EN CHEMIN
Le bulletin du Centre Foi et Rencontre
Centre Foi et Rencontre BP 298 Bamako
(Mali)
Téléphone :
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Décembre 2003 n°4
Rédaction :Equipe du Centre
Foi et Rencontre
Responsable : Père Josef
Stamer
Éditorial
Incontournable Rencontre
Le
diocèse de Bamako vient de vivre ses Journées Diocésaines autour du thème :
" La Rencontre Interreligieuse au Mali ". Journées de découverte, de
réveil de ce qui dormait en nous ? ... Peut-être aussi, renforcement de
convictions qui nous animent et que nous mettons en œuvre dans le quotidien de
nos vies ! Quel que soit le stade où nous en sommes, nous ne pouvons plus vivre
comme avant, nous n'en avons plus le droit ! Nous sommes les disciples d'un
Maître pour qui la Rencontre tissait son quotidien : en premier lieu avec son
Père, où il puisait la Sève pour vivre toutes les autres; en particulier avec
ses disciples et les Juifs qui venaient à Lui. Il la tissait encore, cette
rencontre, avec des hommes et des femmes qui n’appartenaient pas au Peuple
Choisi, comme le centurion, la Samaritaine ou encore la Syrophénicienne.
Comme
pour Jésus, cette Rencontre avec les frères des autres religions fait partie de
notre quotidien. Le 28 janvier 1990, le pape Jean-Paul II s’adresse aux évêques
maliens, à Bamako, en ces termes "Le Dialogue est une des composantes de
la mission d'évangélisation et un moyen nécessaire pour l'accomplir. Le
Dialogue œcuménique est un devoir ". Beaucoup pensent, à tort, que le
Dialogue Interreligieux est une affaire de spécialiste. Mais c’est oublier que
le dialogue est d'abord une relation toute simple, "un bon
voisinage", un engagement commun au service de la promotion humaine et une
soif de parler ensemble de Dieu. et pour nous, chrétiens, de témoigner de Celui
qui nous fait vivre et dont nous sommes les disciples. Nous découvrons alors
que les mots nous manquent, que nous ne savons pas répondre aux questions qu’on
nous pose. Nous faisons l'expérience de nos limites et découvrons la nécessité
d'approfondir notre propre foi, nos connaissances théologiques et
scripturaires. En écoutant l'autre, nous réalisons aussi notre ignorance face à
la foi qui est la sienne.
Quel
enseignement tirons-nous de tout cela ? Tout simplement, qu'il nous faut
prendre avec courage, la route de la formation personnelle : avec Jésus, dans
la prière personnelle, l'eucharistie, les sacrements et la lecture de la Parole de Dieu; en profitant des moyens qui nous sont offerts pour prolonger notre formation
: retraites, livres, sessions... etc. Et ne nous arrêtons pas, si, sur le
chemin, nous croisons la croix. Jean Mohammed Abd-el-Jalil (1904-1970),
musulman devenu chrétien et père franciscain avait coutume de dire : "
Pendant combien de temps faudra-t-il que les chrétiens fassent tout le chemin
de la compréhension sincère et aimante ? Dieu seul le sait ! Mais il faut le
faire et pas seulement la moitié du chemin et attendre que de l'autre côté on
se mette en mouvement ! ... Persévérons dans cette voie, même si la réciprocité
tarde à se manifester "
Sœur Françoise Dartigues smnda
Un grand pontificat pour le
dialogue
(extraits de la conférence de M.
Orazio Petrosillo)
Karol Wojtyla a été le premier
Pape à entrer dans une mosquée : celle des Omeyyades à Damas, quatrième lieu
saint de l'islam après la Mecque et Médine, et les mosquées de ]érusalem. La
mosquée de Damas, où le Pape s'est rendu le 6 mai 2001, outre qu'elle est
l'ancienne cathédrale byzantine de la ville, a gardé une chapelle où se trouvait
la tombe de saint ]ean-Baptiste, dont elle conserve une relique ... Après avoir
ôté ses chaussures, le Pontife est demeuré en méditation et dans une prière
silencieuse ...
Importante aussi la rencontre
du Caire avec Mohamed Tantawi, le grand Cheikh d'Al-Azhar, le grand centre
théologique sunnite, qui eut lieu le 25 février 2000.
La visite que fit le Pape, le
19 août 1985, à Casablanca, à l'invitation du roi Hassan II du Maroc a connu un
grand impact psychologique et médiatique. Dans le stade de la ville, pour la
première fois dans l'histoire, le Pape adressa un discours à environ 50 000
musulmans, des jeunes pour la plupart.
