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Jésus a-t-il vraiment annoncé un autre
prophète après lui ?
La question du Paraclet
Père Josef Stamer
Introduction :
Récemment
dans une rencontre avec des jeunes chrétiens, la question a surgi : D’après
les musulmans, Jésus a échoué dans sa mission. C’est pourquoi il a annoncé la
venue de Mohammed. Qu’en est-il exactement ? Dans les discussions
quotidiennes entre chrétiens et musulmans au Mali et comme ailleurs en
Afrique la question des « envoyés » et de leur rang les uns par
rapport aux autres, est une des plus chaudes. Effectivement elle touche au
« noyau dur » de nos différences doctrinales, mais surtout au plus
profond des sensibilités religieuses des uns et des autres : beaucoup de
musulmans ont une grande vénération pour leur prophète Mohammed et l’amour
des chrétiens pour Jésus est le cœur même de la religion chrétienne.
Il y a
déjà plusieurs dizaines d’années, un livre a paru en France : « La Bible, le Coran et la Science » de Maurice Bucaille. Ce livre a été
largement diffusé, à bas prix ou même gratuitement, en Afrique par les soins
de l’organisation libyenne de l’Appel à l’Islam et d’autres
organisations islamiques. En effet, il reprend toute une série de vieux
thèmes de la controverse ou de la polémique entre chrétiens et musulmans,
dont aussi l’affirmation que, dans certains textes de l’Evangile selon Saint
Jean, il y aurait l’annonce par Jésus de la venue de Mohammed. Ceci a été
repris plus près de nous encore par M. Saada Touré de Ségou dans son petit
pamphlet : « L’Eglise est-elle chrétienne ou
paulienne ? » En son temps (1979), Mgr Sidibé avait répondu à
Saada Touré dans une lettre pastorale non moins agressive.
Pour que
de telles discussions ne restent pas de paroles stériles et ne finissent par
détériorer le bon climat de convivialité entre chrétiens et musulmans, il est
utile de connaître plus en détail de quoi il s’agit au juste.
Cette
brochure veut donc apporter quelques lumières sur un sujet qui reste complexe
et controversé. Nous allons examiner le plus objectivement possible les
textes des nos Ecritures respectives qui sont en jeu dans la prétendue
annonce de Mohammed par Jésus, mais nous allons aussi avoir un regard très
critique pour certaines interprétations ou manipulations de ces textes.
Cette
brochure ne veut nullement réchauffer une dispute vieille de plusieurs
siècles entre chrétiens et musulmans. Nous aurons pourtant à en parler. Au
contraire, dans un esprit de pacification et de clarification, elle veut
faire connaître et apprécier les vraies différences de nos fois respectives
et c’est là un élément indispensable du dialogue inter-religieux.
1. Justifier et préciser un verset du
Livre saint des musulmans : Coran 61,6
Pour les
musulmans le Coran est l’ultime Révélation qui abroge et corrige toutes les
autres. Dans le Coran, à la sourate appelée « Le rang »
(61), nous trouvons le texte suivant : « Jésus, fils de Marie,
dit : ‘O fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu
envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Tora, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont
le nom sera Ahmad’. Mais lors que celui-ci vint à eux avec des preuves
incontestables, ils dirent : ‘Voilà une sorcellerie
évidente !’ » (61,6)
Il faut
noter d’abord qu’il existe une deuxième version de ce texte qui ne change
rien au contenu du message de Jésus, mais qui ne comporte pas le mot clé
« Ahmad » qui nous intéresse ici : « Jésus,
fils de Marie, dit : ‘O fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le
Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Tora, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète dont la
communauté sera la dernière communauté et par lequel Allah mettra le sceau
aux Prophètes et aux Apôtres’. Les Fils d’Israël dirent : ‘ Ceci
est sorcellerie évidente !’ »
A propos
de la traduction qui est ici celle de Denise Masson, authentifiée par des
lettrés musulmans, il est à remarquer que le mot « Prophète » ne se
trouve pas tel quel dans le texte arabe, mais bien le mot
« envoyé » qui n’a pas tout à fait le même sens.
Généralement
les traducteurs de ce verset laissent « Ahmad » comme nom
propre, mais rien n’empêche de traduire simplement « dont le nom sera
bien loué ». En effet, « Ahmad » est une forme
renforcée (élatif) de la racine HMD=louange. Des noms propres tels que
Mahmûd, Hamîd, ou encore Mohammed, sont effectivement dérivés de cette
racine. Mais « Ahmad » n’était pas employée comme nom propre
au début de l’Islam. L’usage parmi les Arabes du mot Ahmad comme nom
propre ne semble commencer que vers 740, soit plus de cent ans après le début
de l’Islam. Le mot Ahmad dans Coran 61,6 devrait donc être pris non
comme un nom propre, mais comme un adjectif. La traduction originelle serait
donc « dont le nom sera bien loué ». Quoiqu’il en soit, la
tradition islamique n’a pas été long à voir dans « Ahmad »
un synonyme du prophète Mohammed.
Pour les
musulmans il ne fait donc aucun doute : Jésus (‘Isâ bnu Maryam) a
annoncé la venue d’un prophète après lui, peu importe les incertitudes sur le
texte et sur son interprétation. En tant que chrétiens prenons acte que le
Coran met ces paroles dans la bouche de Jésus, mais ne nous sentons nullement
concernés par cette annonce.
Ce verset coranique de l’annonce par Jésus
d’un prophète ultérieur s’inscrit dans l’ensemble de la foi musulmane aux
Ecritures et aux Envoyés.
Il est
vrai que Chrétiens et Musulmans, nous sommes très proches dans notre foi en
un Dieu qui a parlé, qui s’est manifesté, qui s’est révélé. Nous,
monothéistes, nous croyons en Dieu parce que « Dieu a parlé aux
hommes » (Nostra Aetate n° 3).
Mais dès
que nous cherchons à nous préciser les uns aux autres le contenu de cette
Parole de Dieu et surtout la manière dont elle nous est parvenue, nous
tombons dans les différences les plus insurmontables entre chrétiens et
musulmans.
Pour les
musulmans Dieu parle d’abord à travers les Ecritures. Les
« envoyés » (« prophètes ») ne sont que des transmetteurs
de ces Ecritures sans aucune influence sur le contenu de ces Livres. En Islam
la foi aux Livres est première par rapport à la foi aux Envoyés, plus
importante que cette dernière.
Le Coran
qui en définitive fait foi pour les musulmans, parle d’au moins quatre, sinon
cinq Ecritures que Dieu aurait confiées à divers « envoyés ». Ces
« envoyés » sur la base de l’Ecriture reçue et notamment de la Loi divine contenue en elle, deviennent en même temps fondateurs de communauté de croyants.
