|
Nous avons réussi notre pari : 600
personnes se sont retrouvées au rendez-vous de Ouahigouya,
en grande partie des producteurs venus de la région du
Yatenga.
Il est remarquable de constater comment
les paysans peuvent prendre la parole (quand on la leur donne). Il
est émouvant de voir les femmes se lever et dire
leurs préoccupations. Il est réjouissant de
voir tant d'organisations travailler dans un esprit
altermondialiste.
Après 3 jours de travaux, 2 panels
et 30 ateliers, et plusieurs groupes de libre expression, voici
les idées fortes qui ont été retenues à
la fin de cette rencontre exceptionnelle.
Déclaration
Finale de la Deuxième édition du Forum Social du
Burkina
A la suite du premier Forum Social, tenu en mars 2007 à
Loumbila (province de l'Oubritenga), les représentants de
différentes organisations de la société
civile du Mali, du Togo, du Nigeria, du Bénin, du
Burkina Faso et d'Europe ont œuvré à
concrétiser le vœu de la tenue d'une deuxième
édition à Ouahigouya (Province du Yatenga) les 27,
28 et 29 mars 2008 autour du thème "Intégration
régionale et souveraineté alimentaire".
Cette rencontre nous a plus que convaincu de
la nécessité de nous mobiliser pour construire un
monde plus digne et plus juste sur le socle d'une économie
plus humaine qui épargnerait notre monde d'une
autodestruction programmée.
En effet, la sous région Ouest africaine, victime
multiséculaire du pillage orchestré et entretenu par
les puissants de ce monde, a aujourd'hui le devoir de se battre
pour son mieux-être et celui de ses enfants.
Le Forum Social Ouahigouya 2008
est de ce fait un signe de la nécessaire
solidarité que nos peuples doivent mettre en œuvre
pour faire mieux entendre leur refus de continuer à subir
les politiques dictées par l'ordre néo libéral,
dont le système de valeurs n'est fondé que sur la
marchandisation.
A l'issue de ces trois jours de travaux, les participants à
ce forum ont retenu les recommandations suivantes pour interpeller
tous nos dirigeants et toutes les consciences sensibles aux périls
dans lesquels s'enfonce l'humanité. Il est urgent d'agir
autrement et c'est pourquoi Nous, participants au Forum Social
Ouahigouya 2008,
- réaffirmons notre rejet de toutes les politiques
néolibérales imposées à nos peuples et
leurs dérivées mêmes déguisées;
- rejetons avec force les Accords
de Partenariat Economique (APE) dans leur forme
actuelle;
- condamnons toute violation des droits humains dans nos pays et
demandons aux dirigeants de la sous-région d'œuvrer à
une rapide et réelle concrétisation de l'intégration
entre nos peuples;
- réitérons notre refus de la corruption et de la
mal-gouvernance dans toutes les sphères de la vie
nationale. Elles constituent des sources d'injustice, de violence
et de liquidation des droits fondamentaux de l'Homme;
- réaffirmons également notre engagement à
produire ce que nous consommons, et à consommer
ce que nous produisons pour soutenir nos
producteurs et pour vivre plus sainement;
- exigeons l'adoption d'une réelle
politique agricole plus cohérente
- Qui intègre la souveraineté
alimentaire,
- Qui prenne en compte les revendications légitimes des
producteurs,
- Qui protège nos produits par les tarifs douaniers
jusqu'à 50%,
- Qui favorise les semences locales sélectionnées
et améliorées,
- Qui rejette les OGM qui menacent notre agriculture et notre
environnement et nous enfoncent dans la dépendance,
- Qui revalorise le prix du coton, refuse
le coton Bt de Monsanto et fait la promotion du
coton bio,
- Qui favorise les productions locales rémunératrices
pour les producteurs, et en particulier les filières
biologiques,
- Qui crée des réseaux efficaces de distribution et
de commercialisation des produits agricoles.
- Qui prenne mieux en compte l'élevage et la production du
lait local en améliorant l'alimentation des bœufs, en
valorisant la production du lait
local et la marque
"BurkinaLait
".
Le combat contre la vie chère ne sera effectif que dans une
réelle politique agricole.
Rappelons qu'il n'y a pas de
souveraineté alimentaire sans sécurisation foncière,
et que nul n'a le droit de s'approprier des terres au détriment
des habitants et de la production alimentaire.
- Exigeons que soit développée une
politique réelle d’intégration pour notre
sous-région.
- Exigeons la levée des barrières frontalières
pour la libre circulation des personnes qui est un droit
fondamental
- Exigeons une réelle promotion de toutes nos richesses
culturelles
- Exigeons que tous les droits des migrants soient les mêmes
que ceux des pays d’accueil
- Exigeons une meilleure gestion de l’eau dans la sous
région, qui est un patrimoine commun
- Exigeons une harmonisation et une coordination des systèmes
d’éducation et de santé, l’interconnexion
des infrastructures routières et ferroviaires, électriques,
et tous les moyens de communication qui accompliraient rapidement
l’intégration sous-régionale
- Exigeons le respect des femmes
dans toute la sous-région, en améliorant la
communication entre hommes et femmes, en éduquant les
garçons, en cultivant la solidarité entre les femmes
et en promouvant une culture de la paix
Oui, un autre monde est possible,
où chaque homme et chaque femme pourra trouver sa place et
sa dignité, travailler et vivre en paix parce que l’homme
sera remis au centre des préoccupations politiques et
économiques. Oui, un autre monde est possible, si nous
sommes tous unis et solidaires pour construire par nos luttes ce
monde que nous voulons. Un autre monde est possible, une autre
Afrique est possible, une autre Afrique de l’ouest est
possible, un autre Burkina Faso est
possible.
Les participants du forum.
|