Justice et Paix

" Je suis homme, l'injustice envers d'autres hommes révolte mon coeur. Je suis homme, l'oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m'inspirent que de l'horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l'on fit pour me rendre la liberté, l'honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l'honneur, la liberté, la dignité. " (Cardinal Lavigerie, Conférence sur l'esclavage africain, Rome, église du Gesù)

 

NOS ENGAGEMENTS POUR LA JUSTICE T LA PAIX
S'EXPRIMENT DE DIFFÉRENTES MANIÈRES :

En vivant proches des pauvres, partageant leur vie.
Dans les lieux de fractures sociales où la dignité n'est pas respectée.
Dans les communautés de base où chaque personne est responsable et travaille pour le bien commun.
Dans les forums internationaux pour que les décisions prises ne laissent personne en marge.

Dans cette rubrique, nous aborderons différents engagements des Missionnaires d'Afrique, en particulier notre présence auprès des enfants de la rue à Ouagadougou et la défense du monde paysan.

 

Riz, maïs : l’agriculture africaine en état d’alerte face au réchauffement climatique

| Par 
Mis à jour le 30 octobre 2020 à 16h40

Projet "Un million d'arbres" men" par Sos Sahel avec les paysans de la province de la Gnagna, au Burkina Faso, en juin 2012

Projet "Un million d'arbres" men" par Sos Sahel avec les paysans de la province de la Gnagna, au Burkina Faso, en juin 2012 © GELEBART/20 MINUTES/SIPA

Quelles conséquences le changement climatique aura-t-il sur l’agriculture et l’alimentation en Afrique ? Une étude préconise d’opter pour des productions plus durables, et notamment de limiter la culture du maïs et du riz.

Sécheresse, inondations, tempêtes, invasion de ravageurs tels que les criquets… L’actualité récente le montre, le changement climatique en cours a des conséquences directes et concrètes sur les récoltes, en particulier en Afrique subsaharienne. Dans une étude conduite au Mali, au Bénin, au Ghana, en Éthiopie et au Rwanda, publiée le 14 octobre dans Global Change Biology, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) a voulu faire le point sur les conséquences de ces phénomènes sur le rendement céréalier.

Les conclusions sont hélas sans appel : une augmentation des températures de 4°C au cours des soixante prochaines années conduirait à une chute du rendement du maïs de l’ordre de 14 % sans engrais et de 26 % avec une fertilisation azotée abondante (hypothèse haute d’un scénario de + 1 à + 4 °C). Un mécanisme qui ressemble fort à un cercle vicieux puisque, soulignent les experts, les engrais chimiques azotés, utilisés pour augmenter des rendements déjà faibles, libèrent à travers les plantes et les sols du protoxyde d’azote (N20), qui accentue encore plus le réchauffement climatique.

Prendre soin des sols

L’étude du Cirad tombe à pic pour rappeler l’urgence à mettre en place des systèmes agricoles durables, fondés sur la diversification des cultures et la transition agroécologique. Une transition défendue notamment par l’Alliance pour l’agroécologie en Afrique de l’Ouest (3AO), plateforme constituée d’organisations paysannes, de syndicats agricoles, d’instituts de recherche et d’ONG, soutenue par la Cedeao. Il s’agit aussi de sortir de la dépendance aux importations de denrées alimentaires, dont la hausse des prix, selon les experts, est inévitable sous l’effet du réchauffement.

Que fera-t-on pousser demain en Afrique, dans la région du Sahel tout particulièrement ? Quelles sont les solutions locales et durables pour adapter l’agriculture au changement climatique ? Comment augmenter la sécurité alimentaire des populations ? Quelles sont les alternatives pour un régime plus riche en nutriments, protéines et fer notamment ?

Pour Émile Frison, docteur en sciences agronomiques et membre du panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables Ipes-Food, la question des sols est cruciale pour l’avenir : « Dans le passé, on a accordé peu d’attention à la santé et à la biologie des sols. On a traité les sols comme un substrat pour les plantes, alors qu’ils sont des organismes vivants, capables de puiser en profondeur et de rendre les nutriments disponibles pour les plantes à travers les microbes, les champignons, les bactéries et autres vers de terre ».

