En chemin 08, avril 2005 Print

EN CHEMIN

Le bulletin du Centre Foi et Rencontre

 

Centre Foi et Rencontre BP 298 Bamako (Mali)

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Avril 2005 n°8

Rédaction :Equipe du Centre Foi et Rencontre

Responsable : Père Josef Stamer

 
La Religion Traditionnelle : simple rÉalitÉ du passÉ ?

 

L

'expérience de l'observation peut nous faire affirmer qu'en Afrique noire en général et au Mali en particulier, sans être tout, la religion pénètre tout. Dans le milieu traditionnel africain, le sentiment religieux apparaît comme " un système de relations entre le monde visible des hommes et le monde de l'invisible régi par un Créateur et des puissances qui, sous des noms divers et tout en étant des manifestations de ce Dieu unique, sont spécialisées dans des fonctions de toutes sortes " nous dit le grand ethnologue Marcel Griaule. Une analyse sociologique et anthropologique nous fait également remarquer que la religion traditionnelle comporte de nombreuses démarches qui rappellent successivement ou simultanément le fétichisme, le totémisme, le mânisme (qui renvoie à l’âme des aïeux considérés comme des divinités), l'animisme et le paganisme.

La première manifestation religieuse de tout être humain et de toute société est l'animisme, c'est-à-dire le fait de donner une âme à tous les éléments de la création ou encore l'identification des sentiments humains aux créatures. Mais à partir du moment où les hommes " se sont fixés " ils entrent dans le paganisme ; ils transportent la nature au village. Dans ce contexte, une des manifestations les plus éloquentes de la pratique religieuse devient le bois sacré qui constitue une réminiscence de l'animisme et contient les embryons des éléments de l'animisme.

C'est à partir de ce moment que naissent les grands rites religieux. La mise en œuvre de ces rites varie d'un milieu à un autre. Et au delà du fait religieux dans sa perception spécifique, c'est toute la culture du peuple ou de l'ethnie qui se transmet dans ces rites ; d'où la diversité de la religion traditionnelle africaine.

Dans cette diversité, un fil conducteur rapproche les diverses manifestations de la religion traditionnelle. Elle se présente d'abord comme une ordination de puissances. Au sommet, se place l'Être suprême : souvent un Dieu inaccessible qui depuis la création, n'a pas de rapports directs avec le monde et les hommes. Cette religion repose donc sur un théisme " synchrétiquement " conçu, dont le polythéisme " liturgique " fait oublier son théisme ontologique .

La religion traditionnelle fonctionne par les mythes et les symboles, l'adoration et les sacrifices. Elle couvre tous les temps forts de la vie humaine de la naissance à la mort (sacrements !) ainsi que toutes les exigences (besoins) de la vie d'une personne.

Si elle était l'expression religieuse de la foi de nos ancêtres, quelle actualité et quel avenir a et aura-t-elle dans notre Mali et notre Afrique " envahie ", ou qui a embrassé les religions des grandes révélations ? Est-elle simplement une réalité du passé ? Au regard de tout ce qui se vit et se manifeste, nous pouvons affirmer que cela est difficile à dire !

Pour nous les chrétiens, c’est la résurrection de Jésus que nous fêtons ces jours-ci, qui nous fait passer de l’imaginaire à la foi. Les imaginaires sur la survie des esprits des cultures traditionnelles ou sur l’immortalité de l’âme dans la philosophie grecque viennent trouver leur achèvement dans la foi en la résurrection de Jésus.

 

Abbé Jean-Joseph Fané.

 

Résurrection ou re-crÉation

 

Le Père Joseph Moingt, théologien, nous offre une nouvelle approche de la Résurrection. Pour lui, c’est une Re-création ...

 

« Aujourd'hui, il est assez courant de dire que nous ressuscitons aussitôt après notre mort: c'est la thèse de nombreux prédicateurs ou théologiens. Elle a l'avantage de marquer une continuité entre notre vie présente et la vie future. Mais cela reste une projection dans le futur. C'est pourquoi nous devons rattacher la résurrection à la création de l'homme: " Il s'agit, écrit saint Paul aux Éphésiens (4,22-24), de vous défaire de votre conduite d'autrefois, de l'homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l'homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu. " La résurrection, c'est comme une re-création de la création, là où la création atteint sa vérité. Le Nouveau Testament interdit de penser que nous sommes créés pour la mort : Dieu ne crée pas la mort. Dans l'hymne aux Éphésiens (1, 3-14), Paul nous montre que de toute éternité, Dieu nous a créés dans le Christ, qu'il nous a conçus en vue de l'immortalité pour être Fils de Dieu. Or être Fils de Dieu et ressusciter, c'est pareil … »

 

LES « Samedis du Centre »

 

Depuis notre dernier numéro de décembre, le Centre a abrité trois grandes conférences, données successivement par le Pasteur Maurice Sozié Sogoba, de l’AGEMPEM, le 8 janvier (photo ci-contre), par Monsieur Abdoul Karim Kane, imam de la mosquée de Korofina, le 5 février, et par Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako, le 5 mars.