On sait aussi qu’après les
attentats du 11 septembre 2001, ]ean-Paul II expliqua au monde que ces actes de
terrorisme criminel ne pouvaient être imputés en tant que tels à l'islam. Et à
la veille de la guerre en Irak, à laquelle il s'opposa par tous les moyens
diplomatiques, il expliqua que ce n'était pas l'Occident chrétien qui attaquait
et qu’aucune " confrontation de civilisations " n'était en jeu.
(Documentation Catholique n°2300 du 19.10.03 page 921)
Journées diocésaines à Bamako
Une centaine de
participants(es) venus de toutes les paroisses, de tous les services et
mouvements du diocèse de Bamako se sont retrouvés à Hamdallaye pour ces
Journées de rentrée 2003-2004, présidées par Monseigneur Jean Zerbo. Au menu :
deux jours sur le thème de la Rencontre interreligieuse au Mali. Le Centre Foi
et Rencontre avait été sollicité pour l’animation. Tour à tour, les Pères Alain
Fontaine, Jean Bevand et Josef Stamer ainsi que Sœur Bernadette Michel Diarra,
prendront la parole pour évoquer différents aspects du thème : la spiritualité
de la Rencontre, les textes du magistère, l’état de la question au Mali, un
éclairage sur l’œcuménisme et une réflexion sur islam et pouvoir.
Des questionnaires ont
permis à l’assemblée d’approfondir le sujet et aussi d’envisager des suites
pour la pastorale d’ensemble diocésaine durant l’année 2003-2004. Parmi les
questions, l’une d’elles a été très débattue dans les groupes : “Les manières
africaines de vivre l’islam (adaptations ethniques, confrèries, maraboutage
...) sont-elles une chance ou un obstacle pour le dialogue ?” Dans toutes nos
familles, dira l’Abbé Sylvain Camara, nous comptons des musulmans. Nous
rencontrons, inévitablement des problèmes de cohabitation. Des problèmes qui
apparaissent en particulier au moment des mariages. Il serait sans doute
intéressant de faire une enquête sociologique pour bien poser le problème.
De son côté, Sœur Bernadette
Michel Diarra s’est attachée à mon-trer comment l’œcuménisme fait des progrès
au Mali. Ce sont de petits pas mais qui encouragent. L’apostolat biblique est
un terrain privilégié pour la Rencontre à ce niveau et la mentalité des
Pasteurs a beaucoup évolué en quelques années.
Dans son exposé, le Père
Jean Bevand a proposé de ne pas brûler les étapes et suggéré 9 niveaux de
Rencontre qui donnent une large place à la formation.
Après avoir présenté les
grands textes du magistère, le Père Josef Stamer a souligné comment l’islam, né
dans un milieu de commerçants, en a adopté le vocabulaire et les pratiques. Il
a montré comment le rapport entre pouvoir et religion est fort en islam. C’est
en partie lié à son histoire, en particulier au commencement. Rien de
comparable pour le christianisme.
La dernière journée a
permis à l’assemblée de retenir quelques résolutions pour l’année pastorale.
Les participants(es) ont souhaité davantage de formation à la Rencontre.
Père Alain Fontaine.
À la rencontre
des Églises du Mali
Poursuivant notre
réflexion sur l’œcuménisme, nous parlons des débuts de l’Église protestante au
Mali. C’est le pasteur Benjamin Thèra qui, pour nous, à fait des recherches en
ce sens ...
Après avoir présenté les 4
grandes dénominations qui ont donné naissance à l’Église protestante au Mali,
le pasteur Benjamin Thèra nous présente ici les nouvelles missions, qui se sont
implantées au Mali à partir des années 80 ...
Contrairement aux
premières missions qui étaient d’origine américaine, les missions protestantes
qui arrivent au Mali dans les années 80 sont plutôt d’origine européenne. Leurs
approches de l’évangélisation sont très différentes. Pour ces dernières, c’est
“tout l’homme” qui est à évangéliser. Du coup, elles vont développer de nouvelles
stratégies, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de
l’agriculture. Parmi ces nouvelles missions, il faut citer : l’Alliance
Mission, la Mission Évangélique Luthérienne au Mali (M.E.L.M.) et la Société Internationale des Actions Humanitaires (Mission Baptiste Méridionale).
