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Le
Père Henri Leroy : le plus burkinabè des
Français

Le
Père Henri Leroy a été décoré
en octobre 2004 pour son engagement aux côtés des
Burkinabè de France
Chaque
année, le premier dimanche du mois de juillet, un grand
rassemblement réunit plusieurs dizaines de Burkinabè
de France à Mours, petite commune du Val d’Oise dans
la région parisienne. Ce qui est devenu aujourd’hui
une manifestation incontournable pour beaucoup de nos compatriotes
résidant en France est l’initiative d’un
religieux, le Père Henri Leroy.
C’est
en 1954 que le Père Henri Leroy, de la congrégation
des Pères Blancs, débarque au Burkina pour la
première fois, à l’âge de 27 ans. Il est
affecté à Réo. Il commence à apprendre
la langue lyélé et bien lui en prend car il restera
dans la région pendant trente ans, passant de la paroisse
de Réo à celle de Didyr.
A
la suite d’un accident et de ses complications, le Père
Leroy est obligé de rentrer définitivement en France
en 1991 ; avec beaucoup de regrets mais après
néanmoins une vie sacerdotale bien remplie. Sur place en
France, on lui propose de s’occuper des Burkinabè
présents sur Paris. Il le fait avec empressement car,
souligne-t-il :« Pendant mon long séjour au
Burkina, j’ai apprécié la délicatesse
de l’accueil des Burkinabè, surtout envers les
étrangers ». Ce sera ainsi pour lui la solution
pour garder le lien avec les Burkinabè et avec ses
confrères de là-bas qu’il a dû quitter
malgré lui.
Ses
premiers contacts dans le milieu des Burkinabè de Paris
sont des personnes recommandées depuis le Burkina. Il lie
ainsi amitié avec Emmanuel Bationo. Les vicissitudes de la
vie professionnelle de M. Bationo vont très vite amené
le Père Leroy à payer un peu ce qu’il
considère comme une dette envers les Burkinabè.
« J’essaie d’être au service des gens
car quand j’étais au Burkina, on s’est bien
occupé de moi et je me dis qu’il faut qu’on
s’occupe en retour des Burkinabè qui sont ici »,
souligne-t-il.
Alors,
quand M. Bationo est abusivement licencié de son
travail, le Père Leroy s’engage à ses côtés
dans une bataille judiciaire qui durera trois ans pour qu’il
rentre dans ses droits. Ils auront gain de cause, mais nettement
en deçà de toute attente, car M. Bationo ne
récoltera que des miettes comme indemnités après
vingt ans de bons et loyaux services.
Cet
épisode douloureux sera aussi l’occasion pour le
religieux de faire un constat amer : la légendaire
solidarité africaine s’effrite au sein de la
diaspora. Face au manque de mobilisation de ceux qui s’étaient
engagés à venir en aide à un frère en
difficulté, il décide de s’engager encore plus
profondément et personnellement. « Comme j’avais
ramassé de l’argent grâce à des articles
dans la presse et que je ne pouvais pas le placer en mon nom pour
qu’il ne soit pas perdu après ma mort, j’ai
décidé de créer une association. Ainsi est
née ADABIAS : Association d’amitié
burkinabè interculturelle autour du Sanguié car
c’était le noyau central », explique-t-il.
Le
but d’ADABIAS est de réunir les jeunes pour les faire
réfléchir sur leur richesse culturelle pour que,
précise le Père Leroy, « une fois arrivés
en France, ils ne se laissent pas intoxiquer car ils ont des
valeurs qu’ils n’ont pas le droit d’abandonner ».
Mais cela ne va pas de soi, reconnaît-il.
Néanmoins,
ADABIAS existe depuis une dizaine d’années et fait
son chemin avec diverses manifestations dont la traditionnelle
vente de produits d’artisanat du Burkina qu’elle
organise chaque année au sein de l’ambassade du
Burkina à Paris. Elle a même des réalisations
non négligeables à son compte, comme la prise en
charge de la scolarité d’une dizaine d’écoliers
dans le Sanguié.
Armé
de sa détermination à maintenir ce qu’il
considère comme les valeurs essentielles de l’Afrique,
le Père Leroy continue son sacerdoce avec des visites
régulières aux familles des Burkinabè de
France avec qui il va célébrer volontiers la messe
quand on a la gentillesse de l’inviter, apprécie-t-il.
Le religieux, qui déplore « le tempérament
un peu individualiste des gourounsi », ne désespère
pas pour autant. Le 2 juillet prochain, Mours accueillera le grand
rassemblement des Burkinabè, au-delà des
ressortissants du Sanguié.
Cyriaque
Paré www.Lefaso.net
samedi 27 mai 2006.
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