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TRÈS CULTIVÉ SUR LE CONTINENT, LE MAÏS EST TRÈS SENSIBLE AUX STRESS THERMIQUE ET HYDRIQUE

« Ce rôle de sol vivant a été complètement négligé par l’agriculture industrielle des soixante dernières années. Et en Afrique subsaharienne, même si l’emploi des engrais est moindre qu’ailleurs dans le monde, ce manque d’attention se paie aujourd’hui, poursuit-il. Les sols africains sont des sols très anciens, très fragiles et très détériorés par les monocultures de quelques céréales et la perte de diversité variétale. D’où l’importance aujourd’hui, au vu des changements climatiques, d’apporter de la matière organique dans les sols grâce à la diversification des cultures et le choix de plantes moins gourmandes en eau que ne le sont le maïs et le riz. »

Périmètre maraîcher des femmes, à Boulsa, au Burkina, mis en place avec l'ONG SOS Sahel en juin 2012
Périmètre maraîcher des femmes, à Boulsa, au Burkina, mis en place avec l'ONG SOS Sahel en juin 2012 © GELEBART/20 MINUTES/SIPA

Privilégier les variétés moins gourmandes en eau

Le maïs, l’une des céréales les plus cultivées sur le continent, est aussi l’une des cultures les plus sensibles aux stress thermique et hydrique. En revanche, les cultures vivrières traditionnelles de sorgho et de mil sont mieux adaptées au changement climatique. Elles résistent mieux à de hautes températures et ont besoin de peu d’eau. Combinées avec des cultures intercalaires, des légumineuses comme le niébé (haricot), des légumes racines comme la patate douce, riche en bêtacarotène, ou des légumes verts, elles permettent d’obtenir une alimentation beaucoup plus équilibrée et riche en micronutriments produits localement.

Mais, bien que très résistantes, les variétés de sorgho et de mil plantées dans l’ouest du Sahel risquent aussi de pâtir d’un climat plus sec et de voir leurs capacités d’adaptation dépassées par des émissions de CO2 élevées. D’où l’intérêt de travailler sur la sélection des variétés les plus résistantes, d’alterner cycles longs et cycles courts, céréales et maraîchage. A contrario, continuer de miser sur la culture et la consommation des grandes céréales, maïs, blé, riz, qui demandent beaucoup d’eau, semble inadapté et risqué.

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C’EST DANS L’OUEST DU SAHEL QUE LES PERTES DE RENDEMENT CÉRÉALIER SERONT LES PLUS IMPORTANTES

« On estime c’est dans les pays de l’ouest du Sahel que les pertes de rendement céréalier seront les plus importantes. Dans le nord du Sénégal, on pourrait ainsi avoir des pertes de l’ordre de 15-20 % dans l’hypothèse tout à fait plausible d’un réchauffement compris entre 1,1 °C et 2 °C en 2050 », indique Benjamin Sultan, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Les modèles tablent sur une hausse des pluies et des inondations au Niger, mais sur un climat plus chaud et plus sec dans l’ouest du Sahel.

Réduire la dépendance aux importations alimentaires

Avec le réchauffement climatique, les experts craignent par ailleurs une envolée des prix mondiaux. Aujourd’hui, la part des importations dans les disponibilités alimentaires énergétiques atteint 25 % en Afrique de l’Ouest, au Cameroun et au Tchad, souligne une étude de 2017 menée par le Cirad et Afristat intitulée « Les villes d’Afrique subsaharienne sont-elles si dépendantes des importations alimentaires ? ». Le défi est bien réel, dans les villes d’Afrique subsaharienne notamment, où la dépendance céréalière est forte : blé et riz y représentent au moins la moitié de la consommation de produits amylacés (qui contiennent de l’amidon) de base.

« À Dakar, le riz et le blé représente 90 % de la valeur monétaire de la consommation de produits amylacés, contre 40 % à Lomé et Cotonou », précise Olivier Lepiller, sociologue de l’alimentation au Cirad. Excepté à N’Djamena et à Bamako, mils et sorghos sont encore marginaux dans la consommation des citadins.