Le cas d’Abraham
reste assez obscur. Dans plusieurs sourates du début de la prédication de
Mohammed à La Mekke, le Coran (87,18 – 19 et 53,36 - 37) parle bien de
« feuillets » confiés à Abraham, mais ceci n’est plus repris
par la suite.
Par
contre, très proche du récit biblique, la Loi de Dieu (« Tawrât » = Tora ?) est confiée à Moïse qui en fait la base de la
communauté juive. Les textes qui en parlent sont nombreux et le verset cité
plus haut (61,6) qui mentionne la « Tawrât donnée avant
Jésus », est justement précédé d’un verset sur Moïse : « Moïse
dit à son peuple :’O mon peuple ! Pourquoi me
maltraitez-vous, alors que vous savez que je suis vraiment le Prophète de
Dieu envoyé vers vous ?’ Lorsqu’ils dévièrent, Dieu fit dévier leurs
cœurs. Dieu ne dirige pas le peuple pervers. » (61,5).
Faut-il
établir une équivalence entre cette « Tawrât » et les cinq
premiers livres de la Bible (Pentateuque) comme certains commentateurs du
Coran le suggèrent ? La question reste posée.
Selon le
Coran, et analogue à la tradition biblique, un livre de chants de louange est
donné par Dieu à David : les « Zabûr » =
Psaumes (Coran 4,163 ; 17,55 et 21,105). Le mot « Zabûr »
est un singulier collectif dont le pluriel « zubur » sert
parfois pour désigner l’ensemble des Ecritures données par Dieu avant le
Coran (16,44 ; 26,196 ; 35,25 ; 54,43 et 52).
Le cas de Jésus
(‘Isâ) est plus complexe. Un livre lui vient de la part de Dieu, un livre
appelé « Injîl » mot dérivé manifestement du mot grec
pour « Evangile » au singulier, qui serait une version
renouvelée de la « Tawrât », puisque Jésus, comme Moïse, est
envoyé au peuple juif. Ce dernier a été infidèle à ce qui lui a été révélé
par Moïse et Dieu est obligé d’envoyer un autre « prophète », avec
un livre contenant un autre Loi. Ainsi lisons-nous par exemple en Coran
5,46 : « Nous avons envoyé, à la suite des prophètes, Jésus,
fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui, de la Tora. Nous lui avons donné l’Evangile où se trouvent une Direction et une Lumière, pour
confirmer ce qui était avant lui de la Tora : une Direction et un Avertissement destinés à ceux qui craignent Dieu. »
Où se trouve cet « Injîl » ?
Quel est son contenu exact ?
Nous
chrétiens, nous ne pouvons que poser des questions. Il est certain que, selon
la foi chrétienne, Jésus n’est pas venu avec une Ecriture. De plus, lui-même
n’a rien écrit et ce n’est que quelques dizaines d’années plus tard que
quatre de ses disciples ont mis par écrit ses gestes et ses paroles :
les quatre Evangiles.
D’après la
conception musulmane, Jésus n’a pas été suivi non plus par les Juifs et les
chrétiens, sa communauté, ont faussé son message. Nous aurons à revenir en
détail sur ce reproche faites aux chrétiens de la « falsification des
Ecritures ». Pour les musulmans c’est là la raison pour laquelle
Dieu envoie un dernier « prophète » avec un Livre qui résume et
reprend tous les autres et qui est « inégalable » : le
Coran.
Le Coran
est ainsi dans la foi musulmane la « révélation » définitive qui
abroge toutes les autres « révélations » et, bien qu’envoyé aux
Arabes et écrit en arabe, il s’adresse pourtant à tous les hommes et à tous
les peuples. Ce verset coranique de l’annonce par Jésus d’un autre prophète
après lui cadre donc pleinement avec la logique de ce que le Coran dit sur
les « Ecritures » et les « Envoyés ».
Depuis le
début de l’Islam des musulmans ont cherché à trouver confirmation de cette
annonce de Mohammed dans les Ecritures judéo-chrétiennes. Certains n’ont rien
trouvé et, de ce fait, ont accusé les chrétiens d’avoir enlevé cette annonce
de leur Livre. D’autres sont tombés sur les textes de l’Evangile de Jean où
Jésus annonce le « Paraclet ». Et là encore, il y a le reproche
d’avoir obscurci et trafiqué ces textes, puis que selon eux le mot « Paraclet »
aurait été mis à la place d’un autre et qui serait l’équivalent de « Ahmad »
dans le Coran.
Nous
aurons à revenir en détail sur cette prétendue substitution, mais auparavant
regardons de plus près l’Evangile de Jean et notamment les textes sur le
Paraclet.
2. L’Evangile de Jean et les textes sur le
« Paraclet ».
Nous
l’avons déjà dit : D’après la tradition chrétienne, Jésus n’est pas venu
avec un livre, mais s’est référé très souvent dans sa prédication aux textes
de la Bible des Juifs qu’il connaissait très bien. Jésus n’a rien écrit non
plus lui-même ni n’a-t-il donné l’ordre à ses disciples d’écrire ses paroles,
la Bonne Nouvelle (= Evangile) du Royaume de Dieu, mais d’en
témoigner, de la proclamer, de l’annoncer jusqu’au bout du monde.
Ce n’est
que quelques 40 à 50 ans après le départ de Jésus que des disciples ont mis
cette Bonne Nouvelle par écrit. L’Eglise, la première communauté de Jésus, a
reconnu quatre de ces écrits comme authentiques c’est à dire contenant
l’essentiel de la vie et du message de Jésus. Les quatre Evangiles sont
nés de la proclamation et du témoignage de la première communauté chrétienne.
L’Evangile
de Jean est appelé aussi le 4ème Evangile précisément par ce
qu’il a été écrit après les trois autres de Marc, de Mathieu et de Luc et
qu’il est assez différent des trois autres. Les spécialistes sont unanimes
pour dire que l’auteur du 4ème Evangile a connu les trois autres,
lorsqu’il s’est mis à écrire vers la fin du 1er siècle, soit
quelques 60 à 70 ans après le départ de Jésus. Aussi le 4ème
Evangile ne reprend-il pas en détail tous les faits et paroles de Jésus
rapportés dans les autres Evangiles, sauf pour le récit de sa condamnation,
de sa mort sur la croix et de sa résurrection. Par contre, il fait ressortir
quelques faits significatifs de la vie de Jésus pour les méditer et en faire
découvrir toute la profondeur spirituelle.
L’Evangile de Jean parle fréquemment de l’Esprit Saint.
