EN CHEMIN
Le bulletin du Centre Foi et Rencontre
Centre Foi et Rencontre BP 298 Bamako
(Mali)
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Avril 2004 n°5
Rédaction :Equipe du Centre
Foi et Rencontre
Responsable : Père Josef
Stamer
Éditorial
Voici l’Agneau de Dieu
Tous les 33 ans, les fêtes musulmanes font le tour de
l'année chrétienne qui est une année solaire. Les calendriers religieux des
deux communautés s'entrecroisent et suggèrent parfois des rapprochements pleins
de signification. Les musulmans appellent " 'îd al-adhâ' "
communément " al-'îd al-kabîr "- " la grande fête "
(sous-entendu que " 'îd al-fitr " est la petite fête). D'autre part,
pour les chrétiens, Pâques est vraiment le sommet de l'année liturgique,
préparé par 40 jours d'efforts.C'est le nom même que les Ouest-Africains
donnent à " al-'îd al-kabîr ", qui pousse au rapprochement des deux
fêtes : la Tabaski. Les linguistes sont d'accord pour dire qu'il s'agit d'une
appellation berbère, utilisée d'abord pour désigner la Pâque juive ou chrétienne, la juive plus probablement, et qui, au moment de l'islamisation,
aurait tout simplement " changé de religion ", mais pas de nom ...
Convergence ? ... Coïncidence ? ... Dans les deux cas, un mouton est en jeu.On
ne peut comprendre le sens de la Pâque chrétienne sans rappeler la Pâque juive. Il s'agit avant tout d'un repas sacrificiel où la mémoire de l'événement
fondateur du peuple d'Israël est explicitement évoquée (cf. Ex 12) : Le "
passage " du Seigneur pour libérer son peuple de la servitude. Le sang de
l'agneau pascal immolé, préparé et mangé à la hâte, devient signe
d'appartenance au peuple de Dieu et source de salut. Jésus a inséré son "
passage de ce monde vers le Père " (Jn 13,1) dans le cadre de la
célébration de la Pâque juive : . Il mange l'agneau pascal avec ses disciples
et donne à ce repas sacrificiel un sens nouveau : le mémorial du don de sa vie
pour le salut de tous. Durant son procès, il se comporte " comme un agneau
mené à l'abattoir " (Is 53,7) Quand les chrétiens célèbrent la fête de
Pâques, ils font mémoire, durant la veillée pascale, du sacrifice d' Abraham ou
du " non-sacrifice " d'Isaac (Gen 22, 1-19), l'événement même que nos
frères et sœurs musulmans mettent au cen- tre de la célébration de la Tabaski. Au 10e jour du " dhû l-hijja ", les pèlerins imitent le geste
d’Abraham, prêt à immoler son fils, témoignage suprême de la soumission. Les
lieux saints de l'islam que les pèlerins parcourent lors du " hajj ",
gardent le souvenir d'Abraham. Mais le fait que le Coran (37,100-109)
n'identifie pas le fils à immoler, laisse la porte ouverte à plusieurs
interprétations. La tendance majoritaire, mais tardive, voit dans le fils à
immoler Ismaël. Le geste d'Abraham est alors un pur geste de soumission. La
tendance primitive et notamment celle des " sûfi-s " (mystiques),
rejoint plutôt la tradition biblique pour dire qu'il s'agit bien d'Isaac. En
cela ils sont plus proches du texte coranique qui, par deux fois, mentionne
Isaac à côté de son père (Coran 37, 110-113). Isaac, le " fils prêt au
sacrifice " devient alors " annonce", " prototype "
de cet " Agneau sans tâche ni défaut " (cf Ex 12,5), du " Juste
offert pour le péché de la multitude ".
Père Josef Stamer.
LA PÂQUE DES PEUPLES AFRICAINS
(extraits de la thèse du Père
Francis Appiah Kubi, prêtre Ghanéen du diocèse de Konongo-Mampong)
La
thèse du Père Appiah Kubi porte sur le sujet de l’Église-famille-de-Dieu. Alors
que nous nous apprêtons à célébrer la fête de Pâques, évoquons la libération
des peuples africains ...
Pour
que l’Église-famille puisse répondre à sa mission prophétique et à ses
exigences pastorales et être effectivement “famille” pour le peuple africain,
elle doit faire face à la grande et épineuse question d’une injustice massive
et de la pauvreté globale. En effet, la question de la justice et du
développement social du continent africain devrait être au cœur des
préoccupations des évêques et des théologiens de l’Église-Famille. L’histoire
du salut nous apprend que Dieu, le Père, par amour pour son peuple l’avait
libéré de l’oppression. Ainsi la libération des peuples africain de
l’oppression politique et économique, des misères, du sous-développement et de
l’importation d’une culture venant du Nord, ainsi que la responsabilisation
individuelle et collective devraient constituer les enjeux capitaux pour
l’Église Famille en Afrique.