Reste que les tendances évoluent. Les cultures « vivrières » deviennent des cultures alimentaires commerciales. Les citadins inventent leur propre « modernité alimentaire », métissée, où les produits locaux ont largement leur place (sorgho, mil, fonio, mais aussi manioc, igname, banane plantain, patate douce).

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L’AFRIQUE DOIT AMÉLIORER SA BIODIVERSITÉ ET DIVERSIFIER SES APPORTS NUTRITIONNELS

Au Burkina Faso, le bâbenda, plat de soudure traditionnel de l’ethnie mossi, sorte de bouillie peu dense qui associe mil pilé et premiers légumes feuilles de la nouvelle saison des pluies, est aujourd’hui revalorisé et consommé en ville, comme le souligne l’ouvrage Manger en ville. Regards socio-anthropologiques d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, paru en 2020 aux éditions Quæ.

Consommer plus d’insectes

Confrontée aux changements climatiques, à une insécurité alimentaire et nutritionnelle forte, l’Afrique subsaharienne a tout intérêt à adapter ses productions agricoles, à améliorer sa biodiversité et à diversifier ses apports nutritionnels « plutôt que d’augmenter le volume de quelques cultures seulement (…) », pointe Maria Antonia Tuazon, responsable de la division insectes comestibles à la FAO.

Dans ce contexte, la consommation d’insectes et de larves, qui a déjà largement cours en Afrique centrale et australe, fait partie des solutions les plus réalistes et efficaces à mettre en œuvre. Riche en protéines et en lipides, la consommation d’insectes offre des bénéfices certains pour la santé, et de nombreux avantages environnementaux.

[Édito] L’ONU est-elle raciste ?

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Mis à jour le 27 octobre 2020 à 10h06

 

Par  François Soudan

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Lors de la 73ème session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de New York , mercredi 26 septembre 2018.

Lors de la 73ème session de l'Assemblée générale des Nations unies, au siège de New York , mercredi 26 septembre 2018. © Richard Drew/AP/SIPA

Soixante-quinze ans après sa fondation, l’ONU est encore très largement la chasse gardée des Occidentaux et plus précisément de la sous-espèce des mâles blancs.

Poser cette question à propos d’une organisation dont les fondements reposent sur des valeurs d’égalité entre les peuples, les races et les genres, et dont la légitimité s’est forgée dans les combats pour la décolonisation et contre l’apartheid peut sembler déplacé. Après avoir pris connaissance de l’enquête que la revue Foreign Policy a consacré, mi-octobre, à la représentation de la diversité au sein de cette « Maison-monde », force est pourtant de constater qu’émettre pareille interrogation revient à y répondre : oui, l’ONU est encore très largement la chasse gardée des Occidentaux et plus précisément de la sous-espèce des mâles blancs.

Le fait que deux des neuf secrétaires généraux de l’Organisation, depuis sa fondation, en 1945 – l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali et le Ghanéen Kofi Annan – aient été Africains, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Sur les quelque 40 000 salariés permanents de l’ONU, les ressortissants d’une demi-douzaine de pays occidentaux (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Espagne) occupent une place disproportionnée parmi les emplois les mieux rémunérés et les plus sécurisés, à New York et à Genève. À l’inverse, les originaires des pays du Sud et plus particulièrement les Africains sont affectés en priorité aux « jobs de terrains », dans les zones de conflit, comme la RD Congo, le Mali, la Centrafrique ou la Somalie.

Le tentaculaire Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), qui coordonne les activités des multiples agences de secours d’urgence de l’ONU, est à cet égard un cas quasi caricatural. Dirigée depuis treize ans par quatre secrétaires généraux adjoints successifs, tous de nationalité britannique, cette colonie de Sa Gracieuse Majesté réserve 70 % des emplois au sein de son siège new-yorkais à des Occidentaux, une proportion qui atteint 90 % dans certaines directions stratégiques (communication et politique). Les Africains, qui comptent pour 23 % des effectifs, sont invisibles dès que la hiérarchie s’élève.