Nous ne pouvons pas revenir sur tous les textes. Rappelons seulement les plus
significatifs :
Jean 1, 29 – 34 :
Le
lendemain, Jean (le Baptiste) voit Jésus qui vient vers lui et il
dit : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. C’est
de lui que j’ai dit : ’Après moi vient un homme qui m’a devancé, parce
qu’avant moi, il était’. Moi-même, je ne le connaissais pas, mais c’est en
vue de sa manifestation à Israël que je suis venu baptiser dans l’eau. »
Et Jean porta son témoignage en disant : « J’ai vu l’Esprit, tel
une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui. Je ne le connaissais
pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, c’est lui qui m’a
dit : ‘Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur
lui, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint’. »
Jean-Baptiste
atteste clairement dans ce texte qu’il a vu l’Esprit Saint descendre sur
Jésus et que, désormais, c’est Jésus qui donne l’Esprit de Dieu.
Jean 7, 37 – 39 :
Le
dernier jour de la fête, qui est aussi le plus solennel, Jésus se tint dans
le Temple et se mit à proclamer à haute voix : « Si quelqu’un a
soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi. Comme l’a dit
l’Ecriture : ‘De mon sein couleront des fleuves d’eau vive’. » Il
désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en
lui : en effet, il n’y avait pas encore d’Esprit parce que Jésus n’avait
pas encore été glorifié.
Retenons
simplement de ce texte que Jésus compare le don de l’Esprit à une source
d’eau vive et que Jésus doit entrer dans sa gloire pour que ses disciples
puissent boire à cette source c’est à dire recevoir le don de l’Esprit.
Jean 20, 19 – 22 :
Le soir
de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte
des Juifs, les portes étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint eu milieu
d’eux et il leur dit : «La paix soit avec vous. ». Tout en parlant,
il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples
furent tout à la joie. Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix
soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez
l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux
à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
La
promesse que Jésus avait faite de donner l’Esprit à ses disciples, il la
réalise immédiatement, le jour même de sa « glorification », de sa
résurrection des morts. « Il souffla sur eux : Recevez
l’Esprit Saint ! » Il le fera d’une manière plus spectaculaire
encore 50 jours plus tard, le jour de la Pentecôte (cf. Actes 2).
Ainsi
avons-nous dans l’Evangile de Jean plusieurs images ou symboles qui indiquent
le don de l’Esprit de Dieu : la colombe « qui demeure sur Jésus »,
la source d’eau vive (cf. aussi Jean chapitre 4), le souffle (cf. Genèse 2,7)
… Il est surprenant de constater que ce n’est que dans quatre passages des
chapitres 14, 15 et 16 que Jésus appelle le Saint-Esprit
« Paraclet ». Il lui donne un nom.
Avant d’aller plus avant dans la compréhension de
ces textes sur le « Paraclet » et de leur contexte immédiat,
essayons de donner un sens plus précis à ce nom
« Paraclet ». Le mot vient
évidemment du grec « paraclètos », mais comment le traduire ?
Les deux grandes traductions de la Bible auxquelles nous nous référons
habituellement, la Bible de Jérusalem et la Traduction Œcuménique de la Bible (TOB), ont laissé le mot tel quel. Ce n’est certainement
pas par manque de connaissance de la langue grecque, mais parce que – et
c’est là pour nous un signe - aucune traduction ne les a satisfaits. Les
textes liturgiques catholiques traduisent le terme par
« Défenseur ». Nous connaissons d’autres traductions comme
« Consolateur», « Intercesseur », etc.
Dans
l’antiquité, le mot « paraclètos » avait un sens profane notamment
dans le vocabulaire juridique. Il y désignait celui qui est appelé auprès
d’un accusé pour l’aider à se défendre. Le sens premier est donc
« avocat », « soutien », « défenseur ».
Aujourd’hui le terme « avocat » a pris un sens trop technique et
professionnel et parfois même une connotation péjorative. Un avocat est un
personnage qui s’est investi dans l’étude des lois pour défendre des accusés
devant la cour par tous les moyens et qui en a fait son gagne-pain.
Dans
l’antiquité, notamment dans le système judiciaire romain, le
« paraclètos » n’était pas un professionnel. Un accusé, surtout
s’il était innocent, pouvait se choisir et faire intervenir devant la cour
une personne dont la bonne renommé était reconnue de tous et qui ainsi se
portait garant soit pour l’innocence de l’accusé, soit pour les bonnes
dispositions de repentir de ce dernier. C’est un peu dans ce sens que nous
trouvons le même mot dans un autre texte du Nouveau Testament, encore de
Saint Jean : 1ère lettre de Jean 2,1 : « Mais si
quelqu’un vient à pécher, nous avons un défenseur (avocat, intercesseur)
devant le Père, Jésus Christ, qui est juste. »
Si nous
lisons maintenant la première partie du dernier texte de l’Evangile de Jean
sur le « Paraclet » (Jean 16, 8 – 11), nous voyons qu’il s’agit
bien là aussi d’un contexte juridique, d’un jugement. Jugement de qui et à
cause de quoi ? Nous y reviendrons dans un instant, mais retenons déjà
que Jésus a choisi intentionnellement ce terme dans le vocabulaire juridique
profane.
Quels sont les textes sur le « Paraclet » ?
(cités ici dans la traduction de la TOB) :
1° Jean 14, 15 – 18 :
« Si
vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; moi,
je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec
vous pour toujours. C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est
incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il ne le connaît pas.
Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. Je
ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous… »
2° Jean 14, 25 – 27 :
« Je
vous ai dit ces choses tandis que je demeurais auprès de vous ; le
Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera
toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous
laisse la paix, je vous donne ma paix… »
3° Jean 15, 26 – 27 :
« Lorsque
viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité
qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi ; et à votre
tour, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le
commencement. »
4° Jean 16, 6 – 15 :
« …
ais parce que je vous ai dit cela, l’affliction a envahi votre cœur.
Cependant je vous ai dit la vérité : c’est votre avantage que je m’en
aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à
vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. Et lui, par sa
venue, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de
jugement : en matière de péché, en ce qu’ils ne croient pas en
moi ; en matière de justice, en ce que je vais au Père et que vous ne me
verrez plus ; en matière de jugement, en ce que le prince de ce monde a
été jugé. J’ai encore bien des choses à vous dire mais, actuellement, vous
n’êtes pas à même de les supporter ; lorsque viendra l’Esprit de vérité,
il vous fera accéder à la vérité tout entière, car il ne parlera pas de son
propre chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce
qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est à moi et il
vous le communiquera. Tout ce que possède mon Père est à moi ; c’est
pourquoi j’ai dit qu’il vous communiquera ce qu’il reçoit de moi. »
Que nous
disent ces textes ?
L’Evangile
de Jean comporte deux grandes parties, deux mouvements en somme :
-
Un premier mouvement qui va de Dieu, le Père, vers les hommes :
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour
que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vit
éternelle » (Jean 3,16). Ce mouvement commence donc à la
naissance de Jésus, à l’Incarnation du Verbe (Jean 1, 15) pour culminer dans
l’exclamation de Jésus à Jérusalem : « Quand j’aurai été élevé
de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jean 12,32).