En plus de ces trois conférences, deux membres de l’équipe permanente du Centre, Père Josef Stamer et Sœur Françoise Dartigues, ont animé une session sur le thème de la Rencontre avec l’islam. Cette session, organisée conjointement avec la communauté du Verbe de Vie, au Centre Abbé David de Sebeninkoro, a regroupé une douzaine de participants(es).

Les trois conférences que nous venons d’évoquer ci-dessus, permettent au Centre Foi et Rencontre d’associer de plus en plus les croyants qui nous entourent, qu’ils soient protestants ou musulmans. D’ailleurs, on s’aperçoit que le public se diversifie et lors de la conférence de Monseigneur Jean Zerbo, au début mars, dans la quarantaine de participants(es) on notait la présence de pasteurs protestants et de croyants musulmans. Il faut dire que le thème abordé par Monseigneur Jean Zerbo : “ L’expérience spirituelle d’Abraham, le Père des croyants”, suscitait beaucoup d’intérêt chez ces participants. En reprenant la parole de Jésus : “ Si vous êtes des fils d’Abraham, faites donc les œuvres d’Abraham ”, Monseigneur a placé le débat sur un plan où tout le monde pouvait trouver sa place. Sa conférence, comme les précédentes est disponible au Centre ainsi qu’un dépliant qui la résume et apporte un complément bibliographique.

En tout début d’année, c’était le Pasteur Maurice Sozié Sogoba qui était des nôtres pour parler de l’origine de la communauté protestante au Mali. Ancien fonctionnaire international, le Pasteur Sogoba est l’actuel délégué général adjoint de l’Association des groupements des Églises et Missions Protestantes Évangéliques au Mali (AGEMPEM). Après avoir fait un état des lieux (l’AGEMPEM regroupe 33 Églises, missions et œuvres protestantes), le Pasteur s’est attaché à parler des origines de la communauté protestante au Mali. Il a essayé de définir les défis que la communauté entend relever aujourd’hui ... défi d’évangélisation et de prière mais aussi d’autonomie et de formation. Il a souligné aussi que la communauté entendait lutter contre les grands fléaux qui affectent l’Afrique aujourd’hui ... le VIH/Sida, l’excision ...etc. Pour finir, il a interpellé tous les chrétiens par cette phrase laconique : “ Pouvons-nous rester tranquilles aujourd’hui, alors qu’il reste encore beaucoup à faire surtout sur le plan de l’évangélisation ? ”.

Entouré de Messieurs Yamar Diarra et Fabou Kanté, Monsieur Adoul Karim Kane, imam de la mosquée de Korofina, était le second conférencier de l’année, le samedi 5 février. Primitivement sa conférence devait aborder la question des associations musulmanes de leur place, de leur statut, de leur mode d’action ... Cette question sera effectivement abordée mais plutôt dans les grandes lignes et à la fin de son intervention. Le corps de ses propos sera surtout centré sur l’expression “faire descendre”, une expression que le Coran emploie aussi bien pour “les livres révélés” que pour “le fer”. Modernes et ouverts, les conférenciers aborderont, sans complexe, la gestion de l’environnement, rappelant la prescription coranique qui s’inspire de la notion du juste milieu : ni prodigaglité, ni avarice.

 

Père Josef Stamer.

 

 

Contribution des religions traditionnelles À la paix

 

Un congrès s’est tenu au Vatican sur ce thème, du mercredi 12 janvier au samedi 15, sous l'égide du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Son titre exact était : " Les ressources pour la paix dans les religions traditionnelles ". Il s'agissait d'étudier la contribution que peuvent apporter à la paix les adeptes de la religion traditionnelle répandus sur tous les continents, mais surtout en Afrique, où l'on estime qu'ils sont au nombre de 60 millions.

 

Quelles sont les caractéristiques des religions traditionnelles, parfois appelées de façon inexacte " animistes " ?

