle vient. Je connais les difficultés que rencontrent les noirs en France, je m’y suis heurté aussi. Cette impression que quoi que vous fassiez, quels que soient vos mérites, vous n’arriverez pas à vivre la vie que vous souhaiteriez. Par contre je refuse l’exagération, le communautarisme, une certaine « haine inversée ». Je prône un modèle plus universaliste, ce qui m’a d’ailleurs valu d’être critiqué, parfois insulté. Mais ce que j’ai trouvé intéressant en travaillant sur ce sujet, c’est de constater que certaines personnes se mobilisent sur des questions, en l’occurrence je pense à l’esclavage, qui ne font pas partie de leur histoire.

QUAND VOUS VOUS TROUVEZ FACE À UN RACISTE, PEU LUI IMPORTE D’OÙ VOUS VENEZ. VOUS ÊTES JUSTE NOIR

Que voulez-vous dire ?

Il n’y a pas une façon unique d’être noir en France. Pour simplifier, soit vous êtes issu d’Afrique subsaharienne et votre histoire est liée à la colonisation, soit vous venez des territoires d’Outre-Mer, des Antilles, et vos racines ont à voir avec l’esclavage. Ce qui est intéressant, c’est que tout le monde se mobilise autour de cette question de l’esclavage, y compris des gens dont ce n’est pas l’histoire. Mais en fait c’est facile à comprendre : quand vous vous trouvez face à un raciste, peu lui importe d’où vous venez. Vous êtes juste noir.

kiye2021
L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°16 du lundi 01 novembre 2021. Approche analytique de la Solennité de la Toussaint.
 