« Héritage colonial »

Ce n’est pas un plafond de verre, mais le couvercle d’une cocotte-minute qu’une main invisible semble avoir posé sur l’expression de la diversité au sein de l’Ocha. « Qui paie commande » semble d’ailleurs être la règle à l’ONU, où le fameux P5 – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité – se partage les principaux départements avec l’élégance d’un gentlemen’s agreement. Aux Américains les affaires politiques, aux Russes la sécurité et le contre-terrorisme, aux Chinois les affaires économiques et sociales – une aubaine pour leur projet des Nouvelles Routes de la soie – aux Britanniques, on l’a vu, l’humanitaire et aux Français les opérations de maintien de la paix, chasse gardée de Paris depuis plus de vingt ans.

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AU SEIN MÊME DE L’ORGANISATION, 52 % DU PERSONNEL D’ORIGINE AFRICAINE DIT « AVOIR FAIT L’EXPÉRIENCE DU RACISME »

Dire que l’actuel secrétaire général, le Portugais António Guterres, n’est pas conscient de ce problème serait manquer d’objectivité : « Les pays africains sont sous-représentés au sein des institutions internationales, lesquelles ont été créées avant que la plupart d’entre eux accèdent à l’indépendance, explique-t-il. Ne nous y trompons pas, l’héritage des colonialismes est toujours présent. » Et il ajoute : « Croire que nous vivons dans un monde post-raciste est une illusion. » Lui qui fait ce qu’il peut, avec la marge de manœuvre dont il dispose, pour promouvoir des femmes du continent à des postes de responsabilité, ne saurait si bien dire.

Au sein même de l’Organisation qu’il dirige, 52 % du personnel d’origine africaine dit « avoir fait l’expérience du racisme », selon un sondage de juin. Foreign Policy raconte qu’une autre enquête interne, commandée il y a trois mois, a dû être annulée in extremis au motif que les personnes interrogées devaient préciser la couleur de leur peau : blanche, noire, brune, métissée et même… jaune. Et qui a su qu’en cet été américain brûlant, à la suite de l’assassinat de George Floyd, le Bureau de la déontologie de l’ONU avait interdit aux employés du Palais de verre de Manhattan de participer aux manifestations de Black Lives Matter, au nom de la sacro-sainte neutralité de l’Organisation ?

Pandémie de régression démocratique

Il y a cinquante ans pourtant, un très haut fonctionnaire des Nations unies (il finira secrétaire général adjoint), l’Afro-Américain Ralph Bunche, Prix Nobel de la paix, défilait aux côtés de Martin Luther King lors des célèbres Marches de Selma pour les droits civiques. Un demi-siècle plus tard, l’ONU serait bien inspirée de se purifier de ses miasmes si elle souhaite demeurer le seul lieu où se dit encore le droit dans un monde en pleine pandémie de régression démocratique.

Pendant quatre ans, le président de la plus puissante démocratie occidentale, l’Américain Donald Trump, s’est employé à en saper quotidiennement les fondements. Depuis six ans, le Premier ministre de la plus grande démocratie mondiale, l’Indien Narendra Modi, a fait du national hindouisme islamophobe une quasi-religion d’État. À l’inverse, mais avec les mêmes méthodes et depuis le même laps de temps, le néosultan de l’une des rares démocraties du monde musulman, le Turc Recep Tayyip Erdogan, effraie ses partenaires par son islamo-nationalisme et ses rêves d’expansion. Mieux (ou pis), une très récente enquête de l’ONG Freedom House relève qu’à l’instar des dirigeants chinois – qui n’ont jamais été aussi populaires chez eux qu’en cette année 2020 – des chefs d’État hyperpopulistes mais démocratiquement élus, comme le Brésilien Bolsonaro et le Philippin Duarte, engrangeaient toujours plus d’opinions favorables en dépit de leur gestion désastreuse du Covid-19.

On savait certes qu’une élection démocratique, tout comme une alternance au pouvoir, ne débouchait pas forcément sur une « vraie » démocratie. Mais rarement comme en cette fin de la seconde décennie du XXIe siècle, cette notion aura paru aussi menacée. Et jamais ceux qui, en ce domaine, s’obstinent à donner des leçons aux Africains n’auront été aussi peu crédibles.

[Tribune] Pour un partenariat – enfin – gagnant-gagnant avec l’Europe

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Mis à jour le 27 octobre 2020 à 15h17
 
 

Par  Kako Nubukpo

Doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l'Université de Lomé et ancien ministre de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques du Togo

Au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba.

