EN CHEMIN
Le bulletin du Centre Foi et Rencontre
Centre Foi et Rencontre BP 298 Bamako
(Mali)
Téléphone :
(223) 229 68 42
Mails : foietrencontre@yahoo.fr / cfrencontre@afribone.net.ml
alainfontainefr@yahoo.fr
Avril 2005 n°8
Rédaction :Equipe du Centre
Foi et Rencontre
Responsable : Père Josef
Stamer
La Religion Traditionnelle : simple rÉalitÉ du passÉ ?
'expérience
de l'observation peut nous faire affirmer qu'en Afrique noire en général et au
Mali en particulier, sans être tout, la religion pénètre tout. Dans le milieu
traditionnel africain, le sentiment religieux apparaît comme " un système
de relations entre le monde visible des hommes et le monde de l'invisible régi
par un Créateur et des puissances qui, sous des noms divers et tout en étant
des manifestations de ce Dieu unique, sont spécialisées dans des fonctions de
toutes sortes " nous dit le grand ethnologue Marcel Griaule. Une analyse
sociologique et anthropologique nous fait également remarquer que la religion
traditionnelle comporte de nombreuses démarches qui rappellent successivement
ou simultanément le fétichisme, le totémisme, le mânisme (qui renvoie à l’âme
des aïeux considérés comme des divinités), l'animisme et le paganisme.
La première manifestation religieuse de tout être humain
et de toute société est l'animisme, c'est-à-dire le fait de donner une âme à
tous les éléments de la création ou encore l'identification des sentiments
humains aux créatures. Mais à partir du moment où les hommes " se sont
fixés " ils entrent dans le paganisme ; ils transportent la nature au
village. Dans ce contexte, une des manifestations les plus éloquentes de la
pratique religieuse devient le bois sacré qui constitue une réminiscence de
l'animisme et contient les embryons des éléments de l'animisme.
C'est à partir de ce moment que naissent les grands
rites religieux. La mise en œuvre de ces rites varie d'un milieu à un autre. Et
au delà du fait religieux dans sa perception spécifique, c'est toute la culture
du peuple ou de l'ethnie qui se transmet dans ces rites ; d'où la diversité de
la religion traditionnelle africaine.
Dans cette diversité, un fil conducteur rapproche les
diverses manifestations de la religion traditionnelle. Elle se présente d'abord
comme une ordination de puissances. Au sommet, se place l'Être suprême :
souvent un Dieu inaccessible qui depuis la création, n'a pas de rapports
directs avec le monde et les hommes. Cette religion repose donc sur un théisme
" synchrétiquement " conçu, dont le polythéisme " liturgique
" fait oublier son théisme ontologique .
La religion traditionnelle fonctionne par les mythes
et les symboles, l'adoration et les sacrifices. Elle couvre tous les temps
forts de la vie humaine de la naissance à la mort (sacrements !) ainsi que
toutes les exigences (besoins) de la vie d'une personne.
Si
elle était l'expression religieuse de la foi de nos ancêtres, quelle actualité
et quel avenir a et aura-t-elle dans notre Mali et notre Afrique " envahie
", ou qui a embrassé les religions des grandes révélations ? Est-elle
simplement une réalité du passé ? Au regard de tout ce qui se vit et se
manifeste, nous pouvons affirmer que cela est difficile à dire !
Pour nous les chrétiens, c’est la résurrection de
Jésus que nous fêtons ces jours-ci, qui nous fait passer de l’imaginaire à la
foi. Les imaginaires sur la survie des esprits des cultures traditionnelles ou
sur l’immortalité de l’âme dans la philosophie grecque viennent trouver leur
achèvement dans la foi en la résurrection de Jésus.
Abbé Jean-Joseph Fané.
Résurrection
ou re-crÉation
Le Père Joseph Moingt,
théologien, nous offre une nouvelle approche de la Résurrection. Pour lui, c’est une Re-création ...
« Aujourd'hui, il est assez
courant de dire que nous ressuscitons aussitôt après notre mort: c'est la thèse
de nombreux prédicateurs ou théologiens. Elle a l'avantage de marquer une
continuité entre notre vie présente et la vie future. Mais cela reste une
projection dans le futur. C'est pourquoi nous devons rattacher la résurrection
à la création de l'homme: " Il s'agit, écrit saint Paul aux Éphésiens
(4,22-24), de vous défaire de votre conduite d'autrefois, de l'homme ancien qui
est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider
intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l'homme
nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu. " La
résurrection, c'est comme une re-création de la création, là où la création
atteint sa vérité. Le Nouveau Testament interdit de penser que nous sommes
créés pour la mort : Dieu ne crée pas la mort. Dans l'hymne aux Éphésiens (1,
3-14), Paul nous montre que de toute éternité, Dieu nous a créés dans le
Christ, qu'il nous a conçus en vue de l'immortalité pour être Fils de Dieu. Or
être Fils de Dieu et ressusciter, c'est pareil … »
LES
« Samedis du Centre »
Depuis
notre dernier numéro de décembre, le Centre a abrité trois grandes conférences,
données successivement par le Pasteur Maurice Sozié Sogoba, de l’AGEMPEM, le 8
janvier (photo ci-contre), par Monsieur Abdoul Karim Kane, imam de la mosquée
de Korofina, le 5 février, et par Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako,
le 5 mars.