Mgr Michael Fitzgerald, président du dicastère organisateur expliquait au micro de Radio Vatican : " Lorsque nous parlons des religions traditionnelles, nous pensons aux religions ethniques ou tribales, c'est-à-dire à celles qui se sont développées dans un groupe ethnique spécifique, et donc, qui se distinguent des religions mondiales qui dépassent les frontières nationales. Nous pensons souvent surtout à l'Afrique, lorsque nous parlons de religions traditionnelles. Mais il ne s'agit pas seulement de l'Afrique : il y a toute la spiritualité des Indios d'Amérique latine ! Il y a aussi la religion africaine qui est passée par l'Amérique latine ; puis en Asie. En Inde, ces religions s'appellent tribales et elles ont une spiritualité particulière, alors qu'aux Philippines, les adeptes des religions traditionnelles vivent dans les collines ou les montagnes. D'autre part, nous évitons le mot animistes parce que cette idée d'animisme revient un peu à considérer le vent, l'eau, les animaux, comme habités par des esprits qui réclament un culte : en réalité ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Normalement, dans ces religions, on trouve la croyance en un Dieu Créateur, en un Dieu suprême, mais il y a aussi d'autres entités médiatrices entre Dieu et l'humanité : il y a les ancêtres et d'autres esprits mais il ne s'agit pas d'un culte dans lequel on vénèrerait une forêt, un arbre ... la divinité n'est pas là. La divinité est ailleurs ! "

 

Mais quel est aujourd'hui le rapport de l'Église catholique avec les adeptes de ces religions ?

Mgr Fitzgerald ne cache pas que " le dialogue est difficile " parce que, explique-t-il, " ces religions ne sont pas organisées dans une hiérarchie : souvent, le chef est le chef de famille, qui offre des prières et des sacrifices … Il y a des secrets qu'ils conservent et dont ils ne veulent pas parler… Donc, le dialogue direct avec les personnes des religions traditionnelles est un peu difficile. Mais de nombreuses personnes sont devenues chrétiennes en partant du background de cette religion traditionnelle et c'est là notre dialogue. Un dialogue avec les valeurs de ces religions : l'Esprit saint suscite le bien partout et nous pouvons voir dans ces religions traditionnelles des choses bonnes qui peuvent aider aussi notre société. Tel est le but de l'étude que nous menons : voir quelles sont les valeurs de ces religions pour la société d'aujourd'hui et surtout pour la paix. Les participants de ce congrès sont tous catholiques et experts dans les religions traditionnelles. Ce ne sont donc pas des adeptes de ces religions parce qu'il est un peu difficile de tenir avec eux un dialogue direct ".

 

Les religions sont appelées à créer un terrain propice à la paix ... c'est l'une des recommandations formulées au terme du congrès de quatre jours

À ce propos, le président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Mgr Michael Fitzgerald, a parlé de " surprise et de satisfaction ". Surprise parce que tout en venant de réalités culturelles différentes, on se rend compte que des valeurs communes existent. La première est la recherche de l'harmonie, le désir de vivre une relation d'unité avec Dieu, la création, la communauté, la famille, et donc, avec soi-même. On y a parlé du rôle traditionnel de la femme, en tant que médiatrice entre les groupes en conflit. Satisfaction, car une nouvelle fois, l'Eglise s’est montrée attentives aux autres religions. Une religion n'est pas " grande " ou " petite " en fonction du nombre de ses adhérents, parce que dans les religions traditionnelles aussi il y a des ressources infinies pour la cohabitation, le bien profond de l'homme et la paix.

Le message final met l'accent sur la volonté de collaboration entre l'Église et les religions traditionnelles dans différents domaines et pour la paix.

 

œcumÉnisme à Kolokani le 23 janvier 2005

 

À l'occasion de la semaine de prière pour l'unité, le dimanche 23 janvier dans l'après-midi, les Églises catholique et évangélique de Kolokani se sont retrouvées pour un temps de prière en commun. Cette année, c'est la communauté catholique qui a fait le déplacement pour se rendre au temple évangélique où elle a été chaleureusement accueillie par le Pasteur Etienne Diallo. Le Père Jean Bevand raconte : “Quand nous sommes entrés, la communauté a entonné des chants puis le responsable, Paul Kané, a pris la parole pour saluer et demander à chacun de se présenter. Nous avons alors chanté les louanges du Seigneur. Paul Kané m'a ensuite demandé d'expliquer le sens de notre rassemblement. Je suis parti de l’évangile de Jean au chapitre 17 pour rappeler que Jésus a été le premier à prier pour l'unité ... "qu'ils soient un ... pour que le monde croie que tu m'as envoyé". Prenant la parole à son tour, Étienne Kané, catéchiste à Kolokani, a alors donné quelques grandes dates du mouvement œcuménique. Paul Kané a repris la parole pour proposer des intentions de prière. L'assemblée s'est alors scindée en trois groupes où l'on a prié à voix basse. Pour finir, M. Marc Dabou, a conclu à voix haute la prière de l'assemblée. Le pasteur, Etienne Diallo, a ensuite commenté un passage des Actes (12,1-17). À l'issue de cette prière, et avant de se disperser, les uns et les autres sont restés longtemps à la porte du temple pour échanger des salutations et des bénédictions.”