Au siège de l’Union africaine, à Addis-Abeba. © Pan Siwei/XINHUA-REA

Le moment est venu pour l’Afrique de rompre avec le primat de la pensée de court terme et la structure coloniale de dépendance. L’heure est au libre-échange mais aussi au commerce équitable entre les deux continents pour l’économiste togolais.

Le sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA), reporté à 2021, sera une occasion cruciale d’affirmer que la relation entre les deux continents ne peut être mutuellement bénéfique que si l’Afrique produit ce qu’elle consomme.

L’Europe devrait à son tour mettre en pratique la solidarité qu’elle prône en principe, en soutenant le renforcement des capacités en Afrique pour l’autosuffisance. L’UA doit rester ferme, avec une vision claire et de long-terme, afin de forger avec l’UE un chemin commun et équitable vers la prospérité.

La pandémie de Covid-19 et l’urgence climatique ont à nouveau mis en lumière plusieurs lacunes africaines, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation qui sont à la base du renforcement des capacités.

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L’AFRIQUE N’A LONGTEMPS ÉTÉ QU’UN SIMPLE FOURNISSEUR DE MATIÈRES PREMIÈRES ET UN DESTINATAIRE DE PRODUITS FINIS

De fait, les crises ont préparé le terrain pour que l’Afrique mette un accent sans précédent sur le développement humain, qui est l’un des piliers de la transformation structurelle au cœur de nos discussions depuis soixante ans.

Fonder des règles d’origine et de contenu local strictes

La diversification économique est un autre pilier de cette transformation structurelle. L’Afrique n’a longtemps été qu’un simple fournisseur de matières premières et un destinataire de produits finis. Ce rôle a été codifié dans les conventions de Lomé et l’accord de Cotonou dans le cadre UE/pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique), de sorte que les matières premières africaines bénéficient d’exemptions douanières de l’UE, mais que les exportations africaines transformées sont soumises à de lourdes taxes.

Un partenariat équitable exige un changement fondamental dans cette relation. C’est pourquoi l’accord de libre-échange africain (Zleca) constitue une excellente plateforme pour que les produits véritablement africains alimentent les marchés africains sur la base de règles d’origine et de contenu local strictes.

Toutefois, avant que la Zleca puisse restructurer les modèles de production et de distribution, il y a des contraintes à surmonter, parmi lesquelles : la coordination interne de l’Afrique, l’espace politique et la gouvernance.

Grande vulnérabilité au réchauffement climatique

Des négociations sont en cours entre les 33 pays les moins avancés (PMA) d’Afrique et les autres pays à faible et moyen revenu, davantage intéressés par une position africaine commune.

Actuellement, ces derniers ont un accès relativement limité aux marchés de l’UE dans le cadre du système de préférences généralisées (SPG), tandis que les PMA bénéficient d’un accès largement libre dans le cadre de l’initiative « Tout sauf les armes » du SPG.

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LA RÉPONSE DE L’AFRIQUE À L’IMPACT ÉCONOMIQUE DU COVID-19 SEMBLE TIMIDE

De telles différences ont également des répercussions sur les discussions concernant les tarifs douaniers de la Zleca, entre des économies aux tailles extrêmement variées. Compte tenu de la plus grande vulnérabilité de l’Afrique au réchauffement climatique et de son besoin de soutien international, une meilleure coordination est également nécessaire pour une réponse collective aux effets du climat.

Une marge de manœuvre réduite

Pour ce qui est de l’espace politique, l’injection par l’Afrique d’environ 5 % de son PIB en réponse à l’impact économique du Covid-19 semble timide quand, dans le même temps, le reste du monde a injecté environ 20 % de son PIB.

Cela s’explique par la marge de manœuvre financière beaucoup plus réduite de l’Afrique ; un autre indicateur de notre besoin de reconquérir la souveraineté économique en termes de monnaie et de budget. Un problème connexe réside dans la tendance à penser au niveau macroéconomique dans le sillage de nos partenaires de Bretton Woods.