En
plus de ces trois conférences, deux membres de l’équipe permanente du Centre,
Père Josef Stamer et Sœur Françoise Dartigues, ont animé une session sur le
thème de la Rencontre avec l’islam. Cette session, organisée conjointement avec
la communauté du Verbe de Vie, au Centre Abbé David de Sebeninkoro, a regroupé
une douzaine de participants(es).
Les
trois conférences que nous venons d’évoquer ci-dessus, permettent au Centre Foi
et Rencontre d’associer de plus en plus les croyants qui nous entourent, qu’ils
soient protestants ou musulmans. D’ailleurs, on s’aperçoit que le public se
diversifie et lors de la conférence de Monseigneur Jean Zerbo, au début mars,
dans la quarantaine de participants(es) on notait la présence de pasteurs
protestants et de croyants musulmans. Il faut dire que le thème abordé par
Monseigneur Jean Zerbo : “ L’expérience spirituelle d’Abraham, le Père des
croyants”, suscitait beaucoup d’intérêt chez ces participants. En reprenant la
parole de Jésus : “ Si vous êtes des fils d’Abraham, faites donc les œuvres
d’Abraham ”, Monseigneur a placé le débat sur un plan où tout le monde pouvait
trouver sa place. Sa conférence, comme les précédentes est disponible au Centre
ainsi qu’un dépliant qui la résume et apporte un complément bibliographique.
En
tout début d’année, c’était le Pasteur Maurice Sozié Sogoba qui était des
nôtres pour parler de l’origine de la communauté protestante au Mali. Ancien
fonctionnaire international, le Pasteur Sogoba est l’actuel délégué général
adjoint de l’Association des groupements des Églises et Missions Protestantes
Évangéliques au Mali (AGEMPEM). Après avoir fait un état des lieux (l’AGEMPEM
regroupe 33 Églises, missions et œuvres protestantes), le Pasteur s’est attaché
à parler des origines de la communauté protestante au Mali. Il a essayé de
définir les défis que la communauté entend relever aujourd’hui ... défi
d’évangélisation et de prière mais aussi d’autonomie et de formation. Il a
souligné aussi que la communauté entendait lutter contre les grands fléaux qui
affectent l’Afrique aujourd’hui ... le VIH/Sida, l’excision ...etc. Pour finir,
il a interpellé tous les chrétiens par cette phrase laconique : “ Pouvons-nous
rester tranquilles aujourd’hui, alors qu’il reste encore beaucoup à faire
surtout sur le plan de l’évangélisation ? ”.
Entouré
de Messieurs Yamar Diarra et Fabou Kanté, Monsieur Adoul Karim Kane, imam de la
mosquée de Korofina, était le second conférencier de l’année, le samedi 5
février. Primitivement sa conférence devait aborder la question des
associations musulmanes de leur place, de leur statut, de leur mode d’action
... Cette question sera effectivement abordée mais plutôt dans les grandes lignes
et à la fin de son intervention. Le corps de ses propos sera surtout centré sur
l’expression “faire descendre”, une expression que le Coran emploie aussi bien
pour “les livres révélés” que pour “le fer”. Modernes et ouverts, les
conférenciers aborderont, sans complexe, la gestion de l’environnement,
rappelant la prescription coranique qui s’inspire de la notion du juste milieu
: ni prodigaglité, ni avarice.
Père Josef Stamer.
Contribution des religions traditionnelles À la paix
Un congrès s’est tenu au
Vatican sur ce thème, du mercredi 12 janvier au samedi 15, sous l'égide du
Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Son titre exact était :
" Les ressources pour la paix dans les religions traditionnelles ".
Il s'agissait d'étudier la contribution que peuvent apporter à la paix les
adeptes de la religion traditionnelle répandus sur tous les continents, mais
surtout en Afrique, où l'on estime qu'ils sont au nombre de 60 millions.
Quelles sont les
caractéristiques des religions traditionnelles, parfois appelées de façon
inexacte " animistes " ?