Textes du jour :
1ère Lecture: Ap 7, 2-4. 9-14
2 ème lecture : 1 Jn 3, 1-3
Évangile: Mt 5, 1-12a
« Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5,12)
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations depuis la paroisse de Nioro du Sahel dans le diocèse de Kayes au Mali 
Frères et sœurs en Christ, le 01 novembre de chaque année l'église toute entière célèbre la Toussaint. Nous y célébrons un article de notre credo: la foi en la communion des saints. Il s'agit de tous les saints qui, depuis la Vierge Marie, sont déjà passés à la vie éternelle et forment ainsi une unité: ils sont l'Église des bienheureux, de ceux qui, en étant sur cette terre, s'étaient efforcés de vivre les béatitudes, de mettre en pratique ce que Jésus enseigne dans l'évangile de ce jour. Et comme nous le dit la première lecture tirée de l'apocalypse de Saint Jean, ils sont de nos jours, une foule immense que nul ne peut dénombrer. Voilà la joie d'une espérance grandissante qui doit nous habiter. Qui sont-ils réellement ? Pourquoi encore la Toussaint alors que tout au long de l'année nous célébrons déjà des saints ? 
 En effet, s'il est vrai qu'en ce jour, l'église célèbre tous ses enfants qui d'une façon ou d'une autre, s'étaient engagés à vivre les béatitudes de façon réelle, nous les classifions en trois catégories:
1 / Rappelons ici que les saints officiellement proclamés et fêtés tout au long de l'année liturgique le sont à titre de délégués ou représentatifs des tous les autres. La Toussaint est pour tous les autres, premièrement, la fête des saints anonymes, enveloppés du manteau du silence, ceux dont nous connaissons et ne connaîtrons jamais les noms sur terre. Et pourtant ils ont menés une vie exemplaire.
2/ c'est la fête des saints de nos familles, nos ancêtres dans nos généalogie, ces grands parents, parents, amis et connaissances qui, par l'exemplarité de leur vie ont été agréables devant la face de Dieu et jouissent de ses service dans le Royaume des cieux. Nous sommes aujourd'hui les enfants de leurs larmes, de leurs prières et de leur amour. Nous sollicitons leur secours dans la prière afin qu'ils nous obtiennent la grâce d'une vie agréable devant Dieu.
3/ En cette fête du 01 novembre, nous rendons hommage à toutes ces personnes non explicitement chrétiens simplement parce qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion véritable de rencontrer le Christ dans leur vie pour se convertir légalement mais qui, par la qualité de leur humanité, ont trouvé grâce devant Dieu et sont sauvé par le Christ.  Toutes ces personnes que la pression sociale ou un contre-témoignage d'un leader a empêché de se convertir, toutes ces personnes de personnalité fragile que notre témoignage de vie a influencé négativement mais qui sont malgré tout, restés des adeptes du Christ grâce aux étincelles de lumière naturelle qui luit dans leur conscience et les prédispose à des actes de bonté.
Les vénérer en ce jour est une prière efficace qui nous obtient les grâces d'une vie à leur exemple pour qu'une fois notre pèlerinage sur cette terre terminé, nous nous joignons à eux dans la gloire du Père. Amen 
Oui, la vie dans la sainteté est possible d'autant plus que nous avons des modèles qui nous inspirent.
Le Seigneur soit avec vous !
 ✍🏾Père KIYE M. Vincent, Missionnaire d'Afrique
Paroisse de Nioro du Sahel
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L'hebdomadaire de la paroisse de Nioro du Sahel n°17 du vendredi 12 novembre 2021:  Du milieu des sollicitations de ce monde, soyons capables de savoir opter pour ce qui nous rend agréable devant Dieu. 
Textes du jour :
1ère Lecture : Sg 13, 1-9
Évangile : Lc 17, 26-37
Bien-aimés dans le Seigneur, recevez nos salutations fraternelles depuis Nioro du sahel 
« Comme cela s’est passé dans les jours de Noé, ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l’homme. On mangeait, on buvait, on prenait femme, on prenait mari... » (Lc 17, 26-37) 
Frères et sœurs en Christ, comment pouvons-nous être distraits jusqu'à ne pas savoir apprécier chaque chose à sa juste valeur et savoir adopter des attitudes responsables qui rendent possible la réalisation des objectifs nobles, des attitudes qui nous rendent agréables à Dieu ! 
Quel sentiment nous habite, quelle attitude adoptons-nous lorsque nous trouvons à manger  et à boire à côté de ceux qui n'ont rien ? Lorsque nous avons la grâce d'avoir une femme ou un mari conscieucieux et religieux qui a un esprit de discernement ? Lorsque nous avons un emploi ou une promotion quelconque ?  Lorsque nous nous reveillons et voyons un nouveau jour, lorsque nos affaires marchent bien? Pensons-nous à celui qui a rendu tout cela possible ou bien nous nous fourvoyons dans la mondanité du monde? 
Tout cela doit  susciter en nous une attitude de louange envers Dieu, maître du temps et de l'espace, lui qui donne l'être et la vie. C'est ce que les gens du temps de Loth et de Noé avaient oublié. 
Malheureusement, souvent nous ressemblons à ces contemporains de Loth et de Noé, distraits comme tout. Leur Dieu était leur ventre, le boire et le manger. C'est cela qui était leur besoin ultime. Epicure n'avait-il pas classifié les besoins en trois catégories, mettant l'accent sur les besoins naturels et nécessaires où réside le vrai bonheur (l'ataraxie) ? Jésus fistigeant l'attitude des gens du temps de Loth et de Noé qui, à partir de ce qu’ils voyaient de bon,
n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ; n’ont pas reconnu l'artisan jusqu'à périr, nous interpelle encore aujourd'hui, nous que  les plaisirs du monde présent aveuglent; nous que les progrès de la technologie et le développement du cerveau humain de l'homme du XXI ème et toutes les transformations possibles font croire que Dieu n'existe plus, qu'il s'est fait remplacer par l'homme moderne dont les multiples inventions en sont la preuve. Prenons garde d'inverser l'ordre des choses, de faire des plaisirs de ce monde des fins en soi et d'accorder une place de choix aux créatures plutôt qu'au Créateur. Un tel comportement est toujours fatal.
Demandons la sagesse de Dieu qui inspiré la clairvoyance dans les attitudes à adopter vis-à-vis des séductions du monde et le courage de se débarrasser de celles qui nous détournent du Créateur. Amen
Le Seigneur soit avec vous ! 
✍🏾 Père KIYE M Vincent, Missionnaire d'Afrique 
Paroisse de Nioro du Sahel 
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Prix Goncourt 2021 : Mohamed Mbougar Sarr, la littérature et la vie

