Dialogue interreligieux

« Lorsque nous travaillons pour les âmes, nous ne pouvons user que de persuasion et d'amour... Nous ne pouvons rien faire tant que nous n'avons pas persuadé les gens autour de nous qu'ils sont aimés... » (Cardinal Lavigerie, 1885)

« Nous croyons qu'en toute religion il y a une secrète présence de Dieu, des semences du Verbe qui reflètent un rayon de sa lumière... » (Chapitre 1967)

« Nous célébrons et partageons cette vie avec Dieu lorsque nous allons à la rencontre des cultures et des religions... nous réjouissant de la foi vivante de ces croyants et les rejoignant dans leur quête de la Vérité, cette Vérité qui nous rend tous libres. » (Chapitre 1998)

Missionnaires, nous sommes appelés à faire les premiers pas pour rencontrer les personnes, qu'elles que soient leurs convictions, leur religion.

Au Burkina Faso, cette réalité se traduit surtout dans la rencontre respectueuse et évangélique avec les adeptes des religions traditionnelles et avec les musulmans.

Dans cette rubrique, nous étudierons divers aspects de ces religions, particulièrement de l'islam.

Le COE anime un dialogue historique entre les religions
sikhe et chrétienne dans un contexte marqué par la
«nécessité grandissante d’une paix durable»
Conseil œcuménique des Églises

 
Le COE anime un dialogue historique entre les religions sikhe et chrétienne dans un contexte marqué par la «nécessité grandissante d’une paix durable»

 

Des responsables religieux de différentes traditions allument ensemble une lampe tandis
que des artistes jouent de la musique. Photo: Rhoda Mphande/COE

05 juillet 2019

Version française publiée le:09 juillet 2019

Le 5 juillet, le Conseil œcuménique des Églises (COE) a animé un dialogue entre les religions sikhe et chrétienne sur le thème «Poursuivre la paix dans un monde pluriel» afin de marquer le 550 anniversaire de la naissance du gourou Nanak, premier gourou du sikhisme.

L’événement a rassemblé une quarantaine de responsables religieux, d’universitaires et d’activistes indépendants de confession chrétienne ou sikhe.

Le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, a exprimé la joie que lui procure ce premier dialogue officiel entre les deux religions sous les auspices du COE.

«Il s’agit d’une année importante dans le calendrier sikh, car elle marque le 550ᵉ anniversaire de la naissance du gourou Nanak, a déclaré le pasteur Tveit. Par conséquent, organiser la rencontre formelle des religions chrétienne et sikhe durant cette année est un moyen particulier de célébrer la vie et l’œuvre du gourou Nanak.»

«Chaque jour qui passe nous rappelle de manière poignante la nécessité grandissante d’une paix durable, a-t-il ajouté. L’essor de la xénophobie, de l’extrémisme violent et du nationalisme populiste confirme que les communautés de foi doivent d’urgence redoubler leurs efforts et imaginer de nouveaux modèles d’engagement en faveur de la paix.»

Pour le secrétaire général, les deux religions ne peuvent plus s’offrir le luxe de penser et de travailler isolément: «Au contraire, prenant en compte le caractère interdépendant de notre commune existence, il est temps pour nous de réfléchir et d’agir en collaboration, affrontant et dépassant les éventuelles forces de division qui existent entre nous et en notre sein, a-t-il ajouté. Dans un monde nettement divisé par la haine et la peur, le meilleur moyen pour les religions de ne pas faire partie du problème, mais de faire partie de la solution, c’est de participer ensemble à la solution.»

Le gourou Nanak soulignait l’importance de la fraternité universelle en tant que forme la plus élevée des aspirations religieuses, et il incitait ses disciples à traiter tous les êtres humains comme des frères et des sœurs. Le dialogue était centré sur une conception holistique de la paix, inhérente aux traditions chrétienne et sikhe, en tenant compte du fait qu’une paix dépourvue de justice est incomplète.[…]

Source : Le COE anime un dialogue historique entre les religions sikhe et chrétienne dans un contexte marqué par la «nécessité grandissante d’une paix durable» — Conseil œcuménique des Églises, 09.07.19

 

Voir aussi:

Sikhs et chrétiens : «Travailler pour la paix avec persévérance», par Mgr Ayuso Guixot

Dans le sillage de la Déclaration d’Abou Dhabi

Au Sénégal un nouveau code de conduite
dans la cité religieuse de Touba | La Croix Africa

Le guide spirituel de la confrérie musulmane des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a établi un nouveau code de conduite dans la cité religieuse de Touba.