Pour coordonner les actions
de ces différentes sociétés et Églises protestantes au Mali, l’association
créée en 1963 : l’AGEMPEM (Association des groupements d’Églises et Missions
Protestantes au Mali), se développe autour des années 80. Outre son projet de
maintenir la communion fraternelle et de s’unir pour l’édification et
l’évangélisation, elle coordonne aussi des projets de développement au service
du pays. 10 Églises protestantes sont membres de l’AGEMPEM (Églises Baptistes,
Églises Évangéliques et Église des Assemblées de Dieu). Les missions
fondatrices sont affiliées au titre de “missions-membres”. Les problèmes
rencontrés par ces nouvelles fondations, ainsi que par l’AGEMPEM sont le plus
souvent d’ordre doctrinal. Au nom de “la pureté doctrinale”, ces Églises se
voient souvent empêchées de vivre une dimension œcuménique.
Enfin, à côté des nouvelles
fondations, d’origine européenne, des Églises indépendantes ou encore appelées
du réveil commencent à s’implanter au Mali depuis une bonne dizaine d’années.
Il est difficile de les répertorier et de les classer car certaines connaissent
des dérives de type sectaire qui empêchent de les considérer comme des “Églises
chrétiennes”. La plupart d’entre elles viennent des États de la Côte, principalement de Côte-d’Ivoire, du Nigeria et du Ghana. Elles mettent un accent
particulier sur les miracles, la glossolalie (le parler en langues) et sont
très pointilleuses sur la conduite morale de leurs adeptes. Lors des cultes, le
côté “émotionnel” est privilégié par rapport à l’approfondissement de la Parole de Dieu. Les Églises indépendantes les plus connues au Mali à ce jour sont au nombre
de six : l’Église des vainqueurs - la Fontaine de Vie - l’Église de Pentecôte - La M.E.I.E. (Mission d’évangélisation et d’implantation d’Églises) -
l’Église du Christ et l’Église Biblique de la Vie Profonde. (à suivre) p
Monsieur Benjamin Thèra.
Lecture
Théologies chrétiennes
des Tiers Mondes
Théologien catholique, membre du groupe des Dombes (théologiens
catholiques et protestants qui ont pris l’habitude de se retrouver une fois par
an, en France, afin d’étudier une question doctrinale importante pour les
communautés), le Père Bruno Chenu, récemment disparu, a fait paraître en 1987, un
livre fort intéressant qui étudie les “Théologies Chrétiennes des Tiers
Mondes”. À l'heure où le centre de la chrétienté se déplace vers le sud de la
planète terre, la théologie chrétienne prend l'accent "méridional."
Elle s'enrichit de nouvelles pratiques et de nouvelles rencontres. Par-dessus
tout, elle redécouvre le lien décisif entre l'engagement libérateur et la
contemplation. L’Amérique du Nord et l’Amérique latine ont une place de choix
dans cet ouvrage mais l’Afrique n’est pas oubliée non plus et la multiplication
des Églises Indépendantes Africaines a de quoi nous interroger. Le livre peut
être consulté au Centre Foi et Rencontre. est actuellement en cours.
In Memoriam – Mgr Georges Biard
Le vendredi 31 octobre
2003, Monseigneur Georges Biard, premier évêque du diocèse de Mopti, est
décédé en France à l’âge de 78 ans. Il était Évêque depuis 1964. De 1974 à
1988, il succède à Monseigneur Pierre Leclerc comme président du secrétariat
pour les relations avec les musulmans au Mali. Il fut aussi longtemps membre de
la commission Ouest-Africaine pour les relations entre chrétiens et musulmans.
Le Centre Foi et
Rencontre s’associe à la peine et à la prière de l’Église du Mali, du diocèse
de Mopti, de sa famille et des Missionnaires d’Afrique.
Un Ramadan de
prière pour la paix !
Chaque année, à
l’occasion de la fête qui clôture le mois de Ramadan, ‘Id al-fitr, le conseil
pontifical pour le dialogue interreligieux publie une lettre à l’adresse de
tous les musulmans. Pour 2003, le message porte sur la construction de la paix
...
... Il m'est agréable de
vous saluer en cette occasion et de vous offrir mes meilleurs souhaits. Durant
ce mois particulier, le repas communautaire, l’iftâr, qui rompt le jeûne à la
fin du jour, réunit les membres de la famille et les amis dans une ambiance
joyeuse. Bien souvent, les personnes d'autres religions sont invitées à prendre
part à ce moment de convivialité et des chrétiens ont pris l’habitude
d’organiser un iftâr pour leurs amis musulmans ... Comme il est de coutume avec
ce message annuel, je voudrais partager avec vous quelques réflexions et il me
semble approprié de centrer celles-ci sur la nécessité de construire la paix.