Mis à jour le 3 novembre 2021 à 14:44
 

 

Mohamed Mbougar Sarr à Paris, en septembre 2021 © JOEL SAGET/AFP

 

Consacré en cette rentrée littéraire, cent ans après le prix Goncourt de René Maran, « La plus secrète mémoire des hommes », le nouveau roman de l’auteur sénégalais, est un superbe éloge de l’existence.

Il y a une douce ironie dans le sacre littéraire et médiatique du jeune sénégalais Mohamed Mbougar Sarr (31 ans) qui vient de remporter le prix Goncourt 2021, la plus prestigieuse récompense littéraire française. Son nouvel opus est en effet tout entier construit autour d’une tragique histoire restée dans les annales : la fascinante trajectoire de l’écrivain malien Yambo Ouologuem, prix Renaudot en 1968 pour Le Devoir de violence, avant que des accusations de plagiat ne viennent entraver une carrière extrêmement prometteuse dans le monde des lettres et ne le poussent à s’effacer de la scène jusqu’à sa mort, le 14 octobre 2017, à Sévaré.

Roman policier

Après trois romans remarqués – Terre ceinteLe Silence du chœur et De purs hommes –, Mbougar Sarr a imposé son tempo à la rentrée littéraire française avec La Plus Secrète Mémoire des hommes, roman « total » dédié à Yambo Ouologuem et placé sous les mânes du poète chilien Roberto Bolaño. « Bolaño a eu une influence majeure, capitale pour l’écriture de ce texte, confie le jeune auteur sénégalais, lecteur précis et compulsif. Il m’a permis de mêler les genres, de jouer avec, en suivant un principe ludique d’hybridation et de fragmentation de la linéarité. Il a ouvert un champ d’expérimentation en phase avec le réel que nous vivons, de plus en plus chaotique, troublant, qui correspond à notre façon de naviguer à travers le temps et que l’on parvient pourtant, étonnamment, à digérer. »

La Plus Secrète Mémoire des hommes suit une trame de roman policier : bouleversé par la lecture du Labyrinthe de l’inhumain, texte devenu introuvable d’un mystérieux T.C. Elimane, l’apprenti écrivain Diégane Latyr Faye se lance dans une longue enquête visant à découvrir qui fut ce sulfureux auteur trop tôt disparu. Cette quête impossible conduit le romancier en devenir au cœur même du labyrinthe de la création, là où s’entremêlent tous les genres ; roman initiatique, récit érotique, histoire d’amour, essai philosophique, compte rendu journalistique, poésie, biographie, témoignage, satire, pamphlet politique…

« Au fond, qui était Elimane ? écrit Mbougar Sarr. Le produit le plus tragique et le plus abouti de la colonisation […] Elimane voulait devenir blanc et on lui a rappelé que non seulement il ne l’était pas, mais qu’il ne le deviendrait encore jamais malgré tout son talent. Il a donné tous les gages culturels de la blanchité ; on ne l’en a que mieux renvoyé à sa négreur. Il maîtrisait peut-être l’Europe mieux que les Européens. Et où a-t-il fini ? Dans l’anonymat, la disparition, l’effacement. Tu le sais : la colonisation sème chez les colonisés la désolation, la mort, le chaos. Mais elle sème aussi en eux – et c’est ça sa réussite la plus diabolique – le désir de devenir ce qui les détruit. » On ne saurait mieux condenser, en quelques lignes, le drame de Yambo Ouologuem.