La décision a été prise après la polémique suscitée par l’organisation, dans la cité d’une séance de danse au son du tam-tam, par des jeunes femmes de la famille religieuse.

Au Sénégal, le guide spirituel de la confrérie soufie des mourides (environ 30 % de la population sénégalaise), le « Khalife général », Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, a décidé de mettre de l’ordre dans la cité religieuse de Touba, à 194 km de Dakar.

Le 3 juillet 2019, les autorités de la ville religieuse ont rendu public un nouveau code de conduite paraphé par le guide religieux le 24 juin dernier. Dans le document, le guide des mourides rend publique une série de mesures pour le bon fonctionnement de la cité de Touba. Parmi les interdits, il y a la consommation, la vente de boissons alcoolisées et de toutes les drogues, stupéfiants naturels ou manufacturés. Le marabout a inclus dans ce lot d’interdits les jeux de hasard, la musique, les concerts et « tout autre spectacle de divertissement illicite en islam. »

Le code de conduite …. Lire la suite: Au Sénégal un nouveau code de conduite dans la cité religieuse de Touba – La Croix Africa, Charles Senghor, 08.07.19.

[Tribune] Quelle place pour l’islam en Afrique de l’Ouest ?

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Par

Ancien Premier ministre du Mali, président du parti Yelema.

L'islam a un rôle si structurant dans le quotidien de nos sociétés ouest-africaines qu'il convient d'engager des mesures importantes et concrètes afin de ne pas laisser cette religion aux mains des extrémistes.

La religion, de manière générale, a un rôle et une influence certaine au sein des groupes humains. Cette influence est susceptible de jouer sur l’organisation, le fonctionnement voire la gestion de la société, ce qui lui confère une dimension également politique.

Dans de nombreuses démocraties partisanes, des organisations politiques ont des références religieuses clairement établies et acceptées. En Allemagne, le parti dominant est encore un parti dénommé « chrétien démocrate ». Aux États-Unis, le président prête serment sur la Bible. En Turquie, au Maroc ou en Tunisie, les partis à référence islamique exercent ou participent au pouvoir. La religion est de ce fait associée à l’exercice du pouvoir en maints endroits.

Au Mali et en Afrique de l’Ouest plus généralement, la religion musulmane est majoritaire. Cette partie du continent se caractérise par le fait qu’après le Maghreb, c’est la région qui est la plus islamisée. Étant la plus peuplée (entre 350 et 380 millions d’habitants), c’est là où l’on recense le plus grand nombre de musulmans – et, accessoirement, le plus grand nombre d’islamistes violents.

Une religion omniprésente

Le rôle social de l’islam se déduit du fait que des millions de citoyens acceptent de se soumettre à ses règles, à organiser leur existence conformément aux dogmes de la religion, à avoir des relations sociales placées sous le prisme religieux et à inscrire leurs rapports avec les autres dans le cadre de ce qui est prescrit par la religion. L’islam a de ce fait une importance majeure dans nos sociétés.

Cette particularité de l’islam en fait une cible pour de nombreux groupes humains, notamment dans les sociétés occidentales

Par ses rites et ses préceptes, l’islam est la religion monothéiste qui met le plus en avant le groupe, la collectivité et la société. C’est une religion qui se pratique et se vit en groupe. Elle met particulièrement l’accent sur l’harmonie sociale, et traite également la question de la société, de son organisation, de sa direction et de sa gestion. Cela particularise l’islam et crée ainsi de nombreuses occasions de confrontations entre ses prescriptions et les règles séculières définies par les hommes dans le cadre de la gestion de nos cités.

Cette particularité de l’islam en fait une cible pour de nombreux groupes humains, notamment dans les sociétés occidentales. Ces confrontations sont aussi présentes dans nos contrées et il est probable qu’elles continuent à être des sources de tensions à l’avenir. Elles forment d’ailleurs une des motivations des groupes islamistes terroristes dont l’ambition est de transformer la gestion de nos sociétés pour la mettre sous le magistère de ce qu’ils considèrent comme la voie authentique de l’islam.