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L’INSTABILITÉ POLITIQUE ET L’INSÉCURITÉ DÉCOURAGENT LES IDE

Un exemple en est l’appel lancé par les ministres africains des Finances en faveur d’un soutien international de près de 100 milliards de dollars au titre du Covid-19, qui constitue davantage une réponse au niveau macroéconomique que sectoriel alors que l’Afrique doit descendre au niveau de la grande majorité de nos acteurs économiques afin de renforcer leurs capacités et leur réactivité face aux crises actuelles et aux cadres émergents.

Qualité de la gouvernance

Une autre contrainte réside dans la qualité de la gouvernance, qui occupe un rôle important dans ce que l’on peut appeler « la dictature des urgences », ou la lutte permanente contre les incendies.

Outre le fait qu’elle reflète la présence ou l’absence d’un État capable de fournir des services et des perspectives économiques aux citoyens, l’instabilité politique et l’insécurité découragent également les IDE (investissements directs étrangers). En octobre 2019, les dirigeants de la Cedeao ont décidé, de manière problématique, de classer les dépenses militaires comme des dépenses d’investissement public ; ce qui signifie que tous les types de ressources, y compris l’aide au développement, pourraient être détournés vers les dépenses militaires au détriment des écoles, des dispensaires, de l’électrification rurale, des routes et de l’eau potable.

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L’ERREUR FRÉQUENTE EST CELLE DE L’ÉCHELLE, QUI CONSISTE À VISER TROP HAUT POUR COMMENCER

Cela illustre le primat de la pensée de court terme qui, soixante ans durant, a exposé l’Afrique à de nombreux chocs prétendument exogènes qui, en réalité, ne font que révéler l’échec de notre continent à fournir une réponse structurelle aux défis du développement.

Bien identifier les marchés cibles

La transformation locale s’amorce avec le choix du produit approprié et l’élaboration des facteurs de réussite. L’erreur fréquente est celle de l’échelle, qui consiste à viser trop haut pour commencer. Si nous identifions le marché cible et utilisons l’énergie hydraulique et solaire à petite échelle, nous pouvons créer des entreprises prospères et travailler ensuite à l’échelle supérieure, sans avoir besoin de grands barrages ou de combustibles fossiles.

Par exemple, il semble évident que le développement d’une industrie textile serait plus facilement réalisable et plus largement et immédiatement bénéfique que le traitement de l’uranium qui requiert une plus grande technicité

Le coton africain est déjà très prisé à l’étranger. Avec un marché de 400 millions de personnes, uniquement en Afrique de l’Ouest, et une coopération accrue entre les nations et les institutions régionales, les industries textiles pourraient prendre leur essor, et l’Afrique ainsi établir sa propre marque internationale. Le marché, le savoir-faire et les matières premières étant disponibles, la persistance d’un taux de transformation du coton fibre de seulement 3 % demeure un véritable défi à la raison.

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DES CHANGEMENTS POLITIQUES RADICAUX SONT NÉCESSAIRES

Néanmoins, depuis au moins vingt ans, la Banque mondiale et le FMI nous obligent à autoriser les importations de vêtements de seconde main à inonder nos marchés via le désarmement tarifaire. Nous avons besoin d’un protectionnisme éclairé pour construire des industries compétitives.

Cela implique des changements politiques radicaux pour mettre fin à la structure coloniale de dépendance qui privilégie les exportations de matières premières pour les revenus étrangers tout en décourageant le financement bancaire pour la transformation locale et l’extension des marchés locaux. Cela suppose aussi d’éviter la malédiction des ressources, d’augmenter le contenu local, de transformer les chaînes de valeur et d’atteindre l’autosuffisance agricole.

Promotion des réseaux locaux

La pandémie a mis en évidence la réactivité des réseaux locaux de production et de distribution reliant les zones urbaines, périurbaines et rurales pour répondre à la demande quand les importations alimentaires diminuaient. La promotion de ces réseaux locaux permet d’augmenter les revenus des zones rurales et urbaines, avec une très faible empreinte carbone.

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L’AFRIQUE DOIT RÉDUIRE LES COÛTS DE TRANSPORT ET D’ÉNERGIE

Une telle promotion réduit également les liens entre les chaînes de valeur locales et continentales, ce qui illustre l’importance de la Zleca et d’une véritable libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux à travers l’Afrique.