-
Au chapitre 13 commence un autre mouvement : le retour de Jésus
vers le Père. Il y a cette introduction solennelle : « Jésus
sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, lui, qui
avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à
l’extrême. » (Jean 13,1)
Nos textes
sur le « Paraclet » font déjà partie de ce deuxième mouvement et il
est important de se le rappeler toujours. La promesse et la venue du
« Paraclet » appartiennent à « l’heure » de Jésus, au
mouvement de retour vers le Père. Ici il faudrait approfondir le sens de
« l’heure » dans l’Evangile de Jean et cela à partir des textes de
l’Ancien Testament.
Jésus
parle et agit comme s’il était déjà parti vers le Père. Il a déjà fait pour
ainsi dire le passage = la « Pâque ». C’est une des
différences avec les trois autres Evangiles qui présentent la passion et la
mort comme la « Pâque ». Dans Saint Jean, tout en passant ces
dernières heures avec ses disciples, Jésus vit déjà comme si la
« Pâque » était passée, il vit déjà auprès du Père. Tout le
discours des chapitres 14 à 16 a pour but de rassurer les disciples. Jésus
s’adresse à eux et non pas aux foules. Il veut les rassurer, les aider à
faire, eux aussi, le passage vers cette nouvelle réalité : Le Fils de
l’homme est retourné dans la maison du Père. Eux, ils restent dans le monde,
mais « ils ne sont plus du monde » comme il dira plus loin
dans la prière sacerdotale (Jean 17,14). Dès à présent, Jésus veut faire
entrer ses disciples dans la nouvelle réalité de sa Pâque.
La
première partie du chapitre 14, les versets 1 à 14, est centrée sur la foi
des disciples en Jésus « Je suis le chemin, la vérité et
la vie » répond Jésus à Thomas qui lui dit leur désarroi et leurs
doutes quant à ce départ de Jésus.
1 ° Jean 14, 15 – 18 :
La
deuxième partie du chapitre 14 à partir du verset 15 est centrée sur l’amour
et d’abord l’amour des disciples pour Jésus. « Si vous m’aimez, vous
chercherez à observer mes commandements ». Cette phrase indique bien
que Jésus s’identifie avec le Père pour exiger l’observation de ses
commandements. L’amour est bien le lien qui permet aux disciples de le
rejoindre. Mais ce n’est pas si évident ! Il faut un autre
« intervenant » pour que ça marche. Le Paraclet est le garant de
l’amour des disciples pour Jésus. C’est un garant permanent, immédiatement
présent auprès et dans les disciples, et sans limitation de temps. Nous
sommes dans les temps nouveaux. Une autre précision de ce premier
texte : Le monde est incapable de voir, de connaître et donc
d’accueillir l’Esprit Saint. Nous aurons à revenir plus loin sur le double
sens du mot « monde » en Saint Jean.
Retenons
donc de ce premier texte (Jean 14, 15 – 18) : La venue et la présence du
Paraclet est le fruit de la prière de Jésus auprès du Père et son rôle est
d’abord de maintenir les disciples dans l’amour de Jésus pour être en
communion avec lui (cf. dans Jean 15,5 « Je suis la vigne et vous
êtes les sarments…»)
2° Jean 14, 25 – 27 :
Plus loin
dans le même chapitre, toujours dans le but de rassurer ses disciples
désemparés, Jésus revient sur la venue du Paraclet. Le Père l’envoie au nom
de Jésus. Mais ici le rôle de l’Esprit est légèrement différent :
« Il vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout
ce que je vous ai dit ». Le Père donne l’Esprit aux disciples, à
l’Eglise, pour les garder dans la vérité, celle que Jésus a enseignée, celle
que les disciples ont pour mission d’annoncer. Le Paraclet est le garant
de la fidélité de l’Eglise à l’enseignement de Jésus. Voilà donc un
deuxième aspect important du rôle du « Défenseur » promis.
3° Jean 15, 26 – 27 :
Le
chapitre 15 comporte deux parties bien distinctes : d’une part la
parabole de la vigne pour dire combien les disciples sont unis de manière
vitale au Christ et à travers lui au Père et ensuite, pour ainsi dire en
contraste, la haine et la persécution du monde. « Le monde vous
hait, …s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » (15,19
– 20). Les paroles de Jésus sont claires, mais certainement pas très
encourageantes pour les disciples. C’est là encore que Jésus revient sur la
promesse de la venue du Paraclet. « Quand viendra le Paraclet que je
vous enverrai d’auprès du Père, il me rendra témoignage. » Voilà
encore un nouveau rôle du Paraclet : face à la haine du monde,
rendre témoignage à Jésus. C’est l’Esprit d’abord qui rend témoignage. Le
témoignage des disciples ne vient qu’en complément pour ainsi dire. Mais
n’est-ce pas là une manière humaine de présenter les choses, puisque
effectivement, l’Esprit rend témoignage à Jésus à travers les disciples.
4° Jean 16, 6 – 15 :
Nous en
arrivons au quatrième texte, le plus long, le plus important et aussi le plus
difficile à comprendre. La perspective du départ proche de Jésus et de
l’opposition qu’ils vont rencontrer met les disciples dans un désarroi
profond. Ils ne posent même plus la question « Où vas-tu ? »
(16,5). Ils sont incapables d’une pensée claire. Jésus doit insister sur
la nécessité de son départ pour faire place à une autre manière d’agir de
Dieu : à travers le Paraclet.
Ce
« passage » de Jésus vers le Père se fera, – les disciples ne le
savent pas encore, mais ils le pressentent, - par la mort ignominieuse sur la
croix. La condamnation de Jésus et son exécution apparaîtront au
« monde » comme la preuve de son échec et de son imposture et ainsi
justifierait en même temps le « monde » dans son refus de croire en
lui. C’est là que la venue du Paraclet, de l’ « avocat », au
sens fort et juridique du mot, devient absolument nécessaire.
La
venue du « Paraclet » qui se manifestera dans le témoignage que les
disciples porteront du Ressuscité, renverse complètement la situation :
« … il
confondra le monde en matière de péché ». Le grand péché du
« monde » est d’avoir refusé le grand geste d’amour de Dieu,
d’avoir refusé d’entrer dans ce mouvement de Dieu vers le monde en envoyant
son Verbe, son Fils. Dans l’Evangile de Jean, le mot « monde »,
comme d’ailleurs le mot « Juifs », peut avoir un double sens :
-
un sens neutre désignant l’humanité en tant que telle, ou la création
dans son ensemble,
-
un sens péjoratif : toutes les forces du mal opposés à la lumière
de Dieu, sous la conduite du « prince de ce monde » ou
« prince des ténèbres ».