Donner un contenu propre à la laïcité africaine

Cette religion a indéniablement un rôle social et politique au Mali et en Afrique de l’Ouest. Cependant, en quoi ces rôles peuvent être des facteurs de stabilité, de prospérité et d’harmonie dans nos pays ? Comment concilier ce rôle politique avec le fonctionnement des collectivités et des États laïcs ? Comment éviter les chocs et les conflits, ou les minimiser afin que les collectivités puissent prospérer ?

Ces questions sont cruciales, et de leur réponse appropriée dépendront la sécurité et la stabilité de nos pays à moyen et long termes. Pour ce faire, il faut deux préalables essentiels et engager quelques initiatives majeures.

La reconnaissance de la place dans nos sociétés de la religion de manière générale, et de l’islam en particulier, par nos élites politiques, la société civile, les intellectuels, etc, constitue un préalable indispensable au traitement dépassionné de la question. Par crainte, méconnaissance, paresse ou malhonnêteté intellectuelle – ou simplement par conformisme – , de nombreux leaders de nos pays ne souhaitent aborder le débat sur les questions religieuses qu’à l’abri des regards. On ne peut vouloir se situer à l’avant-garde d’une société et prétendre effacer une partie de l’identité de celle-ci. Les élites doivent intégrer cette réalité et en tenir compte. La religion est facteur de justice et d’harmonie.

Le second préalable est la nécessité acceptée par tous de donner enfin un contenu à la laïcité dans notre espace régional. Celle-ci ne peut être ni synonyme de rejet de la religion, ni être une copie de ce qui est retenu ailleurs. La laïcité à la hollandaise ne peut et ne doit pas être la laïcité à la malienne. Nous n’avons pas à mimer d’autres à qui d’ailleurs nous n’avons rien à envier. Nos sociétés sont souvent plus laïques, au sens occidental du terme, que d’autres quand on apprécie l’équidistance de nos États vis-à-vis des religions en rapport avec les jours fériés pour chacune des religions, les rapports avec les organisations religieuses, etc.

Feuille de route concrète

De manière concrète, quatre initiatives pourraient être prises dans nos pays. La première consiste à formaliser par des politiques, stratégies et règles, les rôles et la place de la religion dans nos sociétés, les rapports entre la religion et le pouvoir temporel, les droits et devoirs des leaders religieux, les rapports entre le religieux et le politique, les normes d’organisation et de fonctionnement du culte, etc. Il faut mettre fin à la politique de l’autruche en laissant l’anarchie religieuse envahir l’espace public. Cet important chantier devrait être ouvert en collaboration avec les organisations religieuses.

Il nous faut aborder les chocs prévisibles sans passion, mais avec la ferme volonté d’établir des compromis rassembleurs

La seconde initiative est d’organiser le dispositif religieux et de lui assurer une plus grande cohésion. Il faut assurer l’unité et l’entente entre les courants. Il est nécessaire qu’une organisation faîtière soit construite et renforcée pour qu’elle dispose des moyens de son leadership. Elle doit avoir les capacités scientifiques requises et des moyens d’édiction des normes. Elle doit disposer d’organes incontestés d’orientation et de supervision. Sa légitimité est indispensable pour asseoir son autorité, et cette dernière sera cruciale dans les rapports avec les pouvoirs publics.

À la suite de ces initiatives institutionnelles, il convient de mettre en place un dispositif permettant la concertation et la collaboration entre la gouvernance temporelle et l’autorité religieuse supérieure afin d’anticiper les chocs et les traiter. Ces chocs ne manqueront pas (question d’héritage, rôles et places de la femme, peine de mort, bioéthique, excision…). Il nous faut forcément les aborder en ayant le souci de la stabilité, de l’harmonie, de la prospérité et de la solidarité dans la société. Sans passion, mais avec la ferme volonté d’établir des compromis rassembleurs.

Des arguments religieux pour contrer l’extrémisme

Les interrelations entre les autorités religieuses et les autorités politiques peuvent ouvrir la voie à la dernière initiative. Celle-ci consiste à prévoir, dans le cadre de la décentralisation, la possibilité qu’il y ait des règles civiles d’application locale et inspirées de la religion. Cela prévoira également des officiers judiciaires religieux chargés de rendre des décisions inspirées de la religion, sur des thématiques civiles comme les questions d’état civil, le caractère licite ou illicite de certains produits ou services, les litiges entre citoyens, les questions civiles ou commerciales…

Ces possibilités peuvent ensuite être étendues à des infractions pénales de type contraventionnel ou délictuel (questions environnementales, atteinte au patrimoine public, vols jusqu’à certains niveaux…). Il s’agit de créer des possibilités permettant de régler localement les problèmes selon les principes religieux.