Père Jean Bevand, curé de Kolokani,

secrétaire de la commission AO du dialogue islamo-chrétien.

 

ActivitÉs du Centre Foi et Rencontre de Bamako

 

t 8 janvier, troisième “samedi du Centre” avec la conférence du Pasteur Maurice Sozié Sogoba de l’AGEMPEM (voir page 2)

t Les 18 et 19 janvier, le Père Alain Fontaine a participé aux activités de l’Atelier Santé de l’ANRM avec plusieurs conférences sur la doctrine sociale de l’Église.

t Le samedi 22 janvier, à Kati, le Père Alain Fontaine a rencontré la coordination des jeunes chrétiens pour une conférence sur le thème : “Coutume, traditions et modernité”.

t Le dimanche 23 janvier, le Père Josef Stamer était à Bougouni pour y rencontrer les jeunes élèves-maîtres sur le thème de l’islam.

t Le 5 février, un nouveau “samedi du Centre” accueillait Monsieur Abdoul Karim Kane, imam à Korofina. Il était accompagné de Messieurs Yamar Diarra et Fabou Kanté. (voir page 2)

t Du 17 au 19 février, le Père Josef Stamer et Sœur Françoise Dartigues ont animé une session sur le thème de l’islam et de la rencontre interreligieuse au CEL de Faladié.

t Le samedi 5 mars, c’était au tour de Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako, d’intervenir dans le cadre des “samedis du Centre”. Son thème : L’expérience spirituelle d’Abraham, le Père des croyants. (voir page 2)

t Du 8 au 11 mars, une douzaine de personnes ont participé à la session “à la rencontre de l’Islam” organisée conjointement par la communauté du Verbe de Vie et le Centre Foi et Rencontre. Le Père Josef Stamer et Sœur Françoise Dartigues ont assuré les conférences.

t À noter que la prochaine session aura lieu du 5 au 8 avril sur le thème de la Religion Traditionnelle. Elle sera assurée par Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané (responsable du séminaire de Koulikoro). Inscriptions à Sebeninkoro ou au Centre Foi et Rencontre.Sœu

 

Courrier des lecteurs

 

t Monsieur l’Abbé Marc Diarra (Curé de Kita et secrétaire national pour le dialogue inter-religieux et l’œcuménisme) annonce la réunion qu’il organise du 9 mai au soir au 11 mai après-midi à Hamdallaye (ex Pie XII à Bamako) avec ses différents comités diocésains afin de préparer les prochaines sessions nationales.

t Monsieur l’Abbé Gaston Coulibaly ... Je me réjouis d’apprendre l’inauguration du Centre. L’inauguration aura été “cette manifestation” du Centre à l’Église du Mali et aux Maliens. L’effort pourrait continuer dans ce sens de la sensibilisation afin d’arriver à faire situer solidement la praxis missionnaire de l’Église au Mali

 

Calendrier 

 

t Session sur la Religion Traditionnelle à Sebeninkoro, du 5 avril au soir au 8 avril à midi avec Monsieur l’Abbé Jean-Joseph Fané. Voir ci-dessus.

t Du 6 au 8 avril, le Père Josef Stamer participe à Dakar à une réunion préparatoire à un prochain colloque islamo-chrétien, au compte du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux.

t Du 2 au 4 mai, session d’islamologie au Gd Sém. St Augustin avec le Père Josef Stamer.

t Samedi 7 mai, le Pasteur Elkana Thèra donnera une conférence au Centre.

t Du 24 au 27 mai, session sur l’œcuménisme à Sebeninkoro (Sr Bernadette M Diarra et Père Josef Stamer).

t Le samedi 4 juin, Sœur Bernadette M. Diarra donnera une conférence au Centre et du 13 au 17 juin, une session relative au phénomène des sectes au Centre de Sebeninkoro.