« … il
confondra le monde en matière de justice ». La venue du Paraclet
témoigne de la justice de Dieu. Le Juste condamné et mis à mort est auprès du
Père, puisqu’il a envoyé l’Esprit. Son innocence est prouvée ainsi que la
vérité de son enseignement.
« … il
confondra le monde en matière de jugement ». Le
« passage » de Jésus vers le Père et la venue du Paraclet sont le
début des « derniers temps » : le temps du jugement, le temps
du non-retour. Le monde est confondu en matière de péché et jugé déjà.
Dans les
deux versets qui suivent (v. 12 + 13), Jésus revient sur ce que nous avons
déjà vu dans le 2ème texte : Non seulement le Paraclet sera
le garant du souvenir des paroles de Jésus, le garant de la fidélité à ce que
Jésus a dit, mais il fera comprendre aux disciples même tout ce que Jésus n’a
pas pu leur dire, parce qu’ils étaient incapables de le porter. Il sera celui
qui permet aux disciples de continuer à parler au nom de Jésus.
Enfin les
versets 14 et 15 sont pour ainsi dire un regard dans la vie intime de Dieu à
laquelle la venue du Paraclet nous permet de participer : Toute la vie
sacramentelle de l’Eglise est fondée dans ces deux versets.
Essayons de résumer tout cela : La
« Pâque » de Jésus, son passage vers le Père crée une situation
nouvelle. C’est le début des derniers temps. Le procès entre le
« monde » et Dieu en Jésus arrive à son aboutissement. Le Père
envoie son «avocat », son « Paraclet », pour le jugement.
C’est là le rôle central de l’Esprit Saint. Mais devant le désarroi des
disciples, l’Esprit a d’autres rôles à remplir :
-
maintenir les disciples dans ce lien d’amour avec Jésus qui leur
permet de garder ses commandements,
-
assurer le souvenir à ses paroles et en garantir la fidélité,
-
porter témoignage de Jésus vivant auprès du Père à travers les
disciples,
-
expliciter le message d’amour de Jésus dans des circonstances
nouvelles,
-
faire participer les disciples à la vie même de Dieu.
3. L’interprétation islamique du Paraclet et l’affirmation
musulmane de la falsification des Ecritures
Nous avons
déjà mentionné la parution en France, il y a plusieurs dizaines d’années, du
livre: « La Bible, le Coran et la Science » de Maurice Bucaille, livre ayant comme sous-titre « Les
Ecritures saintes examinées à la lumière des connaissances modernes ». Il
a été largement diffusé en Afrique subsaharienne et aussi au Mali, à bas
prix ou même gratuitement, entre autres par les soins de la « Société
mondiale de l’appel à l’Islam » (libyenne) à travers les Centres
culturels libyens et par d’autres organisations islamiques.
Ce livre
se veut scientifique dans son désir de vouloir établir le degré de conformité
des Ecritures saintes du Judaïsme / Christianisme (la Bible) et de l’Islam (le Coran) avec les découvertes des sciences modernes notamment en ce
qui concernent les donnés des sciences exactes (physique, chimie, médecine,
astronomie etc.…). Il s’attaque surtout à la Bible, aussi bien à l’Ancien qu’au Nouveau Testament, dans lesquels il relève de nombreuses erreurs scientifiques,
voire des contradictions internes. Seulement l’auteur oublie complètement que
les Livres saints n’ont pas été écrit pour transmettre un savoir
scientifique, mais pour faire parvenir un message religieux dont la véracité
et l’authenticité ne dépendent pas de preuves scientifiques. Les Ecritures ne
sont pas des manuels des sciences exactes et la Parole de Dieu ne se laisse pas démontrer scientifiquement. La visée de ce livre est donc
faussée dès le point de départ.
L’intérêt
que certains musulmans montrent pour ce livre, réside dans le fait qu’il
reprend toute une série de vieux thèmes de la controverse ou de la polémique
entre chrétiens et musulmans, évidemment aussi la soi-disant annonce par Jésus
de la venue de Mohammed dans les paroles sur la venue du
« Paraclet ». Ceci a été repris plus près de nous à partir du livre
de Maurice Bucaille par d’autres écrits musulmans, par exemple par M. Saada
Touré de Ségou dans son petit pamphlet : « L’Eglise est-elle
chrétienne ou paulienne ? » Au moment de sa parution (1979),
l’évêque de Ségou, Mgr Sidibé, avait déjà fait une mise au point dans une
lettre pastorale très incisive.
Voyons maintenant plus en détail ce qui se cache derrière
tout cela.
Comme nous
l’avons dit plus haut, depuis le début de l’Islam, le verset coranique 61,6 a incité des musulmans à chercher dans les Ecritures judéo-chrétiennes une confirmation de cette
annonce « implicite » de Mohammed. Certains n’ont rien trouvé et,
de ce fait, ont accusé les chrétiens d’avoir enlevé cette annonce de leur
Livre (cf. plus loin). D’autres se sont arrêtés sur les textes de l’Evangile
de Jean contenant l’annonce par Jésus de la venue du « Paraclet »
La
première trace dans les écrits musulmans qui suggère un rapprochement entre
l’annonce coranique d’un « envoyé s’appelant Ahmad » et les textes
de Saint Jean sur l’annonce du « Paraclet » remonte au 2ème
siècle de l’Islam, jusqu’à Ibn Ishâq (704 – 767). Il est un des premiers
sinon le premier à écrire une « sira », une vie du prophète
Mohammed. Celle-ci nous est connue par un autre biographe de Mohammed,
légèrement postérieur : Ibn Hishâm (mort en 833).
A partir
de là ce thème fait régulièrement partie des écrits de controverse échangés
entre chrétiens et musulmans. Comme exemple nous avons choisi « La
correspondance de ‘Umar et de Léon » que l’on peut dater autour de
l’an 900. Deux auteurs, l’un musulman, l’autre chrétien, qui se connaissent
bien et s’écrivent fréquemment, s’expliquent mutuellement leur foi respective
et les incohérences que chacun trouve dans la foi de l’autre. Ils écrivent
sous des pseudonymes, comme si l’un était ‘Umar ibn ‘Abd-al-‘Azîz (‘Umar II),
calife de Damas entre 717 – 720, et l’autre l’empereur de Constantinople Léon
III qui a régné de 717 à 741.
Voici ce
que nous trouvons dans cette « correspondance » au sujet de
l’annonce de la venue de Mohammed par Jésus :
‘Umar
écrit (n° 27 – 28) :
-
« Vous prétendez qu’il
(Jésus) a dit : ‘Je retourne à mon Seigneur. Et quand je serai
retourné à Lui, le Paraclet viendra à vous. Il vous dira la vérité. Il ne
vous dira que ce que Dieu lui commandera de dire. Alors quand le Paraclet
sera venu à vous, celui qui doit être envoyé à tous les peuples, il me rendra
témoignage.’ Le mot ‘Paraclet’ en langue romaine signifie ‘Ahmad’. Cette
question a été déjà posée à quelqu’un qui connaît votre langue et la nôtre.