(Documentation Catholique n°2300 du 19.10.03 page 921)
LE CHIISME, UNE COMMUNAUTÉ QUI
FAIT PARLER D’ELLE
La guerre en Irak et ses
suites, ont fait découvrir un autre aspect, moins connu de l’islam : le
chiisme.
L’Irak, une mosaïque
religieuse
L’Irak est éloignée du
Mali, par des milliers de kilomètres et cependant, il ne se passe pas un jour
sans que les informations radio et télévisées ne parlent de ce pays et des
malheurs que connaissent ses populations. D’une superficie de 434 925 km2,
trois fois plus petite que le Mali, l’Irak compte 23 millions d’habitants dont
47 % a moins de 15 ans. 95 % des irakiens sont musulmans et 60 % d’entre eux
sont chiites au sud et autour de Bagdad, là où se trouvent les tombeaux de
leurs imams fondateurs, en particulier à Kerbala, Nadjaf, Samarra, Kufa et
Hilla. Les sunnites sont environ 35 % plutôt au Nord. Les chrétiens (chaldéens,
assyriens et syriaques) constituent à peine 4 % de la population mais la
nouvelle constitution ne les a pas ignorés. Les chrétiens se trouvent surtout à
Bagdad et autour de Mossoul.
15 % de chiites dans le
monde
Sur un milliard de
musulmans dans le monde, 15% appartiennent au chiisme, une branche de l'islam
qui se revendique de la succession d'Ali, cousin et gendre du prophète Mohamed.
Il avait épousé sa fille Fatima, et fut le quatrième calife de l'islam. Après
l'assassinat d'Ali, en 661, sa chi'a, ou ses partisans, rejetant l'autorité du
nouveau calife omeyyade et le transfert du califat à Damas, prêtèrent
allégeance à ses fils, donc des descendants du prophète Mohamed, d'abord
Hassan, assassiné peu après à Médine, puis Hussein, le troisième imam, massacré
avec 72 de ses compagnons, en 680, à Kerbala, par l'armée des omeyyades. Ce
massacre, acte fondateur du chiisme, est commémoré chaque année lors des
spectaculaires célébrations de l’Achoura, où les chiites revivent, en
s'auto-flagellant, le martyre de Hussein. Le chiisme irakien est duodécimain,
c'est-à-dire qu'il reconnaît une succession de douze imams, tous mort
assassinés à l'exception du dernier, Mohamed, un enfant de cinq ans, disparu à
Samara, en Irak; pour les chiites, cet imam n'est pas mort mais occulté ; il
est le Mahdi, toujours vivant, dont ils attendent le retour à la fin des temps,
en tant que messie et sauveur. D'autres branches minoritaires du chiisme ne
reconnaissent que cinq imams (les zaïdis), ou sept imams (les ismaéliens).
Par rapport au sunnisme, la
spécificité du chiisme réside dans sa vision duelle du monde. Pour eux, chaque
niveau de la réalité, du plus insignifiant au plus élevé, a deux dimensions,
l'une apparente (exotérique), l'autre cachée dans la première (ésotérique). Le
côté ésotérique et secret est connu des seuls initiés qui pratiquent, outre
l'exégèse des hadith (les propos du Prophète, comme dans l'islam sunnite, mais
aussi ceux des imams du chiisme), la science des lettres ou numérologie,
l'astrologie et l'alchimie. Ces initiés incarnent les forces du bien, face à
celles du mal qui résident dans la majorité ignorante. Depuis le XVIIe siècle,
l'islam chiite s'est doté d'un clergé, allant du mollah de base au grand
ayatollah, en passant par le thikatalislam, le hodjatolislam et l'ayatollah.
Ils sont tous des intermédiaires entre les fidèles et les imams.
Père Alain Fontaine.
L’ÉGLISE DES
ASSEMBLÉES DE DIEU
Dans le mouvement pentecôtiste moderne, les Assemblées
de Dieu tiennent une grande place. Elles sont présentes au Mali depuis une
bonne vingtaine d’années. Le Pasteur Benjamin Thèra nous les présente.
Fondation
Les Assemblées de Dieu ont
joué un rôle prépondérant dans l'expansion du Pentecôtisme en Afrique. Elles
représenteraient aujourd’hui 0,5 % de la population totale de l'Afrique Noire.
