EN CHEMIN
Le bulletin du Centre Foi et Rencontre
Centre Foi et Rencontre BP 298 Bamako
(Mali)
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Septembre 2005 n°9
Rédaction :Equipe du Centre
Foi et Rencontre
Responsable : Père Josef
Stamer
Éditorial : Jean-Paul II, un pape de
dialogue !
S’il y a un domaine où le
Pape Jean-Paul II a fait progresser l’Église à pas de géant, c’est bien celui
du dialogue interreligieux. Il l’a fait, non seulement par ses écrits, mais
peut être plus encore, en posant des gestes très significatifs : à Assise en
Italie, à Casablanca au Maroc, en visitant la synagogue de Rome et la Mosquée des Omeyyades à Damas en Syrie ... Une chose est certaine, on ne pourra plus revenir
en arrière. L’Église avait rédigé le document Nostra Ætate (L’Église et les
Religions non chrétiennes), en 1965, lors du Concile Vatican II; avec Jean-Paul
II, elle a donné à ce document un visage et de la densité.
Un de ses discours, peu
connu, mérite toute notre attention, c’est celui qu’il fit au Kazakhstan, le 24
septembre 2001. Déjà, à Casablanca, en 1985, il avait dit aux 80 000 jeunes
musulmans qui étaient venus l’écouter : “Mes frères”; au Kazahhstan, il précisa
: “Je désire réaffirmer le respect de l’Église pour l’islam : l’islam qui prie,
qui sait être solidaire de celui qui est dans le besoin. Se souvenant des
erreurs du passé, y compris d’un passé récent, tous les croyants doivent unir
leurs efforts, afin que jamais Dieu ne soit pris en otage par les ambitions des
hommes. La haine, le fanatisme et le terrorisme profanent le nom de Dieu et
défigurent l’image authentique de l’homme.” On se souvient aussi que c’est le
pape Jean-Paul II qui, tout juste élu, convoque les membres et les consulteurs
du Secrétariat pour les non chrétiens qu’il allait renommer : Conseil
Pontifical pour le Dialogue Interreligieux (CPDI). L’année 1986 sera
particulièrement riche sur le plan de la rencontre. Le 13 avril, il fait une
visite historique à la synagogue de Rome et le 27 octobre de la même année, il
accueille à Assise les leaders religieux, à la fois chrétiens et non chrétiens,
qu’il avait invités à venir prier ensemble pour la paix du monde. Ce jour fut
im-portant, aussi bien par son contenu que par son style. Les leaders religieux
étaient rassemblés autour du pape, en amitié, unis dans le jeûne, de même que
dans le repas fraternel final ! On a offert des prières tout en faisant
attention à ce que les distinctions de croyances soient respectées. Pour le
pape Jean-Paul II, la vision du Concile Vatican est centrée sur le Christ et
cette vision va conduire son pontificat. Il rappellera dans son encyclique :
“Redemptoris Missio”, en 1990, que le dialogue ne procède pas d’une stratégie
ou d’un intérêt : “C’est une activité qui a ses motivations, ses exigences et
sa dignité propres; il est demandé par le profond respect qu’on doit avoir
envers tout ce que l’Esprit qui souffle où il veut, a opéré en l’homme.” (n°
55). Ajoutons enfin que le souci de Jean-Paul II ne se limitait pas aux seules
grandes religions du monde. Il a aussi manifesté son intérêt et son respect
pour les religions traditionnelles africaines, rencontrant et s’adressant à
leurs représentants au cours de ses voyages.
Père Alain Fontaine.
benoÎt xvi et
L’esprit d’assise
Ce sont des centaines de
milliers de jeunes catholiques venus du monde entier qui ont participé aux
J.M.J., en août dernier. Le pape Benoît XVI a mis à profit ses deux jours de
présence à Cologne pour ranimer la grande intuition de Jean Paul II, l'
"esprit d'Assise", en souvenir des rassemblements de chefs religieux
que le pape défunt avait invités à Assise, dans la ville de saint François, en
1986, en 1993 pendant la guerre de Bosnie, et en janvier 2002 après les
attentats du 11 septembre. Le Samedi 20 août 2005, le pape Benoît XVI a reçu
les représentants de la communauté musulmane d'Allemagne. Cette rencontre
marque sa volonté de renforcer le dialogue avec l'islam modéré. Le pape
n'ignore pas les tensions provoquées par le climat islamophobe qui se répand en
Europe après les attentats de Madrid et de Londres et un peu partout dans le
monde. Au lendemain de son élection, le 20 avril 2005, il a donné le ton de son
pontificat en déclarant : "Je m'adresse à tous, y compris à ceux qui
suivent d'autres religions ou qui simplement cherchent une réponse aux
questions fondamentales de l'existence et qui ne l'ont pas encore trouvée ...