-
Il (Jésus) dit aussi : ‘O
Jérusalem ! Convertis-toi jusqu’au jour où viendra à toi celui qui monte
sur un âne. Ensuite, viendra après lui celui qui monte un chameau.’ Eh
bien ! Ne savez-vous pas qu’aucun prophète n’a monté un chameau sauf
Ahmad ? Comment alors pouvez-vous continuer à douter de Mohammed et à le
traiter de menteur quand vous trouvez cela dans vos Ecritures ? »
Léon
répond à ‘Umar (n° 49 – 53):
-
« Fais encore attention à
ceci, que Dieu n’a pas voulu instruire le genre humain, ni par son apparition
spirituelle, ni par la mission des anges ; il a choisi entre eux les
prophètes qu’il leur envoya ; c’est cela que le Seigneur, après avoir terminé
tout ce qu’il avait décidé antérieurement et annoncé par l’organe des
prophètes avant son incarnation, sachant que l’humanité avait besoin de
l’assistance de Dieu, promit de lui envoyer le Saint Esprit sous le nom de Paraclet
(consolateur), pour la consoler de la détresse et de la douleur qu’elle
ressentait à cause du départ de son Seigneur et Maître.
-
Je répète encore que c’était
pour cette cause seulement que Jésus appela le Saint Esprit du nom de Paraclet,
car il devait consoler ses disciples de son départ et leur rappeler tout ce
qu’il avait dit, tout ce qu’il avait fait devant leurs yeux, toutes choses
qu’ils étaient appelés à propager dans tout l’univers par leurs écrits :
or, Paraclet signifie Consolateur, tandis que Mohammed veut dire ‘eucharistie’
ou ‘rendre grâces’, ce qui n’a aucun rapport avec le mot Paraclet.
-
Ce blasphème est en effet
impardonnable, comme le dit le Seigneur lui-même dans l’Evangile, que ‘le
blasphème contre l’Esprit ne leur sera point pardonné’. Y a-t-il un blasphème
plus affreux que celui qui consiste à remplacer le Saint Esprit par un
individu ignorant complètement les Ecritures ?
-
Pour comprendre que le Seigneur
parlait dans ce passage du Saint Esprit, fais attention à ce qu’il y
dit : ‘Le Consolateur, le Saint Esprit que le Père enverra en mon nom,
vous enseignera toutes choses, et il vous rappellera le souvenir de toutes
les choses que je vous ai dites.’
-
Peu après, il ajoute ‘que le
Père enverra en mon nom’ ; tandis que ton Mohammed n’est pas venu au nom
de Notre Seigneur, mais en son propre nom. Jésus a promis le ‘Saint Esprit’
aux saints, c’est à dire à ses disciples, et non pas aux hommes en général,
et tu sais que les disciples n’ont pu voir ton Mohammed. »
Il est
surprenant de voir que jusqu’à une époque récente, des auteurs musulmans
établissent l’équivalence entre « Ahmad » dans le Coran et
le « Paraclet » dans l’Evangile de Jean sans trop se soucier
de la signification différente des deux mots. « Le
mot ‘Paraclet’ en langue romaine signifie ‘Ahmad’, écrit ‘Umar, alors que
tout le monde sait que ce n’est pas le cas.
D’autres
auteurs musulmans, conscients de cette difficulté, la contournent en
substituant au mot « Paraclet » u autre qui prend le sens de
« Ahmad » et en accusant ainsi implicitement les chrétiens
d’avoir falsifié le texte de Saint Jean. Cette substitution serait facilitée
par le fait qu’en écriture arabe les voyelles ne s’écrivent pas toujours et
sont, pour certains mots, très changeantes. Ainsi en maintenant la suite des
cinq consonnes de « Paraclètos » (PRCLT) mais en y mettant d’autres
voyelles, on obtient « Périclutos » ce qui est le correspondant
grec du nom « Ahmad » en arabe.
A
l’origine, dans l’Evangile de Jean, Jésus aurait donc employé
« Périclutos ». Ce sont les chrétiens qui auraient plus tard
transformé ce mot en « Paraclètos ». Qui exactement ?
Quand ? Comment ? Personne n’a pu donner une réponse à ces
questions. Aucun des manuscrits anciens de l’Evangile de Jean, - et certains
datent de bien avant l’origine de l’Islam – ne connaît ce mot « Périclutos ».
Mais pour
plus de clarté, relisons encore les textes de l’Evangile de Jean. Comme si
Jésus avait prévu qu’on allait abuser de ses paroles sur le Paraclet, dans
chaque passage, il établit bien que le Paraclet n’est pas un être humain,
mais l’Esprit Saint :
·
« Je prierai le Père : il vous donnera un autre
Paraclet qui restera avec vous toujours. C’est l’Esprit de vérité, celui
qui le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et qu’il
ne le connaît pas … » (Jean 14, 16 – 17)
·
« Le Paraclet, l’Esprit Saint, que le
Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses… »
(Jean 14, 26)
·
« Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai
d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père,… »
(Jean 15, 26)
·
« … Si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra
pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. … lors que
viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité toute
entière,… » (Jean 16, 7…13)
Quel est
l’être humain qui puisse s’appliquer à lui-même ces textes sans
blasphémer ? Ou bien faut-il alors supprimer purement et simplement dans
tous ces passages l’expression « Esprit Saint » ou « Esprit
de vérité » avec tout ce qui est dit de lui : « qui
restera avec vous toujours » ; « qui procède du Père » ;
… ? « L’opération qui consiste à supprimer un mot qui gène
l’interprète, est une opération qu’il serait difficile à établir dans
l’histoire de l’interprétation de l’Ecriture chez les chrétiens » (Mgr
Sidibé)
La
falsification des Ecritures dont on accuse les chrétiens, va manifestement
dans une toute autre direction.
D’ailleurs
pour quelqu’un qui lit ces textes dans leur contexte, il est manifeste que
Jésus veut encourager ses disciples angoissés et bouleversés en leur
promettant le Paraclet. Il a tenu cette promesse dès le jour de sa
résurrection (cf. Jean 20,22), mais au plus tard, de manière claire et
visible pour tous, le jour de la Pentecôte (Actes 2).
Quel genre
de promesse serait-ce, s’il fallait attendre près de six siècles pour qu’elle
se réalise, alors qu’elle était destinée aux disciples et que ceux-ci sont
morts depuis longtemps ?