C'est grâce à leur Église mère, située à Springfield dans l'État du Missouri
aux USA et à l'efficacité de leur organisation que se sont développées des
implantations missionnaires sur le continent Africain. Les Assemblées de Dieu
appartiennent au mouvement pentecôtiste moderne qui émerge aux USA dès le début
du XXe siècle au sein des communautés du réveil du Saint Esprit.
1. 1901
C'est au sein du collège
biblique fondé par Charles F. Parham à Topeka, dans l'État du Kansas, que l'on
assiste aux premières manifestations de l'Esprit Saint. En effet, lors d'une
cérémonie de baptême, une jeune étudiante en théologie de ce collège, atteinte
par la grâce se mit à parler en plusieurs langues. Ainsi, à partir de 1901,
émerge une nouvelle doctrine : le baptême du Saint Esprit doit s'accompagner de
signes physiques tels que le parler en langue
2. 1906-1914
Cette seconde étape est
caractérisée par le foisonnement des mouvements pentecôtistes et l'adhésion
marquée des groupes noirs américains à cette nouvelle doctrine. En 1906, le
pasteur noir William Seymour, issu d'un mouvement de la foi apostolique, reçoit
le baptême du Saint Esprit à Los Angeles. Avec lui, les cultes s'enflamment, il
y a des danses, des cris, des applaudissements à l'adresse de Dieu. En 1911, en
Alabama, a lieu une rencontre qui réunit les représentants des divers
mouvements du réveil issu des milieux blancs et de certains leaders noirs. Au
terme de la rencontre, ils décident de se réunir au sein d'un nouveau groupe
qui porte le nom de : L'Église de Dieu en Christ.
3. A partir de 1914
Lors d'une rencontre
organisée en 1914 dans l'État de l'Arkansas, les 300 délégués réunis allaient
devenir le premier conseil général fondant l'Église des Assemblées de Dieu. À
l'occasion de ce conseil fondateur, plusieurs grandes questions seront
débattues :
- La recherche d'un
consensus sur le corps de doctrine.
- La présentation des
acquis du mouvement.
- L'organisation de
missions à l'étranger.
- L'enseignement et la
formation.
La marque du pluriel est
retenue pour désigner la nouvelle Église; pas une assemblées mais "
L'Église des Assemblées de Dieu " pour souligner les origines multiple du
mouvement. Majoritairement, les leaders appartiennent au milieu blanc alors que
les fidèles sont issus du peuple noir des USA.
4. En Afrique de l’Ouest
Facilement accessibles, les
pays de la Côte Ouest Africaine ont été très tôt évangélisés par les Sociétés
de Mission des grandes Églises protestantes d'Europe. Ce ne fut pas le cas pour
l'Afrique Sahélienne (en particulier le Mali) en raison de son enclavement. Ce
sont les Églises Évangéliques des USA qui vont se charger de cet espace. Ces
Églises et Sociétés de Mission sont arrivées dans les zones sahéliennes au
début du XXe siècle.
5. Au Mali
C’est à partir de 1983 que
la mission française des Assemblées de Dieu s’installe au Mali. Elle a été
suivie par les branches américaine, sudédoise, burkinabe et béninoise à partir
de 1989. Même si chacune d'elle garde sa spécificité, elles n'ont pas ménagé
leurs efforts pour implanter cette Église sur toute l'étendue du territoire. En
ce qui concerne le domaine social, elles se sont intéressées à la santé, à
l'éducation et à la communication. Citons : le dispensaire de Sikoroni, l'école
fondamentale à Kalabankura et un studio radio FM.
.Monsieur
Benjamin Thèra.
GRANDE ÉMOTION À KITA SUR LA COLLINE DU PÈLERINAGE
Le dimanche 7 décembre
2003, à Kita, un peu après 15 heures, sur la colline du pèlerinage, un homme
d’une quarantaine d’année, a brisé à l’aide d’une hache, en menus morceaux, la
statue de la Vierge Marie (voir photo ci-contre à droite). Comme une traînée de
poudre la nouvelle s’est répandue dans la ville et bientôt dans tout le Mali
jusqu’aux plus hautes autorités de l’État. Dans la soirée, le préfet de Kita est
venu saluer les responsables de la paroisse. Un peu plus tard, le Ministre de
l’administration territoriale et des collectivités locales adressait un message
de sympathie à Monseigneur Dao, évêque de Kayes. Le lendemain, c’était une
délégation, conduite par le grand imam de la mosquée, qui venait saluer la
communauté et dire combien les musulmans de Kita désapprouvaient cet acte. Il
faut dire que cette statue est vénérée par les catholiques mais de nombreux
musulmans viennent aussi prier Marie, la Mère de Jésus. Ils le font souvent tard dans la soirée. Jeudi 11 décembre, Monseigneur Joseph Dao est venu
rencontrer la communauté catholique de Kita pour prier avec elle et l’aider à
retrouver son calme. Lors de leur conférence épiscopale les 24 et 25 janvier
2004, à Kayes, les évêques du Mali, en félicitant l’évêque de Kayes et toute la
communauté chrétienne de Kita pour leur sang froid, ont manifesté leur
confiance en leur grande capacité de discernement évangélique dans la gestion
de cet acte de vandalisme : un acte indigne de notre cher pays, le Mali, un
pays de dialogue, de tolérance et de coexistence pacifique, ont-ils écrit.