Mgr Michael Fitzgerald,
président du dicastère organisateur expliquait au micro de Radio Vatican
: " Lorsque nous parlons des religions traditionnelles, nous
pensons aux religions ethniques ou tribales, c'est-à-dire à celles qui se sont
développées dans un groupe ethnique spécifique, et donc, qui se distinguent des
religions mondiales qui dépassent les frontières nationales. Nous pensons
souvent surtout à l'Afrique, lorsque nous parlons de religions traditionnelles.
Mais il ne s'agit pas seulement de l'Afrique : il y a toute la spiritualité des
Indios d'Amérique latine ! Il y a aussi la religion africaine qui est passée
par l'Amérique latine ; puis en Asie. En Inde, ces religions s'appellent
tribales et elles ont une spiritualité particulière, alors qu'aux Philippines,
les adeptes des religions traditionnelles vivent dans les collines ou les
montagnes. D'autre part, nous évitons le mot animistes parce que cette idée
d'animisme revient un peu à considérer le vent, l'eau, les animaux, comme
habités par des esprits qui réclament un culte : en réalité ce n'est pas de
cela qu'il s'agit. Normalement, dans ces religions, on trouve la croyance en un
Dieu Créateur, en un Dieu suprême, mais il y a aussi d'autres entités
médiatrices entre Dieu et l'humanité : il y a les ancêtres et d'autres esprits
mais il ne s'agit pas d'un culte dans lequel on vénèrerait une forêt, un arbre
... la divinité n'est pas là. La divinité est ailleurs ! "
Mais quel est
aujourd'hui le rapport de l'Église catholique avec les adeptes de ces religions
?
Mgr Fitzgerald ne cache pas
que " le dialogue est difficile " parce que, explique-t-il, "
ces religions ne sont pas organisées dans une hiérarchie : souvent, le chef est
le chef de famille, qui offre des prières et des sacrifices … Il y a des
secrets qu'ils conservent et dont ils ne veulent pas parler… Donc, le dialogue
direct avec les personnes des religions traditionnelles est un peu difficile.
Mais de nombreuses personnes sont devenues chrétiennes en partant du background
de cette religion traditionnelle et c'est là notre dialogue. Un dialogue avec
les valeurs de ces religions : l'Esprit saint suscite le bien partout et nous
pouvons voir dans ces religions traditionnelles des choses bonnes qui peuvent
aider aussi notre société. Tel est le but de l'étude que nous menons : voir
quelles sont les valeurs de ces religions pour la société d'aujourd'hui et
surtout pour la paix. Les participants de ce congrès sont tous catholiques et
experts dans les religions traditionnelles. Ce ne sont donc pas des adeptes de
ces religions parce qu'il est un peu difficile de tenir avec eux un dialogue
direct ".
Les religions sont
appelées à créer un terrain propice à la paix ... c'est l'une des
recommandations formulées au terme du congrès de quatre jours
À ce propos, le président
du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Mgr Michael Fitzgerald,
a parlé de " surprise et de satisfaction ". Surprise parce que tout
en venant de réalités culturelles différentes, on se rend compte que des
valeurs communes existent. La première est la recherche de l'harmonie, le désir
de vivre une relation d'unité avec Dieu, la création, la communauté, la
famille, et donc, avec soi-même. On y a parlé du rôle traditionnel de la femme,
en tant que médiatrice entre les groupes en conflit. Satisfaction, car une
nouvelle fois, l'Eglise s’est montrée attentives aux autres religions. Une religion
n'est pas " grande " ou " petite " en fonction du
nombre de ses adhérents, parce que dans les religions traditionnelles aussi il
y a des ressources infinies pour la cohabitation, le bien profond de l'homme et
la paix.
Le message final met
l'accent sur la volonté de collaboration entre l'Église et les religions
traditionnelles dans différents domaines et pour la paix.
œcumÉnisme à Kolokani le 23 janvier 2005
À l'occasion de
la semaine de prière pour l'unité, le dimanche 23 janvier dans l'après-midi,
les Églises catholique et évangélique de Kolokani se sont retrouvées pour un
temps de prière en commun. Cette année, c'est la communauté catholique qui a
fait le déplacement pour se rendre au temple évangélique où elle a été
chaleureusement accueillie par le Pasteur Etienne Diallo. Le Père Jean Bevand
raconte : “Quand nous sommes entrés, la communauté a entonné des chants puis
le responsable, Paul Kané, a pris la parole pour saluer et demander à chacun de
se présenter. Nous avons alors chanté les louanges du Seigneur. Paul Kané m'a
ensuite demandé d'expliquer le sens de notre rassemblement. Je suis parti de
l’évangile de Jean au chapitre 17 pour rappeler que Jésus a été le premier à
prier pour l'unité ... "qu'ils soient un ... pour que le monde croie que
tu m'as envoyé". Prenant la parole à son tour, Étienne Kané, catéchiste à
Kolokani, a alors donné quelques grandes dates du mouvement œcuménique. Paul
Kané a repris la parole pour proposer des intentions de prière. L'assemblée
s'est alors scindée en trois groupes où l'on a prié à voix basse. Pour finir,
M. Marc Dabou, a conclu à voix haute la prière de l'assemblée. Le pasteur,
Etienne Diallo, a ensuite commenté un passage des Actes (12,1-17). À l'issue de
cette prière, et avant de se disperser, les uns et les autres sont restés
longtemps à la porte du temple pour échanger des salutations et des
bénédictions.”