Pour que
les textes de Saint Jean deviennent vraiment une annonce d’un autre prophète,
il faut non seulement laisser tomber pas mal de choses et notamment
l’expression « Esprit de vérité », mais il faut entrer dans
une toute autre logique qui n’est pas celle de la Bible. En effet toute la conception biblique de l’action de l’Esprit de Dieu sur les hommes
action qui commence à la création du monde et qui trouve son sommet par la personnalisation
de l’action de l’Esprit dans la promesse du « Paraclet » par Jésus,
est inconcevable, voire incompréhensible pour l’Islam.
La
manipulation que certains musulmans font subir au mot « Paraclet »
pour le faire concorder avec « Ahmad » du Coran, nous oblige de
parler plus en détail d’une question qui est au centre de la controverse
entre chrétiens et musulmans : le reproche
fait aux chrétiens de la falsification de leur Ecriture.
Le Coran le dit
clairement : Juifs et Chrétiens, ceux que le Coran appelle « les
gens de l’Ecriture », ont été infidèles à leurs Ecritures et les ont
falsifiées. Dans le contexte de la naissance de l’Islam, le reproche vise
d’ailleurs en premier lieu les Juifs, mais la tradition islamique l’a
appliqué surtout aux chrétiens. C’est la raison même, selon le Coran, pour
laquelle Dieu est obligé d’envoyer d’abord Jésus après Moïse avec une
nouvelle Ecriture et finalement Mohammed, le « sceaux » des
prophètes, avec le Coran qui reprend et corrige les Ecritures antérieures.
Quels textes ont été falsifiés et de quelle manière ?
C’est là que nous, chrétiens, pourrions attendre une réponse plus claire,
mais ni le Coran, ni ses commentateurs ni les lettrés musulmans ne semblent
en mesure de la donner.
Déjà
l’étude du vocabulaire coranique affirmant ou insinuant simplement cette
falsification, fait apparaître toute une série de « manipulations »
reprochées aux « gens de l’Ecriture », mais qu’il est difficile de
mettre en accord les unes avec les autres :
-
On parle ainsi de « tahrîf » (Coran 2,75 ;
4,46 ; ...). Ce terme est généralement traduit, non sans exagération,
par « falsification », « altération complète » alors
qu’il s’agit d’une simple déviation et peut-être même moins que cela, car le
mot signifie à l’origine : « quitter le terrain sûr du juste milieu
du chemin pour s’approcher du bord ».
-
On parle encore de « tabdîl » (Coran 2,59 ; 7,162). Là,
il s’agit clairement de la « substitution », mais substitution
de quoi ? remplacer une lettre par une autre ? remplacer un mot par
un autre ? remplacer une phrase, un verset ? Aucune précision ne
nous est donnée.
-
On parle encore de « kitmân » (Coran 2,140 ;
3,187 ; …) ; Il s’agit simplement du fait de « cacher »
des mots ou des passages ou des parties de l’Ecriture, pour que les musulmans
n’en aient pas connaissance.
-
On parle encore de « labs » (Coran 2,42 ; 3,71) qui
exprime l’idée de revêtir d’un vêtement différent, de changer de
vêtement ; c’est à dire de « travestir ».
-
On parle encore de « layy » (Coran 3,78 ; 4,46) qui
veut dire « tourner la langue dans la bouche ». C’est en lisant
l’Ecriture que le lecteur sciemment prononce mal de façon que l’auditeur ne
comprenne pas ou comprenne autre chose que ce qui est écrit.
-
Enfin on parle de « nisyân » (Coran 5,13 – 14) ;
7,53 ; …) qui signifie « l’oubli ». Juifs ou chrétiens
auraient sciemment laissé tomber dans l’oubli une partie de leur Ecriture
respective.
A partir
de ces notations coraniques assez divergentes, les auteurs musulmans ont
étudié depuis des siècles cette question de la « falsification »
sans arriver à une conclusion unique. Aujourd’hui on peut les regrouper en trois
positions :
a)
Ceux qui affirment que les « gens de l’Ecriture » (Juifs et
chrétiens) ont manipulé le texte en changeant des mots ou des phrases. Il
s’agit surtout des auteurs qui veulent défendre l’Islam contre les
« erreurs » du christianisme, auteurs de vulgarisations qui,
souvent, sont peu soucieux du sens précis des mots.
b)
Ceux qui à la suite des grands penseurs de l’Islam, tels Avicenne
(mort en 1037), al-Ghazâlî (mort en 1111), Mohammed Abdû (mort en 1905) et
d’autres, affirment l’authenticité des Ecritures juives et chrétiennes et ne
parlent que d’une interprétation « faussée », d’une
« falsification du sens ».
c)
Une nouvelle tendance parmi les auteurs musulmans modernes qui, tout
en acceptant l’authenticité des textes, à cause des preuves historiques
évidentes, critiquent surtout la notion chrétienne d’inspiration. Pourquoi la
tradition chrétienne, l’Eglise du 1er siècle, a-t-elle retenu certains écrits
comme inspirés et donc porteurs de la parole de Dieu et pourquoi en a-t-elle
écarté d’autres ? Parmi ces écrits écartés, il y en a justement
plusieurs dont les positions doctrinales sur certains points controversés
entre chrétiens et musulmans se rapprochent de celles que nous retrouvons
dans le Coran.
Ainsi, à l’instar des grands
maîtres de l’Islam, aucun musulman éclairé ne dira plus aujourd’hui que les
chrétiens ont falsifié leur Ecriture et notamment les Evangiles au niveau du
texte. Les preuves historiques fournies par les exégètes sont telles, qu’il
deviendrait très difficile d’expliquer comment une telle falsification aurait
pu se faire et qu’aujourd’hui on ne trouve plus aucune trace dans les
manuscrits anciens d’un texte antérieur. Au-delà des divergences de détails,
l’unanimité des témoins est écrasante.
A ce
propos, donnons encore une fois la parole à ce « Léon » du 10ème
siècle. Il écrit à son ami « ‘Umar » :
« Supposons donc que suivant ton dire, un ou
deux peuples ait introduit des changements dans les livres de sa langue,
comment peut-on supposer que ces changements se retrouvent aussi dans les
livres des autres peuples habitant, comme tu le sais, très loin de nous, et
différant de nous par leur langue particulières et par leurs
habitudes ? »
L’accusation
de falsification des Ecritures est un reproche très grave qui pèse lourdement
sur l’entente et le vivre ensemble de chrétiens et musulmans. Il ne peut y
avoir de vrai dialogue islamo-chrétien, tant que cette hypothèque n’est pas
levée, c’est à dire, tant qu’il y a des musulmans qui répètent sans réfléchir
des arguments simplistes que la vraie science des textes (l’exégèse) a
dépassé depuis longtemps. Heureusement qu’il y a de plus en plus de musulmans
éclairés qui ne s’engagent plus sur cette voie.