Je m'adresse à tous avec simplicité et avec affection, pour assurer que
l'Église veut continuer à tisser avec eux un dialogue ouvert et sincère, à la
recherche du bien véritable de l'homme et de la société".
LES
« Samedis du Centre »
Depuis notre dernier numéro
d’avril 2005, deux conférences ont été données au Centre : l’une par Monsieur
le Pasteur Elkana Thèra, secrétaire général de l’Alliance Biblique au Mali, le
7 mai, sur le thème : “La présentation de la Bonne Nouvelle dans les langues et
cultures ouest-africaines : exigences et perspectives”, la seconde et dernière
conférence de l’année 2004-2005, le 4 juin, a porté sur la brûlante question
des sectes. La conférencière, Sœur Bernadette Michel Diarra, fcim, a su
passionner son auditoire, non seulement en présentant la situation des sectes
au Mali et dans le monde, mais aussi en faisant intervenir plusieurs personnes
qui ont été, ou sont encore aujourd’hui, prises dans l’engrenage des mouvements
sectaires. L’une d’entre elles, Monsieur André Coulibaly, en est sorti et a
témoigné avec beaucoup de sincérité et de vérité sur son passage chez les
Néo-Apostoliques. Il l’a fait en rappelant quel était l’objet de ses
recherches, sur le plan spirituel, quand il avait adhéré à leur mouvement et
comment, après ce séjour, il avait retrouvé avec joie l’Église de son baptême.
Devant cette situation qui déroute plus d’un chrétien aujourd’hui, le Centre
Foi et Rencontre vient d’éditer quatre petits dépliants, faciles à lire et qui
résument ce qu’il faut savoir sur telle ou telle secte, surtout en quoi elle se
distingue nettement du christianisme. Ainsi, on peut trouver au Centre Foi et
Rencontre une information sur les Témoins de Jéhovah, les Néo-Apostoliques, les
Moonistes et les Rosicruciens. En outre, toutes les conférences données durant
l’année au Centre, sont aussi disponibles en deux versions : intégrales ou résumées
sur un dépliant. En lien avec la communauté du Verbe de Vie, à Bamako et de
l’année sabbatique qu’elle propose à des jeunes, le Centre Foi et Rencontre a
organisé quatre sessions, l’une sur l’islam, une autre sur l’œcuménisme, une
troisième sur la religion traditionnelle et enfin la dernière sur le thème des
sectes. Ces sessions ont été tour à tour animées par le Père Josef Stamer, les
Sœurs Françoise Dartigues et Bernadette Michel Diarra pour l’islam,
l’œcuménisme et les sectes. La session sur la religion traditionnelle a été
animée par Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané. Cette dernière session faisait
suite à la conférence qu’il avait donné au Centre, le samedi 2 avril dont le
thème était : “Les religions traditionnelles, réalité du passé ? ” On pourra
trouver au Centre Foi et Rencontre, des enregistrements audio de ces sessions
ainsi que d’autres conférences qui permettent de mieux s’informer sur tout ce
qui touche au dialogue et à la rencontre.
Père Josef Stamer.
Roger
Schutz, une vie pour l’Unité
e fils de pasteur, frère
Roger Schutz, originaire de Suisse et fondateur de la communauté œcuménique de
Taizé, en France, s'est éteint tragiquement le 16 août 2005, à l’âge de 90 ans,
poignardé par une jeune femme déséquilibrée, de nationalité roumaine. Roger
Schutz présidait la prière du soir. Il était entouré, comme à l'accoutumée, de
nombreux jeunes venus du monde entier. L'annonce de sa disparition a causé une
immense émotion chez les chrétiens de toutes confessions, et parmi tous les
autres croyants qui ont envoyé des messages de sympathie à la communauté. Qui
était au juste Roger Schutz ?
ON PASSE À TAIZÉ COMME ON
PASSE PRÈS D'UNE SOURCE
Le 20 août 1940, en pleine
seconde guerre mondiale, Roger Schutz fonde avec Max Thurian, tous les deux
protestants et originaires de Suisse, une communauté de vie de prière, sur le
modèle de la grande tradition monastique catholique. Ils choisissent un village
très isolé et n'imaginent pas un seul instant, qu'un jour, des jeunes du monde
entier graviraient leur modeste colline pour venir les rencontrer et puiser à
la source du silence et de la prière. De passage à Taizé en 1986, le pape
Jean-Paul lI a trouvé la formule lapidaire la plus appropriée pour définir
Taizé : "On passe à Taizé comme on passe près d'une source ! "
D'ailleurs, n'est-ce pas l'expérience de Taizé et de ses grandes rencontres
internationales qui a donné au pape l'idée de lancer les J.M.J. ? On connaît
leur succès aujourd'hui après la vingtième édition à Cologne au mois d’août
dernier.