L’Afrique doit réduire les coûts de transport et d’énergie qui découragent les producteurs ruraux ainsi que les industriels. De meilleures routes et le développement actif de l’énergie solaire et de l’ hydroélectricité peuvent rapidement améliorer les perspectives de production et de commercialisation.

Il faut aussi exiger une gouvernance et une gestion de grande qualité, tant au niveau national qu’à celui des entreprises, de sorte que le capital ne soit jamais confondu avec le profit.

Transformer le rôle du continent

L’Europe a lancé un New Deal vert qui vise à réduire de moitié ses émissions de carbone d’ici à 2030 et à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050. Elle s’est également engagée dans une nouvelle stratégie pour l’Afrique qui reconnaît les intérêts et responsabilités respectifs et mutuels et promeut la croissance verte.

L’Afrique doit par conséquent rejoindre l’Europe, avec sa propre vision, forte d’un avenir vert et industrialisé. Cette vision ambitionne de transformer le rôle du continent, perçu comme un simple réservoir de matières premières et le destinataire de produits manufacturés. Cette vision rejette le néo-libéralisme qui protège les marchés européens et force l’ouverture des marchés africains. L’Afrique veut le libre-échange mais aussi le commerce équitable, ainsi qu’un soutien bien ciblé, afin de parvenir à un partenariat gagnant-gagnant avec l’Europe.

[Tribune] Covid-19 : trois leviers pour réformer les banques de développement

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Par  Rabah Arezki

Économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA)

L'Afrique, qui sera bientôt peuplée de 2,5 milliards d’habitants, a un besoin d'infrastructures colossal. Ici, l'aménagement autoroutier du pont de Radès, en Tunisie.

L'Afrique, qui sera bientôt peuplée de 2,5 milliards d’habitants, a un besoin d'infrastructures colossal. Ici,
l'aménagement autoroutier du pont de Radès, en Tunisie. © Nicolas Fauqué/www.imagesdetunisie.com

 

Promotion de l’intégration régionale, mobilisation financière accrue et soutien au secteur privé doivent être au cœur de l’action des banques de développement pour répondre aux défis africains, affirme Rabah Arezki, l’économiste en chef de la BAD.

En réponse à la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19, les banques de développement et plus largement les institutions financières internationales (IFI) ont agi très tôt pour aider les pays en développement à apporter une aide indispensable à leurs populations. Pourtant, la capacité des IFI à déployer plus de ressources a rapidement atteint ses limites.

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L’AFRIQUE A UN BESOIN D’INFRASTRUCTURES SOCIALES ET ÉCONOMIQUES COLOSSAL

En effet, leurs bilans sont devenus relativement modestes par rapport à la taille des économies en développement, qui représentent désormais la moitié de l’économie mondiale. Globalement, l’aide au développement, qui représentait plus de 16 % des investissements directs étrangers (IDE) au début des années 1970, est tombée aujourd’hui à environ 3 %.

Dans le cas de l’Afrique, dont la population devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants au cours des trente prochaines années, le besoin de construire des infrastructures sociales et économiques est colossal. Or, le coronavirus rend la situation encore plus difficile avec la crise de la dette imminente et la perspective d’un ralentissement de la croissance mondiale, synonyme de réduction des IDE, des transferts de fonds et des flux touristiques.

Pour rester pertinentes, les IFI ont besoin d’accroître encore davantage leur capital et de repenser leur modus operandi. Pour ce faire, elles doivent actionner trois leviers distincts mais interdépendants.

I – Soutenir l’intégration régionale

Sur ce volet, les IFI doivent utiliser l’aide apportée pour promouvoir un cadre pro-concurrence et fournir une expertise technique dans la conception d’organes nationaux et régionaux de réglementation qui soient compétents et indépendants.

La régionalisation doit rendre plus cohérentes les politiques commerciales, mais aussi fiscales et concurrentielles, complétant les nombreuses initiatives sur le continent, y compris la dernière en date, à savoir la Zone de libre-échange continentale (Zleca).