4. Deux conceptions différentes du rôle des prophètes.
A la base
de tout cela, aussi bien de la prétendue annonce de Mohammed par les textes
sur le « Paraclet » que de l’accusation plus générale de la
falsification des Ecritures, il y a en fait deux conceptions différentes du
rôle des prophètes.
Chrétiens et
musulmans sont unis et d’accord dans la foi en un Dieu qui s’est révélé, qui
a pris l’initiative de parler aux hommes, de communiquer Sa volonté. Ceux qui
en premier lieu sont chargés par Dieu de faire parvenir Sa parole, sont
appelés « prophètes ». Quand il s’agit de préciser qui sont ces
porteurs de la Parole de Dieu et comment celle-ci leur est transmise, des
différences fondamentales apparaissent entre chrétiens et musulmans.
En Islam, la
prophétie est successive et répétitive. Depuis Adam, que le Coran compte
parmi les prophètes, le message des prophètes est fondamentalement le
même : Dieu est Unique et les hommes sont appelés à la soumission. Le
verset coranique cité plus haut (61,6) montre bien comment le Jésus coranique
se met dans la succession de Moïse et du Livre donné à ce dernier, la
« Tora » pour annoncer ensuite la venue d’un autre prophète
« Ahmad », dans lequel les musulman reconnaissent
« Muhammad », les deux noms ayant la même racine et le même sens.
Les prophètes sont
envoyés pour rappeler, rappeler ce que le prophète précédent avait déjà
proclamé, mais surtout rappeler l’engagement primordial que tous les hommes
avaient pris en Adam : « Nous sommes soumis. » (Coran
7,272). En effet, selon l’interprétation courante de ce verset, en Adam tous
les hommes qui naissent dans le monde, sont déjà musulmans. Jésus, puis
Mohammed, sont ainsi les derniers chaînons d’une longue chaîne
« d’avertisseurs ».
Par contre, le rôle
des prophètes bibliques est surtout de « lire les signes des
temps » sous la lumière de l’Esprit de Dieu. La Bible n’est pas un écrit unique, mais, dans une multitude d’écrits différents, elle rapporte
une histoire unique : celle de la venue du salut de Dieu pour un peuple
d’abord (« les fils d’Israël »), et à travers lui pour tous les
hommes.
Les prophètes ont
reçu une connaissance plus profonde de ce projet de salut de Dieu et ils ont
pour mission de le faire connaître aux autres. Ce sont bien des avertisseurs
dans le sens coranique qui appellent les hommes à la fidélité, oui, mais
surtout, dans des situations très dégradées parfois et sans espoir, ils
redisent d’une manière nouvelle, que Dieu a promis le salut de tous les
hommes et qu’un temps viendra où ce salut se réalisera pleinement. Finalement
l’étendue de l’infidélité des hommes devient si grande que, si Dieu
n’intervient pas lui-même en envoyant un Juste, un Sauveur, il n’y plus
d’espoir. C’est ainsi que les prophètes bibliques, petit à petit, entrevoient
et annoncent la venue du Messie qui réalisera définitivement le salut promis
par Dieu. Les textes bibliques annonçant la venue du Messie sont tellement
nombreux qu’il est superflu de les citer ici.
Etre chrétien
signifie reconnaître en Jésus, le Christ = le Messie, la Parole définitive de Dieu ; ou de professer avec la Lettre aux Hébreux (Hébr. 1,1 - 2) : « Après avoir, à bien des reprises et
de bien de manières, parlé autrefois à nos pères dans les prophètes, Dieu, en
la période finale où nous sommes, nous a parlé, à nous, en son Fils qu’il a
établi héritier de tout, par qui aussi il a créé les mondes. »
A partir de tout ce
qui disent les Evangiles, à partir surtout de ce que nous avons dit sur le
sens des textes sur le « Paraclet » en Saint Jean, il est évident
que la perspective de ces textes est tout autre que la simple annonce d’un
autre prophète, fût-ce le dernier. Pour nous chrétiens, Jésus n’est pas un
prophète. Il n’est pas un numéro dans une série, même si nos frères
musulmans reconnaissent et soulignent sa sainteté exceptionnelle.
Jésus est venu
accomplir de manière définitive l’œuvre du Père, son projet de salut
annoncé par les prophètes. Le Coran lui-même ne lui donne-t-il pas le titre
de « Messie ». Aussi sa communauté n’a-t-elle plus besoin d’un
nouveau prophète. Mais pour faire le « passage » vers le Père que
Jésus a initié dans sa « Pâque », cette communauté, parce qu‘elle
se trouve en contradiction permanente avec le monde, a besoin d’un
« Paraclet », d’un « avocat », d’un
« défenseur », d’un « force d’en haut » qui reste avec
elle et la soutient toujours.
Cette en définitive
la foi chrétienne en la présence agissante de l’Esprit Saint dans la
communauté de Jésus, l’Eglise, qui est en jeu ici, mais qui reste en grande
partie inaccessible aux musulmans. C’est l’Esprit de Dieu qui a animé la
première communauté chrétienne autour des Apôtres à porter témoignage de
Jésus, mort et ressuscité. C’est ce même Esprit qui a poussé certains
disciples de Jésus à mettre par écrit ce témoignage. C’est encore cet Esprit
qui a guidé le choix de l’Eglise au début du 2ème siècle pour
établir la liste des « livres inspirés ». C’est ce même Esprit qui
dirige aujourd’hui les responsables de l’Eglise, le Pape et les évêques,
successeurs des Apôtres, dans l’interprétation et l’application de ces textes
dans les situations nouvelles de notre temps…
Conclusion :
Cette brochure ne veut rien démontrer.
Même après lecture,
des musulmans vont continuer à voir dans Jésus un « envoyé » comme
les autres et à suivre le texte coranique quant à l’annonce de Mohammed par
Jésus. Même après lecture, certains vont continuer à parler de
« manipulations » des textes par les chrétiens pour cacher cette
annonce dans les Ecritures chrétiennes… De même des chrétiens, après lecture,
vont peut-être puiser de nouveaux arguments pour la réfutation des positions
musulmanes. Ce n’est pourtant pas le but de ce livret.
Les différences sont
si profondes qu’aucune démonstration, si détaillée et fondée soit-elle,
puissent les surmonter. Nous devons le reconnaître humblement. Ce que nous
avons cherché en écrivant ce livret, est d’aider à « objectiver le
débat ». Quelque soit la position des uns et des autres, qu’ils prennent
cette position en connaissance de cause et non en répétant simplement ce que
d’autres ont dit ou écrit. Il y a des préjugés qui sont comme la mauvaise
herbe, qui repoussent constamment et risquent d’étouffer la bonne entente
entre croyants. Par contre se dire clairement, et en se respectant, nos
différences, nous rapproche les uns des autres, nous rapproche du même Dieu.
C’est Lui qui nous éclairera, un jour, au sujet de nos différends (cf.
Coran 5,48).
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