Les possibilités offertes par cette initiative – ainsi que la précédente – permettront à nos pays de traiter la question des groupes terroristes autrement que par des moyens militaires. Ces groupes armés parviennent à convaincre les populations en se fondant sur des principes religieux. Lorsque nos gouvernants parviendront à leur opposer des arguments religieux et à intégrer certains principes religieux dans le fonctionnement de la vie collective, une bonne partie des thèses violentes n’aura plus de prise sur les populations. La religion reste l’arme la plus efficace contre l’extrémisme religieux.

En fichiers joints les deux pages du dernier bulletin
de la Basilique ND d'Afrique

 

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Tareq Oubrou face aux «islamo-identitaires» :
poser les enjeux du débat (1 et 2)|SaphirNews

Tareq Oubrou face aux « islamo-identitaires » : poser les enjeux du débat (1/2)

Les déclarations de l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou enflamment une fois de plus la « muslimosphère » francophone. Accusé d’être un larbin docile du pouvoir en place souffrant d’un syndrome postcolonial, un suppôt de l’extrême droite, un migrant de première génération qui s’efface devant son maître et rase les murs, un béni oui-oui, un ignorant des réalités des Français-es musulman-e-s quand ce n’est pas un ignorant de l’islam tout court, le voici sommé de se taire, de s’interdire de conseiller les musulmans, et surtout les musulmanes. Quelques-uns lui feront grâce d’une certaine connaissance de sa religion, mais récuseront en bloc son approche.

Pourtant, il n’a rien dit qu’il ne répète en boucle depuis plus d’une décennie, de livres en interviews, de conférences en vidéos sur les médias sociaux. S’il est évident que l’on peut être en désaccord avec lui tant sur le fond que sur la forme, qui peut parfois manquer singulièrement de pédagogie, au moins peut-on lui accorder le crédit de la constance. …Lire l’article: Tareq Oubrou face aux « islamo-identitaires » : poser les enjeux du débat (1/2) (1/2), Michael Privot, 26.06.19.


Dans les lignes qui suivent, attardons nous sur certaines dimensions idéologiques servant de soubassement aux discours « islamo-identitaires » ainsi qu’à l’absence de prise en compte de certains éléments contextuels dans leurs approches, ce qui contribue à les conduire, dès lors, à des conclusions assez différentes de celles d’un Tareq Oubrou.

Des postulats « islamo-identitaires » implicites (2/2)

Ainsi, plusieurs postulats, totalement implicites dans le positionnement des « islamo-identitaires », déterminent pourtant leur approche des questions que nous avons évoquées en première partie, postulats dont il importe de souligner les ancrages théologiques et idéologiques très particuliers pour mieux saisir les enjeux de cette polémique.

Par exemple, le fait qu’un « bon musulman ne peut être discret » repose sur l’idée que le-la musulman-e ne peut se fondre dans la masse de ses concitoyens. Porteur-euse d’un message universel, du seul message immaculé reçu d’Allah à destination de toute l’humanité, il-elle se doit d’être visiblement différent-e pour attirer l’attention, être une sorte de point d’interrogation permanent dans la société au sein de laquelle il-elle s’inscrit pour susciter au minimum l’intérêt, voire la conversion dans le meilleur des cas.

Cela implique de se démarquer par son alimentation, par les habits, du port du voile au pantacourt et la barbe fournie teintée au henné, et d’imposer visuellement un rappel de la supériorité morale de la religion à laquelle le-la musulman-e appartient. Ce type de lecture n’est pas neuf, mais il a été particulièrement travaillé au sein de la matrice idéologique wahhabite et salafiste, avec des effets de halo considérables sur le frérisme. On trouve cela à profusion dans une littérature abondamment disponible, sur Internet ou en librairie.… Lire la suite: Quels postulats implicites déterminent l’approche des « islamo-identitaires » ? (2/2) , Michaël Privot, Saphr News, 29.06.19.