Père Jean Bevand, curé de Kolokani,
secrétaire de la commission AO du dialogue
islamo-chrétien.
ActivitÉs du Centre
Foi et Rencontre de Bamako
t 8 janvier, troisième “samedi du Centre” avec la
conférence du Pasteur Maurice Sozié Sogoba de l’AGEMPEM (voir page 2)
t Les 18 et 19 janvier, le Père Alain Fontaine a
participé aux activités de l’Atelier Santé de l’ANRM avec plusieurs conférences
sur la doctrine sociale de l’Église.
t Le samedi 22 janvier, à Kati, le Père Alain Fontaine
a rencontré la coordination des jeunes chrétiens pour une conférence sur le
thème : “Coutume, traditions et modernité”.
t Le dimanche 23 janvier, le Père Josef Stamer était à
Bougouni pour y rencontrer les jeunes élèves-maîtres sur le thème de l’islam.
t Le 5 février, un nouveau “samedi du Centre”
accueillait Monsieur Abdoul Karim Kane, imam à Korofina. Il était accompagné de
Messieurs Yamar Diarra et Fabou Kanté. (voir page 2)
t Du 17 au 19 février, le Père Josef Stamer et Sœur
Françoise Dartigues ont animé une session sur le thème de l’islam et de la
rencontre interreligieuse au CEL de Faladié.
t Le samedi 5 mars, c’était au tour de Monseigneur Jean
Zerbo, archevêque de Bamako, d’intervenir dans le cadre des “samedis du
Centre”. Son thème : L’expérience spirituelle d’Abraham, le Père des croyants.
(voir page 2)
t Du 8 au 11 mars, une douzaine de personnes ont
participé à la session “à la rencontre de l’Islam” organisée conjointement par
la communauté du Verbe de Vie et le Centre Foi et Rencontre. Le Père Josef
Stamer et Sœur Françoise Dartigues ont assuré les conférences.
t À noter que la prochaine session aura lieu du 5 au 8
avril sur le thème de la Religion Traditionnelle. Elle sera assurée par Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané (responsable du séminaire de Koulikoro). Inscriptions
à Sebeninkoro ou au Centre Foi et Rencontre.Sœu
Courrier des lecteurs
t Monsieur l’Abbé Marc Diarra (Curé de Kita
et secrétaire national pour le dialogue inter-religieux et l’œcuménisme)
annonce la réunion qu’il organise du 9 mai au soir au 11 mai après-midi à
Hamdallaye (ex Pie XII à Bamako) avec ses différents comités diocésains afin de
préparer les prochaines sessions nationales.
t Monsieur l’Abbé Gaston Coulibaly ... Je me
réjouis d’apprendre l’inauguration du Centre. L’inauguration aura été “cette
manifestation” du Centre à l’Église du Mali et aux Maliens. L’effort pourrait
continuer dans ce sens de la sensibilisation afin d’arriver à faire situer
solidement la praxis missionnaire de l’Église au Mali
Calendrier
t Session sur la Religion Traditionnelle à Sebeninkoro, du 5 avril au soir au 8 avril à midi avec Monsieur
l’Abbé Jean-Joseph Fané. Voir ci-dessus.
t Du 6 au 8 avril, le Père Josef Stamer participe à
Dakar à une réunion préparatoire à un prochain colloque islamo-chrétien, au
compte du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux.
t Du 2 au 4 mai, session d’islamologie au Gd Sém. St
Augustin avec le Père Josef Stamer.
t Samedi 7 mai, le Pasteur Elkana Thèra donnera une
conférence au Centre.
t Du 24 au 27 mai, session sur l’œcuménisme à
Sebeninkoro (Sr Bernadette M Diarra et Père Josef Stamer).
t Le samedi 4 juin, Sœur Bernadette M. Diarra donnera
une conférence au Centre et du 13 au 17 juin, une session relative au phénomène
des sectes au Centre de Sebeninkoro.