II – « Réparer » les systèmes financiers

Il faut que les systèmes financiers puissent être capables de mobiliser des milliards, voire des trillions de dollars d’investissements au service du développement. Les IFI doivent ainsi tenir compte du fait que les incitations des banques sont déterminées par la combinaison entre le degré de concurrence au sein du système financier (incluant des opérateurs non bancaires) et l’orientation macroéconomique des pays – un taux de change surévalué encouragera par exemple le poids du lobby des importateurs.

Dans ce cadre, la promotion active des swaps de devises (contrat d’échange de flux financiers en monnaies différentes) et de la régionalisation du système financier en Afrique, y compris les Bourses et marchés obligataires en monnaie nationale, sont deux moyens d’accroître le poids du continent dans les portefeuilles des investisseurs mondiaux.

III – Promouvoir le secteur privé

Ce troisième pilier, qui repose sur les deux premiers, s’appuie sur la mise en place en amont de réformes pour encourager son essor. Nombre de banques de développement, dont la Banque mondiale et la BAD, s’y attellent depuis quelques années. Ces réformes permettent de libérer le financement commercial en remédiant aux défaillances du marché et en supprimant d’autres contraintes.

Lorsque les risques restent élevés, il convient alors d’utiliser des garanties gouvernementales et d’autres instruments de partage des risques. Ce n’est que lorsque les réformes et l’atténuation des risques ne peuvent favoriser les solutions de marché que l’aide publique au développement, y compris les prêts concessionnels, doit être utilisée. De même, en raison du niveau croissant de la dette des États, le financement public des infrastructures et d’autres projets ne devrait être utilisé qu’en dernier recours.

En résumé, la conception des instruments des IFI doit être réorientée pour intégrer ces nouvelles priorités. Un exemple : inclure le développement du secteur privé dans les critères pour l’octroi des prêts concessionnels aux autorités. Les IFI doivent également garantir un meilleur équilibre entre leurs (grandes) idées et leurs opérations afin qu’elles se renforcent mutuellement. Enfin, la dimension « banque » ne doit pas éclipser la dimension « développement » sous peine de ne pas catalyser suffisamment de ressources.

Sénégal: des migrants meurent noyés après le dessalage de leur pirogue

                                      Vue sur le quartier de pêcheurs de Guet N'dar à Saint-Louis (photo d'illustration).
                                         
                                                                   Vue sur le quartier de pêcheurs de Guet N'dar à Saint-Louis (photo d'illustration).
 Wikimedia Commons CC by 4.0 / Alweaver2
Texte par :RFISuivre
2 mn

Une pirogue qui a chaviré suite à l'explosion de son moteur a endeuillé tout un quartier de Saint-Louis. À bord, peut-être 200 migrants qui avaient pour destination l'Espagne. Pour le moment, les habitants et la presse sénégalaise parlent d'une vingtaine de décès, et le président Macky Sall évoque « la perte de plus d'une dizaine de jeunes ». Dans un message publié sur les réseaux sociaux dans la nuit de dimanche à lundi, le chef de l'État a présenté ses « condoléances émues aux familles éplorées ».

Avec notre correspondante à Dakar,  Théa Ollivier

Les images de l’épaisse fumée noire qui se dégage d’une mince pirogue ont choqué et indigné les habitants de Saint-Louis. À son bord, des migrants originaires du quartier de Pikine qui se sont retrouvés à la mer, à plus de 80 km au large de Mbour.

Familles et amis cherchent désespérément des nouvelles de leurs proches qui ont disparus, comme Papis Lam qui attend un signe de vie de ses trois frères, montés dans cette pirogue.

L’armée sénégalaise affirme en effet avoir sauvé « 51 rescapés ». D’autres auraient été récupérés par des pêcheurs. Mais il est encore impossible de définir le nombre exact de survivants. La Marine nationale a ainsi poursuivi les recherches sur la zone, « mais n’a pas trouvé de corps sans vie » pour le moment.

 

À Saint-Louis, les habitants du quartier parlent au minimum d’une vingtaine de morts, selon les témoignages de plusieurs rescapés.

Ce type d’embarcation prend souvent à bord environ 200 passagers. Ici, la majorité étaient des jeunes issus d’un quartier populaire, sans emplois et qui voulaient rejoindre l’Espagne comme ont réussi à le faire quelques amis le mois passé.

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