La main tendue vers les enfants du Burkina Faso

Saly Hema dirige une association qui apporte une aide à plus de 1 500 enfants et 500 familles à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du Burkina Faso.

Sous la direction de Saly Hema, l’association Dispensaire Trottoir a développé trois axes : la santé, l’éducation et l’alimentation.
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Sous la direction de Saly Hema, l’association Dispensaire Trottoir a développé trois axes : la santé, l’éducation et l’alimentation. / Corinne Renou-Nativel

« On m’a tendu la main. À mon tour, je tends la main vers les enfants et les jeunes qui en ont besoin. » Pour Saly Hema, l’engagement envers les plus démunis est une affaire personnelle. Sa mère, une orpheline de Côte d’Ivoire livrée à elle-même, l’a conçue avec un Vendéen en coopération qui n’a ensuite jamais reconnu leur bébé.

Lorsque Saly a 6 ans, sa mère la confie, dénutrie et sans acte de naissance, à un oncle installé à Bobo Dioulasso, au Burkina Faso ; lui et sa femme française adoptent la fillette. « J’ai été la cinquième enfant de cette famille, explique-t-elle. Sans mon grand-oncle et sa femme, j’aurais été à la rue, peut-être prostituée ou, comme ma petite sœur restée avec ma mère, morte de maladie faute de nourriture et de soins. »

Un engagement auprès des plus pauvres

Bac littéraire en poche, Saly obtient un diplôme d’éducatrice spécialisée auprès des enfants de la rue. Elle épouse un ingénieur, métis comme elle, orphelin de père sauvé de la misère par l’Église catholique. En 1994, quand leur première fille entre en maternelle, Saly propose son aide à une Réunionnaise qui a fondé un an plus tôt une association, Dispensaire Trottoir. Sans local, elle offre alors des soins et des repas aux plus pauvres près de la cathédrale de Bobo Dioulasso.

D’abord bénévole pendant un an et demi, Saly Hema reçoit enfin, comme les autres éducateurs, un salaire à partir de 1996 grâce à l’implication d’Asmae-association Sœur-Emmanuelle. Envisageant de rentrer en France, la fondatrice de Dispensaire Trottoir propose alors à Saly Hema de devenir directrice afin de la former et l’épauler avant son départ.

« Prendre les commandes m’a plu parce que j’ai un caractère fort et qu’être devant me permet d’aller à mon allure, c’est-à-dire vite. Les débuts ont été difficiles parce que j’encadrais des hommes qui ne voyaient pas pourquoi une femme les dirigerait – une Blanche oui, mais pas une Noire. »

La santé, l’éducation et l’alimentation érigés en priorités

Avoir une double culture africaine et européenne (par sa mère adoptive) aide Saly Hema à mener le travail sur le terrain tout en défendant l’association auprès d’organismes étrangers qui financent l’essentiel des activités, comme Asmae et, depuis 2002, l’association de parrainage d’enfants Partage.

Sous l’impulsion de sa nouvelle directrice, Dispensaire Trottoir continue de s’étoffer avec l’acquisition d’un terrain, la construction d’un local, le développement de trois axes : la santé, l’éducation et l’alimentation. Des consultations gratuites sont proposées aux femmes enceintes et aux bébés avec pesée et suivi vaccinal. Un planning familial aide les jeunes mères à sortir de la fatalité de grossesses très rapprochées. Les soins sont ouverts gratuitement à toute la population.

« Les personnes prises en charge par l’association reçoivent les médicaments gratuitement, les autres les paient, ce qui assure des revenus à Dispensaire Trottoir », explique sa directrice. Avant l’entrée au primaire, la maternelle associative donne à 150 enfants des bases comme le français, la langue d’enseignement que personne ne parle à la maison. « L’éducation d’un enfant permet l’amélioration de ses conditions de vie et le développement du pays », rappelle Saly Hema.

« Je dois trouver et former la relève »

Plus de 900 enfants de familles pauvres sont parrainés pour poursuivre leur scolarité. Une bibliothèque ouverte à tous et une classe d’alphabétisation pour les 8-13 ans complètent l’offre éducative. Enfin, petit déjeuner et déjeuner sont donnés à 260 enfants par jour, et un centre de récupération nutritionnelle accueille bébés, enfants et femmes qui ont un cancer ou le VIH. Les huit hectares cultivés par l’association assurent ces repas quatre mois par an.

« Avec mon histoire, devenir responsable d’une structure qui soutient plus de 1 500 enfants et 500 familles, c’est la grâce de Dieu, estime Saly Hema, musulmane. Le seigneur a mis la main sur moi. » L’association a une place essentielle dans sa vie et celle de sa famille – ses trois filles ont donné un coup de main à Dispensaire Trottoir pendant leurs vacances scolaires.

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Appelée « tantie » par tous, Saly Hema envisage pourtant de passer la main en décembre 2018, juste après le 25e anniversaire de l’association. « Je ne veux plus faire des insomnies à m’inquiéter pour le financement des trente salaires et des prestations. Et, surtout, je veux laisser la place comme on l’a laissée pour moi. Je dois trouver et former la relève. Il faut savoir partir à temps. »

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« Des hommes et des femmes respectables »

« Lorsque je vois les enfants que nous avons aidés qui sont devenus infirmiers, enseignants, sages-femmes, forestiers, policiers ou magistrats, cela donne l’envie de se lever tous les matins et le courage de continuer à avancer. Ils risquaient de finir dans la rue et ils sont devenus des hommes et des femmes respectables. Certains prennent aussi les enfants de l’association en apprentissage. Je suis également motivée par les parrains et marraines français qui parfois se privent pour permettre à des enfants burkinabés d’être scolarisés. »

Corinne Renou-Nativel