IL SÉDUIT PAR SON EMPATHIE, SON HUMOUR, SA TENDRESSE, SA CRUAUTÉ PARFOIS, ENVERS SES PERSONNAGES

Mais La Plus Secrète Mémoire des hommes est aussi un long voyage à travers le temps et l’espace qui permet à Mbougar Sarr d’évoquer plusieurs générations d’auteurs issus de différents continents : la sienne, celle d’aujourd’hui, mais aussi celle des premiers auteurs francophones venus d’Afrique (ou des Antilles), les René Maran, Léopold Sédar Senghor et autres, ou de leurs successeurs plus ou moins critiques à l’égard du mouvement de la négritude. Et de remonter encore à d’autres formes de récits, ces mythes, ces secrets, ces non-dits, ces silences propres à toutes les familles. Avec aisance, et surtout avec grâce, Sarr navigue entre les grands textes de la littérature occidentale et les mondes souvent jugés irrationnels des « légendes » africaines. Sans forcer le trait, sans jouer le jeu d’un exotisme racoleur.

« La plus secrète mémoire des hommes », de Mohamed Mbougar Sarr, Philippe Rey, 466 pages, 22 euros


« La plus secrète mémoire des hommes », de Mohamed Mbougar Sarr, Philippe Rey, 466 pages, 22 euros © Editions Philippe Rey


Au bout du compte, T.C. Elimane, qui partage bien des points communs avec Yambo Ouologuem – avoir été au centre de vastes polémiques littéraires ou raciales, avoir intensément fréquenté des cercles libertins – ne se laisse pas saisir, il n’est plus qu’un puzzle de souvenirs épars, présence métaphysique tantôt envahissante tantôt évanescente.

Où se trouve cette vie ?

Humain, trop humain ? Pris dans les rets de ses multiples histoires qui se croisent et s’entrecroisent, Mbougar Sarr pourrait perdre son lecteur dans un roman à clef : ce n’est pas le cas. Certains ne reconnaîtront pas Ken Bugul en Marième Siga D., « une écrivaine sénégalaise d’une soixantaine d’années, que le scandale de chacun de ses livres avait transformée en pythonesse malfaisante, en goule, ou carrément en succube » qui « sauvait la récente production littéraire sénégalaise de l’embaumement pestilentiel des clichés et des phrases exsangues, dévitalisées comme de vieilles dents pourries ». Certains ne se rueront pas, après avoir fini le roman, sur Le devoir de violence, le livre qui causa la gloire et la perte de Yambo Ouologuem, réédité en 2018 par les éditions du Seuil.

Rares sont ceux, enfin, qui iront se renseigner sur le Chilien Roberto Bolaño, auteur d’un roman total intitulé 2666, alors qu’il se savait condamné. En réalité, peu importe que l’on saisisse ou pas les références disséminées ça et là. Malgré sa phénoménale érudition, Mohamed Mbougar Sarr séduit par son empathie, son humour, sa tendresse, sa cruauté parfois, envers des personnages auxquels il accorde le droit et la liberté d’exister par eux-mêmes. Son rapport au lecteur relève de la même attitude. Il l’entraîne, le charme, le maltraite parfois, le trompe un peu, joue avec ses nerfs et sa culture, mais ne l’enferme jamais, ne le méprise jamais. Son livre aurait pu s’appeler Le Labyrinthe de l’humain, tant il propose de rencontres, sans jamais perdre le fil de l’essentiel, la vie. Et c’est là la question cruciale que pose La Plus Secrète Mémoire des hommes : où se trouve cette vie ? Entre les mots ou dans les palpitations de la chair ?

« Ma vie, comme toute vie, ressemblait à une série d’équations, écrit Diégane Latyr Faye dans le roman. Une fois leur degré révélé, leurs termes inscrits, leurs inconnues établies et posée leur complexité, que restait-il ? La littérature ; il ne restait jamais que la littérature ; l’indécente littérature, comme réponse, comme problème, comme foi, comme honte, comme orgueil, comme vie. »

Alors oui, il serait possible de décortiquer ce roman, de chercher qui se cache derrière tel ou tel personnage comme Yambo Ouologuem semble se cacher derrière T.C. Elimane. Possible, mais à quoi bon ? Le sel de ce texte, qui n’a pas fini de faire grand bruit, repose plus que dans sa remarquable virtuosité, dans son enthousiasmante vitalité.

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