SIMPLICITÉ,
SILENCE ET PRIÈRE
Tout semble simple à Taizé
... pas de décors, pas de chants difficiles à apprendre, pas de liturgies
compliquées ... mais une grande chapelle, prolongée d'une tente en été pour les
grands rassemblements ... des chants sobres ou l'on répète une phrase ou un mot
pour s'en imprégner (ils sont aujourd'hui traduits en plus de 50 langues), de
petits tabourets ou carrément le sol pour s'asseoir et demeurer dans le silence
et la prière. Tout y semble simple mais cette simplicité est le fruit d'un
grand travail de réflexion.
UNE FAMILLE EXCEPTIONNELLE
"Restez ici, nous
sommes si seuls !" lui dira une vieille habitante de Taizé, en 1940. Roger
a déjà vagabondé à travers la Suisse et la France. Il cherche sa voie. On sait
que sa famille a joué un grand rôle dans sa vocation. Son père, pasteur, le
pousse à étudier la théologie, tandis que sa grand-mère, protestante
évangélique, n’hésite pas à aller prier dans une église catholique. Elle est
agacée que la réconciliation des chrétiens, à la sortie de la guerre, tarde
tant, qu'elle n'en est qu'à ses balbutiements. Sa mère, musicienne, est très
douce. Elle savait écouter et ne se fâchait jamais, dira Roger, en parlant
d'elle. Les siens, leur sérieux, leur ouverture et surtout leur grande liberté ont
forgé la personnalité de Roger Schutz. Jamais il ne s'enfermera dans les rites
pas plus qu'il ne supportera les discussions sans fin sur les sujets de
discorde. Il se placera largement au-dessus, non par orgueil ou par
supériorité, mais parce qu'il pressentait que l'Unité était à ce prix. Pas
étonnant alors qu'il ait tant rayonné et qu'on venait près de lui pour
l'écouter et l'interroger. Pourtant, il était avare de paroles, préférant le
silence et le recueillement. Il disait même, plaisamment : “Je trouve qu'on
parle trop dans les églises !".
PLUSIEURS COMMUNAUTÉS À TAIZÉ
C'est le Frère Alois, 51
ans, originaire de Stuggart en Allemagne et de confession catholique, qui a
pris désormais la tête de cette communauté œcuménique d'une centaine de frères
venus d'une trentaine de pays. Ils sont catholiques, protestants ou orthodoxes.
Avec Frère Roger, ils se sont découverts une vocation de l'accueil et de
l'écoute. De jeunes bénévoles leur prêtent main forte, surtout l'été, et une
communauté de Sœurs de Saint André, congrégation belge fondée au XIlle
siècle, s’est installée au village depuis 1966 pour aider les frères. Depuis
quelque temps, des Sœurs ursulines polonaises les ont rejointes pour le service
des jeunes. La prière qui suit traduit bien la foi qui habitait Frère Roger ...
Se
rencontrer dans la foi pour lutter contre le Sida
Le sida n'est plus un sujet tabou au Mali et l'engagement
actif des leaders religieux, comme la prise de conscience générale, gagne du
terrain face à la maladie. Après la découverte du premier cas de VIH/Sida au
Mali en 1984, il a été mis en place le Programme national de lutte contre le
Sida (PNLS). Plus tard en 1996, le Centre de soins, d'animation et de conseils
(CESAC) a vu le jour dans l'optique de la prise en charge des personnes vivants
avec le VIH. Malgré leurs divergences d’approche, les leaders religieux du Mali
veulent s’unir pour combattre le mal. Au regard des religieux, toutes
confessions confondues, les deux premières solutions (abstinence et fidélité)
sont les seules qui soient conformes aux prescriptions du seul et même Dieu
qu’ils adorent. Quant au préservatif, non seulement on sait bien qu’il n’est
pas fiable à 100 % mais surtout, il est prétexte à la débauche, à l’adultère et
au vagabondage sexuel et donc à tout comportement contraire à l’enseignement
des religions. Au Mali, une “Alliance des leaders religieux, musulmans et
chrétiens contre le Sida” vient de voir le jour. Sa création a été signalée le
12 juillet 2005 au Ministre de l’Administration territoriale et des
Collectivités locales, en charge des cultes. Dans la lettre, signée du
Président du Haut Conseil islamique du Mali, de Monseigneur Jean Zerbo,
archevêque de Bamako et du Délégué général des Églises et Missions protestantes
du Mali, on lit : “À travers cette organisation, nous, leaders religieux,
voulons démontrer que les religions coexistent en parfaite harmonie dans notre
pays et peuvent ensemble relever tous les défis. Ainsi, la mise en place de
cette alliance est notre modeste contribution aux efforts considérables que
déploient le Gouvernement du Mali et tous ses partenaires dans la lutte contre
le Sida.” Les responsables de toutes les paroisses catholiques de Bamako se
sont re-trouvés le vendredi 2 septembre à l’archevêché pour une première information
sur cette nouvelle association. Le 6 septembre, ils se retrouvaient au Palais
des Congrès, avec des musulmans et des protestants, afin de choisir les
premières actions communes à mener.