Abbé Marc Diarra, curé de Kita et secrétaire du
secrétariat pour la rencontre interreligieuse et l’œcuménisme.
In Memoriam – Monsieur Luc Coulibaly
Fin janvier, nous
apprenions le décès de Luc Coulibaly, frère de Monsieur l’Abbé Gaston
Coulibaly, actuellement à Rome pour des études de théologie et qui fut chargé
du secrétariat pour la rencontre interreligieuse et l’œcuménisme au moment de
l’ouverture du Centre Foi et Rencontre. Nous lui adressons nos sincères
condoléances et l’assurons de notre prière.
Activités du Centre Foi et Rencontre de
Bamako
t Du 9 au 11 décembre 2003, s’est tenue au Centre Abbé
David, une réunion de réflexion sur l’œcuménisme à l’initiative des
Missionnaires d’Afrique. Des missionnaires du Burkina Faso, du Mali, du Kenya,
ainsi qu’un Assistant du conseil général des Missionnaires d’Afrique de Rome, y
ont participé.
t Le 12 décembre 2003, toujours à Sebeninkoro (Centre
Abbé David) plusieurs missionnaires d’Afrique du Mali et du Burkina Faso se
sont retrouvés avec les deux équipes provinciales pour réfléchir sur
l’ouverture à Bamako, dans les mois qui viennent, de l’année pastorale de
formation qui était dispensée auparavant à Rome dans le cadre du Pisai.
t Le samedi 13 décembre, le Père Alain Fontaine a
animé une récollection avec les enseignants(es) de la paroisse Sainte Monique
de Badalabougou.
t Le dimanche 4 janvier, Sœur Bernadette M. Diarra a
animé une causerie sur le thème de “l’apostasie” lors du Noël des jeunes à
Hamdallaye.
t À partir de janvier, Sœur Françoise Dartigues assure
une formation régulière chez les Sœurs RMI de Bamako sur le thème de la
rencontre interreligieuse.
t Le dimanche 11 janvier, le Père Josef Stamer a animé
la journée de formation des catéchistes de la paroisse cathédrale de Bamako,
sur le thème du dialogue interreligieux.
t En février 2004, à l’invitation de la paroisse
cathédrale de Bamako, le Père Josef Stamer s’est rendu dans plusieurs
communautés de base (Badialan, Dar Salam ...) pour des soirées sur le thème de
la rencontre interreligieuse.
Courrier des
lecteurs
t J’apprécie votre bulletin “En Chemin”et je
constate avec joie que vous avancez résolument sur le chemin de la rencontre
interreligieuse au Mali. Pour ma part, je suis très pris par des tâches
administratives et financières mais, dans le quotidien des œuvres sociales, je
pratique quand même la rencontre islamo-chrétienne. Père Henri Coudray, Préfet
Apostolique de Mongo - Tchad.
tMerci aux animateurs du Centre Foi et
Rencontre pour leurs aimables vœux à l’occasion de la nouvelle année 2004. À
leur intention, je forme aussi les miens de bonne santé, paix et joie dans la
conduite de ce bel outil d’évangélisation qu’est le Centre Foi et Rencontre.
Monseigneur Joseph Dao.
Calendrier
t Dans la matinée du 17 mars, Sœur Françoise Dartigues
et Père Pierre Landreau animent une journée au Centre de promotion féminine de
Jelibugu.
t Le 26 mars, le Père Alain Fontaine donne une causerie
au Cours Jeanne d’Arc sur la doctrine sociale de l’Église.
t Les 27 et 28 mars, une récollection pour les femmes
chrétiennes de Gwalala est animée par la Sœur Françoise Dartigues et M. l’Abbé Jean-Joseph Fané.
t Du 29 au 31 mars, le Père Josef Stamer donne la
session d’islamologie au Grand Séminaire St Augustin de Samaya.
SAINTE FÊTE DE PÂQUES 2004 À TOUS NOS
LECTEURS ET NOS LECTRICES DE PAR LE MONDE !!!