Mon point de départ est une lettre que le pape Jean XXIII adressait à toutes
les personnes de bonne volonté, il y a quarante ans, en 1963. Cette lettre,
intitulée Pacem in Terris, " Paix sur la terre ", propose de
considérer la paix comme un édifice reposant sur quatre piliers : la vérité, la
justice, l'amour et la liberté. Chacune de ces valeurs doit être présente pour
qu'il y ait des relations bonnes et harmonieuses entre les peuples et entre les
nations ... Je veux vous assurer, mes frères musulmans, que nous sommes unis
avec vous dans la prière au Dieu tout-puissant et miséricordieux. Puisse-t-Il bénir
chacun de vous et tous les membres de vos familles ! Puisse cette bénédiction
être source de réconfort en particulier pour ceux qui ont souffert ou qui
souffrent toujours à cause des conflits armés! Puisse le Dieu de bonté nous
donner la force d'être de vrais constructeurs de paix !
Avec mes meilleurs vœux
pour une Sainte Fête, ' Id mubârak.
Mgr Michael L. Fitzgerald, président.
Activités du Centre Foi et Rencontre de
Bamako
t Le Père Josef Stamer a animé, le 3 septembre, une
causerie au CFC Mgr Pierre Leclerc de Ntonimba sur la notion du salut en islam.
t Le 7 septembre, Sœur Bernadette M. Diarra a animé une
causerie sur le thème des sectes à Falajè-Banankabugu. Au même endroit, le 28
septembre, le Père Josef Stamer a animé une autre causerie sur le thème de la Parole de Dieu en Islam et en Christianisme.
t Du 15 au 18 septembre, le Père Josef Stamer a prêché
la retraite aux catéchistes/animateurs de la paroisse de Bandiagara (diocèse de
Mopti).
t Le Père Alain Fontaine et la Sœur Françoise Dartigues ont animé la journée du 17 septembre sur le thème de la rencontre
avec les monitrices des centres féminins de Kati, Bamako et Bougouni à
l’initiative des Sœurs missionnaires de l’Immaculée, Reine de la paix de Kati.
t Du 13 au 17 octobre, l’équipe du Centre Foi et
Rencontre a animé les deux premiers jours de la session pastorale du diocèse de
Bamako, à Hamdallaye.
Courrier des
lecteurs
t Un grand merci pour le n°3 de “En Chemin”
que je viens de recevoir à Nairobi. Je reste ainsi en lien avec vous tous au
Mali. Je vous adresse sans tarder le programme “Christian-Muslim Encounter” de
Tangaza College. Bon courage. Père Guy Vuillemin (par mail)
tMerci de m’avoir envoyé “En chemin” n°3 à
Rome. Je suis reparti sur les bancs de l’école pour apprendre l’hébreu, le grec
et le latin ... Je vais y consacrer toute mon année. Les livres de grammaire
deviennent mes compagnons. Je salue toute l’équipe du Centre. Bon courage pour
l’année qui commence. Abbé Gaston Coulibaly (par mail)
tUn grand merci pour le dernier numéro du
journal “En chemin”Félicitations et bonne continuation ! Richard Nnyombi -
Assistant M.Afr à Rome (par mail)
Calendrier
t Le 26 novembre, réunion du comité de pilotage du
Centre Foi et Rencontre à Hamdallaye.
t Du 9 au 12 décembre 2003, réunion sur l’œcuménisme et
les NMR à l’initive du conseil général des Missionnaires d’Afrique.
tLe samedi 13 décembre, le Père Alain Fontaine animera
une récollection avec les enseignants(es) de la paroisse Ste Monique de Badalabougou.
L’Esprit de Dieu est au cœur de tous les hommes de bonne
volonté. Il remplit l’univers dit la Bible. Les religions sont des manifestations de cet Esprit, incomplètes parfois, parfois balbutiantes, mais toujours,
elles expriment le désir de l’homme de rejoindre Dieu.
(Saint Paul invité par l’aréopage d’Athènes, à
s’expliquer sur sa propre foi, en témoigne - Actes 17, 22-27)
L’équipe du Centre Foi et Rencontre de Bamako
vous présente ses meilleurs vœux à l’occasion de la fête de Noël et de la
nouvelle année 2004.
Pères Josef Stamer,
Alain Fontaine,
et Pierre Landreau, Sœur
Françoise Dartigues.