Monsieur Emmanuel Sagara.
ActivitÉs
du Centre Foi et Rencontre de Bamako
t Le samedi 2 avril, Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané a
donné une conférence sur le thème : “Religions traditionnelles, réalités du
passé ?” ... et du 5 au 8 avril, à Sebeninkoro, en lien avec la communauté du
Verbe de Vie, il a animé une session sur le même thème.
t Du 6 au 8 avril, à Dakar, le Père Josef Stamer a
participé, au nom du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux, à un
atelier préparatoire pour un sommet des Chefs d’États sur le thème du dialogue
islamo-chrétien.
t Les dimanches 10 avril, 8 mai et 12 juin, le Centre
Foi et Rencontre a abrité trois rencontres de foyers islamo-chrétiens.
t Le samedi 17 avril, le Père Alain Fontaine a
rencontré des jeunes chrétiens de Kati autour du thème: “l’influence des
religions sur nous”.
t Du 2 au 4 mai, le Père Josef Stamer a animé la
session annuelle sur l’islamologie au Grand Séminaire St Augustin à Samaya.
t Le samedi 7 mai, le Pasteur Elkana Thèra a donné une
conférence sur le thème de l’Alliance Biblique au Mali. (voir page 2)
t Du 9 au 11 mai, Monsieur l’Abbé Marc Diarra a réuni
les correspondants diocésain du secrétariat national pour le dialogue
interreligieux et l’œcuménisme.
t le 12 mai, Sœur Bernadette Michel Diarra a animé une
causerie avec les catéchistes du secteur de Kati ... du 24 au 27 mai, elle a
donné une session sur le thème de l’œcuménisme à Sebeninkoro ... le samedi 4
juin, une conférence sur les mouvements sectaires au Mali et le 17 juin une
causerie aux femmes des catéchistes du secteur de Kati.
t Du 26 juillet au 6 août, le Père Josef Stamer a
participé à l’animation d’une session d’islamologie à Koumi, au Burkina Faso.
t Du 11 au 13 août, Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané et
Sœur Bernadette M. Diarra ont animé une session de formation des jeunes à
Ouélessébougou.
t Le 1er septembre s’est tenu au Centre Foi et
Rencontre, la première réunion du comité de pilotage pour l’année 2005-2006.
t Monsieur Michel Coulibaly - paroisse de
Koutiala. Je découvre avec plaisir les publications du Centre : le veilleur,
les dépliants sur les conférences, etc. Ces documents entrent vraiment dans la
formation de tout croyant, qu’il soit chrétien ou musulman. Bon courage à toute
l’équipe du Centre.
Calendrier
t Du 26 au 30 septembre, le Père Josef Stamer anime à
Abidjan, une session de formation dans le cadre du CFMA (consortium de
formation Missionnaire d’Abidjan). Ce consortium regroupe plusieurs instituts
religieux, dont les Missionnaires d’Afrique.
t Le 30 septembre, le Père Pierre Landreau et Sœur
Françoise Dartigues, animent une session pour les monitrices des Centres
Sociaux de Korofina, Kati et Koulikoro.
t Du 12 au 15 octobre, Sœur Bernadette M. Diarra
participe au séminaire sur l'enseignement de l'islam dans les institutions
catholiques à Ouagadougou, à l’invitation du Conseil Pontifical pour le
dialogue interreligieux.
t Le samedi 15 octobre, première conférence de l’année
sur le thème : “Jean-Paul II, artisan de la Rencontre entre croyants” par le
Père Josef Stamer.
t Du 7 au 11 novembre, le Père Jean Bevand et Monsieur
l’Abbé Marc Diarra participent à la réunion Afrique de l’Ouest de la commission
islamo-chrétienne.
Bonne
rentrée à toutes et à tous …